{"id":214,"date":"2006-11-09T15:28:15","date_gmt":"2006-11-09T14:28:15","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-11-09T15:28:15","modified_gmt":"2006-11-09T13:28:15","slug":"214","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/214\/","title":{"rendered":"NJO LEA : LE REVE BRISE"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Il \u00e9tait une fois, Eug\u00e8ne Njo L\u00e9a, un homme qui, r\u00eavant d\u2019une nouvelle vie au terme d\u2019une carri\u00e8re professionnelle \u00e9tincelante, ayant imagin\u00e9 et entrepris une \u0153uvre de rupture fondatrice de notre football, pour en faire une soupape sociale et une activit\u00e9 \u00e0 haute intensit\u00e9 de main-d\u2019\u0153uvre g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus, s\u2019engagea ing\u00e9nument dans un d\u00e9dale de traquenards, de combines et de quolibets dont il ne put, ensuite, s\u2019extraire. &#8211; <\/p>\n<p class=\"texte\">&nbsp;Voulant introduire la transparence l&agrave; o&ugrave; la corruption, massive et syst\u00e9matique, se pratiquait &agrave; ciel ouvert, il enragea de voir, soudain, tous les indicateurs au rouge. On ne lui a pas vol\u00e9 sa retraite ; on lui a assassin\u00e9 son r&ecirc;ve. <\/p>\n<p>Issu, en 1929, de l&rsquo;Ecole sup\u00e9rieure de Yaound\u00e9 qui formait, en ce temps, l&rsquo;\u00e9lite locale auxiliaris\u00e9e par l&rsquo;administration coloniale, son p&egrave;re re&ccedil;ut pour premier poste d&rsquo;affectation Batouri. C&rsquo;est l&agrave;, dans cette ville construite par les Allemands et qui faisait encore figure de capitale r\u00e9gionale pour l&rsquo;Est Cameroun, que naquit, deux ann\u00e9es plus tard, l&rsquo;a&icirc;n\u00e9 de ses gar&ccedil;ons. Celui-ci entreprendra ses \u00e9tudes primaires dans sa ville natale, puis, Garoua o&ugrave; une nouvelle affectation conduira son p&egrave;re. Revenu &agrave; Douala, suite au d\u00e9c&egrave;s pr\u00e9matur\u00e9 de ce dernier, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a obtient le Certificat d&rsquo;\u00e9tudes primaires \u00e9l\u00e9mentaires &agrave; l&rsquo;Ecole r\u00e9gionale d&rsquo;Akwa, y fait le cours de s\u00e9lection (classe de sixi&egrave;me) et, ensuite, fait partie de la premi&egrave;re promotion du coll&egrave;ge de Nkongsamba o&ugrave; explosent ses talents de footballeur. D\u00e9j&agrave;, il enthousiasme le stade d&rsquo;Akwa. Epoustouflant avant-centre de l&rsquo;\u00e9quipe du Vent des Sports encore appel\u00e9e Vent Lalanne, du nom du Fran&ccedil;ais, grand amateur et grand m\u00e9c&egrave;ne du football r\u00e9sidant Douala, il op&egrave;re aux c&ocirc;t\u00e9s de Likabo Louis Pergaud, coll\u00e9gien, comme lui, &agrave; Nkongsamba &#8211; un merveilleux dribbleur pour lequel le football n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu et qui, plus tard, s&rsquo;attirera les foudres de son entra&icirc;neur &agrave; Limoges qui a une conception radicalement diff\u00e9rente &#8211; et d&rsquo;un certain Edimo Nganga, un ailier rac\u00e9, puissant et d\u00e9termin\u00e9 qui fera, peu apr&egrave;s, les beaux jours de Sochaux, en division d&rsquo;\u00e9lite du championnat de France. Admis au brevet \u00e9l\u00e9mentaire en 1951, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a part pour la France, titulaire d&rsquo;une bourse d&rsquo;\u00e9tude. El&egrave;ve au lyc\u00e9e Claude Fauriel &agrave; Saint &#8211; Etienne, il est, tout d&rsquo;abord, boud\u00e9 par le club de la ville. Roche-La-Moli&egrave;re, petite bourgade du voisinage, lui offre l&rsquo;occasion d&rsquo;exprimer son talent et c&rsquo;est la sensation. La marche vers l&rsquo;apoth\u00e9ose commence, lui ouvrant toutes grandes les portes de l&rsquo;Association sportive de Saint-Etienne (Asse). Les Verts ne lui permettent pas seulement de troquer son statut d&rsquo;amateur marron &#8211; c&rsquo;est-&agrave;-dire r\u00e9tribu\u00e9, mais ne tirant pas l&rsquo;essentiel de ses revenus de son activit\u00e9 de footballeur &#8211; contre celui de joueur professionnel, ils lui d\u00e9roulent le tapis rouge de la renomm\u00e9e.