{"id":3086,"date":"2009-05-15T12:34:56","date_gmt":"2009-05-15T10:34:56","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-15T12:34:56","modified_gmt":"2009-05-15T10:34:56","slug":"3086","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3086\/","title":{"rendered":"Bouopda Pierre Kam\u00e9 : Um Nyobe n\u2019\u00e9tait pas pour la lutte arm\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Pour l\u2019auteur de l\u2019ouvrage intitul\u00e9 \u00ab De la r\u00e9bellion dans le Bamil\u00e9k\u00e9 \u00bb, paru au mois de f\u00e9vrier 2008 chez L\u2019Harmattan, la r\u00e9bellion qu\u2019a connu  l\u2019Ouest Cameroun \u00e0 partir de 1957 n\u2019avait aucun fondement nationaliste et ind\u00e9pendantiste<br \/>\n &#8211; <\/p>\n<h4><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"justify\"><strong>Qu&rsquo;est ce qui vous a motiv&eacute; &agrave; &eacute;crire un tel ouvrage, et comment a-t-il &eacute;t&eacute; accueilli par le lectorat du Cameroun ?<\/strong><\/p>\n<div align=\"center\" style=\"float: left;\" class=\"mosimage\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" data-expand=\"600\" class=\"lazyload\" hspace=\"6\" height=\"300\" border=\"0\" width=\"227\" title=\"Image\" alt=\"Image\" src=\"data:image\/svg+xml;charset=utf-8,%3Csvg xmlns%3D'http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg' viewBox%3D'0 0 227 300'%2F%3E\" data-src=\"http:\/\/www.lejourquotidien.info\/images\/stories\/opinion_debat\/bouopda%20pierre.jpg\" \/><\/p>\n<div align=\"left\" style=\"text-align: left;\" class=\"mosimage_caption\"> Ma&icirc;tre de Conf&eacute;rences &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Valenciennes<\/div>\n<\/div>\n<p>Merci pour cette interview qui me donne l&rsquo;occasion de m&rsquo;exprimer sur ces &eacute;v&egrave;nements douloureux de notre histoire r&eacute;cente, &agrave; travers l&rsquo;&eacute;vocation de mon livre. La premi&egrave;re motivation qui m&rsquo;anime toujours lorsque j&rsquo;entreprends un travail de recherche sur l&rsquo;histoire de notre pays, c&rsquo;est la volont&eacute; d&rsquo;&eacute;clairer nos jeunes compatriotes pour qu&rsquo;ils puissent en tirer parti pour &eacute;viter &agrave; l&rsquo;avenir les traumatismes qui ont malheureusement accompagn&eacute; toutes les transitions politiques importantes au Cameroun depuis plus d&rsquo;un si&egrave;cle. La deuxi&egrave;me motivation est plus personnelle. Les troubles graves qu&rsquo;il y a eu dans la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute;, &agrave; partir de la deuxi&egrave;me moiti&eacute; des ann&eacute;es 50, ont profond&eacute;ment affect&eacute; ma famille. J&rsquo;ai inscrit en &eacute;pigraphe de mon livre les propos suivants que j&rsquo;ai emprunt&eacute;s &agrave; Victor Hugo : &laquo; Cette guerre, mon p&egrave;re l&rsquo;a faite, et j&rsquo;en puis parler &raquo;. <br \/> Victor Hugo s&rsquo;exprime ainsi dans son livre &laquo; Quatre vingt-treize &raquo;, qui est un roman dans lequel il revient, de fa&ccedil;on &eacute;pique, sur la terreur qu&rsquo;il y a eu &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;insurrection des Vend&eacute;ens contre la Convention, apr&egrave;s le r&eacute;gicide du 21 mai 1793 en France. Son p&egrave;re L&eacute;opold Hugo, partisan de la r&eacute;volution, a activement particip&eacute; &agrave; la campagne de pacification de la Vend&eacute;e, r&eacute;gion d&rsquo;origine de sa m&egrave;re, Sophie Tr&eacute;buchet, royaliste. Il se trouve que je suis le fils de Kam&eacute; Samuel, qui &agrave; la fin des ann&eacute;es 50 au Cameroun sous administration fran&ccedil;aise, &eacute;tait le Camerounais qui occupait la fonction de commandement la plus &eacute;lev&eacute;e sur tout le territoire.<\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" data-expand=\"600\" class=\"lazyload\" hspace=\"6\" height=\"300\" border=\"0\" width=\"189\" title=\"Image\" alt=\"Image\" style=\"float: left;\" src=\"data:image\/svg+xml;charset=utf-8,%3Csvg xmlns%3D'http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg' viewBox%3D'0 0 189 300'%2F%3E\" data-src=\"http:\/\/www.lejourquotidien.info\/images\/stories\/opinion_debat\/livre_opinion.jpg\" \/>Premier Camerounais dipl&ocirc;m&eacute; de l&rsquo;Institut des &Eacute;tudes Politiques (IEP) de Paris en 1952, et premier Camerounais dipl&ocirc;m&eacute; de l&rsquo;&Eacute;cole Nationale de la France d&rsquo;Outre-mer (ENFOM) en 1957, mon feu p&egrave;re, qui &eacute;tait apparent&eacute; au Chef Baham, Max Kamwa, est en effet nomm&eacute; Adjoint au Chef de la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute; (Maurice Delauney) au mois de novembre 1957. Autrement dit, il est nomm&eacute; &agrave; cette fonction de commandement territoriale lorsque que les troubles commencent dans cette r&eacute;gion, pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la chefferie Baham. Il est donc en premi&egrave;re ligne, d&rsquo;une part, parce qu&rsquo;il est l&rsquo;Adjoint au Chef de r&eacute;gion (l&rsquo;&eacute;quivalent aujourd&rsquo;hui serait l&rsquo;adjoint au gouverneur de province), dont le r&eacute;tablissement et le maintien de l&rsquo;ordre sont des pr&eacute;rogatives imp&eacute;ratives ; et d&rsquo;autre part, parce que les premiers troubles dans la r&eacute;gion affectent sa chefferie natale.