{"id":3730,"date":"2010-04-23T07:32:48","date_gmt":"2010-04-23T05:32:48","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-04-23T07:32:48","modified_gmt":"2010-04-23T05:32:48","slug":"3730","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3730\/","title":{"rendered":"Annie Anzouer : \u00ab J\u2019aimerai toujours mon h\u00e9ros bandjounais \u00bb"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Une voix qui trace inexorablement son sillon depuis plus de 20 ans. Six albums, dont quatre en solo, qui sont autant de rappels des moments de sa vie. Une vie ponctu\u00e9e de hauts et de bas, de rires et de pleurs, d\u2019amour et de d\u00e9ceptions. &#8211; <\/p>\n<p><strong>Si on commen&ccedil;ait par parler de vous, on sait que vous &ecirc;tes n&eacute;e  dans un village dont le nom aurait &eacute;t&eacute; d&eacute;form&eacute; par les Allemands. Est ce  vrai ?<\/strong><br \/>\n(Rires) Oui, comme la plupart des villages en  Afrique !&nbsp; Loul&egrave; Dorf&nbsp; dont &laquo; loul&egrave; &raquo;, &eacute;tait le nom du chef du village  et &laquo; Dorf &raquo; en allemand veut dire village. Ce qui signifie alors le  village de Loul&egrave; .Ils avaient trouv&eacute; &laquo; Loul&egrave; &raquo; trop compliqu&eacute; ils ont  dit &laquo; Lolo &raquo; ce qui a donn&eacute; Lolodorf dans le d&eacute;partement de l&rsquo;oc&eacute;an,  r&eacute;gion du Sud <\/p>\n<p><strong>Parlons de votre enfance &eacute;tait- ce une  enfance facile et quelle profession exer&ccedil;ait vos parents ?<\/strong><br \/>\nJe  suis arriv&eacute;e au monde pendant que ma m&egrave;re &eacute;tait encore &eacute;l&egrave;ve au lyc&eacute;e,  je suis venue un peu perturber le cours normal des choses, car son p&egrave;re  souhaitait qu&rsquo;elle aille apr&egrave;s son Bac en France, parce qu&rsquo;elle &eacute;tait  tr&egrave;s intelligente &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Mais je suis arriv&eacute;e et cela a tout  boulevers&eacute;. Son papa &eacute;tait pr&eacute;fet &agrave; l&rsquo;&eacute;poque et il fut furieux de voir  sa fille tomber enceinte si pr&eacute;cocement .C&rsquo;est lui qui m&rsquo;a donn&eacute; le nom&nbsp;  Anzouer, qui veut dire chez nous: quelque chose d&rsquo;immense. Il a ajout&eacute;  des pr&eacute;noms : Annie, Denise, Olga Rita, Delacote mais je n&rsquo;en ai gard&eacute;  que deux.<\/p>\n<p><strong>Peut-on alors dire que votre enfance a &eacute;t&eacute;  ais&eacute;e, puisque votre grand p&egrave;re &eacute;tait tout de m&ecirc;me une notabilit&eacute; ?<\/strong><br \/>\nEn  fait, je n&rsquo;ai pas trop de veine parce que lorsque j&rsquo;arrive, il s&rsquo;en va &agrave;  la retraite et il avait beaucoup d&rsquo;enfants. C&rsquo;est&nbsp; donc ma grand-m&egrave;re  qui m&rsquo;a chouchout&eacute;.<\/p>\n<p><strong>Est ce &agrave; dire que cela a &eacute;t&eacute;  difficile ?<\/strong><br \/>\nOui, la situation &eacute;tait g&eacute;rable lorsque ma  grand-m&egrave;re a &eacute;t&eacute; avec nous &agrave; Eseka. Elle nous gardait, mais &agrave; un moment,  elle ne pouvait plus et elle est rentr&eacute;e vivre au village .Le village  se situe entre Lolodorf et Eseka&hellip;<\/p>\n<p><strong>Pendant ce temps ou se  trouvait votre m&egrave;re ?