<\/p>\n<p>Constituant, avec le Hollandais Kees Rijvers et l&rsquo;Alg\u00e9rien Rachid M\u00e9kloufi le trio magique de l&rsquo;attaque st\u00e9phanoise du milieu des ann\u00e9es 50 qui affolait les d\u00e9fenses les plus r&ocirc;d\u00e9es et m&ecirc;me les plus rugueuses, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a, v\u00e9ritable feu-follet, \u00e9tait un avant-centre prompt comme l&rsquo;\u00e9clair, incisif, percutant, infatigable, susceptible, &agrave; tout moment, de perforer les rideaux d\u00e9fensifs les plus herm\u00e9tiques. Champion de France en 1957 avec L&rsquo;AS Saint-\u00c9tienne qui acc\u00e9dait, pour la premi&egrave;re fois, &agrave; cette haute performance, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a sera, \u00e9galement, en septembre de la m&ecirc;me ann\u00e9e, &agrave; la pointe de l&rsquo;attaque des Verts lors de la premi&egrave;re confrontation, en coupe des clubs champions, avec les fameux Glasgows Rangers. En cinq saisons, il portera 135 fois la tunique verte du club st\u00e9phanois, inscrivant 70 buts &agrave; son compteur personnel, apr&egrave;s avoir \u00e9t\u00e9 le second meilleur buteur de la saison 1956\/1957, derri&egrave;re l&rsquo;excellent Just Fontaine. Pareil palmar&egrave;s ne pouvait que lui servir de s\u00e9same pour les clubs les plus hupp\u00e9s, tandis que son \u00e9closion attise toutes les convoitises. Las de faire la navette entre Saint-\u00c9tienne et Lyon durant son cycle de licence, il quitta les Verts pour l&rsquo;Olympique Lyonnais (OL) et, plus tard, dans la perspective de sa formation de troisi&egrave;me cycle et &agrave; l&rsquo;Institut des hautes \u00e9tudes d&rsquo;Outre-Mer, l&rsquo;OL pour le prestigieux maillot blanc ray\u00e9 de bleu de Racing club de Paris (actuel Paris Saint-Germain). Il participe aux fameux tournois de Paris o&ugrave; le tr&egrave;s fameux Santos FC de Pel\u00e9 se produit, tous les ans, en exhibition face aux meilleures formations europ\u00e9ennes ; donnant la r\u00e9plique aux meilleurs joueurs du moment : Pel\u00e9, Di St\u00e9phano, Gento, Continho, P\u00e9p\u00e9 &hellip;. Mais, d\u00e9j&agrave;, le destin le sollicitait ailleurs.<\/p>\n<p>La parenth&egrave;se diplomatique sera de courte dur\u00e9e. Dipl&ocirc;m\u00e9 de l&rsquo;Iheom, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a compte, notamment, parmi ses promotionnaires, le pr\u00e9sident Paul Biya, l&rsquo;ex-pr\u00e9sident Abdou Diouf, Diallo Telli, le premier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OUA. D&rsquo;abord stagiaire &agrave; la repr\u00e9sentation diplomatique du Cameroun aupr&egrave;s de l&rsquo;Organisation des Nations unies, il est, aur\u00e9ol\u00e9 de sa r\u00e9putation d&rsquo;artiste du ballon rond, tour &agrave; tour, charg\u00e9 de la cr\u00e9ation de l&rsquo;ambassade du Cameroun &agrave; Londres (dont le premier titulaire fut l&rsquo;ambassadeur Epi\u00e9), puis &agrave; Madrid (dont le premier titulaire fut l&rsquo;ambassadeur Magloire Nguiamba). Exil\u00e9 par Sekou Tour\u00e9 aux fonctions internationales afin de lui permettre d&rsquo;avoir les coud\u00e9es franches &agrave; l&rsquo;int\u00e9rieur, Diallo Telli, son ami, le sollicite pour l&rsquo;aider &agrave; la mise en place des structures de l&rsquo;Oua. Tous deux s&rsquo;\u00e9puisent, en vain, &agrave; une entreprise qui relevait, en r\u00e9alit\u00e9, des travaux d&rsquo;Hercule. Diallo Telli s&rsquo;en retourna en Guin\u00e9e briser son r&ecirc;ve sur les r\u00e9cifs de l&rsquo;Afrique qui, vaille que vaille, veut se persuader que tout va bien. Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a ne savait pas qu&rsquo;un destin analogue l&rsquo;attendait. Le premier expira dans les affres des ge&ocirc;les de S\u00e9kou Tour\u00e9 ; le second dans ceux du d\u00e9nuement et de l&rsquo;indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>n Le r&ecirc;ve bris\u00e9 d&rsquo;Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a, qui fut, gr&acirc;ce au football, un \u00e9tudiant opulent, roulant en voiture d\u00e9capotable, vivant en somptueux appartement, fut de permettre &agrave; d&rsquo;autres de vivre ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu et m&ecirc;me davantage encore ! Pour cela, assurer la promotion du football comme secteur de d\u00e9veloppement. Permettre la r\u00e9alisation des potentialit\u00e9s africaines, en g\u00e9n\u00e9ral, camerounaises, en particulier, dans ce domaine par l&rsquo;av&egrave;nement du professionnalisme. Artisan, avec Just Fontaine et Me Jacques Bertrand, de l&rsquo;Union nationale des footballeurs professionnels, le syndicat des footballeurs fran&ccedil;ais, Eug&egrave;ne Njo L\u00e9a affichait son ambition d&egrave;s le 16 novembre 1961, lors de la cr\u00e9ation de la premi&egrave;re organisation professionnelle charg\u00e9e de la d\u00e9fense des int\u00e9r&ecirc;ts mat\u00e9riels des footballeurs professionnels fran&ccedil;ais : &rsquo;&rsquo;Pour nous autres, Africains, martelait-il, le football n&rsquo;est pas un objet de contemplation, mais un instrument de combat contre le sous-d\u00e9veloppement et pour l&rsquo;affirmation de notre personnalit\u00e9.