<br \/> C&rsquo;est vous dire que je parle d&rsquo;un sujet qui a profond&eacute;ment marqu&eacute; mon feu p&egrave;re et ma famille. Le nom BOUOPDA que je porte est celui de l&rsquo;un de mes oncles qui a &eacute;t&eacute; froidement assassin&eacute; par des &laquo; maquisards &raquo;, qui visaient en fait mon p&egrave;re, quelques jours avant ma naissance. Le chef Baham, Pierre Ninyim Kamdem, qui a &eacute;t&eacute; impliqu&eacute; dans le meurtre du d&eacute;put&eacute; No&eacute; Mopen le 30 ao&ucirc;t 1963, et qui a &eacute;t&eacute; de ce fait jug&eacute; au mois d&rsquo;octobre 1963, condamn&eacute; &agrave; mort, et fusill&eacute; le 3 janvier 1964 &agrave; Bafoussam, a grandi sous la protection de mon feu p&egrave;re. Je peux multiplier ainsi &agrave; souhait, les faits qui t&eacute;moignent de notre implication familiale dans ces &eacute;v&egrave;nements douloureux. J&rsquo;ai donc la faiblesse de penser que nous connaissons le sujet dans la famille. Mes recherches effectu&eacute;es au Cameroun et en France m&rsquo;ont &eacute;galement confort&eacute; dans l&rsquo;id&eacute;e que nous connaissons bien ce sujet. Cela a achev&eacute; de me convaincre de la n&eacute;cessit&eacute; de publier ce livre &agrave; des fins p&eacute;dagogiques.<br \/> S&rsquo;agissant de l&rsquo;accueil de ce livre par le lectorat camerounais, je confesse que j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; copieusement insult&eacute; dans mon Mail box par des compatriotes qui n&rsquo;ont pas pris la peine de lire mon livre. Cette agressivit&eacute;, qui m&rsquo;est famili&egrave;re en d&eacute;finitive, s&rsquo;inscrit en v&eacute;rit&eacute; dans des combats politiques et id&eacute;ologiques que je connais bien. Il y a en effet parmi nous, de nombreuses personnes qui instrumentalisent ces &eacute;v&egrave;nements dramatiques &agrave; des fins politiques. Ce sont des militants engag&eacute;s dans des causes politiques et sociales multiples. L&rsquo;histoire ne les int&eacute;resse que dans la mesure o&ugrave; elle sert les causes qu&rsquo;ils d&eacute;fendent. Je n&rsquo;ambitionne pas, avec mon livre, d&rsquo;&eacute;clairer cette cat&eacute;gorie de compatriotes. Mon lectorat cible c&rsquo;est nos jeunes compatriotes qui cherchent avant tout &agrave; s&rsquo;instruire. Et de ce point de vue, je suis plut&ocirc;t combl&eacute; par les t&eacute;moignages de sympathie que je re&ccedil;ois r&eacute;guli&egrave;rement de la part de jeunes Camerounais ayant pris la peine de lire mon livre. Dans l&rsquo;ensemble, ils ont le sentiment, apr&egrave;s la lecture du livre, d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; longtemps flou&eacute;s et manipul&eacute;s par des activistes, camerounais et &eacute;trangers, qui inondent Internet avec des tracts politiques identifi&eacute;s, &agrave; tort, comme des documents de valeur historique.  <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>La premi&egrave;re information majeure que l&rsquo;on tire de votre ouvrage est que la r&eacute;bellion qui a &eacute;clat&eacute; dans l&rsquo;Ouest Cameroun n&rsquo;avait aucun fondement nationaliste et ind&eacute;pendantiste, mais &eacute;tait plut&ocirc;t l&rsquo;&oelig;uvre de jeunes sans foi ni loi. Vous parlez pr&eacute;cis&eacute;ment de &laquo; jeunes peu scolaris&eacute;s, peu politis&eacute;s, d&eacute;s&oelig;uvr&eacute;s, d&eacute;sargent&eacute;s &raquo;, tra&icirc;nant dans les multiples march&eacute;s de la r&eacute;gion, et qui n&rsquo;avaient &laquo; aucune identit&eacute; politique &raquo; et &laquo; aucun lien organique avec l&rsquo;UPC malgr&eacute; les tentatives de r&eacute;cup&eacute;rations maladroites de certains dirigeants UPCistes &raquo;. <br \/> Qu&rsquo;est ce qui explique selon vous le fait que dans l&rsquo;imaginaire collectif camerounais, on ait plus ou moins toujours vu en cette r&eacute;bellion des vell&eacute;it&eacute;s ind&eacute;pendantistes et nationalistes ? <\/strong><br \/> Dans de nombreuses publications qui traitent de l&rsquo;histoire politique r&eacute;cente de notre pays, la relation de ces &eacute;v&egrave;nements douloureux est d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment travestie &agrave; des fins politiques. Tr&egrave;s souvent, les auteurs de ces &eacute;crits cherchent d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment, et opportun&eacute;ment, &agrave; entretenir l&rsquo;illusion d&rsquo;une &laquo; guerre de lib&eacute;ration nationale &raquo; dans le territoire camerounais sous administration fran&ccedil;aise &agrave; la fin des ann&eacute;es 50. En r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;Union des Population du Cameroun (UPC) a tr&egrave;s t&ocirc;t renonc&eacute; &agrave; la lutte arm&eacute;e pour conqu&eacute;rir la r&eacute;unification et l&rsquo;ind&eacute;pendance des territoires camerounais. Je vous livre ces propos de Ruben Um Nyob&eacute; au 2e Congr&egrave;s de l&rsquo;UPC le 29 septembre 1952 &agrave; Es&eacute;ka :<br \/> &laquo; En ce qui concerne l&rsquo;argument selon lequel nous devons avoir des armes pour revendiquer notre libert&eacute;, nous r&eacute;pondons que cela est d&eacute;pass&eacute;. La lutte arm&eacute;e a &eacute;t&eacute; men&eacute;e une fois pour toutes par les Camerounais qui ont largement contribu&eacute; &agrave; la d&eacute;faite du fascisme allemand. Les libert&eacute;s fondamentales dont nous revendiquons l&rsquo;application et l&rsquo;ind&eacute;pendance vers laquelle nous devons marcher r&eacute;solument ne sont plus des choses &agrave; conqu&eacute;rir par la lutte arm&eacute;e. C&rsquo;est justement pour pr&eacute;venir une telle &eacute;ventualit&eacute; que la Charte de l&rsquo;Atlantique