{"id":133,"date":"2006-08-23T23:31:58","date_gmt":"2006-08-23T21:31:58","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-08-23T23:31:58","modified_gmt":"2006-08-23T21:31:58","slug":"133","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/133\/","title":{"rendered":"Mal Njam : Le Mus\u00e9e national est une coquille vide"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Le directeur du centre d&rsquo;art contemporain Africr\u00e9a parle de l&rsquo;importance de la conservation du patrimoine culturel.<br \/>\nPropos recueillis par Jules Romuald Nkonlak &#8211; <strong>Au mois de juin dernier, le mus\u00e9e du quai Branly &agrave; Paris, consacr\u00e9 aux arts premiers d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Oc\u00e9anie, \u00e9tait inaugur\u00e9. Que pensez-vous de l&rsquo;appellation arts premiers que ses initiateurs ont attribu\u00e9e aux pi&egrave;ces qui y sont expos\u00e9es?<br \/><\/strong>C&rsquo;est une appellation \u00e9quivoque. Son caract&egrave;re \u00e9quivoque tient, d&rsquo;une part, au fait qu&rsquo;elle sonne bien &agrave; l&rsquo;oreille, qu&rsquo;elle affiche une d\u00e9licate attention en direction du patrimoine culturel issu de l&rsquo;aire non occidentale, mais en m&ecirc;me temps, elle renforce l&rsquo;ethnocentrisme que l&rsquo;Europe a toujours voulu faire valoir. Elle englobe sans discernement les oeuvres d&rsquo;art et les objets d&rsquo;art comme si, s&rsquo;agissant de contr\u00e9es non occidentales, il n&rsquo;y ait pas lieu de s&#8217;embarrasser de distinction et d&rsquo;appr\u00e9ciation particuli&egrave;res. Est-ce que vous imaginez un mus\u00e9e d&rsquo;arts premiers europ\u00e9ens ? Vous ne trouvez pas curieux que l&rsquo;Occident qui soit si jaloux de sa culture n&rsquo;ait jamais \u00e9difi\u00e9 un mus\u00e9e d&rsquo;arts premiers d&rsquo;Europe, mais qu&rsquo;il s&#8217;empresse de se glorifier, &agrave; travers le mus\u00e9e du Quai Branly, d&rsquo;&ecirc;tre si soucieux des civilisations et des cultures des autres ?<\/p>\n<p><strong>Quels peuvent &ecirc;tre les enjeux d&rsquo;une telle r\u00e9alisation ?<\/strong><br \/>Cela nous donne l&rsquo;occasion d&rsquo;attirer l&rsquo;attention de tous les Africains, et des Camerounais en particulier, sur le fait que la culture est un enjeu de toute premi&egrave;re importance. Il y a des int\u00e9r&ecirc;ts politiques : la France se glorifie encore d&rsquo;&ecirc;tre le ma&icirc;tre de ses colonies. Il y a \u00e9galement un enjeu \u00e9conomique, car beaucoup d&rsquo;argent a \u00e9t\u00e9 investi, et un enjeu civilisationnel, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de nous aligner, voire de nous ali\u00e9ner &agrave; un art de vivre qui n&rsquo;est pas le n&ocirc;tre et dans lequel on veut nous formater comme simples consommateurs.<\/p>\n<p><strong>Il y a tout de m&ecirc;me 70 000 pi&egrave;ces venues d&rsquo;Afrique dans ce mus\u00e9e. En plus, peu de temps avant, le masque Ngil du Gabon \u00e9tait vendu en France, devenant l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art la plus ch&egrave;re au monde. Ne doit-on pas se f\u00e9liciter de cet int\u00e9r&ecirc;t pour l&rsquo;art de notre continent ?<\/strong><br \/>Tout d\u00e9pend du point de vue &agrave; partir duquel on se place pour appr\u00e9cier la question. Toutefois, il importe pour la communaut\u00e9 internationale, de plus en plus soucieuse du droit universel, de reconna&icirc;tre que ce bien appartient &agrave; l&rsquo;Afrique, qu&rsquo;il est la propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Afrique, que ce bien est une propri\u00e9t\u00e9 collective. Tous les Africains doivent pouvoir y avoir librement acc&egrave;s, comme toute personne jouissant d&rsquo;un patrimoine qu&rsquo;elle a re&ccedil;u en legs. C&rsquo;est indubitablement une bonne chose que notre patrimoine ancestral soit pr\u00e9serv\u00e9, mais on ne saurait se f\u00e9liciter qu&rsquo;il soit conserv\u00e9 par d&rsquo;autres, ailleurs que chez nous, nous privant de sa jouissance aux quotidien, nous excluant du b\u00e9n\u00e9fice mat\u00e9riel et immat\u00e9riel qu&rsquo;il g\u00e9n&egrave;re. Ce mus\u00e9e qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent simplement pour la valorisation des civilisations anciennes des pays du Sud, reste avant tout un atout touristique et une promotion de l&rsquo;ingenierie culturelle fran&ccedil;aise, ceci &agrave; nos d\u00e9pens.