{"id":15,"date":"2006-05-13T18:55:51","date_gmt":"2006-05-13T16:55:51","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-05-13T18:55:51","modified_gmt":"2006-05-13T16:55:51","slug":"15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/15\/","title":{"rendered":"Africa Panorama"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>PANORAMA DES MUSIQUES AFRICAINES EN FRANCE<br \/>\npar Fran\u00e7ois Bensignor<br \/>\nArticle paru dans la revue Hommes et Migrations [Numero 1191 (Oct 95)]. &#8211; <\/p>\n<p>Africa Panorama<\/p>\n<p>PANORAMA DES MUSIQUES AFRICAINES EN FRANCE<\/p>\n<p>par Fran&ccedil;ois Bensignor<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Article paru dans la revue <strong>Hommes et Migrations<\/strong> [Numero 1191 (Oct 95)].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 80 est apparue comme un slogan la notion de &quot;Paris capitale des musiques du monde&quot;. S&rsquo;il y a quelque chose d&rsquo;exag\u00e9r\u00e9 dans cette formulation, force est de reconna&icirc;tre que de nombreux artistes venus d&rsquo;Afrique francophone ont \u00e9t\u00e9 les artisans d&rsquo;un son nouveau, d&rsquo;une esth\u00e9tique contemporaine de la musique noire, ouverte aux m\u00e9tissages, m&ecirc;me si ancr\u00e9e dans des traditions musicales ancestrales. Les efforts et l&rsquo;addition des talents de musiciens, de professionnels de la musique et des m\u00e9dias ou encore d&rsquo;institutions ont permis &agrave; la cr\u00e9ation africaine d&rsquo;occuper une place de choix sur les march\u00e9s internationaux. Comment ce mouvement s&rsquo;est construit. Qui en ont \u00e9t\u00e9 les principaux acteurs. Quelles en sont les grandes lignes et les perspectives. C&rsquo;est ce que ce dossier voudrait mettre en valeur.<\/p>\n<h3>R\u00c9VEIL DIFFICILE<\/h3>\n<p>Si l&rsquo;on remonte aux ann\u00e9es 50-60, il est clair que les musiques africaines sont quasiment inconnues du grand public fran&ccedil;ais. L&rsquo;exotisme colonial a sans doute exhib\u00e9 quelques artistes noirs &agrave; titre de curiosit\u00e9, mais les circuits fran&ccedil;ais s&rsquo;int\u00e9ressent essentiellement &agrave; des spectacles de ballets. Celui de Ke&iuml;ta Fodeba est le premier &agrave; faire une tourn\u00e9e en Europe &agrave; la fin des ann\u00e9es 50. Pour le reste, la barri&egrave;re \u00e9lev\u00e9e par la culture coloniale entre les mondes pr\u00e9tendus &quot;civilis\u00e9&quot; et &quot;sauvage&quot; est encore fortement r\u00e9sistante.<\/p>\n<p>Francis Bebey, \u00e9crivain, po&egrave;te, musicien d&rsquo;origine camerounaise, en t\u00e9moigne&nbsp;: &quot;<em>Pendant la p\u00e9riode coloniale, on m&rsquo;avait appris &agrave; ignorer, et m&ecirc;me &agrave; d\u00e9tester ces musiques qu&rsquo;on appelait alors  et qui, m&rsquo;assurait-on, n&rsquo;avaient . C&rsquo;\u00e9tait le temps o&ugrave;, dans les \u00e9coles, dans les \u00e9glises des missions \u00e9vang\u00e9liques, on nous faisait comprendre que pour devenir des hommes instruits et civilis\u00e9s, nous ne devions nous int\u00e9resser qu&rsquo;&agrave; une seule musique, celle qui venait d&rsquo;Europe.<\/em>&quot;<\/p>\n<p>En faisant des musiques de village un objet d&rsquo;\u00e9tudes, les ethnologues contribueront bient&ocirc;t &agrave; r\u00e9habiliter la science musicale des populations africaines. Mais c&rsquo;est sans doute plus &agrave; travers l&rsquo;attention port\u00e9e aux mouvements d&rsquo;\u00e9mancipation des Noirs am\u00e9ricains que s&rsquo;\u00e9veille progressivement l&rsquo;int\u00e9r&ecirc;t des Europ\u00e9ens pour la cr\u00e9ation musicale populaire contemporaine d&rsquo;Afrique.<\/p>\n<p>&Agrave; cette \u00e9poque &#8212;&nbsp;c&rsquo;est un lieu commun&nbsp;&#8212; tout ce qui vient d&rsquo;Am\u00e9rique fascine&nbsp;: jazz, rhythm &amp; blues, soul&#8230; Or d&egrave;s la fin d&egrave;s ann\u00e9es 50, la musique sud-africaine a trouv\u00e9 des relais parmi la communaut\u00e9 noire militante des \u00c9tats Unis et notamment aupr&egrave;s de vedettes comme Harry Belafonte. Des airs, des rythmes circulent. La coutume du moment veut que l&rsquo;on adapte pour le public fran&ccedil;ais les chansons am\u00e9ricaines. Certains artistes fous de jazz op&egrave;rent ainsi une sorte de recyclage intelligent. Gainsbourg, en 1964, emprunte des rythmes africains pour son album <em>Gainsbourg Percussions<\/em>. Henri Salvador, amateur de clich\u00e9s et de belles m\u00e9lodies, donne sa version d&rsquo;un air d&rsquo;Afrique du Sud, &lt;&lt;<em>Le Lion est mort ce soir<\/em>&gt;&gt;. Nougaro chante d\u00e9j&agrave; &lt;&lt;<em>L&rsquo;amour sorcier<\/em>&gt;&gt; en 1965, avant de faire \u00e9clater, huit ans plus tard sur la sc&egrave;ne du Th\u00e9&acirc;tre de la Ville, les percussions de l&rsquo;ivoirien Youla Fod\u00e9 au rythme de sa &lt;&lt;<em>Locomotive d&rsquo;Or<\/em>&gt;&gt;. <\/p>\n<p>Pendant ce temps, Manu Dibango, hant\u00e9 par ses h\u00e9ros, Armstrong, Basie, Miles Davis, Parker, Coltrane, se demande avec son ami et compatriote Francis Bebey comment inventer une musique o&ugrave; l&rsquo;Afrique retrouverait l&rsquo;Occident. Dibango vit comme \u00e9cartel\u00e9 entre deux mondes qui ne se connaissent pas. Depuis la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1956, il \u00e9volue dans le tourbillon de la musique congolaise &agrave; Bruxelles. Avec ses deux c\u00e9l&egrave;bres clubs, Le Tabou et les Anges Noirs, la capitale belge est le haut lieu o&ugrave; s\u00e9journent et se produisent les vedettes du futur Za&iuml;re. L&rsquo;une d&rsquo;elle, Joseph Kabas\u00e9l\u00e9, va faire danser toute l&rsquo;Afrique rendue aux Africains avec &lt;&lt;<em>Ind\u00e9pendance Cha-Cha<\/em>&gt;&gt;. &Agrave; Bruxelles, il prend le jeune Camerounais sous sa coupe et l&rsquo;int&egrave;gre &agrave; son orchestre, L&rsquo;African Jazz, dans lequel d&rsquo;autres vedettes comme Tabu Ley Rochereau ont fait leurs premi&egrave;res armes. \u00c9trangement, alors que la musique congo-za&iuml;roise produit des merveilles pour l&rsquo;Afrique et toutes ses diasporas, g\u00e9n\u00e9rant une v\u00e9ritable \u00e9conomie, elle ne sort pas d&rsquo;un circuit sp\u00e9cifique, totalement s\u00e9par\u00e9 de celui des vari\u00e9t\u00e9s occidentales.<\/p>\n<p>De retour &agrave; Paris, le constat est amer pour Manu&nbsp;: &quot;<em>Chanter africain est alors une mission impossible. Les Africains que j&#8217;embauche s&rsquo;y refusent obstin\u00e9ment. Ils veulent se faire passer pour des Am\u00e9ricains et ne chanter qu&rsquo;en anglais. T&ecirc;tu, je glisse dans le r\u00e9pertoire , un de mes premiers morceaux interpr\u00e9t\u00e9s en douala. Il fait partie des disques que nous enregistrons alors pour le rayon export de Phonogram<\/em>&quot;, \u00e9crit-il sur son travail personnel de 1965 (1). L&rsquo;ann\u00e9e suivante, et pour trois ans, il devient l&rsquo;accompagnateur f\u00e9tiche de Nino Ferrer, dont l&rsquo;un des succ&egrave;s clame&nbsp;: &lt;&lt;<em>Je voudrais &ecirc;tre un Noir<\/em>&gt;&gt;&#8230; <\/p>\n<p>Les grands mouvements sociaux de la fin des ann\u00e9es 60 auront une influence d\u00e9cisive sur l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qui pr\u00e9vaut dans les relations culturelles Nord-Sud. L&rsquo;Afrique d&rsquo;apr&egrave;s les ind\u00e9pendances s&rsquo;est invent\u00e9 des orchestres modernes avec des instruments occidentaux, des bals populaires et de nouvelles musiques teint\u00e9es de sons pop-rock et latino-am\u00e9ricains. Mais aux \u00c9tats Unis, les activistes noirs font un retour d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 &agrave; la pens\u00e9e et &agrave; l&rsquo;action sauvages. Le jazz devient free-jazz. Les mouvements africanistes dessinent une autre Afrique, creuset de toutes racines, espace mythique qui attend le retour des peuples d\u00e9plac\u00e9s.