{"id":17,"date":"2006-05-13T19:50:11","date_gmt":"2006-05-13T17:50:11","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-05-13T19:50:11","modified_gmt":"2006-05-13T17:50:11","slug":"17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/17\/","title":{"rendered":"Les bassistes camerounais, entrepreneurs de la diversit\u00e9 ."},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Il a fallu v\u00e9ritablement que le fait prenne une ampleur in\u00e9dite pour que la presse sp\u00e9cialis\u00e9e commence \u00e0 se pencher sur ce \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb qu\u2019est devenu l\u2019apport fondamental des bassistes camerounais \u00e0 la sono mondiale. &#8211; <\/p>\n<p>Le Quotidien Mutations du <\/p>\n<p>MARDI, 03 AO&ucirc;T , 2004 &#8211; 05:37 <br \/>Commentaire &amp; S&eacute;rie : S&eacute;rie : La soci&eacute;t&eacute; camerounaise en questions (en partenariat avec la Fondation Paul Ango Ela) : 21- Les bassistes camerounais, entrepreneurs de la diversit&eacute; . <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il a fallu v&eacute;ritablement que le fait prenne une ampleur in&eacute;dite pour que la presse sp&eacute;cialis&eacute;e commence &agrave; se pencher sur ce &quot;ph&eacute;nom&egrave;ne&quot; qu&rsquo;est devenu l&rsquo;apport fondamental des bassistes camerounais &agrave; la sono mondiale. Nous disons sono mondiale pour contourner la controverse autour de la notion de &quot;world music&quot;, sorte d&rsquo;auberge espagnole o&ugrave; tout trouve place. Le dynamisme cr&eacute;atif des bassistes nourris aux sonorit&eacute;s camerounaises est aujourd&rsquo;hui largement reconnu au niveau international. Des pionniers et fers de lance de cette mouvance (Manfred Long, Jean Dikoto Mandengu&eacute;, Vicky Edimo&hellip;) aux nouvelles ic&ocirc;nes (Richard Bona, Etienne Mbapp&eacute;, Armand Sabal Lecco, Guy Nsangue, No&euml;l Ekwabi&hellip;), on peut sans effort compter une dizaine de bassistes camerounais dont le g&eacute;nie cr&eacute;ateur a valoris&eacute; et am&eacute;lior&eacute; cette pratique instrumentale. Partie immerg&eacute;e d&rsquo;un &eacute;norme iceberg dont la base est form&eacute;e d&rsquo;une autre double dizaine de bons musiciens qui &eacute;cument les plus grandes sc&egrave;nes du monde (Paris, New-York Tokyo, Los Angel&egrave;s, Dubai, Londres, Amsterdam, Douala, Abidjan&hellip;) ou des studios, au c&oelig;ur de plusieurs processus de cr&eacute;ation. <br \/>Souvent d&rsquo;origine autodidacte, leur marque de fabrique rel&egrave;ve aussi parfois d&rsquo;exp&eacute;riences originales croisant talent et ma&icirc;trise des normes et codes techniques. Le Cameroun est devenu ces vingt derni&egrave;res ann&eacute;es, une belle p&eacute;pini&egrave;re de bassistes dans laquelle plusieurs vedettes de la pop mondiale viennent chercher des essences rares. Comment analyser ce ph&eacute;nom&egrave;ne sans c&eacute;der &agrave; la tentation d&rsquo;objectiver une d&eacute;marche dont les principaux acteurs affirment qu&rsquo;elle prend corps dans l&rsquo;histoire en marche, r&eacute;futant toute strat&eacute;gie pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;e ou d&eacute;marche rationnelle. Tout comme int&eacute;grer dans la grille d&rsquo;analyse l&rsquo;argument des contextes sociaux fragilis&eacute;s dont seraient issus ces musiciens, avec ces aventures artistiques comme seule chance inesp&eacute;r&eacute;e d&rsquo;&eacute;chapper &agrave; la &quot;gal&egrave;re&quot; rel&egrave;verait du m&ecirc;me malentendu que celui couramment ressass&eacute; au sujet de la r&eacute;ussite des footballeurs camerounais. Aucune exception camerounaise en mati&egrave;re de gal&egrave;re n&rsquo;ayant encore &eacute;t&eacute; &agrave; ce jour d&eacute;finie. <\/p>\n<p>Du g&eacute;nie des pionniers &agrave; la dext&eacute;rit&eacute; de la nouvelle vague : <br \/>On peut situer au d&eacute;but des ann&eacute;es 60 l&rsquo;incursion de la guitare basse