Compte d’affectation spéciale : De nouvelles répartitions
Le ministère de la Culture a rendu publique la liste des bénéficiaires depuis quelques jours.
Dorine Ekwè – Dans la cour du ministère de la Culture à Yaoundé, un personnage souriant attire l’attention. Vincent Ndoumbé, le réalisateur du sitcom "Cité campus" semble bien heureux. Il vient en effet de voir, de ses "propres yeux", son nom figurant dans la liste de la centaine d’artistes ayant bénéficié depuis mardi, de l’aide octroyée dans le cadre du Compte d’affectation spéciale pour le soutien de la politique culturelle. Des raisons d’être heureux, Vincent Ndoumbé affirme les avoir. "Je commençais à me fatiguer. J’avoue que j’avais même déjà oublié cette demande déposée ici au ministère. Il a fallu qu’un jour, je vienne redire au secrétaire général du ministère de la Culture [Thomas Fozein], ce que j’avais déjà fait pour la culture camerounaise pour me calmer. Le fait de voir mon nom là, dans la liste des bénéficiaires me rassure même si je pense que le ministère aurait pu faire mieux.", dit-il avant de poursuivre: "Je suppose que c’est pour la saison 2 de cité campus mais je me demande toujours à quoi cet argent va me servir. Il y a tellement de choses à faire."
Alors qu’il s’en va savourer cette nouvelle dans un café du coin, d’autres artistes se massent autour du babillard installé dans le hall que se partagent les ministères de la Culture et de la Communication à Yaoundé. C’est parfois avec tristesse que l’on ne retrouve pas son nom ou celui d’un ami. De joie également, certains hurlent, heureux d’avoir enfin pu avoir droit au fameux sésame. André Mbang, directeur du festival net Plateau Vivant essaie tant bien que mal de calmer le jeu en affirmant que ce n’est pas lui mais, son festival qui s’est vu attribué cette subvention. de trois millions de francs Cfa. "C’est déjà un début mais sur les 17 millions que j’avais demandé, je n’ai eu que 3 millions. Vous voyez l’écart.", continue-t-il.
Comme lui, plusieurs artistes s’étant insurgés depuis quelques temps contre leur mise à l’écart lors des différentes répartitions se sont vus attribuer des subventions que, malheureusement, ils ne jugent pas conséquentes. Il s’agit entre autres de Tony Mefe qui s’est vu accordé au titre de cette aide un montant de 2 millions de francs Cfa pour la diffusion d’un spectacle de théâtre. Le comédien et metteur en scène de qualité, Jacobin Yaro, pour sa part, bénéficie de deux millions de francs Cfa pour la création d’un spectacle de Nkum’a Ndoumbé. Un vieux rêve. A côté de ces artistes, on retrouve des noms comme ceux de Dina Bell qui a obtenu trois millions de francs Cfa pour la réalisation d’un album de musique. Donny Elwood, Hensa Benty, Sam Fan Thomas et Odile Ngaska sont logés à la même enseigne. Owona Anderson qui s’est illustré par une grève de la faim il y a quelques mois, ne fait pas partie des élus.
Réserves
Les " musiciens émergents " tels Jean Philippe Ahanda, Jean Paul Lietche, Jack Palance et autres Doudou Noumabeu devront empocher deux millions de nos francs chacun. Mesdames Veuve Ebanda Manfred et Messi Martin bénéficient chacune d’un million de francs Cfa. Jean Marie Ahanda, Emmanuel Etolo Eyah et Joseph Sumegne ont chacun droit une aide de trois et deux millions de francs Cfa dans la catégorie Arts plastiques. Pour ce qui est des longs métrages, Daouda Mouchangou, Pca de la Scaap a reçu 7 millions de francs Cfa pour la réalisation de la fiction " Le sang du peuple ". La même somme sera perçue par Bertrand Mboua Atangana pour la réalisation du film "La voie facile"…
Malgré l’euphorie des uns et des autres, l’éternel problème des critères d’attribution de cette aide refait surface. Dans la catégorie "festivals", par exemple, les organisateurs de festivals semblent avoir du mal à comprendre cet écart causé par l’octroie de 10 millions de francs Cfa (la plus grosse attribution de la présente subvention) aux Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) contre trois millions uniquement pour les autres. "J’organise également un festival international.
Il faut bien qu’on me dise à quoi s’est dû. Qu’est-ce qui motive la décision des membres de la commission de donner telle somme à un semble de festival et une somme différente à un autre.", confie André Mbang. De son côté, Vincent Ndoumbé s’interroge: "Comment se passe les attributions. J’ai déposé un dossier auprès de la commission mais j’avoue ne pas savoir quels sont les critères qui ont prévalu. Il faut également que l’on nous disent comment est-ce qu’on va s’assurer que tout ce monde va faire le travail pour lequel il a eu cet argent."
Cette répartition qui intervient après celle de juillet 2005 vient ainsi calmer, pour un temps, les appétits des artistes qui, depuis le temps, les attendent. Comme les précédentes répartitions depuis l’institution de ce compte d’affectation spéciale, celle-ci devrait pouvoir aider à la création et à l’amélioration de la qualité de la production artistique locale.