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;en ao&ucirc;t 1969 il d\u00e9barque avec son orchestre &agrave; Los Angeles, Fela tombe des nues. Son \u00e9ducation dans une famille ais\u00e9e d&rsquo;intellectuels nig\u00e9rians, puis &agrave; l&rsquo;universit\u00e9 de Londres ne l&rsquo;a nullement pr\u00e9par\u00e9 &agrave; ce qu&rsquo;il d\u00e9couvre aupr&egrave;s de Sandra Smith, jeune et jolie militante du partie des Panth&egrave;res Noires. &quot;<em>C&rsquo;est elle qui m&rsquo;a ouvert les yeux. Je le jure, man&nbsp;! C&rsquo;est elle qui m&rsquo;a parl\u00e9 de&#8230; l&rsquo;Afrique. Pour la premi&egrave;re fois, j&rsquo;entendais des choses que je n&rsquo;avais jamais entendues auparavant &agrave; propos de l&rsquo;Afrique&nbsp;! Sandra \u00e9tait en quelque sorte mon conseiller. Elle me parlait de politique et de l&rsquo;histoire des peuples noirs. Elle m&rsquo;a appris ce qu&rsquo;elle savait, ce qui m&rsquo;a permis de d\u00e9marrer<\/em>.&quot; (2) &Agrave; la lecture de l&rsquo;autobiographie de Malcolm X, Fela a une r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;: la musique qu&rsquo;il a jou\u00e9 jusque l&agrave; n&rsquo;a rien d&rsquo;africain. Il se met donc &agrave; travailler furieusement pour changer cela. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il construit progressivement son fameux afro-beat, un style qui va r\u00e9volutionner la cr\u00e9ation musicale en Afrique.<\/p>\n<h3>SOUL MAKOSSA<\/h3>\n<p>Tout au long des ann\u00e9es 70, en Europe, des musiciens africains travaillent &agrave; construire des styles, des identit\u00e9s musicales nouvelles. Le processus s&rsquo;op&egrave;re en petits comit\u00e9s, de mani&egrave;re souterraine. Avant que les oeuvres n&rsquo;acqui&egrave;rent un droit de cit\u00e9 sur la sc&egrave;ne internationale, il leur faut vaincre l&rsquo;inertie de d\u00e9cideurs du show business, dont bien souvent la morgue n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gal que le manque de curiosit\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;illustre parfaitement l&rsquo;histoire du premier tube africain, &lt;&lt;<em>Soul Makossa<\/em>&gt;&gt;.<\/p>\n<p>Manu Dibango le compose au Cameroun en 1971. En vue de la huiti&egrave;me Coupe des Tropiques pr\u00e9vue &agrave; Yaound\u00e9 en 1972, le ministre des Sports a accept\u00e9 de lui financer l&rsquo;enregistrement d&rsquo;un hymne &agrave; la gloire de l&rsquo;\u00e9quipe de football nationale. Muni d&rsquo;un million de francs CFA, Manu fait son 45 tours&nbsp;: l&rsquo;hymne en face A et en face B &lt;&lt;<em>Soul Makossa<\/em>&gt;&gt;. L&rsquo;\u00e9quipe du Cameroun battue, le disque est enterr\u00e9. <\/p>\n<p>&Agrave; l&rsquo;automne 1972, sur le nouvel album enregistr\u00e9 pour la section Afrique des productions Decca, repara&icirc;t &lt;&lt;<em>Soul Makossa<\/em>&gt;&gt;. Parall&egrave;lement, le 45 tours de la Coupe est parti aux \u00c9tats Unis dans les bagages de producteurs-&quot;activistes&quot; noirs am\u00e9ricains. Ils vont en faire un tube outre-Atlantique. &quot;<em>Les commandes am\u00e9ricaines chez Decca gonflent en une dizaine de jours&nbsp;: cinq mille exemplaires, bient&ocirc;t trente mille. Cela devrait \u00e9veiller la curiosit\u00e9 de la direction. M&ecirc;me pas. Un Africain de Douala ne peut pas faire un tube international. Le paternalisme vit encore de beaux restes<\/em>&quot;, \u00e9crit Manu (3). Pourtant, l&rsquo;engouement est tel aux \u00c9tats Unis qu&rsquo;il va d\u00e9bouch\u00e9 sur un contrat avec le prestigieux label new yorkais Atlantic, deux ann\u00e9es de succ&egrave;s sur les sc&egrave;nes am\u00e9ricaines et des ventes de disques s&rsquo;\u00e9levant &agrave; deux millions d&rsquo;exemplaires. <\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de &lt;&lt;<em>Soul Makossa<\/em>&gt;&gt; ne serait pas compl&egrave;te si l&rsquo;on n&rsquo;en retra&ccedil;ait la plus r\u00e9cente aventure. Dans son album de 1982, <em>Thriller<\/em>, qui fera de lui un ph\u00e9nom&egrave;ne plan\u00e9taire avec plus de 40 millions d&rsquo;exemplaires vendus en cinq ans, Michael Jackson reprend, sur le titre d&rsquo;ouverture &lt;&lt;<em>Wanna Be Starting Something<\/em>&gt;&gt;, le c\u00e9l&egrave;bre refrain &quot;<em>Ma ma ma, Ma ma sa, Ma ma makossa<\/em>&quot;, sans en demander l&rsquo;autorisation &agrave; son auteur. Manu Dibango intentera un proc&egrave;s et ses avocats obtiendront gain de cause apr&egrave;s plusieurs ann\u00e9es de tractations. L&rsquo;affaire se r\u00e9glera &agrave; l&rsquo;amiable, moyennant une somme sans doute rondelette, sur laquelle Manu saura rester discret.<\/p>\n<h3>FLEUR DE LA MARGE<\/h3>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 70, alors que s&rsquo;essouffle la cr\u00e9ativit\u00e9 pop-rock, que la disco ternit l&rsquo;\u00e9toile des musiques noires am\u00e9ricaines, dans les laboratoires de la marge, on est en qu&ecirc;te de sons nouveaux, plus authentiques. Conduit par son proph&egrave;te Bob Marley, le reggae prend le relais de la soul engag\u00e9e des ann\u00e9es 60 vis &agrave; vis de tous ceux pour qui la musique, si elle doit faire danser, doit aussi aider &agrave; r\u00e9fl\u00e9chir et &agrave; lutter contre l&rsquo;oppression. &Agrave; Londres, \u00e9migr\u00e9s jama&iuml;cains, ghan\u00e9ens et nig\u00e9rians font se c&ocirc;toyer ska, highlife, tambours juju et afro-beat. Osibisa, groupe constitu\u00e9 essentiellement de Ghan\u00e9ens, invente un style percutant, m\u00e9lange de highlife et de rock. Ils seront les premiers Africains &agrave; s&rsquo;imposer sur les grandes sc&egrave;nes pop-rock europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>&Agrave; Paris, la r\u00e9putation de West African Cosmos (WAC) grandit dans les milieux avis\u00e9s. Emmen\u00e9 par le chanteur percussionniste Umba&ntilde; U Kset et le guitariste Wazis Diop, ce groupe concocte une sorte d&rsquo;afro-jazz-rock original. Son unique album sort en 1976 chez CBS, dans la collection Marginal &quot;<em>cr\u00e9\u00e9e pour faire conna&icirc;tre diff\u00e9rents courants de musiques et de chansons situ\u00e9s  d&rsquo;une expression traditionnelle<\/em>&quot;. Cette formation verra passer quelques futurs piliers du son africain de Paris. Wazis Diop, qui empruntera un itin\u00e9raire tr&egrave;s personnel. Yebga, le saxophoniste, que l&rsquo;on retrouvera plus tard aupr&egrave;s de Ray Lema. Alain &quot;Loy&quot; Ehrlich aux claviers, qui jouera un r&ocirc;le non n\u00e9gligeable dans l&rsquo;aventure Tour\u00e9 Kunda. Isma&euml;l Tour\u00e9, lui-m&ecirc;me, fondateur de Tour\u00e9 Kunda, qui a particip\u00e9 au WAC apr&egrave;s son arriv\u00e9e en France en 1975.<\/p>\n<p>D&egrave;s 1974 s&rsquo;installent &agrave; Paris les premier magasins sp\u00e9cialis\u00e9s en musiques africaines, comme Afric Music (4). Quatre ans plus tard, Mamadou Kont\u00e9 cr\u00e9e le premier \u00e9v\u00e9nement sc\u00e9nique qui leur soit consacr\u00e9. D\u00e9barqu\u00e9 en France en 1965, venu de Dakar, ce Malien naturalis\u00e9 S\u00e9n\u00e9galais a commenc\u00e9 son parcours fran&ccedil;ais comme \u00e9migr\u00e9s &quot;de base&quot;. Il a pass\u00e9 dix ans comme ouvrier, d\u00e9butant balayeur dans une usine m\u00e9tallurgique. En 68, il se politise, se syndique &agrave; la CGT. Arriv\u00e9 illettr\u00e9, il apprend &agrave; lire et &agrave; \u00e9crire aupr&egrave;s de ses amis militants. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, il fonde successivement l&rsquo;Organisation politique r\u00e9volution Afrique, puis une f\u00e9d\u00e9ration de locataires immigr\u00e9s de la r\u00e9gion parisienne. C&rsquo;est &agrave; travers cette derni&egrave;re qu&rsquo;il aborde le monde de la musique.<\/p>\n<p>&quot;<em>En 1976, Fran&ccedil;ois B\u00e9ranger donnait une s\u00e9rie de concerts au Th\u00e9&acirc;tre G\u00e9rard-Philipe de Saint-Denis. &Agrave; la fin, je l&rsquo;ai rencontr\u00e9. Il acceptait de donner un gala de soutien &agrave; notre f\u00e9d\u00e9ration ; il a m&ecirc;me pay\u00e9 les affiches. En juillet 1976, j&rsquo;ai organis\u00e9 mon premier concert avec lui, Pierre Akendengu\u00e9; et le Ballet Lemba &agrave; l&rsquo;affiche. En 1978, deuxi&egrave;me concert avec B\u00e9ranger encore, et au fur et &agrave; mesure d&rsquo;autres artistes venaient jouer pour rien, comme Bernard Lavilliers, Claude Nougaro, Au Bonheur des Dames, Djamel Allam&#8230;<\/em>&quot;, dit Mamadou Kont\u00e9 &agrave; Bouziane Daoudi (5). En 1979, Fran&ccedil;ois B\u00e9ranger immortalisera sa rencontre avec le fondateur d&rsquo;Africa F&ecirc;te &agrave; travers sa chanson &lt;&lt;<em>Mamadou m&rsquo;a Dit<\/em>&gt;&gt;, son deuxi&egrave;me tube radio, dix ans apr&egrave;s &lt;&lt;<em>Tranche de Vie<\/em>&gt;&gt;, le premier.