dans la musique camerounaise, notamment dans le makossa moderne. Douala, ville portuaire accueille alors de nombreux musiciens africains et de marins qui partagent leurs disques avec les jeunes dans les clubs de la ville. C&rsquo;est ainsi que les premiers disques de la Tamla Motown, la c&eacute;l&egrave;bre firme de D&eacute;troit et les premiers tubes de rhythm&rsquo;n Blues sonnent au Vieux N&egrave;gre, au Moulin Rouge ou &agrave; la Jungle, les principaux clubs &agrave; la mode &agrave; Douala et Yaound&eacute;. Les musiciens qui jouent &quot;&agrave; l&rsquo;oreille&quot;, organisent chaque soir des duels de reprise des plus grands tubes. &quot;On mettait un disque, chacun retenait sa partie puis on jouait. Une pratique qui a d&eacute;velopp&eacute; notre oreille musicale de mani&egrave;re &eacute;tonnante&quot;, explique Vicky Edimo. Initialement structur&eacute;s autour de la guitare et du son d&rsquo;une bouteille frapp&eacute;e par une fourchette, l&rsquo;ambassbey et l&rsquo;assiko, les anc&ecirc;tres du makossa, vont s&rsquo;ouvrir &agrave; la basse &eacute;lectrique, obligeant les musiciens &agrave; modifier leur rapport aux percussions, au-del&agrave; de l&rsquo;instrumentation. Mais dans ce courant des ann&eacute;es soixante, les musiciens camerounais qui interpr&egrave;tent des &oelig;uvres de qualit&eacute; composent dans un idiome musical europ&eacute;en, notamment am&eacute;ricain. <\/p>\n<p>Chacun est libre de sa technique. Leur interpr&eacute;tation met en avant l&rsquo;improvisation, au d&eacute;triment de la fixation &eacute;crite de la m&eacute;lodie, qui n&rsquo;est transcrite en partitions que de mani&egrave;re artificielle. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;&eacute;mergent les premiers bassistes dont le succ&egrave;s international ouvrira la voie &agrave; cette belle saga. Jean Dikoto Mandengue et Vicky Edimo d&eacute;veloppent chacun un style qui servira de matrice dans laquelle se mouleront les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations. De quatre ans plus &acirc;g&eacute; que son alter ego, Jean Dikoto Mandengu&eacute; alias &quot;Jeannot Karl&quot; se convertit &agrave; la guitare basse gr&acirc;ce &agrave; Manu Dibango, apr&egrave;s avoir commenc&eacute; par la guitare. Tr&egrave;s sensible aux rythmes d&rsquo;Afrique de l&rsquo;ouest, il d&eacute;veloppe un jeu inspir&eacute; du son de la kora auquel il associe rythmiques makossa et R&rsquo;n B . Tr&egrave;s rapidement il impose sa &quot;walking bass&quot;. Au cours d&rsquo;une prestation au club &quot; La Boh&ecirc;me &quot; &agrave; Montparnasse (Paris), il est rep&eacute;r&eacute; par Claude Fran&ccedil;ois. Une collaboration qui durera sept ans, agr&eacute;ment&eacute;e de nombreuses autres sollicitations &eacute;manant de stars fran&ccedil;aises de l&rsquo;&eacute;poque et pas des moindres comme Mike Brant ou Nino Ferrer. En 1973, il d&eacute;cide de tenter sa chance en Angleterre o&ugrave; il int&egrave;gre le groupe ghan&eacute;en Osibisa, pr&eacute;curseur d&rsquo;un style baptis&eacute; d&rsquo;afro-rock par la presse, &agrave; la jonction du R&rsquo;n b, du highlife, d&rsquo;harmonies cr&eacute;oles, de soul-jazz et du rock. <\/p>\n<p>Ses lignes de basse puissantes et efficaces accompagnent le groupe autour du monde et sa signature sur le titre Fire paru dans l&rsquo;album Happy Children (Warner, 1973) fait &eacute;cole. Osibisa sera le premier groupe africain &agrave; conna&icirc;tre la notori&eacute;t&eacute; aupr&egrave;s du jeune public occidental. Les Etats-Unis le d&eacute;couvrent et &quot;Jeannot karl&quot; y rencontre les musiciens de Funkadelic, notamment George Clinton mais surtout Ramon &quot;Tiki&quot; Fulwood le batteur du groupe. Plusieurs studios ont recours &agrave; ses services et au contact du funk, son jeu devient plus sobre et plus rythmique. Mais pas assez pour rivaliser avec celui de Vicky Edimo dont le passage aux Etats-Unis reste marqu&eacute;e de