<\/strong><br \/>\nMa m&egrave;re est rentr&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Elle  restait &agrave; Yaound&eacute;.<\/p>\n<p><strong>Quel &eacute;tait le rapport entre votre  famille et le milieu musical ? Y avait-il des musiciens dans la famille ?<\/strong><br \/>\nIl  me souvient que quand j&rsquo;&eacute;tais petite, mon grand p&egrave;re me demandait  souvent de chanter des chansons d&rsquo;&eacute;glise. Lorsque je terminais la  chanson, il voulait que je &laquo; bisse &raquo;. Et il me faisait &laquo; bisser &raquo; autant  de fois, et quand j&rsquo;&eacute;tais fatigu&eacute;e, je commen&ccedil;ais &agrave; pleurer.<\/p>\n<p>Mais,  comment menez-vous vos &eacute;tudes ? quel niveau scolaire avez-vous Annie ?<br \/>\nJe  suis all&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;cole jusqu&rsquo;en classe de seconde. Je faisais  st&eacute;nodactylographie. C&rsquo;est ma m&egrave;re qui m&rsquo;y a encourag&eacute;, puisqu&rsquo;elle  &eacute;tait secr&eacute;taire de direction. Elle voulait que je sois comme elle. Je  me souviens lors de la f&ecirc;te de la jeunesse, le fr&egrave;re ain&eacute; &agrave; ma m&egrave;re, qui  m&rsquo;aimait beaucoup, m&rsquo;a donn&eacute; de l&rsquo;argent pour payer la deuxi&egrave;me tranche  de ma scolarit&eacute; et en m&ecirc;me temps, il y avait un concours&nbsp; de chant au  coll&egrave;ge .Moi, voulant &ecirc;tre bien habill&eacute;e je suis all&eacute;e m&rsquo;acheter une  jolie robe.<\/p>\n<p><strong>Peut &ecirc;tre que l&rsquo;&eacute;cole vous ennuyait- elle  beaucoup?<\/strong><br \/>\n(&Eacute;clats de rire) C&rsquo;est juste que je pr&eacute;f&eacute;rais&nbsp;  chanter!<\/p>\n<p><strong>IL nous a &eacute;t&eacute; rapport&eacute; que parfois, jeune, vous  chantiez dans la rue et tr&egrave;s fort.<\/strong><br \/>\nJe me souviens qu&rsquo;une  fois, je me baladais dans un lieu isol&eacute;, derri&egrave;re la Cit&eacute; verte. Et  c&rsquo;est ce jour que j&rsquo;ai rencontr&eacute; Roger Owona, le journaliste. Il s&rsquo;est  arr&ecirc;t&eacute; et a dit &laquo; Vous chantez bien hein ! &raquo;. Il m&rsquo;a invit&eacute; chez lui,  dans sa chambre. A l&rsquo;&eacute;poque il &eacute;tait &eacute;tudiant&hellip;<\/p>\n<p><strong>Pourquoi  vous a-t-il invit&eacute;e dans sa chambre, il voulait vous s&eacute;duire ?<\/strong><br \/>\n(Grima&ccedil;ant)&nbsp;  C&rsquo;est quoi votre probl&egrave;me ? Non, il a tout simplement pris la guitare  et a commenc&eacute; &agrave; jouer du Pierre Akendengu&eacute;. Il m&rsquo;a demand&eacute; de chanter,  ce que j&rsquo;ai fait. M&ecirc;me si je ne connaissais pas les paroles. Quelques  temps apr&egrave;s, il y avait un concert &agrave; l&rsquo;amphi 700. Il m&rsquo;a cherch&eacute; et ce  fut mon premier contact avec le public.<br \/>\n<strong><br \/>\nEn 1987, le  c&eacute;l&egrave;bre Georges Seba est en tourn&eacute;e au Cameroun. Il recherche des  choristes et vous allez postuler. Qui vous a permis d&rsquo;avoir ce contact?