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 80 feront d&rsquo;Africa F&ecirc;te un rendez-vous incontournable, o&ugrave; m\u00e9dias, professionnels et grand public d\u00e9couvriront toutes les grandes vedettes africaines contemporaines. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement essaimera en Am\u00e9rique et en Afrique. Toujours sur la br&ecirc;che de l&rsquo;action culturelle et des rencontres musicales, Mamadou Kont\u00e9, apr&egrave;s avoir \u00e9t\u00e9, entre autres, le manager de Salif Ke&iuml;ta, a fond\u00e9 &agrave; Dakar le Centre d&rsquo;Action Culturelle Tringa et poursuit ses efforts pour mettre en place un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9changes culturels interafricains.<\/p>\n<p>Parmi les pionniers, Pierre Akendengu\u00e9; a connu un parcours assez atypique. \u00c9tudiant en France depuis 1964, il s&rsquo;illustre au Petit Conservatoire de Mireille, o&ugrave; il est entr\u00e9 en 1967. Sept ans plus tard, avec l&rsquo;\u00e9quipe des productions Saravah&nbsp;&#8212; fond\u00e9es par Pierre Barouh gr&acirc;ce au succ&egrave;s de la musique qu&rsquo;il a \u00e9crite pour <em>Un homme et une femme<\/em>, le film de Claude Lelouch&nbsp;&#8212; l&rsquo;auteur-compositeur-interpr&egrave;te gabonais va se forger en France une image de doux po&egrave;te-chanteur, militant de l&rsquo;unit\u00e9 africaine. Il n&rsquo;en recherche pas moins, &agrave; travers orchestrations et arrangements pour ses compositions destin\u00e9es au march\u00e9 africain, un son capable d&rsquo;\u00e9voquer &agrave; la fois les cultures africaine et fran&ccedil;aise, qui selon lui &quot;<em>se superposent mais ne s&rsquo;assimilent pas<\/em>&quot;.<\/p>\n<p>L&rsquo;album <em>Mando<\/em> figure l&rsquo;aboutissement tr&egrave;s convaincant de ce travail. Il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de tous les moyens des productions CBS et de la sensibilit\u00e9 du compositeur Hugues de Courson, alors son directeur artistique. Sortie en 1983, quatre ans avant <em>Soro<\/em> de Salif Ke&iuml;ta, <em>Mando<\/em> contient tous les ingr\u00e9dients qui subjugueront le public de Salif. Pourtant, trop visionnaire ou mal commercialis\u00e9 par la multinationale, ce disque passera relativement inaper&ccedil;u. Dix ans plus tard, rentr\u00e9 au Gabon, Akendengu\u00e9 retrouve De Courson pour l&rsquo;aventure musicale insolite de Lambarena. Il s&rsquo;agit d&rsquo;unir, dans l&rsquo;harmonie et le respect mutuel, les musiques sacr\u00e9es de Jean-S\u00e9bastien Bach et celles de la for&ecirc;t gabonaise. Cette oeuvre de commande, &agrave; laquelle ont contribu\u00e9 cent cinquante musiciens gabonais et fran&ccedil;ais, est une r\u00e9ussite magistrale, r\u00e9alis\u00e9e tout en finesse.<\/p>\n<h3>LES AVANT-GARDES<\/h3>\n<p>En pr\u00e9curseur, Manu Dibango avait lanc\u00e9 Afro-music, premier magazine sp\u00e9cialis\u00e9, qui se voulait &quot;<em>le lien, le ciment entre le vaste gisement musical de l&rsquo;Afrique et tous les courants de la sc&egrave;ne mondiale<\/em>.&quot; C&rsquo;\u00e9tait encore trop t&ocirc;t&nbsp;: la publication s&rsquo;arr&ecirc;tera en octobre 1978, apr&egrave;s vingt deux mois d&rsquo;existence. Son r\u00e9dacteur en chef, Jean-Jacques Dufayet, n&rsquo;en d\u00e9marrera pas moins, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, une chronique r\u00e9guli&egrave;re intitul\u00e9e &quot;Afriques&quot; dans Rock &amp; Folk, alors la bible des amateurs de musiques qui bougent. Il y \u00e9voque finalement assez peu la cr\u00e9ation africaine, encore trop mal connue du public. Mais une grande place est faite aux musiques des Cara&iuml;bes, comme la salsa et surtout le reggae, dont la perc\u00e9e internationale s&rsquo;amplifie &agrave; partir de Londres, plaque tournante des modes musicales europ\u00e9ennes. Responsable des programmes musicaux de Radio France Internationale (RFI) dans les ann\u00e9es 80, Dufayet y dirige aujourd&rsquo;hui le service des productions internationales.<\/p>\n<p>L&rsquo;atmosph&egrave;re qui entoure l&rsquo;alternance politique de 1981 va s&rsquo;av\u00e9rer fortement stimulante pour le d\u00e9clenchement de la vogue des musiques africaines en France. Ouverture et altruisme sont de mise. Dans ses pages culturelles, le quotidien Lib\u00e9ration offre une place non n\u00e9gligeable aux expressions musicales m\u00e9tiss\u00e9es. Philippe Conrath et R\u00e9my Kolpa-Kopoul, bient&ocirc;t \u00e9paul\u00e9s par Achille Ngoye, couvrent avec passion l&rsquo;information dans ce secteur. La nouvelle formule d&rsquo;Actuel, lanc\u00e9e par Jean-Fran&ccedil;ois Bizot, n&rsquo;est pas en reste, notamment avec les articles de Jean-Jacques Mandel. Le magazine branch\u00e9 donnera naissance &agrave; Radio Nova, o&ugrave; l&rsquo;exquise Bintou est toujours &agrave; l&rsquo;aff&ucirc;t des nouveaux talents. Bernard Loupias signe d&rsquo;excellents papiers dans Le Matin de Paris. Quelques journalistes ind\u00e9pendants \u00e9pousent la cause des musiques africaines d&rsquo;une mani&egrave;re quasi-militante&nbsp;: Frank Tenaille, l&rsquo;auteur de cet article et bient&ocirc;t H\u00e9l&egrave;ne Lee, alors grande sp\u00e9cialiste du reggae jama&iuml;cain. Plus tard, Patrick Labesse, Luigi Elongi et quelques autres apporteront leurs propres sensibilit\u00e9s. RFI ne manque pas de d\u00e9couvreurs passionn\u00e9s&nbsp;: le regrett\u00e9 Gilles Obringer et sa productrice, Mich&egrave;le &quot;La Gazelle&quot; Lahana, Sylvie Coma, longtemps charg\u00e9e du concours D\u00e9couvertes, dirig\u00e9 par Fran&ccedil;oise Ligier&#8230; Du c&ocirc;t\u00e9 des radios libres s&rsquo;ouvrent aussi des espaces de diffusion. Nago Seck, coauteur avec Sylvie Clerfeuille du guide Bordas <em>Les musiciens du beat africain<\/em>, anime notamment des \u00e9missions sp\u00e9cialis\u00e9es sur Radio Tomate, Gilda, Fr\u00e9quence Libre&#8230;<\/p>\n<p>En mars 1981, pour son premier passage en France, Fela focalise l&rsquo;attention de tous. Sa musique enivrante, sa r\u00e9putation sulfureuse, son aura d&rsquo;opposant politique en conflit ouvert avec le gouvernement de son pays, qui tente de le museler &agrave; coup d&rsquo;interventions polici&egrave;res muscl\u00e9es et de d&#8217;emprisonnements, sont autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui cr\u00e9ent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Neuf mille personnes affluent &agrave; son concert sous le chapiteau de l&rsquo;Hippodrome de Pantin. Atmosph&egrave;re lourde, rythmiques implacables, saxos en \u00e9clats et ce jeu in\u00e9dit des danseuses-choristes que Fela a \u00e9pous\u00e9es toutes ensemble &#8212; vingt sept &agrave; la fois&nbsp;&#8212; en f\u00e9vrier 1978, en partie pour \u00e9viter les tracasseries judiciaires que voulaient leur faire subir les autorit\u00e9s nig\u00e9rianes&#8230;<\/p>\n<p>Sa venue a \u00e9t\u00e9 orchestr\u00e9e par une \u00e9quipe de jeunes Fran&ccedil;ais passionn\u00e9s d&rsquo;Afrique, r\u00e9unie autour des fr&egrave;res Meppiel. Ils agissent en dehors du showbiz \u00e9tabli. Au Nigeria, les deux fr&egrave;res ont travaill\u00e9 comme plongeurs sous-marin sur des plates-formes de p\u00e9trole offshore. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils ont connu Fela dans son club, le Shrine, &agrave; Lagos. Sa personnalit\u00e9, sa musique les ont fascin\u00e9, comme un autre Fran&ccedil;ais, Francis Kertekian. Lui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 &agrave; Lagos pour coordonner le d\u00e9blocage du port, totalement engorg\u00e9. Avec un syst&egrave;me de navettes de barges, il doit faire d\u00e9charger les cargos, oblig\u00e9s de rester au mouillage dans la rade. Martin Meppiel deviendra le manager des tourn\u00e9es de Fela en Europe. Sur l&rsquo;argument d&rsquo;un film tourn\u00e9 avec son fr&egrave;re, le groupe Ghetto Blaster est cr\u00e9\u00e9 &agrave; Lagos, r\u00e9unissant des musiciens fran&ccedil;ais et nig\u00e9rians. Il poursuivra en France une carri&egrave;re cahotique. Willy N&rsquo;For, son leader artistique, va devenir le bassiste attitr\u00e9 de Mory Kant\u00e9 lors de sa p\u00e9riode la plus faste. Aujourd&rsquo;hui, apr&egrave;s un bel album solo, il a rejoint l&rsquo;\u00e9quipe de Manu Dibango. Quant &agrave; Francis Kertekian, promu \u00e9diteur de Fela, il monte d&rsquo;abord un petit bureau boulevard du Montparnasse, o&ugrave; il installe sa structure, Yaba Music, qui assurera bient&ocirc;t le management et la production de Fela.