et la Charte des Nations unies ont pr&eacute;conis&eacute; le droit des peuples &agrave; disposer d&rsquo;eux-m&ecirc;mes. &raquo; <br \/> Voil&agrave; r&eacute;sum&eacute;e la position officielle de l&rsquo;UPC au sujet de la lutte arm&eacute;e dans les ann&eacute;es 50. Cette position inspirera les plaidoyers diplomatiques de Ruben Um Nyob&eacute; devant la 4e Commission de l&rsquo;Assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale des Nations Unies au mois de d&eacute;cembre des ann&eacute;es 1952, 1953 et 1954. Mais il est vrai qu&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;interdiction de l&rsquo;UPC au mois de juillet 1955 par l&rsquo;administration coloniale fran&ccedil;aise, le d&eacute;bat de la lutte arm&eacute;e a &eacute;t&eacute; r&eacute;actualis&eacute; au sein du Comit&eacute; directeur du parti, dans un contexte o&ugrave; Um Nyob&eacute; &eacute;tait en clandestinit&eacute; au Cameroun sous administration fran&ccedil;aise, alors que F&eacute;lix Moumi&eacute;, Ernest Ouandi&eacute; et Abel Kingu&eacute; &eacute;taient &agrave; Kumba, en zone d&rsquo;administration britannique. Ce d&eacute;bat &eacute;tait encore en cours, surtout &agrave; Kumba, lorsque la France a obtenu de la Grande Bretagne, au d&eacute;but du mois de juin 1957, l&rsquo;expulsion de tous les responsables de l&rsquo;UPC install&eacute;s &agrave; Kumba. La question de la lutte arm&eacute;e est ainsi rest&eacute;e ouverte apr&egrave;s le mois de juin 1957.<br \/> Lorsque les violences meurtri&egrave;res commencent quelques mois plus tard &agrave; Baham, ce n&rsquo;est donc pas le fait d&rsquo;une organisation militaire structur&eacute;e et pilot&eacute;e par le Comit&eacute; directeur de l&rsquo;UPC. C&rsquo;est le fait d&rsquo;une pi&eacute;taille d&eacute;s&oelig;uvr&eacute;e, &agrave; l&rsquo;instruction scolaire rudimentaire, sans culture politique, ignorante de la plupart des termes pr&eacute;cis de la probl&eacute;matique de la r&eacute;unification et de l&rsquo;ind&eacute;pendance du Cameroun, rejet&eacute;e et combattue par la majorit&eacute; de la population et des &eacute;lites du Bamil&eacute;k&eacute;, rejet&eacute;e par majorit&eacute; des autres Camerounais, sans lien avec les dirigeants up&eacute;cistes rest&eacute;s au Cameroun, et exil&eacute;s &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du pays. D&rsquo;ailleurs, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque l&rsquo;UPC ne revendique pas ces violences, et n&rsquo;identifie pas non plus les auteurs de ces violences. Ruben Um Nyob&eacute; ne conna&icirc;t pas &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des crapules comme Momo Paul, Nd&eacute;l&eacute;n&eacute; J&eacute;r&eacute;mie, ou Singap Martin, qui sont englu&eacute;s dans des querelles et des r&egrave;glements de comptes d&rsquo;une cruaut&eacute; inhumaine dans leurs chefferies natales respectives. Mathias Djoumessi, chef de For&eacute;k&eacute;-Dschang, premier pr&eacute;sident du Comit&eacute; directeur de l&rsquo;UPC, pr&eacute;sident de l&rsquo;Assembl&eacute;e traditionnelle du peuple Bamil&eacute;k&eacute;, traite explicitement ces gens de &laquo; bandes de voleurs &raquo;. Mais politiquement, ces violences, qui vont se r&eacute;pandre progressivement, notamment parce qu&rsquo;il y a tr&egrave;s peu de forces de l&rsquo;ordre &agrave; l&rsquo;&eacute;poque dans le Bamil&eacute;k&eacute;, int&eacute;ressent naturellement les dirigeants up&eacute;cistes, puisqu&rsquo;elles fragilisent &agrave; l&rsquo;&eacute;poque l&rsquo;autorit&eacute; des gouvernements Mbida et Ahidjo qui combattent officiellement ce parti, et qui ont aussi un int&eacute;r&ecirc;t politique &agrave; accr&eacute;diter l&rsquo;id&eacute;e que c&rsquo;est l&rsquo;UPC qui est derri&egrave;re ces violences meurtri&egrave;res dans le Bamil&eacute;k&eacute;.<br \/> Autrement dit, les violences dans la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute; se sont d&eacute;velopp&eacute;es dans une conjoncture politique nationale de comp&eacute;tition pour l&rsquo;ind&eacute;pendance, comp&eacute;tition entre des acteurs qui avaient tous, dans cette perspective de la lev&eacute;e imminente de la tutelle des Nations unies, int&eacute;r&ecirc;t &agrave; instrumentaliser ces &eacute;v&egrave;nements. C&rsquo;est vraisemblablement pour ces raisons que dans notre m&eacute;moire collective, comme vous dites, les termes de &laquo; r&eacute;bellion &raquo;, ind&eacute;pendance, et nationalistes s&rsquo;entrem&ecirc;lent confus&eacute;ment. Peut &ecirc;tre aussi qu&rsquo;inconsciemment, nous entretenons la &laquo; th&eacute;orie &raquo; de la conqu&ecirc;te de l&rsquo;ind&eacute;pendance par la lutte arm&eacute;e, parce que c&rsquo;est politiquement plus valorisant et r&eacute;confortant. Mais m&ecirc;me dans ce cas de figure, il est difficile, sans politiquement d&eacute;cr&eacute;dibiliser et criminaliser le combat des nationalistes camerounais, d&rsquo;&eacute;lever les Momo Paul et autres Nd&eacute;l&eacute;n&eacute; J&eacute;r&eacute;mie au statut historique de combattants nationalistes. C&rsquo;est pourtant malheureusement, ce que F&eacute;lix Moumi&eacute;, Ernest Ouandi&eacute; et Abel Kingu&eacute;, en exil, et loin du th&eacute;&acirc;tre des op&eacute;rations, ont d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment essay&eacute; de faire, apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de Ruben Um Nyob&eacute;. Cet &eacute;pisode criminel entache, de fa&ccedil;on ind&eacute;l&eacute;bile, l&rsquo;&oelig;uvre politique de F&eacute;lix Moumi&eacute;.  <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>Sur la question de la pacification de l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise conduite par le g&eacute;n&eacute;ral Max Briand d&egrave;s le mois de Janvier 1960, votre livre va certainement &ecirc;tre consternant pour les tenants de la th&egrave;se du g&eacute;nocide Bamil&eacute;k&eacute; puisque vous annoncez des chiffres bien en de&ccedil;&agrave; des 300 000 &agrave; 400 000 morts entre 1962 et 1964 annonc&eacute;s par Max Bardet (OK Cargo, Grasset, 1988) et encore plus loin des 800 000 &agrave; 1 million de morts entre 1955 et 1965 annonc&eacute;s par Jacques Kago L&eacute;l&eacute; (Tribalisme et exclusions au Cameroun, Editions du Crac, 1995).<br \/> Vous parlez de 20 000 morts en pays Bamil&eacute;k&eacute;, pr&eacute;cisant que ces chiffres sont minor&eacute;s puisque fournis par l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise. <\/strong> <\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>Comment expliquez-vous les &eacute;carts relativement importants entre les chiffres pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;s et les v&ocirc;tres ? Par ailleurs, au regard de vos nombreuses recherches sur cette p&eacute;riode historique, ne pensez-vous pas que la pacification militaire de l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise, quel que soit le temps et l&rsquo;espace sur lesquels elle s&rsquo;est d&eacute;ploy&eacute;e, aurait pu causer le demi million de morts au sein des populations Bamil&eacute;k&eacute;s malgr&eacute; la population globale de notre pays que vous estimez &agrave; moins de 3 500 000 &acirc;mes dans le Cameroun sous administration fran&ccedil;aise ? <\/strong><br \/> Les querelles de statistiques sur les victimes sont r&eacute;currentes dans tous les conflits meurtriers. Celui du Bamil&eacute;k&eacute; n&rsquo;y &eacute;chappe donc pas. Mais pour &eacute;clairer malgr&eacute; tout vos Internautes sur cette controverse, il faut, me semble-t-il du moins, d&rsquo;une part, &eacute;voquer les r&eacute;alit&eacute;s territoriales et d&eacute;mographiques du Bamil&eacute;k&eacute; &agrave; la fin des ann&eacute;es 50, et au d&eacute;but des ann&eacute;es 60 ; et d&rsquo;autre part, &eacute;voquer la r&eacute;alit&eacute; du conflit en lui m&ecirc;me.<br \/> A la fin des ann&eacute;es 50 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 60, la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute; est un territoire de 5 450 km2 avec une population d&rsquo;environ 438 000 personnes r&eacute;parties dans une centaine de chefferies, selon la d&eacute;nomination de l&rsquo;administration coloniale fran&ccedil;aise. C&rsquo;est donc un territoire avec une forte densit&eacute; de population (80 habitants\/km2) et de chefferies &agrave; l&rsquo;inverse des autres r&eacute;gions du Cameroun sous administration fran&ccedil;aise o&ugrave; la densit&eacute; est de 7 habitants au km2, et qui compte &agrave; l&rsquo;&eacute;poque 3 150 000 personnes en totalit&eacute;. C&rsquo;est en effet apr&egrave;s la r&eacute;unification d&rsquo;octobre 1961 que la population de la R&eacute;publique f&eacute;d&eacute;rale du Cameroun est &eacute;valu&eacute;e &agrave; 4 000 000 d&rsquo;habitants avec l&rsquo;apport d&eacute;mographique du Cameroun m&eacute;ridional. S&rsquo;agissant du conflit &agrave; proprement parler, il ne s&rsquo;est pas agi d&rsquo;une confrontation militaire frontale entre deux arm&eacute;es implant&eacute;es sur le territoire r&eacute;duit du Bamil&eacute;k&eacute;.<br \/> D&rsquo;abord, les statuts internationaux successifs du Cameroun (Territoires sous mandat de la Soci&eacute;t&eacute; des Nations (SDN), et Territoires sous tutelle des Nations Unies (ONU)) interdisaient &agrave; la France, comme &agrave; la Grande Bretagne, entre 1922 et 1960, de constituer des forces arm&eacute;es permanentes de 3e cat&eacute;gorie sur l&rsquo;ensemble des territoires camerounais qu&rsquo;elles administraient au nom de la communaut&eacute; internationale. La France et la Grande Bretagne avaient simplement le droit, sur cette p&eacute;riode, de former des policiers et des gendarmes pour les besoins du maintien de l&rsquo;ordre public. Dans la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute; en particulier, o&ugrave; les populations &eacute;taient bien encadr&eacute;es dans des chefferies traditionnelles structur&eacute;es, l&rsquo;administration coloniale fran&ccedil;aise a tr&egrave;s souvent, par commodit&eacute;, d&eacute;l&eacute;gu&eacute; aux chefs traditionnels une bonne partie de ses pr&eacute;rogatives en mati&egrave;re de police, et m&ecirc;me dans une large mesure &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, en mati&egrave;re d&rsquo;administration de la justice. La France n&rsquo;avait donc pas besoin, pour maintenir l&rsquo;ordre public dans le Bamil&eacute;k&eacute;, d&rsquo;implanter dans la r&eacute;gion le peu de forces de l&rsquo;ordre qu&rsquo;elle avait au Cameroun &agrave; cette date. Les chefs traditionnels s&rsquo;acquittaient honorablement de leurs missions d&eacute;l&eacute;gu&eacute;es de maintien de l&rsquo;ordre.