<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est  Mebenga Sax ! Il travaillait &agrave; la CRTV. Il vient et il me demande  d&rsquo;aller &agrave; la garde pr&eacute;sidentielle, &agrave; Ekounou, tout en esp&eacute;rant que,  comme Georges Seba cherche des choristes, il pourra&nbsp; me recruter.  J&rsquo;arrive, il &eacute;tait vraiment en train de faire une sorte de casting et,  d&egrave;s qu&rsquo;il m&rsquo;a entendu chanter, il m&rsquo;a retenu&hellip;<\/p>\n<p><strong>Il faut  dire que vous n&rsquo;aviez pas de bases dans la musique, vous chantiez de  mani&egrave;re autodidacte n&rsquo;ayant pas re&ccedil;u de formation&hellip;<\/strong><br \/>\nOui, il  n&rsquo;y avait pas de structure de formation. Je me retrouve donc choriste de  Georges Seba pour la tourn&eacute;e qu&rsquo;il fera au Cameroun.<br \/>\n<strong><br \/>\nD&rsquo;autres  personnes l&rsquo;ont-ils accompagn&eacute; ?<\/strong><br \/>\nOui, les Zangalewa encore  appel&eacute;s les Golden Sound. A l&rsquo;&eacute;poque, ils &eacute;taient aussi membres de la  garde pr&eacute;sidentielle. Ils faisaient tous partie de la garde  pr&eacute;sidentielle, sauf le feu K&eacute;ro et moi. L&rsquo;aventure se passe tr&egrave;s bien  jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;on se retrouve &agrave; Ebolowa, qui est le village de Georges.  Alors, il y avait une telle effervescence, un monde fou. Georges &eacute;tant  tout tremp&eacute; il ne pouvait plus continuer, il quitte la sc&egrave;ne pour  s&rsquo;&eacute;ponger. En partant il demande &agrave; Ze Bella de me faire chanter, mais  celui ci h&eacute;site, estimant qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas r&eacute;p&eacute;t&eacute;, je n&rsquo;avais pas de  r&eacute;pertoire&nbsp; avec eux .Georges voulait tout de m&ecirc;me que je chante, le  temps qu&rsquo;il aille se mette &agrave; l&rsquo;aise. Je d&eacute;cide d&rsquo;interpr&eacute;ter une chanson  de Anne Marie Nzi&eacute;. Le public &eacute;tait fou de joie. Et il me demande m&ecirc;me  de recommencer plusieurs fois. C&rsquo;est de cette mani&egrave;re que Georges dit au  groupe de me garder parce qu&rsquo;il savait que j&rsquo;avais quelque chose&hellip; et  cela n&rsquo;a pas dur&eacute; trois mois. Un beau jour, Ze Bella arrive &agrave; la maison  pour m&rsquo;annoncer qu&rsquo;on avait trouv&eacute; un producteur, et il fallait que  j&rsquo;intervienne sur une chanson. Voil&agrave; comment il m&rsquo;emm&egrave;ne &agrave; Ekounou chez  Dooh, le bassiste barbu. Je trouve K&eacute;ro en train de jouer une m&eacute;lodie,  Ze avait d&eacute;j&agrave; &eacute;crit les paroles en B&eacute;ti. Il me montre, mais moi, je lui  demande de me laisser essayer en ma langue. Ceci aboutit &agrave; &laquo;maladie  difficile &agrave; soigner&raquo;.