collaborations les plus prestigieuses. Aujourd&rsquo;hui &acirc;g&eacute;e de cinquante ans, Vic Edimo compte d&eacute;j&agrave; pr&egrave;s de trente cinq ans de carri&egrave;re. D&rsquo;abord guitariste et chanteur pour ses camarades du coll&egrave;ge Vogt &agrave; Yaound&eacute;, il est touch&eacute; par la gr&acirc;ce du bassiste am&eacute;ricain James Emerson, &agrave; l&rsquo;&eacute;coute du &quot;son Motown&quot; perceptible dans les grands succ&egrave;s de l&rsquo;&eacute;poque. Encens&eacute;s dans tous milieux artistiques du Cameroun pour les envol&eacute;es de ses &quot;slap&quot;, il finit par s&rsquo;installer &agrave; Paris en 1972 o&ugrave; il joue avec Johnny Hallyday, Sacha Distel, Dalida, La Compagnie cr&eacute;ole, Manu Dibango et accompagne Bob Marley pour une tourn&eacute;e africaine en 1979. Il devient d&egrave;s 1977 le bassiste attitr&eacute; des Gibsons Brothers, groupe avec lequel il encha&icirc;ne tourn&eacute;es et albums notamment le tr&egrave;s tubesque &quot;Cuba&quot;. Et au d&eacute;but des ann&eacute;es 80, James Brown lui ouvre les portes des Etats-Unis et de nouvelles opportunit&eacute;s. <\/p>\n<p>Apr&egrave;s un d&eacute;tour par la tr&egrave;s prestigieuse Berkeley School of music (qui compte Quincy Jones, Bob James, Chick Corea&hellip; dans son club des anciens &eacute;l&egrave;ves), Vicky Edimo se nourrit de collaborations de premier ordre comme Steve Coleman, Paulinho da Costa, Fred Wesley, Vernon Reid, Geri Allen&hellip; Il devient tr&egrave;s vite une de ces curiosit&eacute;s dont raffolent les New-Yorkais assoiff&eacute;s de nouveaut&eacute;s. On le sollicite pour son jeu &quot;tr&egrave;s funky sans &ecirc;tre funk&quot; , en fait, on pl&eacute;biscite le groove tr&egrave;s singulier de ce gaucher aux &quot;lignes de basse compl&egrave;tement folles et qui a influenc&eacute; toute la g&eacute;n&eacute;ration des 30\/35 ans&quot; . L&rsquo;un des jeunes loups actuels qui revendique sa parent&eacute; avec Vic ! n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; dire de lui qu&rsquo;il est &quot;&agrave; la basse ce que fut Mohamed Ali &agrave; la boxe&quot;. Autrement dit, il y aurait un avant et un apr&egrave;s Vicky Edimo. Traduction un peu romanesque de l&rsquo;apport fondamental de cette figure mythique, v&eacute;ritable l&eacute;gende vivante, &agrave; l&rsquo;histoire de la basse. <\/p>\n<p>Basse, globalisation et mondialisation : <br \/>Pr&eacute;c&eacute;d&eacute; par Manfred Long dit &quot;Mister Pr&eacute;cision&quot; le premier bassiste camerounais &agrave; jouer en France, le succ&egrave;s hexagonal de Jean Dikoto Mandengue et Vicky Edimo correspond surtout &agrave; un contexte pr&eacute;cis. La vari&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise est alors largement tourn&eacute;e vers le rock&rsquo;n roll am&eacute;ricain, notamment la musique funk apparut &agrave; l&rsquo;or&eacute;e des ann&eacute;es soixante-dix et qui &eacute;clate dans les ann&eacute;es quatre-vingt comme un genre majeur du rock contemporain. Elle y puise du sang neuf et les bassistes camerounais seront les rares musiciens capables de r&eacute;pondre efficacement au besoin m&eacute;lodique et rythmique ainsi recherch&eacute;. Ils ne font pas que jouer &quot;comme des am&eacute;ricains&quot; car nous sommes ici loin d&rsquo;une simple juxtaposition rythmique ou de superpositions exotiques, mais plut&ocirc;t dans la construction de nouveaux territoires esth&eacute;tiques et de langages nouveaux. On ne saurait faire une impasse sur l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un Willy Nfor dont la mort pr&eacute;matur&eacute;e a baiss&eacute; le rideau sur un talent qui n&rsquo;avait pas encore d&eacute;voil&eacute; toutes ses p&eacute;pites. Cette volont&eacute; de transcender, de se transcender, de d&eacute;passer la r&eacute;alit&eacute; imm&eacute;diate en lui &eacute;tant sup&eacute;rieur, de se projeter sans cesse au-del&agrave; m&ecirc;me de