<br \/> En fait, les forces arm&eacute;es fran&ccedil;aises stationn&eacute;es dans la sous-r&eacute;gion &eacute;taient bas&eacute;es &agrave; Brazzaville, capitale de l&rsquo;Afrique &eacute;quatoriale fran&ccedil;aise (AEF). C&rsquo;est au premier semestre de l&rsquo;ann&eacute;e 1960, pour aider les dirigeants du nouvel &Eacute;tat ind&eacute;pendant du Cameroun &agrave; r&eacute;tablir l&rsquo;ordre dans la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute; et &agrave; conforter leur r&eacute;gime politique, qu&rsquo;une partie des forces fran&ccedil;aises &eacute;tablies &agrave; Brazzaville a &eacute;t&eacute; mobilis&eacute;e pour le Cameroun. Durant cette p&eacute;riode dite de &laquo; pacification &raquo;, il faut avoir conscience du fait que les forces fran&ccedil;aises n&rsquo;&eacute;taient pas oppos&eacute;es &agrave; une arm&eacute;e structur&eacute;e implant&eacute;e dans des maquis, qui sont du reste des v&eacute;g&eacute;tations qui n&rsquo;existent pas en r&eacute;gion Bamil&eacute;k&eacute;. Les forces fran&ccedil;aises en op&eacute;ration dans la r&eacute;gion au premier semestre 1960 &eacute;taient oppos&eacute;es &agrave; des bandes de criminels infiltr&eacute;s dans la population pour une bonne partie, et embusqu&eacute;s sur les hauts plateaux de l&rsquo;Ouest, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque difficiles d&rsquo;acc&egrave;s avec des v&eacute;hicules automobiles.<br \/> Pour isoler les &laquo; maquisards &raquo;, les forces fran&ccedil;aises se sont inspir&eacute;es des m&eacute;thodes utilis&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment en Sanaga Maritime. Elles ont regroup&eacute; de force les populations dans des campements am&eacute;nag&eacute;s le long des axes routiers qu&rsquo;elles contr&ocirc;laient. Apr&egrave;s quoi, ne disposant pas de troupes en nombre suffisant, elles ont privil&eacute;gi&eacute; les bombardements a&eacute;riens pour &laquo; nettoyer &raquo; les zones difficiles d&rsquo;acc&egrave;s, identifi&eacute;es comme des refuges des &laquo; maquisards &raquo;. C&rsquo;est ce mode op&eacute;ratoire, qui limite les pertes de soldats fran&ccedil;ais, mais qui viole, par maints aspects, l&rsquo;&eacute;thique militaire, et terrifie par ailleurs la population civile, qui a engendr&eacute; des meurtres collat&eacute;raux importants au sein de la population du Bamil&eacute;k&eacute;. Ces bombardements a&eacute;riens massifs et aveugles ont commenc&eacute; &agrave; la fin du mois de mars 1960. A la fin du mois de juillet 1960 cette campagne militaire &eacute;tait termin&eacute;e.<br \/> Quand je donne le chiffre de 20 000 morts, il s&rsquo;agit du bilan officiel de cette campagne militaire. Bien entendu c&rsquo;est un chiffre sous &eacute;valu&eacute; comme tous les bilans officiels. Mais m&ecirc;me si on s&rsquo;en tient &agrave; ce bilan officiel de 20 000 morts, cela conf&egrave;re &agrave; cette campagne militaire, un rang de choix dans les op&eacute;rations militaires les plus meurtri&egrave;res en Afrique noire au d&eacute;but des ann&eacute;es 1960. Quant &agrave; la th&egrave;se du g&eacute;nocide, elle est tout simplement fantaisiste. Nul besoin de rentrer dans une querelle st&eacute;rile de chiffres. Pourquoi voulez-vous, que l&rsquo;administration coloniale fran&ccedil;aise, qui s&rsquo;est employ&eacute;e des d&eacute;cennies durant, &agrave; nouer un partenariat d&rsquo;administration &eacute;troit et solide avec les chefferies traditionnelles de la r&eacute;gion du Bamil&eacute;k&eacute;, comme avec les lamidats du Nord Cameroun, ou le sultanat Bamoun, entreprenne subitement, &agrave; partir de l&rsquo;ann&eacute;e 1957, d&rsquo;exterminer ces chefferies et leurs populations ? Ce qui fonde en effet le crime de g&eacute;nocide, c&rsquo;est l&rsquo;intention d&rsquo;exterminer tout ou partie d&rsquo;un peuple. Dans le cas que vous &eacute;voquez, je n&rsquo;identifie, nulle part historiquement, une volont&eacute; d&rsquo;extermination partielle ou totale du peuple bamil&eacute;k&eacute; de la part des autorit&eacute;s fran&ccedil;aises en 1960, et encore moins de la part des autorit&eacute;s politiques camerounaises de l&rsquo;&eacute;poque ou d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>N&rsquo;y a-t-il pas d&eacute;j&agrave; un probl&egrave;me dans votre ouvrage lorsque vous situez la p&eacute;riode de &laquo; pacification &raquo; fran&ccedil;aise dans l&rsquo;Ouest Cameroun entre le mois de Janvier 1960 et le d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e 1962 ?Cette &laquo; pacification &raquo; militaris&eacute;e n&rsquo;a-t-elle pas dur&eacute; plus longtemps, et ne s&rsquo;est-elle pas &eacute;largie &agrave; d&rsquo;autres r&eacute;gions o&ugrave; l&rsquo;on pouvait retrouver des populations de l&rsquo;Ouest Cameroun dont certaines ont migr&eacute; vers d&rsquo;autres villes &agrave; cause de la r&eacute;bellion s&eacute;vissant dans la r&eacute;gion<\/strong>?<br \/> Dans mon livre je traite sp&eacute;cifiquement et d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment de la &laquo; r&eacute;bellion &raquo; en pays bamil&eacute;k&eacute;. Et de ce point de vue, la pacification du Bamil&eacute;k&eacute; effectu&eacute;e par les forces militaires fran&ccedil;aises en op&eacute;ration au Cameroun dans une structure op&eacute;rationnelle de commandos d&eacute;nomm&eacute;e Groupement Tactique Nord (GTN), a dur&eacute; moins d&rsquo;un an.