<\/p>\n<p><strong>Un album qui a connu un grand  succ&egrave;s&hellip;<\/strong><br \/>\nUn grand succ&egrave;s. En 1989, on fait la tourn&eacute;e, je  chante avec&nbsp; Mbilia Bell. Apr&egrave;s on est all&eacute; au Zimbabwe avec Tshala  Mwana, en Zambie et j&rsquo;ai m&ecirc;me din&eacute; avec Robert Mugab&eacute;. Ecoutez une  histoire, voyez-vous, moi, la pygm&eacute;e, je descends de l&rsquo;avion, j&rsquo;entre  dans une limousine, j&rsquo;ai un chauffeur&nbsp; qui porte des gants. Pendant ce  temps, Ze Bella et les autres &eacute;taient dans un bus. Pendant qu&rsquo;on est au  salon d&rsquo;honneur &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, on me fait des interviews. J&rsquo;&eacute;tais &agrave; ce  moment devenue la vraie star du groupe. J&rsquo;ai entendu quelqu&rsquo;un me dire, &laquo;  you sing like Myriam Makeba &raquo;. Je ne comprenais rien du tout. Je me  contentais juste de dire &laquo; Yes &raquo;. Le soir lorsque j&rsquo;&eacute;tais &agrave; mon h&ocirc;tel &agrave;  Lusaka je vois au journal mon interview qui passe &agrave; la t&eacute;l&eacute;.<\/p>\n<p><strong>En  1991, avec les Golden Sound qui &eacute;taient devenus les Zangalewa, vous  faites l&rsquo;album &laquo; B&eacute;b&eacute; &raquo;. L&rsquo;album marche tr&egrave;s bien. A quel moment  l&rsquo;aventure avec les Zangalewa s&rsquo;ach&egrave;ve et pourquoi ?<\/strong><br \/>\nL&rsquo;aventure  s&rsquo;ach&egrave;ve parce que plus tard, nous allons au Togo, et l&agrave; je me suis  sentie bless&eacute;e au plus profond de moi. Je ne peux pas dire exactement ce  qui s&rsquo;est pass&eacute; par ce que ce n&rsquo;est pas sain, mais quand je suis  rentr&eacute;e j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de quitter le groupe et de partir de Yaound&eacute; pour  m&rsquo;installer &agrave; Douala<\/p>\n<p><strong>Connaissez-vous des gens &agrave; Douala,  ou aviez-vous l&rsquo;intention de chanter dans des cabarets ?<\/strong><br \/>\nLes  cabarets avaient d&eacute;j&agrave; beaucoup de chanteuses &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. Je venais  juste regarder. J&rsquo;avais plus envie de cr&eacute;er&hellip;<\/p>\n<p><strong>Aviez&nbsp; vous  d&eacute;j&agrave; marre des groupes ?<\/strong><br \/>\nNon, puisque lorsque je sors mon  premier album solo Variations en 1994, j&rsquo;invite tous les membres des  Golden Sound. Seulement deux d&rsquo;entre eux acceptent et leur producteur  m&rsquo;a dit que je n&rsquo;avais pas le droit de sortir un album solo, puisque  j&rsquo;avais sign&eacute; un contrat d&rsquo;exclusivit&eacute; avec les Zangalewa. Pourtant, je  n&rsquo;avais jamais sign&eacute; de contrat avec lui et il ne m&rsquo;avait&nbsp; jamais donn&eacute;  un centime.<\/p>\n<p><strong>Comment s&rsquo;appelle t-il ce producteur ?<\/strong><br \/>\nJe  pr&eacute;f&egrave;re&nbsp; ne pas citer son nom !<\/p>\n<p><strong>Comment r&eacute;ussissez-vous &agrave;  produire votre deuxi&egrave;me album ?<\/strong><br \/>\nUn jour en passant par la  poste centrale &agrave; Douala je tombe sur une dame qui m&rsquo;a reconnue et m&rsquo;a  avou&eacute; qu&rsquo;ils sont en train de chercher des chanteuses. Elle m&rsquo;a indiqu&eacute;  un lieu &agrave; Bonadibong, tout en me recommandant d&rsquo;appr&ecirc;ter une maquette.  