{"id":3398,"date":"2009-10-17T09:48:13","date_gmt":"2009-10-17T07:48:13","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-10-17T09:48:13","modified_gmt":"2009-10-17T07:48:13","slug":"3398","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3398\/","title":{"rendered":"Limites de la critique journalistique*"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Le samedi 21 f\u00e9vrier 2009, le Guin\u00e9en Thierno Monenembo, Prix Renaudot 2008, a donn\u00e9, au Centre culturel Fran\u00e7ois Villon de Yaound\u00e9 une conf\u00e9rence dont le point d&rsquo;orgue \u00e9tait le roman Le roi de Kahel qui lui a valu les lauriers fran\u00e7ais. &#8211; <strong><font color=\"#000000\">    <\/font><\/strong><\/p>\n<p><span class=\"13aria\">&nbsp; La discussion avec le public venu nombreux ce soir-l&agrave; a achopp&eacute; sur les limites de l&rsquo;interpr&eacute;tation des &oelig;uvres par les lecteurs. Le lecteur est-il libre de voir dans une &oelig;uvre tout ce qu&rsquo;il veut ? Le sens de ce qu&rsquo;il y voit, d&rsquo;une page &agrave; l&rsquo;autre, se cristallise-t-il en un point pr&eacute;cis de l&rsquo;&oelig;uvre ou parcourt-il l&rsquo;&oelig;uvre toute enti&egrave;re, du d&eacute;but &agrave; la fin ? <br \/>Pour la petite histoire, en ce qui concerne Monenembo, son roman Le Roi de Kahel fait un abondant usage d&rsquo;une pratique anthropologique propre &agrave; certains groupes humains d&rsquo;Afrique de l&rsquo;ouest : la parent&eacute; &agrave; plaisanterie. Monenembo avait beau expliqu&eacute; au public du CCF de Yaound&eacute; les ressorts et l&rsquo;esprit de cette pratique de la parent&eacute; &agrave; plaisanterie, une partie de son auditoire persista &agrave; prendre au pied de la lettre l&rsquo;autod&eacute;rision du Peul dans son roman et refusa de prendre en compte l&rsquo;environnement social et culturel qui permet une interpr&eacute;tation &quot;raisonn&eacute;e&quot; de son roman. <\/p>\n<p>La question de l&rsquo;interpr&eacute;tation des &oelig;uvres est cruciale dan notre contexte o&ugrave; peu de gens sont outill&eacute;s pour la lecture et o&ugrave; ceux qui peuvent lire de fa&ccedil;on intelligente manquent de m&oelig;urs litt&eacute;raires et n&rsquo;ont pour seule activit&eacute; litt&eacute;raire que la lecture en diagonale des comptes rendus que fait la presse locale des ouvrages qui paraissent. Aux prises avec les enjeux du sensationnel, de la publicit&eacute;, la tentation de l&rsquo;id&eacute;ologie, etc. la critique journalistique n&rsquo;a pas toujours tous les moyens de servir de r&eacute;f&eacute;rence au lecteur &agrave; la recherche du fin mot d&rsquo;une &oelig;uvre ou de sa substantifique moelle. Alors qu&rsquo;elle doit informer et juger (le jugement ici ressortissant essentiellement du go&ucirc;t) la critique journalistique, chez nous, se limite de plus en plus au seul jugement. En l&rsquo;absence d&rsquo;une critique des &eacute;crivains et d&rsquo;une critique universitaire qui elles ont vocation &agrave; interpr&eacute;ter les &oelig;uvres, la critique journalistique a ainsi succomb&eacute; &agrave; la tentation de tout faire toute seule, sans n&eacute;cessaire avoir r&eacute;solu le probl&egrave;me des &eacute;cueils de tous ordres &agrave; surmonter pour se donner les moyens d&rsquo;une telle gageure.<\/p>\n<p>La r&eacute;ception du dernier essai du Pr Alain Didier Olinga, Propos sur l&rsquo;inertie dans la presse est une int&eacute;ressante illustration des enjeux de l&rsquo;interpr&eacute;tation. Deux des trois principaux quotidiens camerounais qui en ont rendu compte ont lu cet ouvrage avec des verres grossissants par endroits, sans n&eacute;cessairement se d&eacute;tacher d&rsquo;une volont&eacute; de faire sensation. Alain Didier Olinga emprunte le concept de l&rsquo;inertie au pr&eacute;sident camerounais et ce n&rsquo;est pas sans audace qu&rsquo;il interpelle le chef de l&rsquo;Etat dans son essai. Mais le c&oelig;ur de cet ouvrage se trouve ailleurs ; on le sent battre en fait d&rsquo;un bout &agrave; l&rsquo;autre de cet essai d&rsquo;une extraordinaire densit&eacute;. Propos sur l&rsquo;inertie est en fait l&rsquo;examen clinique d&rsquo;un corps totalement atteint par les m&eacute;tastases d&rsquo;un cancer g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; Le diagnostic du Mal est froid, courageux et sans concession ; Alain Didier Olinga se fait par la suite fort d&rsquo;interpeler, certes d&rsquo;abord ceux qui sont le plus haut plac&eacute; et qui cons&eacute;quemment peuvent le plus pour y rem&eacute;dier, mais aussi tous les acteurs de la vie publique nationale. L&rsquo;interpr&eacute;tation de son &oelig;uvre qui en limiterait la port&eacute;e &agrave; l&rsquo;interpellation exclusive du Chef de l&rsquo;Etat serait donc fort &eacute;triqu&eacute;e. Face &agrave; un sujet aussi grave que celui qui est abord&eacute; dans Propos sur l&rsquo;inertie, il faut &eacute;viter de &quot;fournir aux amateurs de confusions et aux professionnels des proc&egrave;s d&rsquo;intention, la mati&egrave;re premi&egrave;re de leur sport favori&quot;. Distraire ou se distraire de l&rsquo;essentiel serait criminel.<br \/>Au demeurant ce qui est la marque de g&eacute;nie d&rsquo;Alain Didier Olinga, c&rsquo;est que, bien qu&rsquo;on redoute ses prises de parole, on aime l&rsquo;&eacute;couter. <\/p>\n<p><em> Par Marcelin Vounda Etoa* <\/em> <\/span>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le samedi 21 f\u00e9vrier 2009, le Guin\u00e9en Thierno Monenembo, Prix Renaudot 2008, a donn\u00e9, au Centre culturel Fran\u00e7ois Villon de Yaound\u00e9 une conf\u00e9rence dont le point d&rsquo;orgue \u00e9tait le roman Le roi de Kahel qui lui a valu les lauriers fran\u00e7ais. &#8211; &nbsp; La discussion avec le public venu nombreux ce soir-l&agrave; a achopp&eacute; sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-3398","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3398","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3398"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3398\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3398"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3398"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3398"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=3398"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}