<br \/> Le GTN est mis en place au premier trimestre de l&rsquo;ann&eacute;e 1960 par le g&eacute;n&eacute;ral Max Briand, apr&egrave;s sa nomination comme Chef de la Mission militaire fran&ccedil;aise au Cameroun au d&eacute;but du mois de janvier 1960. Le GTN est dissous &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 1960. Mais le g&eacute;n&eacute;ral Max Briand reste au Cameroun, &agrave; la demande du gouvernement camerounais, une bonne partie de l&rsquo;ann&eacute;e 1961 avec l&rsquo;essentiel de ses troupes. Le gouvernement camerounais met &agrave; profit la pr&eacute;sence de cette Mission militaire fran&ccedil;aise sur son territoire pour acc&eacute;l&eacute;rer l&rsquo;instruction des officiers subalternes et des sous-officiers de l&rsquo;arm&eacute;e et la gendarmerie camerounaises cr&eacute;&eacute;es respectivement aux mois de novembre 1959 et avril 1960. Le g&eacute;n&eacute;ral Max Briand quitte le Cameroun au mois de f&eacute;vrier 1962. Il est remplac&eacute; par le g&eacute;n&eacute;ral Aufeuvre &agrave; la t&ecirc;te de la Mission militaire fran&ccedil;aise au Cameroun. A cette date, il n&rsquo;y a plus de troubles importants de l&rsquo;ordre public dans le Bamil&eacute;k&eacute;, et la jeune arm&eacute;e camerounaise assure d&eacute;j&agrave; valablement le maintien de l&rsquo;ordre public. Quant &agrave; elle, la Mission militaire fran&ccedil;aise au Cameroun s&rsquo;ach&egrave;ve officiellement le 31 d&eacute;cembre 1964. Mais les dirigeants camerounais de l&rsquo;&eacute;poque ont d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment entretenu pendant de nombreuses ann&eacute;es apr&egrave;s l&rsquo;id&eacute;e de la pr&eacute;carit&eacute; de la paix dans le Bamil&eacute;k&eacute; pour produire une impressionnante l&eacute;gislation r&eacute;pressive des libert&eacute;s qui leur a permis de conforter leur pouvoir politique. <br \/> En v&eacute;rit&eacute;, d&egrave;s la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 1961, toutes les bandes criminelles du Bamil&eacute;k&eacute; sont d&eacute;j&agrave; d&eacute;mantel&eacute;es. Mais le retour d&rsquo;Ernest Ouandi&eacute; dans le Bamil&eacute;k&eacute; en cette ann&eacute;e 1961, avec l&rsquo;objectif proclam&eacute; de mettre sur pied une organisation paramilitaire pour renverser de force le r&eacute;gime politique camerounais, offre &agrave; ses dirigeants l&rsquo;alibi pour maintenir dans le Bamil&eacute;k&eacute; un dispositif militaire important. Mais Ernest Ouandi&eacute; ne parviendra jamais &agrave; inqui&eacute;ter le moindre Commissariat de police, ou la plus petite Brigade de gendarmerie du Bamil&eacute;k&eacute;.  <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>Comment expliquez-vous la r&eacute;action particuli&egrave;rement disproportionn&eacute;e de l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise dans la r&eacute;gion de l&rsquo;Ouest du Cameroun alors que vous soutenez qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une r&eacute;bellion men&eacute;e par des jeunes voyous d&eacute;s&oelig;uvr&eacute;s, sans leader et non politis&eacute;s. Pourquoi utiliser des armes lourdes et des bombardements par l&rsquo;aviation l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;on aurait pu envoyer des forces de l&rsquo;ordre sommairement &eacute;quip&eacute;es pour intercepter des bandes de jeunes voyous ? Qu&rsquo;est ce qui justifie le terme de &laquo; r&eacute;bellion &raquo; s&rsquo;il s&rsquo;agissait de jeunes d&eacute;linquants qui s&rsquo;amusaient &agrave; tuer, &agrave; piller et &agrave; voler ?<\/strong><br \/> J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; en partie r&eacute;pondu &agrave; cette question. Mais je reviens volontiers sur cet aspect de fa&ccedil;on un peu plus explicite. Les forces militaires fran&ccedil;aises en op&eacute;ration au Cameroun combattaient des &laquo; maquisards &raquo; infiltr&eacute;s dans la population, et embusqu&eacute;s sur les hauts plateaux de l&rsquo;Ouest, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque tr&egrave;s difficiles d&rsquo;acc&egrave;s avec des engins motoris&eacute;s. Par ailleurs, il faut avoir &agrave; l&rsquo;esprit le contexte diplomatique de l&rsquo;&eacute;poque. La &laquo; militarisation &raquo; du Cameroun par la France apr&egrave;s la lev&eacute;e de la tutelle des Nations Unies le 1er janvier 1960 a &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement mal accueillie et d&eacute;nonc&eacute;e par la communaut&eacute; internationale. Pour faire baisser la pression diplomatique internationale, la France se devait d&rsquo;&eacute;courter la pr&eacute;sence de ses troupes militaires au Cameroun.<br \/> Toutes ces raisons ont d&eacute;termin&eacute; la France &agrave; retenir un mode op&eacute;ratoire s&eacute;curisant pour ses troupes, mais exp&eacute;ditif et particuli&egrave;rement destructeur pour les &laquo; maquisards &raquo;, mais &eacute;galement, et de fa&ccedil;on collat&eacute;rale, pour les populations civiles oblig&eacute;es en d&eacute;finitive de redouter aussi bien la cruaut&eacute; des &laquo; maquisards &raquo;, que les bombardements intensifs des avions du GTN. Autrement dit, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;importance militaire des adversaires qui a justifi&eacute; l&rsquo;utilisation de moyens impressionnants. C&rsquo;est la configuration du th&eacute;&acirc;tre des op&eacute;rations et la volont&eacute; d&rsquo;en finir tr&egrave;s rapidement pour ne plus &ecirc;tre expos&eacute; &agrave; la critique de la communaut&eacute; internationale.<br \/> Si on comprend &agrave; la lecture de votre ouvrage que vous n&rsquo;attribuez aucun r&ocirc;le politique aux dirigeants de l&rsquo;UPC dans le d&eacute;marrage de la r&eacute;bellion en pays Bamil&eacute;k&eacute;, quelle responsabilit&eacute; ont-ils eu dans l&rsquo;exacerbation des dites violences et comment auraient-ils pu &eacute;viter la r&eacute;ponse militaire fran&ccedil;aise qui fait de nombreux dommages collat&eacute;raux au sein de la population dite civile ?