J&rsquo;&eacute;tais d&egrave;s cet instant tr&egrave;s pr&eacute;occup&eacute;e, parce que je n&rsquo;avais pas  d&rsquo;argent pour r&eacute;aliser une maquette. Alors je fonce voir le feu Tom  Yoms. Il &eacute;tait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &agrave; Akwa-nord. Il avait un home studio. On se  met donc &agrave; faire ma maquette et au niveau du&nbsp; troisi&egrave;me ou du quatri&egrave;me  titre, un monsieur s&rsquo;am&egrave;ne. Il s&rsquo;appelle Peh Peh Daniel. Je crois qu&rsquo;il  &eacute;tait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque le producteur de Papillon. Pendant qu&rsquo;il &eacute;coute ma  maquette, il demande &agrave; Tom qui je suis. Et sans m&ecirc;me m&rsquo;en parler, tous  les deux d&eacute;cident qu&rsquo;il va me produire. Peu de temps apr&egrave;s, je me rends &agrave;  Yaound&eacute; pour enregistrer en studio&hellip; <\/p>\n<p><strong>Dans cet album vous  avez repris une chanson d&rsquo;Ekambi Brillant, Moussoloki. Comment cela  s&rsquo;est-il pass&eacute; ?<\/strong><br \/>\n(Surprise) Ce qui se passe est que,  monsieur Peh m&rsquo;approche et, apr&egrave;s avoir &eacute;cout&eacute; la maquette, il d&eacute;clare  qu&rsquo;il manque quelque chose. Alors il revient avec un tas de cassettes  d&rsquo;anciens tubes et moi, j&rsquo;ai craqu&eacute; pour Moussoloki voil&agrave; comment je  repars en studio pour y ajouter ce morceau.<\/p>\n<p><strong>Cela devient  un peu le titre phare de votre album.<\/strong><br \/>\nIl y avait cette  chanson, mais aussi Kandanam&egrave;. Une chanson dont le refrain &eacute;tait repris  par les enfants dans les &eacute;coles.<\/p>\n<p><strong>Alors Variations qui est  votre&nbsp; premier album, le plus gros&nbsp; succ&egrave;s de l&rsquo;ann&eacute;e, n&rsquo;y avait t-il  pas de piraterie &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ? <\/strong><br \/>\nIL faut le demander au  producteur !<\/p>\n<p><strong>Vous a-t-il donn&eacute; de l&rsquo;argent ?<\/strong><br \/>\nRien  ! M&ecirc;me pas cinq francs !<br \/>\n<strong><br \/>\nEt Tom Yoms dans l&rsquo;histoire,  c&rsquo;est lui qui vous aid&eacute; &agrave; rencontrer le producteur ?<\/strong><br \/>\nLaissons  son &acirc;me reposer en paix !<\/p>\n<p><strong>Que faites vous ensuite,&nbsp;  parce que sur votre parcours de 1994 &agrave; 1998, il ya un petit vide. On  sait que vous faites beaucoup de concerts, mais pas d&rsquo;album.<\/strong><br \/>\nLes  concerts m&rsquo;ont permis de vivre. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; invit&eacute;e plusieurs fois,  surtout en Guin&eacute;e Equatoriale. J&rsquo;y allais tous les six mois. J&rsquo;ai v&eacute;cu  des choses exceptionnelles l&agrave; bas, des choses qui ne se racontent pas,  mais se vivent.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est ce qui a s&eacute;duit les  Equato-guin&eacute;ens dans votre album ?<\/strong><br \/>\nMoi-m&ecirc;me je ne saurai  vous l&rsquo;expliquer ! Mais, je crois surtout que c&rsquo;est le pas de danse de  Kandanam&egrave;.