{"id":131,"date":"2006-08-22T18:46:04","date_gmt":"2006-08-22T16:46:04","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-08-22T18:46:04","modified_gmt":"2006-08-22T16:46:04","slug":"131","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/131\/","title":{"rendered":"Jean-Marie Teno, cin\u00e9aste : \u201c Nous continuons de vivre l\u2019\u00e8re 1884-1885 \u2026 \u201d"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Famleng, Jean-Marie Teno \u00e9tudie les techniques audiovisuelles avant d\u2019obtenir une ma\u00eetrise de communication audiovisuelle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Valenciennes. Il r\u00e9alise plusieurs films, notamment des documentaires. Ex-monteur \u00e0 France 3, de 1985 \u00e0 1997, il vit en France mais est un globe-trotteur. En visite au Cameroun, il a accept\u00e9 de parler de ses projets au Messager et surtout d\u2019\u00e9clairer nos lecteurs sur son dernier film \u201c Le Malentendu colonial \u201d. &#8211; <strong>Un film qui constitue un voyage dans le pass\u00e9 de l&rsquo;Europe coloniale et des pays d&rsquo;Afrique \u00e9vang\u00e9lis\u00e9s par les missionnaires. A travers les interviews de chercheurs, de missionnaires et d&rsquo;archivistes, l&rsquo;auteur du &ldquo; Mariage d&rsquo;Alex &rdquo; montre ce que fut r\u00e9ellement l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de l&rsquo;Afrique et quelles sont aujourd&rsquo;hui ses cons\u00e9quences. Le documentaire se concentre sur l&rsquo;Allemagne, le Togo, le Cameroun, la Namibie et l&rsquo;Afrique du Sud. Il s&rsquo;attarde sur le premier g\u00e9nocide africain, celui des Hereros en Namibie. <\/p>\n<p><\/strong><br \/><strong>Votre derni&egrave;re &oelig;uvre cin\u00e9matographique est intitul\u00e9e &ldquo; Le malentendu colonial &rdquo;. Pourquoi ce titre et pas un autre ?<br \/><\/strong>L&rsquo;histoire du titre de ce film est assez int\u00e9ressante. Pendant mes recherches pour la r\u00e9alisation d&rsquo;un film sur l&rsquo;histoire coloniale, j&rsquo;ai approch\u00e9 nombre de chercheurs. Chaque fois que je parlais de mon projet, on me demandait comment je devais l&rsquo;intituler. Je ne savais quoi dire. Je voulais parler de la colonisation, et de la trag\u00e9die qu&rsquo;elle \u00e9tait. Et puis, un jour, au d\u00e9tour d&rsquo;une conversation, quelqu&rsquo;un m&rsquo;a dit que si je voulais parler de la colonisation comme d&rsquo;une trag\u00e9die, c&rsquo;est s&ucirc;r que j&rsquo;aurai beaucoup de mal &agrave; le faire. Cette personne m&rsquo;a dit que si par exemple je parlais de malentendu au lieu de trag\u00e9die, les gens se poseraient des questions. Ils voudraient savoir de quel malentendu il s&rsquo;agit et auraient envie de s&rsquo;asseoir autour d&rsquo;une table pour en parler. J&rsquo;ai choisi ce titre pour inviter des gens autour d&rsquo;une table pour qu&rsquo;on puisse discuter de l&rsquo;histoire coloniale. Parce que j&rsquo;ai le sentiment que nous n&rsquo;en sommes pas du tout sortis et que nous continuons de vivre l&rsquo;&egrave;re 1884-1885.<\/p>\n<p><strong>Quel temps avez-vous mis pour la r\u00e9alisation de ce film ?<\/strong><br \/>Du moment o&ugrave; j&rsquo;ai pris la d\u00e9cision de r\u00e9aliser &ldquo; Le malentendu colonial &rdquo;, jusqu&rsquo;&agrave; son ach&egrave;vement, j&rsquo;ai mis environ trois ans, dont deux ann\u00e9es de recherches et de voyages (Namibie, Afrique du sud, Togo, Cameroun, Allemagne), pour collecter les \u00e9l\u00e9ments qu&rsquo;il me fallait, comprendre l&rsquo;histoire et rencontrer des gens qui n&rsquo;\u00e9taient pas toujours disponibles. A cela, il faut ajouter le temps pour trouver le fil qui permet de partir d&rsquo;un point &agrave; un autre, en racontant une histoire qui a un sens et qui apporte quelque chose dans la compr\u00e9hension du monde dans lequel nous vivons.