<\/p>\n<p>Les petits bureaux de Yaba et ceux d&rsquo;Africa F&ecirc;te&nbsp;&#8212; d&rsquo;abord un espace pr&ecirc;t\u00e9 par les production de L&rsquo;Escargot, puis un petit magasin rue Germain-Pilon &agrave; Pigalle&nbsp;&#8212; jouent le r&ocirc;le de creuset des musiques africaines. La carri&egrave;re internationale de Mory Kant\u00e9 est n\u00e9e dans le premier, celle de Salif Ke&iuml;ta dans le second. Martin Meissonnier, producteur des deux premi&egrave;res tourn\u00e9es de Fela, puis directeur artistique du roi de la juju music nig\u00e9riane, King Sunny Ad\u00e9, a eu le premier pour port d&rsquo;attache lors de ses p\u00e9r\u00e9grinations entre Lagos, Londres et New York. Yaba a fait sa devise de la phrase de Fela &quot;<em>La musique est l&rsquo;arme du futur<\/em>&quot;. Et Francis Kertekian deviendra directeur de la maison de disques Just&rsquo;in que rach&egrave;tera la Fnac. Son associ\u00e9, Pascal Imbert, s&rsquo;occupe aujourd&rsquo;hui des tourn\u00e9es am\u00e9ricaines d&rsquo;Africa F&ecirc;te en collaboration avec Jean Karakos, directeur de Cellulo&iuml;d USA. Quant &agrave; Martin Meissonnier, apr&egrave;s avoir \u00e9t\u00e9 le producteur artistique d&rsquo;un certain nombre de stars, comme Ray L\u00e9ma, Manu Dibango, Papa Wemba ou Amina, sa compagne, il a r\u00e9ussi l&rsquo;exploit de faire exister durant plusieurs ann\u00e9es la seule \u00e9mission r\u00e9guli&egrave;re sur les musiques du monde &agrave; la t\u00e9l\u00e9vision fran&ccedil;aise, M\u00e9gamix.<\/p>\n<h3>L&rsquo;EXPLOSION TOUR\u00c9 KUNDA<\/h3>\n<p>Le catalyseur du courant qui se pr\u00e9pare en coulisses depuis des ann\u00e9es, le d\u00e9fricheur artistique de la sc&egrave;ne fran&ccedil;aise, c&rsquo;est Tour\u00e9 Kunda. &Agrave; la fin des ann\u00e9es 70, il ne s&rsquo;agit encore que d&rsquo;une affaire de foyers pour \u00e9migr\u00e9s, de gal&egrave;res temporaires, de t&acirc;tonnements esth\u00e9tiques. En 1985-86, le ph\u00e9nom&egrave;ne est &agrave; son apog\u00e9e&nbsp;: disques d&rsquo;or, concerts devant cinq, dix, quinze voire trente mille personnes&nbsp;; tapis rouge dans les m\u00e9dias, TF1 en t&ecirc;te&nbsp;; r\u00e9ceptions officielles en France du ministre Jack Lang, au S\u00e9n\u00e9gal du pr\u00e9sident Abdou Diouf&#8230; L&rsquo;ambition qui a pouss\u00e9 Isma&euml;l &agrave; s&rsquo;\u00e9tablir &agrave; Paris est combl\u00e9e au-del&agrave; de ses esp\u00e9rances.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1977 qu&rsquo;il a demand\u00e9 &agrave; son demi-fr&egrave;re Sixu de le rejoindre. Ils b&acirc;clent un premier disque en 1979 sous le nom de Isma&euml;l do Sixu. Un second, <em>Em&rsquo;ma Africa<\/em>, est enregistr\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Les bases rythmique sont faites &agrave; Londres, dans le style reggae jama&iuml;cain, par une partie des membres de Matumbi, groupe africain r\u00e9put\u00e9 &agrave; l&rsquo;\u00e9poque. Les arrangements sont \u00e9labor\u00e9s &agrave; Paris par le guitariste Jean-Claude Bonaventure et le bassiste Chico Dru, qui forment avec les fr&egrave;res, puis le batteur Michel Abissihra, le noyau de base du groupe Tour\u00e9 Kunda. <\/p>\n<p>Peu apr&egrave;s la sortie du second album, Amadou Tour\u00e9, l&rsquo;a&icirc;n\u00e9 qui a initi\u00e9 &agrave; la musique Isma&euml;l et Sixu, quitte l&rsquo;orchestre national de Mauritanie pour les rejoindre. Leur formation se taille une solide r\u00e9putation dans les clubs. Mais, le 25 janvier 1983, lors d&rsquo;un nouvel engagement &agrave; la Chapelle des Lombards &agrave; Paris, Amadou meurt, victime d&rsquo;une crise cardiaque. Le choc est terrible pour le groupe. Pourtant sa d\u00e9termination &agrave; r\u00e9ussir s&rsquo;en trouvera renforc\u00e9e. L&rsquo;arriv\u00e9e du jeune fr&egrave;re Ousmane, lui aussi ex-membre de l&rsquo;orchestre national mauritanien, co&iuml;ncide avec une direction tr&egrave;s &quot;&agrave; l&rsquo;am\u00e9ricaine&quot; donn\u00e9e au nouveau show.<\/p>\n<p>Le succ&egrave;s de Tour\u00e9 Kunda n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l&rsquo;accompagnement professionnel qui a permis de construire la carri&egrave;re du groupe. Ses six premiers albums sont produits par Cellulo&iuml;d, petit label dirig\u00e9 en France par Gilbert Castro, dont la maison de distribution, M\u00e9lodie, affiche aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des plus importants catalogues de musiques africaines, tous pays et tous genres confondus.<\/p>\n<p>Autre artisan indispensable du succ&egrave;s de l&rsquo;exp\u00e9rience, Olivier Hollard, qui devient manager du groupe &agrave; l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1982. Convaincu que Tour\u00e9 Kunda est de l&rsquo;\u00e9toffe des stars, il prend le risque d&rsquo;investir dans un mat\u00e9riel de sc&egrave;ne professionnel co&ucirc;teux. La soci\u00e9t\u00e9 Tour\u00e9 Kunda est fond\u00e9e pour \u00e9diter les oeuvres et produire les concerts. Autre prise de risques radicale et d\u00e9cisive de Hollard&nbsp;: &quot;<em>Au lieu de produire un album par an et d&rsquo;attendre que le premier soit vendu pour en faire un autre, on a commenc\u00e9 par en produire trois d&rsquo;affil\u00e9e, dans trois styles diff\u00e9rents, sur une p\u00e9riode de quatorze mois&nbsp;: <\/em>Amadou Tilo,<em> qui devait s&rsquo;installer dans les bacs pop-rock. <\/em>Casamance au Clair de Lune<em>, pour satisfaire l&rsquo;esprit puriste des amateurs de musique traditionnelle. Et le double<\/em> Live Paris-Ziguichor,<em> qui ent\u00e9rinait les succ&egrave;s sc\u00e9niques et la reconnaissance du public africain.<\/em>&quot; Sans ce pari extr&ecirc;me et volontariste, la carri&egrave;re de Tour\u00e9 Kunda n&rsquo;aurait sans doute jamais atteint le niveau de succ&egrave;s international (Europe, \u00c9tats Unis, Japon) auquel elle est parvenue dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 80.<\/p>\n<p>D\u00e9fections successives du manager et des musiciens, dissensions entre les fr&egrave;res, il semble que les membres de la famille \u00c9l\u00e9phant aient pay\u00e9 cher la ran&ccedil;on d&rsquo;une gloire qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais imagin\u00e9 si soudaine et si fastueuse. Restent de chouettes souvenirs avec leur lot de r&ecirc;ves bris\u00e9s.<\/p>\n<h3>UNE CHA&Icirc;NE DE SOLIDARIT\u00c9S<\/h3>\n<p>La br&egrave;che ouverte par Tour\u00e9 Kunda constitue un v\u00e9ritable appel d&rsquo;air pour des dizaines d&rsquo;artistes africains, qui voient enfin se dessiner pour leur musique une \u00e9bauche de march\u00e9 hors des circuits communautaires particuli&egrave;rement \u00e9troits et d\u00e9sargent\u00e9s. Parmi les habitu\u00e9s des petits concerts et des clubs, citons Apartheid Not, tenant du reggae &agrave; l&rsquo;africaine, M&rsquo;Bamina qui joue une sorte de rumba-pop-rock, ou Xalam avec son afro-jazz sur percussions s\u00e9n\u00e9galaises. Tous sont les artisans sinc&egrave;res du &quot;m\u00e9tissage musicale&quot;, concept phare des ann\u00e9es 80. Bien \u00e9paul\u00e9 par Mamadou Kont\u00e9, Xalam est \u00e9galement l&rsquo;exemple d&rsquo;une cha&icirc;ne unie de solidarit\u00e9s &agrave; l&rsquo;africaine.