<\/p>\n<p><strong>Avions-nous les moyens de pr\u00e9server ce patrimoine chez nous ?<\/strong><br \/>Je ne mets pas de c&ocirc;t\u00e9 les questions fondamentales telles que : &quot;si on vous l&rsquo;avait laiss\u00e9, qu&rsquo;en auriez vous fait ? Si on vous le donne aujourd&rsquo;hui, o&ugrave; le garderez-vous ? Comment le conserverez-vous ? Comment ferez-vous pour le verser au patrimoine de l&rsquo;universel ? Ces questions sont l\u00e9gitimes. Il nous appartient de les examiner avec le plus grand s\u00e9rieux et d&rsquo;apporter des r\u00e9ponses claires et plausibles. Nous sommes de plus en plus d&rsquo;Africains &agrave; nous en soucier et &agrave; nous outiller pour y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que la France, ou l&rsquo;Occident en g\u00e9n\u00e9ral, ne profite pas du manque d&rsquo;int\u00e9r&ecirc;t que l&rsquo;on semble observer au Cameroun, par exemple, pour l&rsquo;art ?<\/strong><br \/>Cela est vrai. Il faut des efforts &agrave; trois niveaux. Au niveau des pouvoirs publics, qui devraient avoir une action plus visible, et proposer un vaste projet capable de mobiliser toutes les \u00e9nergies et toutes les contributions au niveau des pays et du continent. Au niveau de l&rsquo;intelligentsia africaine, qui doit conduire un travail d&rsquo;inventaire, un travail d&rsquo;\u00e9ducation, et trouver des proc\u00e9dures pour conserver et promouvoir ce patrimoine. Les op\u00e9rateurs culturels, enfin, ne devant pas tout attendre de l&rsquo;Etat, doivent sensibiliser les collectivit\u00e9s. Il y a des efforts, mais parce qu&rsquo;ils demeurent \u00e9pars, ils manquent d&rsquo;impact et de visibilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le Mus\u00e9e national du Cameroun, tel qu&rsquo;il fonctionne aujourd&rsquo;hui, participe-t-il de cette oeuvre de conservation de notre patrimoine culturel ?<\/strong><br \/>C&rsquo;est un d\u00e9but de r\u00e9ponse, mais est-ce la bonne r\u00e9ponse &agrave; la grande question ? Je le vois comme un initiateur, parce que l&rsquo;enjeu pour nous est de conduire l&rsquo;inventaire de notre patrimoine, c&rsquo;est de multiplier les lieux pour le conserver et pour l&rsquo;exposer. Le Mus\u00e9e national tel qu&rsquo;il appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui est encore une coquille vide, que les autorit\u00e9s de tutelle ont sans doute &agrave; coeur de remplir progressivement. Si nous n&rsquo;y prenons garde, dans 50 ans, notre m\u00e9moire collective ne gardera aucune trace de notre histoire, de notre production mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle qui t\u00e9moigne de notre v\u00e9cu. La question ne se limite donc pas &agrave; un \u00e9tablissement, mais &agrave; une vision globale de la gestion de notre patrimoine. <br \/>Pour ma part, je me propose, dans les jours qui viennent, de contribuer &agrave; mon modeste niveau &agrave; multiplier les initiatives visant &agrave; faire comprendre &agrave; nos concitoyens l&rsquo;importance de la culture dans notre probl\u00e9matique de d\u00e9veloppement et l&rsquo;importance de situer la culture dans le d\u00e9bat citoyen. <\/p>\n<p><u><font size=\"2\"><font color=\"#990000\">Quotidienmutations<\/font><font color=\"#0000ff\"> <\/font><\/font><\/u><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le directeur du centre d&rsquo;art contemporain Africr\u00e9a parle de l&rsquo;importance de la conservation du patrimoine culturel. 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