sa propre nature, de sa propre histoire, est au centre de la d&eacute;marche des acteurs de la deuxi&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration. Il en r&eacute;sulte aujourd&rsquo;hui une expression compl&egrave;tement originale qui leur vaut le respect d&rsquo;un milieu professionnel pointu pour lequel la diff&eacute;rence est presque per&ccedil;ue comme un signe de reconnaissance et de survie. <\/p>\n<p>On ne connaissait jusqu&rsquo;ici ses &oelig;uvres au Cameroun qu&rsquo;&agrave; travers le groupe Ultramarine dont il est membre fondateur en 1986. Etienne Mbapp&eacute; n&rsquo;est &acirc;g&eacute; que de vingt-deux ans mais son tableau de chasse &agrave; corde est d&eacute;j&agrave; impressionnant (Rido Bayonne, Paco S&eacute;ry), depuis son d&eacute;part en 1978 de son pays. C&rsquo;est l&rsquo;un des premiers de la nouvelle vague &agrave; avoir fait son conservatoire o&ugrave; il s&rsquo;initie &agrave; la guitare et &agrave; la contrebasse. Entre temps, Vicky Edimo a d&eacute;j&agrave; &eacute;crit quelques belles notes d&rsquo;une carri&egrave;re qui fait r&ecirc;ver le jeune musicien. Il troquera finalement sa guitare contre une basse avec laquelle il prend vite ses marques. Admis &agrave; l&rsquo;Orchestre national de Jazz de France, Etienne Mbapp&eacute; ne se distingue pas uniquement par son port de gants de soie noire. On le retrouve sur plusieurs sc&egrave;nes avec des vedettes fran&ccedil;aises (Jacques higelin, Liane Foly) et africaines (Salif keita, Tour&eacute; Kunda, Manu Dibango, Cath&eacute;rine Lara, Rokia Traor&eacute;). Depuis 1996 il accompagne Michel Jonasz &agrave; la fois sur sc&egrave;ne et en studio et en l&rsquo;an 2000 il a int&eacute;gr&eacute; le &quot;Zawinul syndicate&quot;, la formation de Joe Zawinul avant de collaborer en 2001 avec Mr Ray Charles sur son dernier album. Il vit toujours &agrave; Paris o&ugrave; il vient de proposer son premier album personnel. <\/p>\n<p>Evoluant tr&egrave;s en marge du milieu artistique africain, Armand Sabal Lecco poursuit &agrave; Los Angel&egrave;s une riche et &eacute;tonnante carri&egrave;re am&eacute;ricaine avec au registre de ses employeurs permanents Janet Jackson ou Chaka Khan. Hilaire Penda vit &agrave; Londres. Avec Guy Nsangue (Kassav, Manu Dibango&hellip;) et Etienne Mbapp&eacute;, Richard Bona forme le trio le plus m&eacute;diatique et de loin le plus titr&eacute; de la &quot;basse camerounaise&quot;. Install&eacute; aux Etats-Unis (1995), Richard Bona qui cite au chapitre de ses r&eacute;f&eacute;rences Jean-Dikoto Mandengue, est le plus en vue. Sans qu&rsquo;il soit ais&eacute; de dire avec pr&eacute;cision si cela tient exclusivement de ses talents exceptionnels de bassiste ou si la qualit&eacute; de ses disques personnels salu&eacute;s par une critique enthousiaste y contribue de mani&egrave;re d&eacute;terminante. Il convient tr&egrave;s vite de s&rsquo;&eacute;loigner d&rsquo;une lecture unique et exclusive pour reconna&icirc;tre une combinaison articulant ces deux aspects. C&rsquo;est en &eacute;coutant &quot;Portrait Tracy&quot; de Jaco Pastorius dans un club de Jazz de Douala o&ugrave; il joue pour des touristes et quelques privil&eacute;gi&eacute;s, que son destin franchit un cap d&eacute;cisif. Richard Bona fr&eacute;quente ensuite les milieux du jazz &agrave; Paris (1989) sans pouvoir donner la pleine mesure de son talent. En choisissant de vivre &agrave; New-York, il r&ecirc;ve de naviguer sur les courants musicaux les plus vari&eacute;s. Aujourd&rsquo;hui son agenda des collaborations se confond avec celui des plus grands noms de la sc&egrave;ne musicale internationale : Herbie Hancock, Carlos Santana, Paul Simon, Queen Latifah, Bobby Mc Ferrin, Joe Zawinul (il participe &agrave; son album My people et &agrave; la tourn&eacute;e qui s&rsquo;en suit), Eddie Palmery, Chucho Valdes, Billy Cobham, Gloria Gaynor, Chick Corea&hellip;. <\/p>\n<p>Sa carri&egrave;re sur orbite, il va diriger