<\/p>\n<p>Parti de Dakar en qu&ecirc;te de nouveaux publics, le jeune groupe avait pu se monter gr&acirc;ce au premier Xalam, l&rsquo;orchestre des a&icirc;n\u00e9s musiciens professionnels. Ces derniers ont fourni mat\u00e9riel et b\u00e9n\u00e9dictions aux jeunes qui les admiraient. En France, le Xalam deuxi&egrave;me du nom vit en communaut\u00e9. Tous ses gains sont partag\u00e9s \u00e9quitablement entre ses membres. Une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie pr\u00e9side &agrave; chaque prise de d\u00e9cision importante pour sa carri&egrave;re. Bien que particuli&egrave;rement forte, la personnalit\u00e9 du leader, Prosper Niang&nbsp;&#8212; un &ecirc;tre irr\u00e9sistiblement attrayant, intelligent et sympathique&nbsp;&#8212; n&rsquo;a jamais occult\u00e9 l&rsquo;identit\u00e9 du groupe. Sa mort pr\u00e9matur\u00e9e en 1988 conduit le jeune Abdul Paris Niane a rebaptiser H\u00e9ritage Productions le Fan&rsquo;s Club Xalam qu&rsquo;il a mont\u00e9 un an plus t&ocirc;t &agrave; Dakar. Gr&acirc;ce &agrave; son travail suivi de soutien et d&rsquo;aide &agrave; la diffusion des nouveaux talents de la sc&egrave;ne s\u00e9n\u00e9galaise, H\u00e9ritage Productions obtient de devenir en 1994 l&rsquo;antenne dakaroise de R\u00e9seau Printemps. La structure est charg\u00e9e d&rsquo;organiser chaque ann\u00e9e un concours national de s\u00e9lection, afin d&rsquo;\u00e9lire un jeune groupe qui repr\u00e9sentera le S\u00e9n\u00e9gal au Printemps de Bourges. Au-del&agrave; des modes et des individus, l&rsquo;histoire de Xalam s&rsquo;inscrit ainsi dans une continuit\u00e9 au service de la promotion de la jeune sc&egrave;ne s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des musiques africaines en France est \u00e9galement soutenue par un ensemble d&rsquo;intervenants venus d&rsquo;horizons multiples&nbsp;: cr\u00e9ateurs, intellectuels, m\u00e9dias, politiques&#8230; C&rsquo;est ce qui va permettre &agrave; ce courant culturel de se muer en un mouvement de soci\u00e9t\u00e9. Le cr\u00e9ateur de mode Paco Rabane est l&rsquo;un de ceux qui ont donn\u00e9 aux artistes africains de Paris la possibilit\u00e9 de travailler. Acqu\u00e9reur d&rsquo;une ancienne fabrique de montgolfi&egrave;re, boulevard de la Villette, il fait am\u00e9nager le magnifique espace en studios de r\u00e9p\u00e9tition pour musiciens, troupes de danse et de th\u00e9&acirc;tre, issus de la communaut\u00e9 noire. Parall&egrave;lement, il monte un label de disques, sur lequel enregistrent surtout des artistes za&iuml;rois, parmi lesquels le groupe M&rsquo;Bamina. &quot;<em>J&rsquo;aimerais donner une premi&egrave;re chance et c&rsquo;est pourquoi je refuse de produire des gens consacr\u00e9s<\/em>,&quot; explique-t-il. De fait, si la carri&egrave;re de M&rsquo;Bamina est assez courte, sa section rythmique, Toroma Sika &agrave; la basse et Boffi Banengola &agrave; la batterie, sera l&rsquo;une des plus demand\u00e9e en studio et fera les beaux jours des concerts de Ray L\u00e9ma et de Papa Wemba.<\/p>\n<p>Autre personnage indirectement li\u00e9 &agrave; la haute couture, Jean-Philippe Rykiel, fils de Sonia, est l&rsquo;un de ceux qui ont fait \u00e9voluer les musiques africaines en les enrichissant des technologies de pointe, dans le respect de leurs racines fondatrices. Jeune virtuose des claviers, il est tomb\u00e9 amoureux des rythmes africains, de la richesse de leurs balancements, de leurs syncopes, de leurs r\u00e9solutions. D&egrave;s la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 70, il a r\u00e9guli&egrave;rement accueilli dans son studio de travail &agrave; Saint-Germain des Pr\u00e9 les musiciens les plus cr\u00e9atifs. C&rsquo;est ainsi que son oreille, d&rsquo;autant plus subtile que lui manque la vue, s&rsquo;est form\u00e9e aux secrets de la tradition orale des sons jusque dans sa d\u00e9licate alchimie. Jean-Philippe est invit\u00e9 &agrave; participer &agrave; de nombreux concerts. Il s&rsquo;int&egrave;gre au groupe Xalam entre 1986 et 1988. En 1987, il est avec Fran&ccedil;ois Br\u00e9ant l&rsquo;un des deux g\u00e9niaux arrangeurs de <em>Soro<\/em>, le chef-d&rsquo;oeuvre de Salif Ke&iuml;ta. En 1991-92, il r\u00e9alise &agrave; Dakar l&rsquo;album <em>Eyes Open<\/em> de Youssou N&rsquo;Dour, avec qui il reste li\u00e9. En 1994-95, il travaille sur celui de Papa Wemba, <em>\u00c9motion<\/em>.<\/p>\n<h3>LES ANN\u00c9ES B\u00c9NIES DE L&rsquo;AFRIQUE &Agrave; PARIS<\/h3>\n<p>Entre 1984 et 1988, l&rsquo;effervescence autour des musiques africaines va &ecirc;tre port\u00e9e &agrave; son comble. Tout semble vouloir y contribuer. Les lieux o&ugrave; l&rsquo;on peut danser sur les rythmes torrides du mbalax s\u00e9n\u00e9galais, du soukous za&iuml;rois, du makossa camerounais, de l&rsquo;afro-beat ou de la juju nig\u00e9rians se multiplient&nbsp;: le Phil&rsquo;One &agrave; la D\u00e9fense, programm\u00e9 par Thierry Nossin&nbsp;; le Rex, o&ugrave; Actuel organise ses nuits blacks&nbsp;; le New Morning, toujours un des hauts lieux de la sc&egrave;ne africaine &agrave; Paris&nbsp;; le Farafina, restaurant concert que continue d&rsquo;animer le couple mixte Kim et S\u00e9kou, etc. Les amateurs d&rsquo;ambiances chaleureuses sur ondulations tropicales s&rsquo;y retrouvent, toutes nationalit\u00e9s confondues. Les majestueux boubous de f&ecirc;te c&ocirc;toient les jeans &agrave; tout faire et les looks branch\u00e9s. M\u00e9lange est le ma&icirc;tre mot.<\/p>\n<p>Du c&ocirc;t\u00e9 des banlieues fran&ccedil;aises, le mouvement des jeunes de la deuxi&egrave;me g\u00e9n\u00e9ration issue de l&rsquo;\u00e9migration prend de l&rsquo;ampleur. \u00c9galit\u00e9, justice et solidarit\u00e9 sont les valeurs montantes. En novembre 1984, &agrave; Londres, Bob Geldof, leader de l&rsquo;assez obscur groupe rock The Boomtown Rats, r\u00e9unit toutes les bonnes volont\u00e9s de la sc&egrave;ne pop anglaise pour enregistrer &lt;&lt;<em>Do they Know it&rsquo;s Christmas<\/em>&gt;&gt;, une chanson en faveur des populations d&rsquo;\u00c9thiopie d\u00e9cim\u00e9es par la famine. Un mois plus tard, Manu Dibango, qui vient de participer en Hollande &agrave; un concert pour la m&ecirc;me cause, lance l&rsquo;op\u00e9ration Tam Tam pour l&rsquo;\u00c9thiopie. Martin Meissonnier, Philippe Conrath et R\u00e9my Kolpa Kopoul lui apportent un concours actif. Ils sont rejoints par Philippe Constantin. Personnage notoire du rockbiz fran&ccedil;ais, cet ancien journaliste de Rock &amp; Folk est d\u00e9j&agrave; connu, &agrave; ce moment de sa carri&egrave;re, comme l&rsquo;un des principaux artisans des succ&egrave;s de Jacques Higelin, puis des groupes T\u00e9l\u00e9phone, Starshooter et Marquis de Sade. C&rsquo;est lui qui am&egrave;nera Mory Kant\u00e9 au sommet de sa renomm\u00e9e mondiale avec &lt;&lt;<em>Y\u00e9k\u00e9 Y\u00e9k\u00e9<\/em>&gt;&gt;. Pour le moment, il obtient que l&rsquo;enregistrement de <em>Tam Tam pour l&rsquo;\u00c9thiopie<\/em> soit publi\u00e9 par la maison de disques Phonogram-Philips.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9rique de la pochette rassemble la cr&egrave;me des musiciens africains de Paris&nbsp;: ceux de Tour\u00e9 Kunda, King Sunny Ad\u00e9, M&rsquo;Bamina et Ghetto Blaster, ainsi que des Ambassadeurs du Mali, Bobongo Stars du Za&iuml;re, Malopoets d&rsquo;Afrique du Sud&nbsp;; le za&iuml;rois Souzy Kasseya, c\u00e9l&egrave;bre guitariste et arrangeur, auteur du hit &lt;&lt;<em>Le T\u00e9l\u00e9phone sonne<\/em>&gt;&gt;&nbsp;; Ray L\u00e9ma, Mory Kant\u00e9 et Salif Ke&iuml;ta, r\u00e9cemment d\u00e9barqu\u00e9s en France&nbsp;; ainsi que Zao, Bovick, M&rsquo;Pongo Love, Andr\u00e9-Marie Tala, Pamelo, Tony Allen, Brice Wouassi&#8230; sans oublier toute l&rsquo;\u00e9quipe de Manu Dibango, dont Florence Titty, Elolongue Sissi et Georgia Dibango. Seul manque Alpha Blondy, dont le premier tube &lt;&lt;<em>Brigadier Sabari<\/em>&gt;&gt;, sorti en 1983, d\u00e9marre en Europe apr&egrave;s avoir conquis l&rsquo;Afrique. Manu raconte&nbsp;: &quot;<em>Alpha Blondy entre dans la danse. Chez moi, dans le vingti&egrave;me arrondissement, nous cherchons, au piano et au synth\u00e9, une trame m\u00e9lodique que l&rsquo;on soumettra aux artistes. Les droits d&rsquo;auteur iront &agrave; M\u00e9decins sans fronti&egrave;res. Au cours de notre conversation, j&rsquo;\u00e9voque le nom de Salif Ke&iuml;ta. Fureur d&rsquo;Alpha&nbsp;:  Je lui r\u00e9torque&nbsp;:  Alpha claque la porte. J&rsquo;ignorais qu&rsquo;entre Salif et lui pesait une haine n\u00e9e &agrave; la suite d&rsquo;une rivalit\u00e9 amoureuse.