<\/p>\n<p><strong>En 1997, vous revenez au Cameroun. Vous  commettez votre deuxi&egrave;me album, Visado&#8230;<\/strong><br \/>\nEn Guin&eacute;e je me  suis rendue compte que nous &eacute;tions un m&ecirc;me peuple. Pourquoi demander un  visa pour y aller ? C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai sorti Visado qui veut dire Visa  en Espagnol. L&rsquo;album marche tr&egrave;s bien. <\/p>\n<p><strong>Qui vous produit  cette fois ?<\/strong><br \/>\nBinam productions&#8230; (rires)<br \/>\n<strong> <br \/>\nPourquoi  riez vous Annie, avez-vous &eacute;t&eacute; roul&eacute;e une seconde fois ?<\/strong><br \/>\nLaissez  seulement cette histoire mon fr&egrave;re.<\/p>\n<p><strong>Vous &ecirc;tes&nbsp; &agrave;&nbsp; ce  moment tr&egrave;s inspir&eacute;e. Un an apr&egrave;s, vous sortez un troisi&egrave;me album,  Kwassio. Qu&rsquo;est ce que cela signifie ?<\/strong><br \/>\nKwasio veut dire  chercheur d&rsquo;ivoire ! En fait, je fais partie du peuple Kwasio, que l&rsquo;on  retrouve en Guin&eacute;e, o&ugrave; on les appelle les Bisiyo. Au Gabon, on les  appelle les Makina&nbsp; et chez nous, les Kwasio.<\/p>\n<p><strong>A quelle  p&eacute;riode d&eacute;cidez-vous de partir du Cameroun?<\/strong><br \/>\nVous voulez que  je vous dise la v&eacute;rit&eacute; ? Je n&rsquo;ai jamais eu l&rsquo;intention de partir de mon  pays. C&rsquo;est la vie qui m&rsquo;a jou&eacute; de sales tours. Je pensais partir  enregistrer un album et revenir. Mais arriv&eacute;e En France, celui qui  m&rsquo;accueillait &eacute;tait mon producteur et m&ecirc;me plus que &ccedil;a&hellip;<br \/>\n<strong><br \/>\nQue  repr&eacute;sentait-il pour vous pr&eacute;cis&eacute;ment ?<\/strong><br \/>\n(H&eacute;sitations et  sourires) vous comprenez ce que je veux dire. IL m&rsquo;avait dit qu&rsquo;il  n&rsquo;&eacute;tait pas mari&eacute;. Donc, il me loge, &agrave; cinq minutes &agrave; pieds de chez lui.  Il &eacute;tait mari&eacute; &agrave; une Antillaise, et cette femme a commenc&eacute; &agrave; me  pers&eacute;cuter au t&eacute;l&eacute;phone. Elle a su, peut-&ecirc;tre&nbsp; parce qu&rsquo;il m&rsquo;appelait de  chez lui, de temps en temps. Elle s&rsquo;est rendu compte. J&rsquo;appelle une  amie qui est &agrave; Montpellier. Elle me dit de prendre le train pour arriver  chez elle. Je suis rest&eacute;e avec mon amie le temps d&rsquo;attendre que l&rsquo;album  se fasse. Il s&rsquo;agit de Visado .<\/p>\n<p><strong>On peut dire que c&rsquo;est  un mal pour un bien, car &agrave; Montpellier vous rencontrez&nbsp; l&rsquo;amour&hellip;<\/strong><br \/>\nOui  j&rsquo;y ai rencontr&eacute; un fran&ccedil;ais qui &eacute;tait entrepreneur en Ma&ccedil;onnerie, il  construisait des maisons. Quand on se rencontre il ne sait pas que je  suis chanteuse. Je n&rsquo;aime pas souvent mettre cela en avant je pr&eacute;f&egrave;re  qu&rsquo;on appr&eacute;cie la femme et la chanteuse apr&egrave;s. D&egrave;s qu&rsquo;il a d&eacute;couvert que  j&rsquo;&eacute;tais&nbsp; chanteuse, il a chang&eacute; compl&egrave;tement je me souviens qu&rsquo;un jour  un organisateur de spectacles m&rsquo;appelle et ce dernier souhaitait  m&rsquo;inviter &agrave; Madrid et donc, mon mari a arrach&eacute; le t&eacute;l&eacute;phone &hellip;<br \/>\n<strong><br \/>\n&Eacute;tiez-vous  d&eacute;j&agrave; mari&eacute;e avec ce monsieur ?