l&rsquo;orchestre de Harry Belafonte et enregistre un duo avec Georges Benson pour qui il compose &eacute;galement plusieurs m&eacute;lodies. Mieux encore, c&rsquo;est en affirmant au fil de ses trois albums un v&eacute;ritable talent d&rsquo;auteur, de compositeur et d&rsquo;interpr&egrave;te qu&rsquo;il s&eacute;duit compl&egrave;tement les m&eacute;dias et confirme une personnalit&eacute; unique, attachante et impr&eacute;visible. V&eacute;ritable monstre de virtuosit&eacute;, il d&eacute;voile un style personnel, harmonisant avec efficacit&eacute; rythmiques camerounaises et phras&eacute;s contemporains. &quot;Sa basse &eacute;lectrique m&eacute;lodique, sensuelle&quot; et sa voix haut perch&eacute;e ont valu au jeune prodige en 2004, le troph&eacute;e de la &quot;Victoire de l&rsquo;artiste international jazz de l&rsquo;ann&eacute;e&quot; aux deuxi&egrave;mes Victoires du Jazz &agrave; Deauville (France). Avec Richard Bona, la basse produit des &eacute;carts po&eacute;tiques inimitables et jette de myst&eacute;rieuses passerelles entre sc&egrave;ne et salle, entre publics d&rsquo;aires culturelles diff&eacute;rentes. Il distille cette &eacute;motion que provoque le geste juste, habit&eacute; pleinement par un artiste dont l&rsquo;intelligence musicale semble sans limite. En 2003, son troisi&egrave;me album para&icirc;t chez Universal Music France et ses fans peuvent souffler car il avait exprim&eacute; son souhait de ne plus chanter. En r&eacute;alit&eacute;, une astuce pour contraindre Columbia Sony, la Major dont il restait le dernier soci&eacute;taire africain, &agrave; lui rendre sa libert&eacute; de cr&eacute;ation. Les cadres de la &quot;Major company&quot; ayant tent&eacute; de lui imposer des sch&eacute;mas musicaux suppos&eacute;s plus rentables. Bona se sert ainsi de son talent pour prendre le contre-pied du dangereux potentiel d&rsquo;uniformisation que porte en elle l&rsquo;industrie musicale. <\/p>\n<p>A travers cette attitude (v&eacute;ritable luxe dans la morosit&eacute; actuelle du secteur), Bona d&eacute;forme les imageries exotiques auxquelles la marchandisation veut r&eacute;duire la diversit&eacute; culturelle. <br \/>On pourrait passer en revue la majorit&eacute; des meilleures bassistes de l&rsquo;Afrique-sur-Seine, voire au-del&agrave;, et on retrouverait &agrave; des degr&eacute;s divers cette m&ecirc;me alchimie : traces des traditions et usages populaires de l&rsquo;enfance, singularit&eacute; forte des artistes, n&eacute;cessit&eacute; de la confronter, de l&rsquo;exprimer et collaboration avec les t&ecirc;tes les plus couronn&eacute;es de la vari&eacute;t&eacute; internationale. Il y a l&agrave; sans doute une trace importante du magma &eacute;nerg&eacute;tique de la dynamique actuelle. Une dynamique de cr&eacute;ation qui modestement, mais r&eacute;solument, nourrit la diversit&eacute; et s&eacute;cr&egrave;te le principe actif destructeur des ingr&eacute;dients de la culture globalis&eacute;e. En mettant en perspective leur parcours, on constate qu&rsquo;avec ces acteurs se joue une forme de mondialisation culturelle, car ils attirent par leur &eacute;clat l&rsquo;attention des publics sur des oeuvres qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais rencontr&eacute;es autrement. On ne peut esp&eacute;rer saisir toute la nuance de cet investissement en faisant l&rsquo;&eacute;conomie d&rsquo;un d&eacute;tour par deux processus qui ont conjointement marqu&eacute; ces deux derni&egrave;res d&eacute;cennies le champ culturel. <\/p>\n<p>Avec d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; la globalisation, concentration des acteurs industriels et de l&rsquo;offre de &quot;produits culturels&quot;. Une concentration spectaculaire, en particulier dans le domaine musical o&ugrave; cinq Major companies (d&eacute;sormais quatre , depuis le feu vert de Bruxelles pour la fusion Sony-BMG) contr&ocirc;lent dans de nombreux pays, comme la France ou l&rsquo;Allemagne, 