<\/em>&quot; (6)<\/p>\n<p><em>Tam Tam pour l&rsquo;\u00c9thiopie<\/em> n&rsquo;aura sans doute pas le retentissement de la monstrueuse op\u00e9ration Live Aid initi\u00e9e en 1985 par Bob Geldof, qui se d\u00e9roulera sur l&rsquo;air de &quot;<em>We are the world<\/em>&quot;, repris en choeur par toute l&rsquo;humanit\u00e9 bien nourrie. Ce sera n\u00e9anmoins la seule initiative s\u00e9rieuse entreprise par des artistes africains pour venir en aide &agrave; des &quot;fr&egrave;res&quot; dans le besoin. Elle sera suivie en 1985 de l&rsquo;op\u00e9ration J\u00e9richo pour r\u00e9clamer la lib\u00e9ration de Fela, de nouveau emprisonn\u00e9 dans son pays.<\/p>\n<p>Le groupe J\u00e9richo veut &quot;faire trembler les murs de cette prison&quot; avec une s\u00e9rie de concerts en Europe. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une super-formation absolument in\u00e9dite, qui r\u00e9unit le za&iuml;rois Ray L\u00e9ma, le guin\u00e9en Mory Kant\u00e9, le s\u00e9n\u00e9galais Prosper Niang, le camerounais Willy N&rsquo;For, le za&iuml;rois Boffi Banengola. Jack Lang soutient l&rsquo;initiative, au m&ecirc;me titre que la m\u00e9ga-f&ecirc;te de SOS Racisme, o&ugrave; se retrouvent plusieurs dizaine de milliers de personnes, le 15 juin 1985, place de la Concorde. Seul groupe africain au programme, Jericho y donne son premier concert. Chacun des membres du groupe participera avec sa formation &agrave; l&rsquo;un des futurs grands concerts organis\u00e9s par SOS Racisme. TF1 couvre le premier \u00e9v\u00e9nement. Grand ami de l&rsquo;Afrique, son PDG Herv\u00e9 Bourges restera tr&egrave;s attentif &agrave; ce nouveau courant musical.<\/p>\n<h3>UNE MOISSON D&rsquo;\u00c9TOILES<\/h3>\n<p>Toutes les conditions, tous les acteurs requis pour donner aux musiques africaines une ampleur plan\u00e9taire sont r\u00e9unis en France en ce milieu des ann\u00e9es 80. Devant le public \u00e9bahi du festival Musiques M\u00e9tisses d&rsquo;Angoul&ecirc;me, Christian Mousset pr\u00e9sente des groupes dont on n&rsquo;osait m&ecirc;me pas r&ecirc;v\u00e9&nbsp;: le Super Biton de S\u00e9gou, les Amazones de Guin\u00e9e, Zani Diabat\u00e9 et le Super Diata Band, le Bembeya Jazz&#8230; Mousset va lui-m&ecirc;me les chercher au coeur de l&rsquo;Afrique. Apr&egrave;s le ph\u00e9nom&egrave;ne Johnny Clegg, litt\u00e9ralement port\u00e9 par le public fran&ccedil;ais, c&rsquo;est &agrave; Angoul&ecirc;me que d\u00e9marrera la r\u00e9demption artistique des fabuleux Mahlathini et Mahotella Queens de Soweto. Ils feront partie des soixante musiciens sud-africains de la tourn\u00e9e Franchement Zulu en 1989, orchestr\u00e9e par Mousset, Fran&ccedil;ois Paul-Pont et Fran&ccedil;ois Post, valeureux communicateur de Cellulo&iuml;d\/M\u00e9lodie. Les agences de tourn\u00e9es sp\u00e9cialis\u00e9es entrent dans la danse&nbsp;: Run Production, emmen\u00e9 par Yorrick Benoist &agrave; Poitiers&nbsp;; l&rsquo;agence Olivier Jouan &agrave; Saint-Ouen, dans laquelle Corinne Serres entame le travail formidable qu&rsquo;elle poursuit aujourd&rsquo;hui avec Mad Minute Music&nbsp;; La G\u00e9n\u00e9rale Spectacle de Dominique Misslin&#8230; Le grand public n&rsquo;a bient&ocirc;t plus que l&#8217;embarras du choix pour \u00e9lire ses vedettes. Il en est cinq qui re&ccedil;oivent ses faveurs m\u00e9rit\u00e9es. <\/p>\n<p><strong>Alpha Blondy<\/strong> est arriv\u00e9 &agrave; Paris apr&egrave;s un an de succ&egrave;s fulgurants d&rsquo;abord en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, puis dans toute l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. &Agrave; travers un reggae tr&egrave;s personnel, il incarne cette jeune g\u00e9n\u00e9ration urbaine, qui n&rsquo;a quasiment pas connu la colonisation. Elle est fascin\u00e9e par tout ce qui vient de l&rsquo;Occident, notamment de France et d&rsquo;Am\u00e9rique, s&rsquo;oppose aux parents dans un refus de se soumettre aux r&egrave;gles de la culture traditionnelle. Alpha a connu New York, les ghettos, la folie, la zone&#8230; Doux rasta, plut&ocirc;t &quot;cool&quot; en g\u00e9n\u00e9ral, ses humeurs peuvent virer au noir d&rsquo;encre. Mais sa musique est bonne, suffisamment universelle pour faire danser toute la g\u00e9n\u00e9ration m\u00e9tisse des banlieues d&rsquo;Afrique, d&rsquo;Europe, d&rsquo;Am\u00e9rique et d&rsquo;ailleurs. H\u00e9l&egrave;ne Lee, puis La Gazelle accompagneront le chanteur dans son inexorable progression internationale. Au bout de quelques temps, il construira sa base &agrave; Abidjan, gardant seulement un relais &agrave; Paris.<\/p>\n<p><strong>Ray L\u00e9ma<\/strong> est pass\u00e9 par les \u00c9tats Unis et Bruxelles avant de choisir la France comme port d&rsquo;attache en 1983. Connu &agrave; Kinshasa pour avoir fait partie des orchestres de Rochereau et de Kabass\u00e9l\u00e9, il s&rsquo;est aussi int\u00e9ress\u00e9 aux musiques traditionnelles des multiples populations vivant sur l&rsquo;immense territoire de son pays, o&ugrave; on l&rsquo;a charg\u00e9 d&rsquo;organiser le Ballet National du Za&iuml;re. Personnalit\u00e9 &agrave; l&rsquo;intelligence fine, au sens critique aigu, exigeant et m\u00e9ticuleux, Ray L\u00e9ma est l&rsquo;homme de toutes les exp\u00e9riences m\u00e9tisses. Des USA, il ram&egrave;ne un disque de jazz. Jean-Fran&ccedil;ois Bizot l&rsquo;accueille &agrave; Paris, le produit, consacre de grandes pages dans Actuel &agrave; son int\u00e9ressante th\u00e9orie de la roue rythmique. Ray se passionne pour la recherche de nouveaux sons en studio, \u00e9tudie l&rsquo;orchestration classique, travaille avec de nombreuses vedettes de la chanson et du rock fran&ccedil;ais, m&egrave;ne une grande aventure avec les Voix Bulgares de l&rsquo;Ensemble Pirin&#8230; \u00c9paul\u00e9 par l&rsquo;incontournable Juju, il poursuit son travail de chercheur et a su s&rsquo;attirer le respect de tous ceux qui l&rsquo;ont approch\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Mory Kant\u00e9<\/strong> deviendra le &quot;griot \u00e9lectrique&quot;, ph\u00e9nom&egrave;ne des ann\u00e9es 80. Lorsqu&rsquo;il rejoint la France en 1984, il a d\u00e9j&agrave; une solide r\u00e9putation en Afrique de l&rsquo;Ouest. Au Mali, il a jou\u00e9 dans l&rsquo;orchestre du Buffet de la Gare de Bamako, le Rail Band. En C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, sa rencontre avec Jacques Higelin lui donne l&rsquo;id\u00e9e de venir France. Il signe en \u00e9dition avec Yaba music, commence &agrave; donner des concerts, au d\u00e9but sans carte de s\u00e9jour&#8230; Sur son premier album enregistr\u00e9 &agrave; Paris figure une version quasi traditionnelle de &lt;&lt;<em>Y\u00e9k\u00e9 Y\u00e9k\u00e9<\/em>&gt;&gt;. En 1986, Philippe Constantin, r\u00e9cemment promu &agrave; la t&ecirc;te de Barclay, prend Mory sous contrat. Une nouvelle version sur-acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de &lt;&lt;<em>Y\u00e9k\u00e9 Y\u00e9k\u00e9<\/em>&gt;&gt; sort en 1987. En l&rsquo;espace de deux ans, cinq cent mille albums seront vendus dans le monde et pr&egrave;s du double de 45 tours. Durant l&rsquo;ann\u00e9e 1988, celui-ci est class\u00e9 dans les hit-parades d&rsquo;une douzaine de pays, dont les \u00c9tats Unis, la Grande Bretagne, les Pays Bas (o&ugrave; le succ&egrave;s a d\u00e9marr\u00e9), l&rsquo;Espagne (o&ugrave; il est ndeg.1), l&rsquo;Italie, etc. En France, la chanson est couronn\u00e9e par les Victoires de la Musique 1988. Issu d&rsquo;une longue lign\u00e9e de griots, Mory Kant\u00e9 continuera de jouer pour les nobles et les puissants de ce monde, comme le veut la tradition de sa caste. Si le showbiz n&rsquo;a pas su lui imposer ses lois, il semble cons\u00e9quemment que sa carri&egrave;re internationale ait atteint un plafond. En revanche, les artistes de Guin\u00e9e, source in\u00e9puisable de richesses musicales, b\u00e9n\u00e9ficient des retomb\u00e9es de son succ&egrave;s. <\/p>\n<p><strong>Salif Ke&iuml;ta<\/strong> et Mory Kant\u00e9 ont connu des destins parall&egrave;les. Tous deux ont fait partie du Rail Band dans les ann\u00e9es 70, se sont b&acirc;ti une renomm\u00e9e en Afrique de l&rsquo;Ouest &agrave; partir d&rsquo;Abidjan, avant de s&rsquo;installer en France en 1984. Mais chacun a son style, sa personnalit\u00e9. Salif est un &ecirc;tre \u00e9trange, &agrave; la sensibilit\u00e9 hors du commun et aux humeurs changeantes. Sa voix est un bijou comme il n&rsquo;y en a pas deux sur