<\/p>\n<p><strong>Cela na pas d&ucirc; &ecirc;tre facile !<\/strong><br \/>Dans toute &oelig;uvre, il y a toujours des difficult\u00e9s. J&rsquo;ai eu des difficult\u00e9s d&rsquo;ordre financier et de langue. Malgr\u00e9 le fait que j&rsquo;ai une structure de production en France, je n&rsquo;ai pas pu obtenir de financements dans ce pays pour la r\u00e9alisation de ce film. On m&rsquo;a dit que cette histoire ne concernait pas les Fran&ccedil;ais. Dans &ldquo; Le Malentendu colonial &rdquo;, je prends l&rsquo;angle d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de mission allemande. Parce que la colonisation allemande fut l&rsquo;une des plus courtes en Europe. Elle n&rsquo;a dur\u00e9 qu&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. Au milieu de 1916-1917, lorsque l&rsquo;Allemagne a perdu le Cameroun, l&rsquo;histoire coloniale allemande en Afrique s&rsquo;est aussi termin\u00e9e en ce moment-l&agrave;. En Europe, l&rsquo;Allemagne est un des pays qui a jet\u00e9 un regard critique sur son histoire. Apr&egrave;s l&rsquo;Holocauste et la Deuxi&egrave;me Guerre mondiale, les Allemands se sont pench\u00e9s sur leur histoire. Historiens et chercheurs se sont int\u00e9ress\u00e9s &agrave; la p\u00e9riode coloniale et ont montr\u00e9 que l&rsquo;histoire allemande ne commence pas seulement avec le nazisme.<br \/>Au niveau de la langue, j&rsquo;\u00e9tais oblig\u00e9 chaque fois d&rsquo;&ecirc;tre avec quelqu&rsquo;un qui pourrait traduire pour moi un certain nombre de chose. Car je ne connais pas l&rsquo;Allemand. C&rsquo;est toutefois en Allemagne que j&rsquo;ai eu une partie importante du financement du film &ldquo; Le Malentendu colonial &rdquo;, qui m&rsquo;a co&ucirc;t\u00e9 entre 310.000 et 330.000 euros, soit environ 216.480.000 de Fcfa.<\/p>\n<p><strong>Sur la plaquette presse qui pr\u00e9sente le Malentendu colonial, vous dites &ldquo; les si&egrave;cles passent et l&rsquo;Afrique reste toujours une terre de mission. Les humanitaires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ont remplac\u00e9 les missionnaires d&rsquo;hier. La colonisation a rev&ecirc;tu le costume de la mondialisation et, en Afrique rien de nouveau &agrave; l&rsquo;horizon &rdquo; Que propose votre film pour redresser la barre de cette paup\u00e9risation croissante de l&rsquo;Afrique face &agrave; l&rsquo;Occident?<\/strong><br \/>Le but d&rsquo;un film est d&rsquo;attirer l&rsquo;attention, de susciter la r\u00e9flexion. Parce que je pense que personne ne d\u00e9tient la v\u00e9rit\u00e9. Si on veut regarder les choses de mani&egrave;re pragmatique et, vu la mani&egrave;re dont fonctionne la soci\u00e9t\u00e9, il y a un certain nombre de autres &agrave; qui on confie des mandats et qui sont sens\u00e9s apporter des solutions aux probl&egrave;mes des gens. Quand elles sont incapables de le faire, elles devraient c\u00e9der leur place pour que d&rsquo;autres essayent. Mon film n&rsquo;est l&agrave; que pour attirer l&rsquo;attention, enrichir le d\u00e9bat et la r\u00e9flexion. Ce n&rsquo;est pas &agrave; moi de redresser la situation de l&rsquo;Afrique. Na&iuml;vement quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 &agrave; faire des films, je pensais que le cin\u00e9ma pouvait changer le monde. Non ! Un film n&rsquo;apporte que des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion &agrave; ceux qui peuvent s&rsquo;emparer de cette r\u00e9flexion pour mettre en place des strat\u00e9gies qui vont permettre que le changement se fasse. Encore faut-il que les concern\u00e9s en aient la volont\u00e9. Je constate avec d\u00e9sarroi parfois que malheureusement le temps passe et les choses ne changent pas.