<br \/> Pourquoi les leaders UPCistes n&rsquo;ont-ils pas condamn&eacute; ces violences qui faisaient surtout de nombreuses victimes civiles Camerounaises et particuli&egrave;rement Bamil&eacute;k&eacute;s ? <br \/> A ma connaissance, Ruben Um Nyob&eacute; n&rsquo;a pas adh&eacute;r&eacute; &agrave; l&rsquo;option de la lutte arm&eacute;e jusqu&rsquo;&agrave; son d&eacute;c&egrave;s au mois de septembre 1958. C&rsquo;est F&eacute;lix Moumi&eacute; et les autres membres du Comit&eacute; directeur de l&rsquo;UPC en exil, qui ont pris le risque d&rsquo;une criminalisation du combat politique du parti. F&eacute;lix Moumi&eacute; a clairement soutenu par &eacute;crit des crapules comme Momo Paul et Singap Martin, qui ont assassin&eacute; des nouveaux n&eacute;s, et &eacute;gorg&eacute; des pr&ecirc;tres en proclamant leur cruaut&eacute; et en revendiquant fi&egrave;rement leurs crimes. Cette attitude incompr&eacute;hensible a amen&eacute; des personnalit&eacute;s de la soci&eacute;t&eacute; civile de l&rsquo;&eacute;poque comme Iwiy&eacute; Kala-Lob&eacute; &agrave; renier publiquement F&eacute;lix Moumi&eacute; en ces termes dans un &eacute;ditorial intitul&eacute; &laquo; A l&rsquo;attention de F&eacute;lix Moumi&eacute; et de ses amis de Kumba : Les irr&eacute;cup&eacute;rables &raquo;, paru dans l&rsquo;Opinion du Cameroun : &laquo; [&hellip;] C&rsquo;est bon ! Nous n&rsquo;aurons m&ecirc;me pas pu vous &laquo; r&eacute;cup&eacute;rer &raquo; pour parler de notre pays avec vous, de ce pays que vous avez d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment ignor&eacute; en le plongeant dans l&rsquo;anarchie&hellip; Bon voyage, ex-Camerounais !&#8230;. Mais n&rsquo;oubliez pas le mot du philosophe : &laquo; Partir, c&rsquo;est mourir un peu &raquo;. Vous &ecirc;tes morts pour le Cameroun que vous auriez d&ucirc; servir loyalement. Nous ne vous regrettons pas, nous qui sommes &agrave; pied d&rsquo;&oelig;uvre. Nous d&eacute;non&ccedil;ons seulement vos actes criminels et la l&acirc;chet&eacute; de votre retraite. Au revoir&hellip; Nous n&rsquo;avons plus rien &agrave; nous dire [&hellip;] &raquo; <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>Ne craignez vous pas de susciter le toll&eacute; g&eacute;n&eacute;ral et d&rsquo;&ecirc;tre trait&eacute; de r&eacute;visionniste quand vous parlez, au sujet de la r&eacute;bellion, de &laquo; Bamil&eacute;k&eacute; d&eacute;truisant le Bamil&eacute;k&eacute; &raquo; ou de &laquo; jacquerie villageoise &raquo; et que vous annoncez des chiffres de 20 000 morts (de surcro&icirc;t de source fran&ccedil;aise) que certains pourraient juger ridicules ? <\/strong><br \/> Le r&eacute;visionnisme, dans son acception large, est une attitude qui vise &agrave; nier une v&eacute;rit&eacute; historique. Ma d&eacute;marche consiste pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; contribuer au r&eacute;tablissement d&rsquo;une v&eacute;rit&eacute; historique.<br \/> Je dis en effet que la campagne militaire des forces fran&ccedil;aises commence dans le Bamil&eacute;k&eacute; au 1er semestre de l&rsquo;ann&eacute;e 1960, alors que les violences et les incendies volontaires d&eacute;marrent dans la r&eacute;gion au mois de novembre 1957. Entre 1957 et 1960, ce sont en effet des Bamil&eacute;k&eacute; qui d&eacute;truisent le Bamil&eacute;k&eacute;. C&rsquo;est Simo Pierre qui a froidement et gratuitement assassin&eacute; le jeune d&eacute;put&eacute; Samuel Wanko dans un guet-apens dans la nuit du 13 au 14 d&eacute;cembre 1957 &agrave; proximit&eacute; de Batoufam. C&rsquo;est le premier meurtre d&rsquo;un &eacute;lu dans notre histoire. Ce sont de jeunes Bamil&eacute;k&eacute; ignorants qui ont d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment incendi&eacute; des tr&eacute;sors de notre patrimoine architectural traditionnel et des collections d&rsquo;&oelig;uvres d&rsquo;art bamil&eacute;k&eacute;, riches de sculptures centenaires d&rsquo;une valeur artistique inestimable. Si vous voyez les photos de ces sculptures vous vous demanderez n&eacute;cessairement comment a-t-on pu laisser une pi&eacute;taille de cette nature d&eacute;truire ce patrimoine. Cette attitude suicidaire est du reste incomprise &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &agrave; Yaound&eacute; et ailleurs au Cameroun, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun message politique transmis lors de ces violences, et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas non plus de leader ou de porte-parole identifiable de ces bandes &eacute;parses. Non, les vrais r&eacute;visionnistes, ce sont ceux qui veulent nier que l&rsquo;essentiel des crimes commis dans le Bamil&eacute;k&eacute; &agrave; cette p&eacute;riode &eacute;tait le fait d&rsquo;une pi&eacute;taille.