terre, capable de transmettre l&rsquo;\u00e9motion la plus pure et de faire oublier jusqu&rsquo;aux pires coups de t&ecirc;tes de cet homme impr\u00e9visible. Il a laiss\u00e9 tomber les excellents Ambassadeurs, qui l&rsquo;accompagnaient depuis dix ans pour venir &agrave; Paris. C&rsquo;est le d\u00e9but d&rsquo;une longue p\u00e9riode de &quot;gal&egrave;re&quot;. Soutenu par ses compatriotes des foyers maliens de Montreuil et par Sylvie Coma de RFI, qui lui cherche des concerts, il est au bord du gouffre. Et puis c&rsquo;est le miracle de <em>Soro<\/em>, qui semble transcender ces ann\u00e9es de profonde d\u00e9tresse. Ibrahima Sylla a mis tous les moyens pour le produire (7) . Et c&rsquo;est gr&acirc;ce &agrave; ce disque que la grande carri&egrave;re internationale, dont Salif a tant r&ecirc;v\u00e9, va prendre son essor dans les ann\u00e9es 90. <\/p>\n<p><strong>Papa Wemba<\/strong> arrive apr&egrave;s la premi&egrave;re vague africaine. Implant\u00e9e depuis tr&egrave;s longtemps en Europe, toujours tr&egrave;s productive &agrave; Bruxelles, la musique za&iuml;roise continue de faire cavalier seul. Elle a ses lieux, son public, ses coutumes, comme celle de rarement commencer un concert avant une heure du matin&#8230; Papa Wemba, autrefois fondateur de Za&iuml;ko Langa Langa, fait figure de demi-dieu dans ce monde o&ugrave; le para&icirc;tre n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gal que la fi&egrave;vre des rythmes et la beaut\u00e9 des harmonies vocales (8). Il va faire d\u00e9couvrir &agrave; un public occidental \u00e9berlu\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 des Ambianceurs et Personnes \u00c9l\u00e9gantes (autrement dit la SAPE). Cet aspect de son personnage suscite une telle fascination qu&rsquo;il finit d&rsquo;ailleurs par occulter les comp\u00e9tences artistiques de ce chanteur hors pair et de son excellent orchestre, Viva la Musica, qu&rsquo;il dirige avec une dext\u00e9rit\u00e9 \u00e9poustouflante. D\u00e9cid\u00e9ment Paris pense trop petit pour ce h\u00e9ros du film <em>La vie est belle<\/em>, courtis\u00e9 par les japonais, qui enregistre &agrave; sa guise sans se soucier des clauses d&rsquo;exclusivit\u00e9 de ses contrats. Il faut attendre 1995 pour le voir sortir <em>\u00c9motion<\/em>, bel album parfaitement calibr\u00e9 pour le march\u00e9 occidental.<\/p>\n<h3>DU M\u00c9TISSAGE &Agrave; LA WORLD MUSIC<\/h3>\n<p>Quelques ann\u00e9es ont suffi &agrave; faire de Paris un tremplin international. Du Japon, d&rsquo;Am\u00e9rique, d&rsquo;Angleterre et des autres pays d&rsquo;Europe, arrivent les chasseurs de talents, les \u00e9quipes de reportage en qu&ecirc;te de cette vie tourbillonnante de l&rsquo;Afrique &agrave; Paris. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait au d\u00e9part qu&rsquo;une curiosit\u00e9 culturelle devient une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Int\u00e9ress\u00e9s &agrave; profiter, voire &agrave; prendre la ma&icirc;trise du mouvement qui leur \u00e9chappe, les labels ind\u00e9pendants anglais producteurs de musiques du monde inventent le terme de &quot;world music&quot; en 1987 (9). Cette notion est bient&ocirc;t adopt\u00e9e comme concept commercial&nbsp;: l&rsquo;hebdomadaire am\u00e9ricain de l&rsquo;industrie musicale Bilboard cr\u00e9e une cat\u00e9gorie world music dans ses classements de vente en 1991. Et la world music a t&ocirc;t fait d&rsquo;absorber les musiques africaines dans un ensemble ind\u00e9termin\u00e9 de produits musicaux diff\u00e9rents de la norme anglo-saxonne dominante.<\/p>\n<p>En vrai businessman s\u00e9n\u00e9galais, Youssou N&rsquo;Dour comprend tr&egrave;s vite o&ugrave; se trouve son int\u00e9r&ecirc;t. Jacques Higelin l&rsquo;a invit\u00e9, comme Mory Kant\u00e9, &agrave; participer &agrave; son fameux spectacle de Bercy en 1985, ce qui lui a valu une ouverture sur la maison de disques EMI-Path\u00e9 Marconi, qui g&egrave;re d\u00e9j&agrave; la carri&egrave;re d&rsquo;Alpha Blondy. Mais Youssou pr\u00e9f&egrave;re miser sur la relation qu&rsquo;il a nou\u00e9e avec Peter Gabriel, venu sp\u00e9cialement de Londres assister &agrave; son concert sur la sc&egrave;ne d&rsquo;Africa F&ecirc;te 1984. Bien lui en prend&nbsp;: il enclenchera la premi&egrave;re partie de la tourn\u00e9e internationale 1987 de son ami et mentor Peter, suivie d&rsquo;une autres en 1989 au profit d&rsquo;Amnesty International, toujours &agrave; ses c&ocirc;t\u00e9s, mais aussi de Tracy Chapman et des superstars Sting et Bruce Springsteen. Cette m&ecirc;me ann\u00e9e, Virgin Londres le prend sous contrat, pour le cong\u00e9dier brutalement, d&rsquo;ailleurs, deux ans plus tard. Depuis, c&rsquo;est le cin\u00e9aste am\u00e9ricain Spike Lee qui l&rsquo;a engag\u00e9 sur son label de disques, 40 acres and a mule, distribu\u00e9 dans le monde par Sony, avec le succ&egrave;s que l&rsquo;on sait.<\/p>\n<p>&Agrave; la mani&egrave;re de Youssou, d&rsquo;autres artistes optent pour la strat\u00e9gie qui consiste &agrave; garder sa base de travail au pays, obtenir un contrat de disque avec une filiale de multinationale en France, d&rsquo;o&ugrave; s&rsquo;\u00e9labore un plan de carri&egrave;re international. Isma&euml;l L&ocirc;, d&rsquo;abord produit par Syllart, suit cette d\u00e9marche d&egrave;s lors que Philippe Constantin lui propose un contrat chez Barclay. Zao, d\u00e9sopilant ex-instituteur de Brazzaville, est dans la course depuis 1984. C&rsquo;est alors qu&rsquo;est sorti au Congo son c\u00e9l&egrave;brissime &lt;&lt;<em>Ancien Combattant<\/em>&gt;&gt;. Il ne sera distribu\u00e9 chez Barclay qu&rsquo;en 1992&#8230; Tr&egrave;s s\u00e9duisant jeune loup de la sc&egrave;ne s\u00e9n\u00e9galaise, Baaba Maal est, lui aussi, produit par Syllart, avant de convoler avec Mango-Island, petit label ch\u00e9ri de Chris Blackwell, le producteur-d\u00e9couvreur de Bob Marley.<\/p>\n<p>Les trajectoires professionnelles des nouveaux venus sont assez diff\u00e9rentes. La dynamique B\u00e9ninoise Ang\u00e9lique Kidjo, qui a d\u00e9cid\u00e9 de mener sa carri&egrave;re en France en 1987, sort son deuxi&egrave;me album chez Mango, quatre ans plus tard. Elle n&rsquo;a pas trouv\u00e9 de maison de disques fran&ccedil;aise pour la produire et regrette vivement que ses chansons ne soient pas consid\u00e9r\u00e9es comme faisant partie des 60% de chansons &quot;d&rsquo;expression&quot; fran&ccedil;aise que les radios doivent diffuser en France &agrave; partir du mois de janvier 1996. Ce manque &agrave; gagner sera-t-il compens\u00e9 par ses succ&egrave;s australiens?&#8230; Lokua Kanza, lui, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne compter que sur ses propres forces et sa sublime inspiration pour faire son premier disque, qui a subjugu\u00e9 critiques, public et producteurs. Et c&rsquo;est la multinationale BMG qui a r\u00e9ussi &agrave; s&#8217;emparer de ce compositeur, guitariste et chanteur aux cr\u00e9ations originales et nuanc\u00e9es.<\/p>\n<h3>DES STRUCTURES POUR DEMAIN<\/h3>\n<p>La restructuration par concentration intervenue dans l&rsquo;industrie de la musique &agrave; partir des ann\u00e9es 90, a eu t&ocirc;t fait d&rsquo;\u00e9clipser la dynamique des labels sp\u00e9cialis\u00e9s Afrique &agrave; l&rsquo;int\u00e9rieur des multinationales. Aujourd&rsquo;hui, ceux qui furent les principaux catalyseurs du succ&egrave;s des musiques africaines ont \u00e9t\u00e9 mis sur la touche. Chris Blackwell a perdu quasiment tout pouvoir au sein d&rsquo;Island, maison qu&rsquo;il a fond\u00e9e, dirig\u00e9e puis vendue, et qui est &agrave; pr\u00e9sent absorb\u00e9e dans la vaste n\u00e9buleuse Polygram. Apr&egrave;s avoir quitt\u00e9 Barclay, Philippe Constantin faisait de Mango-France un prestigieux catalogue africain avec Salif Ke&iuml;ta, Isma&euml;l Isaac, Ang\u00e9lique Kidjo, Ray L\u00e9ma, Isma&euml;l L&ocirc;, Baaba Maal&#8230; Il se retrouve maintenant lui aussi bien isol\u00e9 et d\u00e9muni. <\/p>\n<p>La grande euphorie des ann\u00e9es 80 pass\u00e9e, les artistes africains sont face &agrave; deux configurations de march\u00e9 relativement distinctes, aux cloisonnements pas tout &agrave; fait \u00e9tanches. Sch\u00e9matiquement, soit leur cr\u00e9ation