<\/p>\n<p><strong>Le Malentendu colonial, appelle &agrave; un devoir de m\u00e9moire. Cette ann\u00e9e, la France a comm\u00e9mor\u00e9 pour la premi&egrave;re fois, l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. N&rsquo;est-ce pas un d\u00e9but de reconnaissance de ce fl\u00e9au organis\u00e9 par des Europ\u00e9ens et, qui a vid\u00e9 l&rsquo;Afrique de ses bras les plus forts et ses cerveaux aussi ?<\/strong> <br \/>Bien s&ucirc;r que la France commence cette ann\u00e9e &agrave; comm\u00e9morer l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. C&rsquo;est un pas positif. Mais un tr&egrave;s petit pas qui a attendu si longtemps pour &ecirc;tre franchi. Si Le Malentendu colonial a pu voir le jour, c&rsquo;est parce qu&rsquo;en 2004, l&rsquo;Allemagne \u00e9tait entrain de comm\u00e9morer le centenaire du g\u00e9nocide des Herero (en Namibie) pendant la guerre de 1904 &agrave; 1908. Dans les \u00e9coles, les radios et les journaux, on en a parl\u00e9. Il y a eu un v\u00e9ritable travail de m\u00e9moire qui est commenc\u00e9.<br \/>Je pense que par rapport &agrave; la reconnaissance de la traite n\u00e9gri&egrave;re la France a beaucoup de retard &agrave; rattraper. Pas par rapport aux autres pays, mais par rapport &agrave; elle-m&ecirc;me. Avec les \u00e9meutes qu&rsquo;il y a eu dans les banlieues fran&ccedil;aises en 2005, la frustration d&rsquo;une franche de la population fran&ccedil;aise et de celles qui vivent en France est tr&egrave;s grande. Je crois qu&rsquo;il reste \u00e9norm\u00e9ment de chemin &agrave; faire. Le durcissement de la politique d&rsquo;immigration en France montre que le chemin est encore tr&egrave;s long dans ce pays pour un travail s\u00e9rieux de m\u00e9moire.<br \/>Si un pays comme l&rsquo;Allemagne fait un tel pas pour demander des excuses et pardon aux Herero pour le g\u00e9nocide commis, peut-&ecirc;tre que cela changera les rapports que l&rsquo;Europe et le reste du monde entretiennent avec l&rsquo;Afrique. Malheureusement, ceux-ci sont toujours en d\u00e9faveur de notre continent maintenu dans la paup\u00e9risation par nos dirigeants, qui au moment de n\u00e9gocier, pensent plus &agrave; leurs int\u00e9r&ecirc;ts \u00e9go&iuml;stes qu&rsquo;aux int\u00e9r&ecirc;ts du peuple ou du plus grand nombre. Une telle attitude si dommageable ressemble au comportement de ces guerriers qui tirent sur leurs propres troupes. Il n y a qu&rsquo;&agrave; voir le nombre de jeunes Africains qui se bousculent aux portes de l&rsquo;Europe, il n&rsquo;y a qu&rsquo;&agrave; voir dans quel \u00e9tat se trouve nos routes, nos villes ou nos quartiers, pour se rendre compte qu&rsquo;on ne peut pas demander aux autres de faire plus que nous n&rsquo;en faisons nous- m&ecirc;mes.<\/p>\n<p><strong>Parmi les films que vous avez d\u00e9j&agrave; mis sur le march\u00e9, M. Teno, les documentaires occupent une place de choix. Pourquoi ?<\/strong><br \/>Je vais vous avouer quelque chose. (Rires). Quand j&rsquo;\u00e9tais petit, je r&ecirc;vais d&rsquo;&ecirc;tre journaliste. Mais, j&rsquo;ai grandi &agrave; une \u00e9poque o&ugrave; la censure contre les journalistes \u00e9tait tr&egrave;s forte qu&rsquo;&agrave; un moment je me suis dit qu&rsquo;avec l&rsquo;image, il serait difficile d&rsquo;attaquer. J&rsquo;ai voulu regarder le monde autour de moi avec des images. En faisant cela, je me suis retrouv\u00e9 &agrave; faire du cin\u00e9ma documentaire. Un cin\u00e9ma qui permet avec une cam\u00e9ra de regarder le monde. <br \/>Par ailleurs, je suis arriv\u00e9 dans ce milieu au moment o&ugrave; il y avait peu d&rsquo;Africains qui prenaient la parole au cin\u00e9ma pour dire, voil&agrave; comment je vois le monde. Le monde \u00e9tait toujours vu du point de vue des Europ\u00e9ens, des Am\u00e9ricains souvent blancs. Alors, je me suis dit que je vais m&rsquo;imposer comme cin\u00e9aste documentaire, pour regarder non seulement mon pays, mais l&rsquo;Afrique et le reste du monde, et le questionner. C&rsquo;est ainsi