{"id":3070,"date":"2009-05-14T10:31:24","date_gmt":"2009-05-14T08:31:24","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-14T10:31:24","modified_gmt":"2009-05-14T08:31:24","slug":"3070","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3070\/","title":{"rendered":"D\u00e9coloniser la litt\u00e9rature africaine"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les lauriers qu&rsquo;ils tressent de temps en temps \u00e0 quelques uns de ses fils, les milieux litt\u00e9raires fran\u00e7ais, contrairement \u00e0 ce qui se passe en Allemagne o\u00f9 en Angleterre par exemple, ne sont pas toujours pr\u00eats \u00e0 consid\u00e9rer les \u00e9crivains africains \u00e9tablis en Hexagone comme d&rsquo;authentiques \u00e9crivains.  &#8211; <strong><font color=\"#000000\">    <\/font><\/strong><\/p>\n<p><span class=\"13aria\"> Leur g&eacute;nie et leur talent semblent assombris par leur peau brune. Dans l&rsquo;interview qu&rsquo;il a accord&eacute;e &agrave; Mutations lors de son passage au Cameroun le mois dernier, Eug&egrave;ne Ebode a bien laiss&eacute; entendre qu&rsquo;il ne se satisfaisait plus du r&ocirc;le de N&egrave;gre de service, la fois dans le cadre professionnel et comme &eacute;crivain. Avant lui, Gaston Paul Effa s&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; brouill&eacute; avec un de ses &eacute;diteurs fran&ccedil;ais qui voulait le confiner dans une collection pour Noirs, alors qu&rsquo;il se jugeait dot&eacute; d&rsquo;un talent lui permettant de rivaliser avec les meilleurs auteurs fran&ccedil;ais et d&rsquo;autres nationalit&eacute;s publi&eacute;s, chez le m&ecirc;me &eacute;diteur, dans une autre collection, dite &quot;blanche&quot;. Le congolais Daniel Biyaoula et le Camerounais Jean Roger Essomba dont on entend peu parler malgr&eacute; leur immense talent, pour r&eacute;gler d&eacute;finitivement ce probl&egrave;me, ont pris un bail de longue dur&eacute;e chez Pr&eacute;sence Africaine.<\/p>\n<p>Par racisme o&ugrave; par simple condescendance, plusieurs des auteurs africains sont ainsi confin&eacute;s dans des collections o&ugrave; le crit&egrave;re de s&eacute;lection des manuscrits est d&rsquo;abord et avant tout la race, quand ils ne sont pas condamn&eacute;s &agrave; se faire publier par des &eacute;diteurs de seconde zone, sans vrais moyens de les promouvoir. Ceux qui ont le bonheur de repr&eacute;senter leur race &agrave; des tables d&rsquo;honneur doivent apprendre &agrave; bien s&rsquo;y tenir au risque de d&eacute;choir du pi&eacute;destal o&ugrave; seule l&rsquo;humeur de leurs parrains les maintiendrait. On promet ainsi, depuis ses &quot;&eacute;carts&quot; de comportement, une mise au ban &agrave; une romanci&egrave;re de nos compatriotes. <\/p>\n<p> C&rsquo;est en tant qu&rsquo;ils sont des &eacute;crivains issus de l&rsquo;immigration que les milieux litt&eacute;raires fran&ccedil;ais promeuvent, par un exotisme ringard ou pour se donner bonne conscience plusieurs &eacute;crivains de notre continent. La litt&eacute;rature que ces &eacute;crivains produisent, &agrave; aucun moment, n&rsquo;est consid&eacute;r&eacute;e comme une litt&eacute;rature &agrave; part enti&egrave;re ; elle est et demeure une litt&eacute;rature de l&rsquo;immigration. Le concept de migritude que Jacques Chevrier emploie pour d&eacute;signer les &oelig;uvres de ces &eacute;crivains cache &agrave; peine le type de rapport centre-p&eacute;riph&eacute;rie, colonisateur-colonis&eacute; qui a caract&eacute;ris&eacute; les premi&egrave;res &oelig;uvres de la litt&eacute;rature africaine. Il rappelle aussi la perspective binariste selon laquelle le fait litt&eacute;raire est examin&eacute; en Hexagone. Quoique certains &eacute;crivains de la migritude tiennent &quot;un contre discours identitaire&quot;, ils n&rsquo;en restent pas moins d&rsquo;abord identifi&eacute;s en fonction de la couleur de leur peau ou de leur provenance.<\/p>\n<p>Il en va pourtant autrement ailleurs, en Allemagne et en Angleterre notamment ; dans le premier de ces deux pays, on ne rougit pas de promouvoir les &eacute;crivains venus d&rsquo;ailleurs, les Turcs notamment. On salue leur contribution de plus en plus grande au renouveau des lettres dans le pays de Goethe. Dans un article paru dans Notre Librairie (n&deg; 155-156, juillet &#8211; d&eacute;cembre 2004) Tirthankar Chanda souligne la place importante que les &eacute;crivains noirs se sont taill&eacute;e en Angleterre depuis 1948. Dans ce pays, on se souvient &agrave; peine que l&rsquo;immense Naipaul est d&rsquo;origine Indo-Trinidadienne. En Angleterre comme en Allemagne les litt&eacute;ratures produites par ces &eacute;crivains font partie int&eacute;grante de la nouvelle cat&eacute;gorie des litt&eacute;ratures dites migrantes et ne sont plus simplement consid&eacute;r&eacute;es comme la litt&eacute;rature de l&rsquo;immigration. Pierre Halen et J&eacute;r&ocirc;me Ceccon permettent de comprendre la diff&eacute;rence entre ces deux cat&eacute;gories litt&eacute;raires. Le concept de litt&eacute;rature de l&rsquo;immigration participe d&rsquo;une &quot;strat&eacute;gie de ghetto&iuml;sation&quot; on y retrouve les marques transform&eacute;es de comportements de l&rsquo;&eacute;poque coloniale. La litt&eacute;rature migrante est quant &agrave; elle &quot;moins connot&eacute;e n&eacute;gativement et participe d&rsquo;une volont&eacute; de d&eacute;colonisation du fait litt&eacute;raire&quot;.<\/p>\n<p><em> Par Marcelin VOUNDA ETOA* <\/em> <\/span>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 les lauriers qu&rsquo;ils tressent de temps en temps \u00e0 quelques uns de ses fils, les milieux litt\u00e9raires fran\u00e7ais, contrairement \u00e0 ce qui se passe en Allemagne o\u00f9 en Angleterre par exemple, ne sont pas toujours pr\u00eats \u00e0 consid\u00e9rer les \u00e9crivains africains \u00e9tablis en Hexagone comme d&rsquo;authentiques \u00e9crivains. &#8211; Leur g&eacute;nie et leur talent semblent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-3070","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3070","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3070"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3070\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3070"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3070"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3070"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=3070"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}