<br \/> Je pourrais de fa&ccedil;on tr&egrave;s pr&eacute;cise vous lister les crimes st&eacute;riles de cette pi&eacute;taille ignorante qui a d&eacute;truit, ensanglant&eacute; et endeuill&eacute; l&rsquo;une des r&eacute;gions les plus importantes de notre pays. Vous devez comprendre que ces gens &eacute;taient rejet&eacute;s par la majorit&eacute; de l&rsquo;&eacute;lite et la population bamil&eacute;k&eacute;. Je ne r&eacute;siste pas &agrave; la tentation de livrer &agrave; la r&eacute;flexion de vos Internautes cette d&eacute;claration du Kumsze, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, l&rsquo;Assembl&eacute;e traditionnelle du peuple bamil&eacute;k&eacute;, pr&eacute;sid&eacute;e par Mathias Djoumessi, Chef For&eacute;k&eacute;-Dschang, et premier pr&eacute;sident du Comit&eacute; directeur de l&rsquo;UPC, nomm&eacute; au 1er congr&egrave;s du parti tenu au mois d&rsquo;avril 1950 &agrave; Dschang :<br \/> &laquo; L&rsquo;Assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale ordinaire de Kumsze, Assembl&eacute;e traditionnelle du peuple bamil&eacute;k&eacute;, tenue &agrave; Dschang, le 10 septembre 1959 &agrave; son si&egrave;ge social, en vue de pr&eacute;parer son douzi&egrave;me congr&egrave;s, a adopt&eacute; &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute; la r&eacute;solution suivante. Apr&egrave;s avoir pris connaissance de la situation confuse que traverse actuellement le d&eacute;partement bamil&eacute;k&eacute; concernant les actes terroristes, constate que la plus grande partie des attentats dans cette r&eacute;gion ne sont pas des luttes politiques. On sait qu&rsquo;ici les crimes sont perp&eacute;tr&eacute;s au nom de l&rsquo;UPC, soit par des bandes de voleurs constitu&eacute;s, soit par des bandes de vengeurs de toute sorte, tout cela au nom du nationalisme. <br \/> L&rsquo;Assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale, condamne avec v&eacute;h&eacute;mence ces crimes perp&eacute;tr&eacute;s au nom de l&rsquo;ind&eacute;pendance, approuve profond&eacute;ment le communiqu&eacute; du Comit&eacute; directeur de Kumsze du 1er ao&ucirc;t 1959, publi&eacute; au journal &laquo; Le Bamil&eacute;k&eacute; &raquo; n&deg; 54 et demande qu&rsquo;une large diffusion en soit faite afin de dissiper la peur que vivent les paysans terroris&eacute;s, d&eacute;cide de tout faire pour d&eacute;pister ces malfaiteurs afin que revienne au Cameroun un climat de confiance et de paix pour la pr&eacute;paration des manifestations marquant les f&ecirc;tes de l&rsquo;ind&eacute;pendance le 1er janvier 1960, souhaite le ralliement des nationalistes bamil&eacute;k&eacute; de bonne foi et d&eacute;sireux de b&eacute;n&eacute;ficier des m&ecirc;mes avantages que leurs fr&egrave;res bassa, demande que cessent les incendies des concessions des individus suspect&eacute;s d&rsquo;&ecirc;tre des terroristes, auxquels se livrent les groupes d&rsquo;autod&eacute;fense en mesures de repr&eacute;sailles. D&rsquo;autres mesures pourront &ecirc;tre envisag&eacute;es. &raquo; <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\"><strong>Pensez-vous que la r&eacute;bellion en pays Bamil&eacute;k&eacute; et les massacres perp&eacute;tr&eacute;s par l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise ont un impact sur l&rsquo;&eacute;motion perceptible dans les d&eacute;bats d&rsquo;actualit&eacute; relatifs &agrave; la question Bamil&eacute;k&eacute;, l&rsquo;&eacute;quilibre r&eacute;gional et la protection des minorit&eacute;s autochtones dans notre pays ?<\/strong><br \/> Bien &eacute;videmment. Il faut savoir que ces &eacute;v&egrave;nements dramatiques ont profond&eacute;ment traumatis&eacute; les populations de l&rsquo;Ouest.<br \/> Ce qui est rest&eacute; dans leur m&eacute;moire collective, transmis notamment par les r&eacute;cits au sein des familles, c&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; une p&eacute;riode, pour des raisons politiques qu&rsquo;elles cernent vaguement, une pluie de bombes leur est tomb&eacute;e sur la t&ecirc;te avec des cons&eacute;quences dramatiques pour leurs champs, leurs b&eacute;tails et leurs familles. Par la suite, elles ne pouvaient plus se d&eacute;placer librement en raison d&rsquo;un encadrement administratif strict et contraignant, qui prenait souvent des allures de brimades collectives. Un peu plus tard, apr&egrave;s le proc&egrave;s Ouandi&eacute;-Ndongmo aux mois de d&eacute;cembre 1970 et janvier 1971, elles ont &eacute;t&eacute; tax&eacute;es publiquement de &laquo; maquisards &raquo;.<br \/> Tous ces &eacute;v&egrave;nements r&eacute;cents, illustrent &agrave; tort, chez de nombreux Bamil&eacute;k&eacute;, l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il y a une conspiration politique officielle contre notre communaut&eacute; depuis cette &laquo;r&eacute;bellion &raquo;. Ce sentiment, qui est enracin&eacute; chez certains Bamil&eacute;k&eacute;, biaise en effet dans notre pays, tous les d&eacute;bats publics r&eacute;currents sur les sujets que vous &eacute;voquez. <\/div>\n<div align=\"justify\">&nbsp;<\/div>\n<p><strong>&nbsp;Interview accord&eacute;e &agrave; camer.be <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour l\u2019auteur de l\u2019ouvrage intitul\u00e9 \u00ab De la r\u00e9bellion dans le Bamil\u00e9k\u00e9 \u00bb, paru au mois de f\u00e9vrier 2008 chez L\u2019Harmattan, la r\u00e9bellion qu\u2019a connu l\u2019Ouest Cameroun \u00e0 partir de 1957 n\u2019avait aucun fondement nationaliste et ind\u00e9pendantiste &#8211; &nbsp; Qu&rsquo;est ce qui vous a motiv&eacute; &agrave; &eacute;crire un tel ouvrage, et comment a-t-il &eacute;t&eacute; accueilli [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-3086","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3086"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3086\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3086"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=3086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}