que la plupart des films que j&rsquo;ai commenc\u00e9 &agrave; faire \u00e9taient des documentaires. Depuis, je continue dans cette lanc\u00e9e, parce que le documentaire me permet non seulement une tr&egrave;s grande libert\u00e9 au niveau de l&rsquo;\u00e9criture mais une recherche intellectuelle permanente. J&rsquo;aime aller &agrave; la rencontre de nouvelles histoires, de nouvelles personnes. Parce ce qu&rsquo;avec ce challenge, quand on part du r\u00e9el, on se rend compte que dans la r\u00e9alit\u00e9, il y a des histoires qui sont aussi fascinantes que des histoires de fiction.<\/p>\n<p><strong>Vous parliez tant&ocirc;t de la difficult\u00e9 qu&rsquo;on a pour trouver des financements dans votre domaine. Mais, on remarque que depuis 1992, vous r\u00e9alisez un film, tous les deux ans. O&ugrave; puisez vous la force et les moyens de financement, dans un domaine comme celui du cin\u00e9ma africain en g\u00e9n\u00e9ral et camerounais en particulier, qui a du mal &agrave; s&rsquo;exporter et dont certains disent qu&rsquo;il ne rapporte pas grand-chose ?<\/strong><br \/>Je vis en Europe et depuis quelque temps, je fais des films. Je vis de ce m\u00e9tier. J&rsquo;ai produit des &oelig;uvres. C&rsquo;est un m\u00e9tier en fait. Le r&ocirc;le du producteur c&rsquo;est de prendre une &oelig;uvre et de trouver des financements pour que cette &oelig;uvre puisse se faire. Dans les ann\u00e9es 80, on n&rsquo;\u00e9tait pas tr&egrave;s nombreux &agrave; faire ce m\u00e9tier. De plus en plus avec la d\u00e9mocratisation de l&rsquo;outil avec toutes ces petites cam\u00e9ras que tout le monde peut s&rsquo;acheter, et la lib\u00e9ralisation des m\u00e9tiers, tout le monde s&rsquo;improvise r\u00e9alisateur et producteur. Et comme on ne fait pas la diff\u00e9rence entre un documentaire et un reportage, on filme tout et n&rsquo;importe quoi et on se retrouve plus tard dans certains journaux de la place &agrave; parler de la sortie d&rsquo;un nouveau film, qui n&rsquo;en est pas un et qui est parfois juste un brouillon. Dans un environnement comme celui-l&agrave;, les gens ont l&rsquo;impression qu&rsquo;il suffit d&rsquo;avoir sa cam\u00e9ra d&rsquo;acheter les cassettes pour &ecirc;tre r\u00e9alisateur. C&rsquo;est dommageable pour la profession. Il n y a qu&rsquo;&agrave; voir notre voisin nig\u00e9rian qui met sur le march\u00e9 ce qu&rsquo;on appelle film mais qui ne l&rsquo;est pas. Des choses sans t&ecirc;te ni queue qui se vendent comme des petits pains sur le march\u00e9. Il y a des gens qui pour une tr&egrave;s petite somme sont pr&ecirc;ts &agrave; mettre sur le march\u00e9 des Cd et des Dvd &agrave; 1500 Fcfa. Je me demande comment en faisant un tel travail, on peut &ecirc;tre pris au s\u00e9rieux. On est en train de d\u00e9valoriser notre m\u00e9tier. Vous dites que je suis pr\u00e9sent sur le march\u00e9 tous les deux ans. Mais pour vivre de mon art, il me faut &ecirc;tre pr\u00e9sent sur le march\u00e9 tous les ans avec un nouveau film. Sinon, les budgets des films deviennent plus importants. <\/p>\n<p><strong>Est-ce que le Nigeria ne peut pas apporter la r\u00e9volution cin\u00e9matographique en Afrique si on canalise la production de ces films ?<\/strong><br \/>A ce jour, vous n&rsquo;&ecirc;tes pas capable de citer le nom d&rsquo;un seul cin\u00e9aste nig\u00e9rian qui a perc\u00e9. Il faut dire que cette fa&ccedil;on de faire des films &agrave; voir &agrave; domicile, venait d&rsquo;un rapport de force entre les producteurs ind\u00e9pendants et la t\u00e9l\u00e9vision qui ne voulait pas diffuser leurs &oelig;uvres. On se trouve alors face &agrave; de nombreux films r\u00e9alis\u00e9s mais aucun ne restera. M&ecirc;me si aujourd&rsquo;hui il y a des gens qui font des Phd, pour comprendre le ph\u00e9nom&egrave;ne du cin\u00e9ma nig\u00e9rian et voir &agrave; quel point &ccedil;a devient un ph\u00e9nom&egrave;ne de soci\u00e9t\u00e9. Par rapport &agrave; la cr\u00e9ation artistique, je ne pense pas que le cin\u00e9ma nig\u00e9rian puisse devenir un mod&egrave;le en Afrique. Parce que malheureusement, ceux qui font ce film ne regardent pas ce qui se passe sur la sc&egrave;ne internationale. Ce n&rsquo;est pas ce cin\u00e9ma commercial de qualit\u00e9 m\u00e9diocre qui m&rsquo;int\u00e9resse. Mais, quelque chose de plus profond, de cr\u00e9atif, une r\u00e9flexion sur le monde.