&rsquo;&rsquo; C&rsquo;est dans cette logique qu&rsquo;arrivant en 1987 &agrave; Yaound\u00e9, avec une armada de 40 journalistes, de repr\u00e9sentants d&rsquo;\u00e9quipes, partenaires techniques (Lens, Nancy, Laval, Reims), de repr\u00e9sentants de la Soci\u00e9t\u00e9 de banque suisse, partenaire financier, de sponsors et des \u00e9quipementiers, il ne sollicitait, pour la mise en &oelig;uvre de son projet de football semi-professionnel, que la caution des autorit\u00e9s camerounaises et l&rsquo;aval de la F\u00e9d\u00e9ration camerounaise de football (F\u00e9cafoot). Le projet consistait en la mise &agrave; la disposition du Cameroun de moyens financements devant permettre la cr\u00e9ation d&rsquo;infrastructures viables, la formation et le recyclage des formateurs, la formation des footballeurs, depuis le stade des poussins jusqu&rsquo;&agrave; celui des seniors. Etait \u00e9galement compris, un volet de construction par l&rsquo;autorit\u00e9 publique, via ses d\u00e9membrements communaux, des infrastructures ad\u00e9quates appel\u00e9es, apr&egrave;s amortissement, &agrave; devenir la propri\u00e9t\u00e9 des clubs. Le tout conduisant &agrave; l&rsquo;organisation d&rsquo;un championnat comp\u00e9titif, mais assorti de conditions de transparence, notamment de l&rsquo;obligation d&rsquo;une gestion financi&egrave;re saine avec des contr&ocirc;les efficaces aussi bien au niveau de la Ligue que des clubs engag\u00e9s dans le processus de football semi-professionnel, de celle aussi d&rsquo;un contr&ocirc;le efficace de la billetterie, depuis l&rsquo;\u00e9mission jusqu&rsquo;&agrave; la vente en passant par la distribution. Le projet bousculant les arcanes mentaux g\u00e9n\u00e9ralement admis, visant &agrave; mettre un terme &agrave; l&rsquo;h\u00e9morragie organis\u00e9e du football camerounais a \u00e9t\u00e9 vite raval\u00e9 au statut d&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom&egrave;ne. Il capota malgr\u00e9 sa pertinence et les appuis politiques, diplomatiques, \u00e9conomiques et financiers de haut niveau qui le portaient. Comment, d&egrave;s lors, s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;absence de formatage du football au pays de Roger Milla ? Comment s&rsquo;\u00e9tonner des infrastructures d\u00e9risoires au pays de Samuel Eto&rsquo;o ? Comment s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;indigence du championnat national dont on ignore jusqu&rsquo;au moral des principaux acteurs ? Comment une r\u00e9forme limpide peut-elle se perdre ainsi dans la cacophonie ? Si le r&ecirc;ve bris\u00e9 de Njo L\u00e9a hante encore dans ce pays des femmes et des hommes de bonne volont\u00e9, c&rsquo;est aussi avec l&rsquo;amertume de savoir que quelque part, nonobstant les injonctions que l&rsquo;on sait, on s&rsquo;est ent&ecirc;t\u00e9, avec les d\u00e9g&acirc;ts que l&rsquo;on voit, &agrave; refuser &agrave; C\u00e9sar ce qui appartenait &agrave; C\u00e9sar.<\/p>\n<p><span class=\"auteur\">Sam Ekoka Ewande<\/span><br \/><span class=\"style51\">Publi\u00e9 le 31-10-2006<br \/>La Nouvelle Expression<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait une fois, Eug\u00e8ne Njo L\u00e9a, un homme qui, r\u00eavant d\u2019une nouvelle vie au terme d\u2019une carri\u00e8re professionnelle \u00e9tincelante, ayant imagin\u00e9 et entrepris une \u0153uvre de rupture fondatrice de notre football, pour en faire une soupape sociale et une activit\u00e9 \u00e0 haute intensit\u00e9 de main-d\u2019\u0153uvre g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus, s\u2019engagea ing\u00e9nument dans un d\u00e9dale de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-214","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}