80% de parts de march&eacute;. Avec pour principal corollaire une r&eacute;duction drastique de l&rsquo;offre musicale, correspondant &agrave; la concentration des investissements sur des &quot;valeurs s&ucirc;res&quot;. Plus exactement, cela signifie un d&eacute;veloppement des &quot;produits globaux&quot; susceptibles de g&eacute;n&eacute;rer des profits unitaires bien plus consid&eacute;rables que cela n&rsquo;aurait &eacute;t&eacute; possible avec une dispersion plus importante des investissements. Plut&ocirc;t un artiste capable de vendre deux millions de disques dans le monde, que mille artistes du monde r&eacute;alisant deux mille ventes d&rsquo;albums. Les artistes se sont vus ainsi confront&eacute;s &agrave; une r&egrave;gle math&eacute;matico-financi&egrave;re qui dresse une barri&egrave;re de plus en plus haute devant leurs l&eacute;gitimes ambitions de production et de diffusion. Processus bien ant&eacute;rieur &agrave; la globalisation en cours des industries culturelles, la mondialisation dans la sph&egrave;re musicale a marginalis&eacute; des acteurs &quot;ind&eacute;pendants&quot; issus de secteurs non-industriels de la culture. <\/p>\n<p>Ces derniers participent de cette mondialisation qui a pour crit&egrave;re dominant la qualit&eacute; intrins&egrave;que des &oelig;uvres produites et diffus&eacute;es et la d&eacute;couverte par des publics des sons de toute provenance et des couleurs de la diversit&eacute;. D&eacute;couverte impuls&eacute;e par les prouesses et le succ&egrave;s d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration de musiciens dou&eacute;s dont Richard Bona est actuellement le chef de file. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Fondation Paul Ango Ela de g&eacute;opolitique en Afrique centrale a publi&eacute; en juillet 2004, le 20&egrave;me num&eacute;ro d&rsquo;Enjeux (juillet &ndash; septembre 04) dont le dossier est consacr&eacute; &agrave; &quot;Les musiques d&rsquo;Afrique centrale entre culture, march&eacute; et politique&quot; <\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de s&rsquo;interroger sur les luttes de pouvoir &agrave; travers la musique que ce soit dans les champs artistique, politique ou &eacute;conomique. <\/p>\n<p>Ce dossier comprend les contributions de : <\/p>\n<p>L&eacute;on Tsambu Bulu &quot;La musique populaire urbaine en RDC : le paradoxe d&rsquo;un produit culturel national et marchand import&eacute;&quot; <br \/>Lionel Manga &quot;Musique et politique au Cameroun&quot; <br \/>Valentin Sim&eacute;on Zinga &quot;Esquisse d&rsquo;une esth&eacute;tique de la ruse politique : analyse de l&rsquo;apologie de la &lsquo;premi&egrave;re dame&rsquo; dans le bikutsi du Cameroun&quot; <br \/>Etanislas Ngodi &quot;La musique dans l&rsquo;imaginaire populaire : le cas des deux Congo&quot; <br \/>Joseph Owona Ntsama &quot;Le Mvet des Pahouins : une expression musicale entre localit&eacute; et transnationalit&eacute;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il a fallu v\u00e9ritablement que le fait prenne une ampleur in\u00e9dite pour que la presse sp\u00e9cialis\u00e9e commence \u00e0 se pencher sur ce \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb qu\u2019est devenu l\u2019apport fondamental des bassistes camerounais \u00e0 la sono mondiale. &#8211; Le Quotidien Mutations du MARDI, 03 AO&ucirc;T , 2004 &#8211; 05:37 Commentaire &amp; S&eacute;rie : S&eacute;rie : La soci&eacute;t&eacute; camerounaise [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1043,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[8,13,16,20,26,34,38],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-17","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","tag-article","tag-cooking","tag-delicious","tag-hot","tag-post","tag-tasty","tag-trend"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1043"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=17"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}