<\/p>\n<p><strong>Vous arrive-t-il de vous rencontrer entre cin\u00e9astes camerounais ou africains, pour parler de vos probl&egrave;mes communs et de partager vos exp\u00e9riences ?<\/strong><br \/>Il y a une association des cin\u00e9astes camerounais qui doit toujours exister je suppose. Il y a la structuration de la F\u00e9d\u00e9ration panafricaine des cin\u00e9astes (Fepaci) qui s&rsquo;est tenue en Afrique du sud en avril dernier. En France il y a la Guilde des r\u00e9alisateurs et producteurs africains qui fonctionne. Bref il existe plusieurs associations dans lesquelles il se passe plein de choses. Pendant plusieurs ann\u00e9es, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident de la Guilde. L&agrave; j&rsquo;ai pris un peu de distance. Pour le moment je ne m&rsquo;investis plus dans le travail associatif mais &ccedil;a recommencera peut-&ecirc;tre. Je me suis concentr\u00e9 beaucoup dans l&rsquo;\u00e9criture de mes prochains films.<\/p>\n<p><strong>A propos, quels sont vos projets ?<\/strong><br \/>Je suis en train de travailler sur l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un long-m\u00e9trage de fiction tir\u00e9 du roman de Jean Roger Essomba intitul\u00e9 Une blanche dans le noir. J&rsquo;ai gard\u00e9 le m&ecirc;me titre pour le film dont je suis presque &agrave; la fin de l&rsquo;\u00e9criture. Je travaille \u00e9galement sur un documentaire sur le pouvoir et le rapport au pouvoir. Ce dernier qui se tournera &agrave; Bandjoun a pour titre, Le roi debout. Je suis en train de faire des rep\u00e9rages pour ce documentaire en ce moment. Une fois encore, je reviens sur la colonisation. En fait la colonisation a amen\u00e9 un syst&egrave;me de valeur et de gouvernement en Afrique, qu&rsquo;elle a superpos\u00e9 sur des syst&egrave;mes qui existaient d\u00e9j&agrave;, sans parvenir &agrave; faire dispara&icirc;tre les syst&egrave;mes d&rsquo;avant. Nous sommes en train de vivre sur ces deux syst&egrave;mes, qui continuent &agrave; cohabiter jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui et qui structurent compl&egrave;tement notre soci\u00e9t\u00e9 et qui en m&ecirc;me temps n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 la v\u00e9ritable articulation qui satisfasse qui que ce soit. Que nos rois qui ont le statut de chef sup\u00e9rieur soient aux ordres d&rsquo;un sous pr\u00e9fet, c&rsquo;est quelque chose de vraiment surprenant si on sait qu&rsquo;un ressortissant de ce village peut devenir sous-pr\u00e9fet, pr\u00e9fet et m&ecirc;me ministre. On n&rsquo;est pas sorti de la confusion coloniale et j&rsquo;aimerai aller au fond de cette question pour savoir comment on arrive &agrave; concilier ces deux syst&egrave;mes de pouvoir.&nbsp;<\/p>\n<p class=\"author\">Par Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Vanessa Nana <br \/>Le 21-08-2006<br \/>Le Messager<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Famleng, Jean-Marie Teno \u00e9tudie les techniques audiovisuelles avant d\u2019obtenir une ma\u00eetrise de communication audiovisuelle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Valenciennes. Il r\u00e9alise plusieurs films, notamment des documentaires. Ex-monteur \u00e0 France 3, de 1985 \u00e0 1997, il vit en France mais est un globe-trotteur. 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