correspond aux crit&egrave;res \u00e9tablis par les multinationales, qui visent le grand public avec des ventes de plus de cent mille exemplaires par album. Soit ils cultivent une identit\u00e9 culturelle diff\u00e9rente, sachant qu&rsquo;ils resteront dans le circuit de la production ind\u00e9pendante, dont les budgets et les r\u00e9seaux de distribution sont beaucoup plus \u00e9troits. Au d\u00e9tour d&rsquo;une mode, ils peuvent bien entendu &ecirc;tre redig\u00e9r\u00e9s par les circuits des multinationales, comme c&rsquo;est actuellement le cas de Cesaria Evora, la diva cap-verdienne aux pieds nus. Mais il ne faut plus compter sur une volont\u00e9 spontan\u00e9e d&rsquo;accompagnement de carri&egrave;re de la part d&rsquo;une multinationale, qui a pour seul crit&egrave;re la rentabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le circuit des petits producteurs ind\u00e9pendants reste donc le seul garant de la p\u00e9rennit\u00e9 d&rsquo;une cr\u00e9ation africaine qui, pour continuer de se renouveler, doit affermir ses r\u00e9seaux de diffusion. Dans le secteur phonographique, certaines petites maisons comme Buda Records ou D\u00e9clic\/Blue Silver tentent d&rsquo;adapter de nouvelles d\u00e9marches commerciales au march\u00e9 sp\u00e9cifique des musiques africaines. Sur le plan du spectacle, les initiatives int\u00e9ressantes ne manquent pas pour r\u00e9pondre aux go&ucirc;ts maintenant bien affirm\u00e9 du public&nbsp;: festival et tourn\u00e9es Africolor, Musiques M\u00e9tisses, festival de Ris Orangis, Festival d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de Nantes&#8230; Reste le probl&egrave;me grandissant des restrictions l\u00e9gales entravant la circulation des artistes dans l&rsquo;exercice de leur m\u00e9tier en France et en Europe (10). Reste aussi la volont\u00e9 de consolider et d&rsquo;\u00e9tendre la structuration d&rsquo;un march\u00e9 qui, pour d\u00e9pendre du dynamisme des \u00e9changes Nord-Sud, n&rsquo;en est que plus fragile.<\/p>\n<p>R\u00e9solus &agrave; assurer une continuit\u00e9 au mouvement n\u00e9 en France, les repr\u00e9sentants des institutions et des professionnels ont \u00e9tabli entre eux certaines plates-formes de concertation et d&rsquo;action. Conscient de l&rsquo;importance des enjeux de la cr\u00e9ation artistique dans le cadre des \u00e9changes et du d\u00e9veloppement culturels, le minist&egrave;re de Coop\u00e9ration, initie et soutient de nombreuses op\u00e9rations. En janvier 1990, il organise les rencontres Afrique en Cr\u00e9ations, une fondation en sera issue. Il soutient l&rsquo;association Zone Franche dans sa d\u00e9marche pour favoriser le d\u00e9veloppement, la mise en march\u00e9, la promotion des musiques et la circulation des musiciens issus de l&rsquo;espace francophone (11). Il accompagne \u00e9galement l&rsquo;initiative de promotion des nouveaut\u00e9s phonographiques entreprise par l&rsquo;association Francophonie Diffusion et plus g\u00e9n\u00e9ralement toutes les initiatives qui contribuent &agrave; valoriser la cr\u00e9ation musicale africaine. Mais dans le contexte actuel du renouveau des musiques traditionnelles et de la diffusion plan\u00e9taire des musiques du monde, l&rsquo;industrie musicale fran&ccedil;aise, qui n&rsquo;a pas su anticiper le mouvement, serait bien inspirer de ne pas g&acirc;cher la chance historique qui a fait de Paris l&rsquo;un des principaux points de d\u00e9part de ces nouvelles tendances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) In Trois kilos de caf\u00e9 (Lieu Commun) p. 103<\/p>\n<p>(2) In Fela Fela Cette Putain de Vie par Carlos Moore (\u00c9ditions Karthala) p. 85<\/p>\n<p>(3) In Trois kilos de caf\u00e9 (Lieu Commun) p. 141<\/p>\n<p>(4) Cf. article &quot;Musiques africaines en \u00e9conomie parall&egrave;le&quot;<\/p>\n<p>(5) In Lib\u00e9ration, 23 novembre 1990 <\/p>\n<p>(6) In Trois kilos de caf\u00e9 (Lieu Commun) p. 189<\/p>\n<p>(7) Cf. Musiques africaines en \u00e9conomie parall&egrave;le<\/p>\n<p>(8) Cf. Hommes &amp; migrations Ndeg.1187<\/p>\n<p>(9) Cf. &quot;Le ph\u00e9nom&egrave;ne world music, analyse et implications&quot; par Fran&ccedil;ois Bensignor in L&rsquo;Air du temps, du romantisme &agrave; la world music (Collection Modal \/ FAMDT \u00c9ditions)<\/p>\n<p>(10) Cf. Visa Permanent ndeg.10 (d\u00e9cembre 1994, janvier 1995), Dossier sp\u00e9cial disponible aupr&egrave;s de Zone Franche&nbsp;: (1) 42 40 70 98<\/p>\n<p>(11) Cf. Chroniques Livres <em>Sans Visa<\/em> <\/p>\n<h3>BIBLIOGRAPHIE<\/h3>\n<p>* <em>Afrique en cr\u00e9ations, actes des rencontres<\/em> (La documentation fran&ccedil;aise)<\/p>\n<p>* <em>Alors, c&rsquo;est tout&nbsp;?<\/em> par Bob Geldof (Le pr\u00e9 aux clercs)<\/p>\n<p>* <em>Fela Fela cette putain de vie<\/em> par Carlos Moore (Karthala) <\/p>\n<p>* <em>G\u00e9n\u00e9ration m\u00e9tisse<\/em> par Amadou Gaye (Syros Alternatives)<\/p>\n<p>* <em>Guide Actuel du Paris mondial<\/em> (Seuil)<\/p>\n<p>* <em>L&rsquo;air du temps &#8211; du romantisme &agrave; la world music<\/em> (Collection Modal \/ FAMDT \u00e9ditions)<\/p>\n<p>* <em>Les Musiciens du beat africain<\/em> par Nago Seck et Sylvie Clerfeuille (Les Compacts\/Bordas)<\/p>\n<p>* <em>Rockers d&rsquo;Afrique<\/em> par H\u00e9l&egrave;ne Lee (Albin Michel)<\/p>\n<p>* <em>Sans Visa, guide des musiques de l&rsquo;espace francophone et du monde<\/em> (Zone Franche)<\/p>\n<p>* <em>Sons d&rsquo;Afrique<\/em> par Fran&ccedil;ois Bensignor (Marabout) <\/p>\n<p>* <em>Tour\u00e9 Kunda<\/em> par Frank Tenaille (Le Club des Stars\/Seghers)<\/p>\n<p>* <em>Trois kilos de caf\u00e9<\/em> par Manu Dibango en collaboration avec Danielle Rouard (Lieu Commun)<\/p>\n<h3>DISCOGRAPHIE S\u00c9LECTIVE EN CD<\/h3>\n<p>1960-1990&nbsp;: 30 ans de Musique Africaine (Sonodisc)<\/p>\n<p>Musique cogo-za&iuml;roise &#8211; Merveilles du Pass\u00e9, vol. 1; 2 ; 3 (African)<\/p>\n<p>The Kings &amp; Queens of Township Jive (Earthworks)<\/p>\n<p>Pierre Akendengu\u00e9; :<br \/>Pass\u00e9 Compos\u00e9 (Encore !)<br \/>R\u00e9veil de l&rsquo;Afrique (NTYE)<br \/>Piroguier (NTYE)<br \/>Lambarena (Cellulo&iuml;d) avec Hugues de Courson<\/p>\n<p>Francis Bebey :<br \/>Paris-Dougou (Sonodisc)<\/p>\n<p>Alpha Blondy :<br \/>Brigadier Sabari (Syllart)<br \/>Apartheid is Nazism (EMI)<br \/>Jerusalem (EMI)<br \/>Masada (EMI)<\/p>\n<p>Manu Dibango :<br \/>N\u00e9gropolitaines (Soul Paris)<br \/>Soul Makossa (Accord)<br \/>Afri-jazzy (Soul Paris)<br \/>Waka Juju (Esp\u00e9rance)<\/p>\n<p>Cesaria Evora :<br \/>Mar Azul (Lusafrica)<br \/>Miss Perfumado (Lusafrica)<\/p>\n<p>Fela :<br \/>Black&rsquo;s Man Cry (Eurobond)<br \/>Music Is the Weapon of the Futur, vol. 1 ; 2 ; 3 (Justine)<\/p>\n<p>Mory Kant\u00e9 :<br \/>Akwaba Beach (Barclay)<br \/>Nongo Village (Barclay)<\/p>\n<p>Lokua Kanza :<br \/>Lokua Kanza (BMG)<\/p>\n<p>Salif Ke&iuml;ta :<br \/>R\u00e9trospective (Mango)<br \/>Soro (Cellulo&iuml;d)<br \/>Ko-Yan (Mango)<\/p>\n<p>Ang\u00e9lique Kidjo :<br \/>Ay\u00e9 (Mango)<br \/>Logozo (Mango)<\/p>\n<p>Ray L\u00e9ma :<br \/>M\u00e9decine (Cellulo&iuml;d)<br \/>Gaia (Mango)<br \/>Tout partout (Buda Records)<\/p>\n<p>Isma&euml;l L&ocirc; :<br \/>Diawar (Syllart)<br \/>Iso (Mango)<\/p>\n<p>Baaba Maal :<br \/>Taara (Syllart)<br \/>Baayo (Mango)<\/p>\n<p>Youssou N&rsquo;Dour :<br \/>Immigr\u00e9s (M\u00e9lodie)<br \/>Set (Virgin)<br \/>Eyes Open (40 acres and a mule)<\/p>\n<p>Tour\u00e9 Kunda :<br \/>Em&rsquo;ma Africa \/ Turu (Cellulo&iuml;d)<br \/>Amadou Tilo \/ Casamance au Clair de Kune (Cellulo&iuml;d)<br \/>Live Paris-Ziginchor (Cellulo&iuml;d)<br \/>Natalia (Cellulo&iuml;d)<br \/>Salam (Tr\u00e9ma)<\/p>\n<p>Papa Wemba :<br \/>Au Japon (Disques Esp\u00e9rance)<br \/>Le Voyageur (Real World)<br \/>\u00c9motion (Real World)<\/p>\n<p>Xalam :<br \/>Xarit (Jetset)<\/p>\n<p>Zao :<br \/>Ancien combattant (Black music)<br \/>Moustique (Bleu Cara&iuml;bes)<\/p>\n<p>source info : <a href=\"http:\/\/www.afromix.org\/\" target=\"_blank\">http:\/\/www.afromix.org<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PANORAMA DES MUSIQUES AFRICAINES EN FRANCE par Fran\u00e7ois Bensignor Article paru dans la revue Hommes et Migrations [Numero 1191 (Oct 95)]. &#8211; 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