{"id":3127,"date":"2009-05-28T12:38:31","date_gmt":"2009-05-28T10:38:31","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-28T12:38:31","modified_gmt":"2009-05-28T10:38:31","slug":"3127","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3127\/","title":{"rendered":"Calixte Beyala d\u00e9fend les \u00ab\u00a0ados\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Le roman de Pauline permet de comprendre les r\u00e9alit\u00e9s des jeunes que Sarkozy a voulu \u00ab\u00a0Karcheris\u00e9\u00a0\u00bb. &#8211; <\/p>\n<p><span class=\"13aria\"> <\/p>\n<p>&quot;J&rsquo;allais sur mes huit ans lorsque Fabien, de deux ans mon a&icirc;n&eacute;, me brisa la m&acirc;choire d&rsquo;un coup de poing&quot;. L&rsquo;entame du dernier livre de Calixte Beyala, &quot;Le Roman de Pauline&quot; est fracassante. Elle vous scotche et vous plonge dans un univers nouveau. Un univers que Pauline, principale actrice de ce roman, puisque c&rsquo;ets le sien, d&eacute;cri avec des mots d&rsquo;adolescent qui ont la force de la franchise innocente qui fait mal sans le vouloir &quot; j&rsquo;&eacute;voluais dans un environnement ou rien n&rsquo;&eacute;tait grave. Les &eacute;t&eacute;s se succ&eacute;daient aux hivers et Sarkozy r&ecirc;vait d&rsquo;an&eacute;antir toute opposition en France. Il y&rsquo;avait tant de fils barbel&eacute;s autour de notre amour filial qu&rsquo;&agrave; la maison il &eacute;tait aussi dangereux de se dire &quot;je t&rsquo;aime&quot;, que de se jeter du haut d&rsquo;un immeuble de douze &eacute;tages&quot;. Le d&eacute;cor &eacute;tait plant&eacute;. D&egrave;s la premi&egrave;re page. Tout au long des 213 autres pages, Calixte Beyala va se surpasser pour d&eacute;fendre &quot;les adolescents noirs, dont le seul discours &agrave; leur sujet c&rsquo;est &lsquo;ils br&ucirc;lent, cassent des voitures, mais on ne dit jamais r&eacute;ellement quelles sont leurs motivations ? Comment aiment-ils? Quels sont les rapports r&eacute;els aux parents ?&quot;. <\/p>\n<p>En entrant dans l&rsquo;intimit&eacute; de ces jeunes l&agrave; avec le regard et les &eacute;motions de Pauline, Calixte Beyala aborde un th&egrave;me quasi in&eacute;dit dans la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise, celui de l&rsquo;adolescence et de la jeunesse noire de banlieue. Et elle r&eacute;ussit de fort belle mani&egrave;re cet exercice d&eacute;licat. Pauline est une adolescente m&eacute;tisse de 14 ans vivant &agrave; Patin. Elle ne va pas beaucoup &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, car pour elle, &quot;Qu&rsquo;on y aille o&ugrave; qu&rsquo;on y aille pas, &ccedil;a change pas grand-chose. Puis c&rsquo;est la troisi&egrave;me fois que je fais ma quatri&egrave;me. J&rsquo;en ai ma claque&quot;. Le g&eacute;nie de l&rsquo;auteur qui rend ce livre incomparablement vrai c&rsquo;est qu&rsquo;elle a utilis&eacute; les codes de jeunes. Leurs mots et expressions. Outr&eacute;e par une remarque de sa prof de fran&ccedil;ais sur son &eacute;chec scolaire, Pauline r&eacute;torque &quot;Mais il n&rsquo;y a pas de honte &agrave; ne pas savoir lire, mademoiselle. On n&rsquo;a pas besoin de savoir cultiver le shit pour fumer du hasch&quot;. Pauline a aussi des rapports conflictuels avec sa blanche de m&egrave;re. Qui est surtout une femme bless&eacute;e par la vie, chaque fois d&eacute;&ccedil;ue dans ses relations avec les hommes. Il y&rsquo;a aussi ces sentiments que Pauline ne comprend pas chez &quot;son fianc&eacute;&quot;, Nicolas. Elle voulait garder son hymen pour le mari qui lui dirait je t&rsquo;aime. Nicolas l&rsquo;a viol&eacute; &agrave; 12 ans. Son fr&egrave;re Fabien lui a dit que c&rsquo;&eacute;tait normal, &quot;puisqu&rsquo;il est plus facile pour un homme de gifler une nana que de lui dire je t&rsquo;aime&quot;.<\/p>\n<p>Dans cet univers difficile et triste la lumi&egrave;re pour pauline viendra de son enseignante, qui va lui donner &agrave; lire &quot;le livre de ma m&egrave;re&quot; d&rsquo;Albert Cohen. Pauline est dans le rejet total de sa m&egrave;re au moment o&ugrave; elle rencontre Mlle Mathilde. Elle estime que la m&egrave;re est la colonne vert&eacute;brale de l&rsquo;&ecirc;tre humain, et va essayer de lui donner ce livre o&ugrave; l&rsquo;exaltation des sentiments maternels est tr&egrave;s forte. La lecture de ce livre va lui permettre de commencer &agrave; se construire une nouvelle identit&eacute;, &agrave; r&ecirc;ver d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;crivain, &agrave; aller &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, m&ecirc;me si l&rsquo;attrait de la rue va rester fort. Elle &eacute;volue aussi au niveau linguistique. Elle devient comme le dit sa copine Lou dans le livre &quot;une autre Pauline&quot;. Sarkozy y est cit&eacute; par trois fois, non, quatre fois, furtivement, succinctement, pour ne pas trop effleur&eacute; son &eacute;go. C&rsquo;est bien Calixte en finesse. Les banlieusards sont tr&egrave;s inform&eacute; et parlent du discours de Dakar de triste m&eacute;moire. La page 25 est un r&eacute;gal. Une sorte de m&eacute;lange, entre une plume corrosive et accusatrice. Une r&eacute;habilitation qui, au fil des pages, est faite de drames, d&rsquo;&eacute;checs, de r&eacute;ussites et de tendresse. Pauline en sort. Malgr&eacute; tout. Une future intellectuelle de banlieue.<\/p>\n<p><em>Marion Obam<\/em> <\/span>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman de Pauline permet de comprendre les r\u00e9alit\u00e9s des jeunes que Sarkozy a voulu \u00ab\u00a0Karcheris\u00e9\u00a0\u00bb. &#8211; &quot;J&rsquo;allais sur mes huit ans lorsque Fabien, de deux ans mon a&icirc;n&eacute;, me brisa la m&acirc;choire d&rsquo;un coup de poing&quot;. L&rsquo;entame du dernier livre de Calixte Beyala, &quot;Le Roman de Pauline&quot; est fracassante. 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