<\/strong><br \/>\nOui ! Le spectacle se  passait deux jours apr&egrave;s. Le monsieur&nbsp; m&rsquo;a envoy&eacute; un billet d&rsquo;avion  mais, mon mari a d&eacute;cid&eacute; de m&rsquo;accompagner en voiture, soit plus de 2000  kilom&egrave;tres jusqu&rsquo;&agrave; Madrid. Il voulait &ecirc;tre au centre de ma carri&egrave;re et  moi je d&eacute;sirais qu&rsquo;il reste juste&nbsp; mon mari. Il ya quelque chose de  dr&ocirc;le, c&rsquo;est qu&rsquo;on arrive &agrave; Madrid tr&egrave;s tard et moi je devais chanter  presqu&rsquo;une heure apr&egrave;s. L&rsquo;impresario vient me voir dans la loge o&ugrave; nous  &eacute;tions install&eacute;, il discute avec moi pour savoir comment il devrait me  pr&eacute;senter sur sc&egrave;ne et l&agrave;, mon mari r&eacute;agit. Il voulait qu&rsquo;on le pr&eacute;sente  aussi. Je n&rsquo;y comprenais rien. Avant de monter sur sc&egrave;ne, on m&rsquo;avait  remis&nbsp; de l&rsquo;argent pour mon cachet et sur sc&egrave;ne j&rsquo;avais aussi re&ccedil;u de  l&rsquo;argent. Tout ce que j&rsquo;ai eu, je l&rsquo;ai remis &agrave; mon mari. Plus tard,  lorsque nous rentrions &agrave; Paris il a propos&eacute; de m&rsquo;offrir un voyage de  noces et il l&rsquo;a financ&eacute; avec mon argent.<\/p>\n<p><strong>Voulez vous dire  que ce mariage qui &eacute;tait de prime abord une union d&rsquo;amour s&rsquo;est  transform&eacute; en escroquerie ?<\/strong><br \/>\nSouvent, les jeunes r&ecirc;vent&nbsp; de  trouver un mari blanc. Mais moi, je suis tomb&eacute;e sur un blanc vraiment  pas blanc du tout !<\/p>\n<p><strong>Combien de temps dure votre mariage ?<\/strong><br \/>\nDeux  ans. Apr&egrave;s je suis partie. Je ne voulais plus rester en France. J&rsquo;&eacute;tais  tr&egrave;s perturb&eacute;e.<\/p>\n<p><strong>De retour au Cameroun, vous tombez sur  un monsieur qui vous a permis de r&eacute;aliser l&rsquo;album Kwassio.&nbsp; Comment se  passe votre rencontre ? <\/strong><br \/>\nIl s&rsquo;agit de M Wafo. La rencontre  se passe &agrave; la nouvelle route Cit&eacute;. Je n&rsquo;habite pas loin de l&agrave;. En allant  faire mes courses, il y a une station &agrave; essence, je tombe sur le  pompiste qui m&rsquo;interpelle et me parle d&rsquo;un homme d&rsquo;affaires qui aimerait  me produire. Alors le pompiste insiste parce que cet homme avait promis  de lui donner 10.000 Fcfa, si jamais j&rsquo;acceptais de donner mon num&eacute;ro  de t&eacute;l&eacute;phone. Ce que j&rsquo;ai fait.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous donn&eacute; votre  contact pour que le jeune homme &eacute;vite de perdre 10.000 Fcfa, ou parce  que vous souhaitiez absolument rencontrer cet admirateur qui voulait  vous produire ?<\/strong><br \/>\nJe pense un peu des deux. A vrai dire, on a  coproduit. Parce qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque il n&rsquo;avait pas assez de moyens, mais, il  avait beaucoup de volont&eacute;. Je me rappelle que c&rsquo;est lui qui m&rsquo;a appris &agrave;  travailler avec de petits budgets.<\/p>\n<p><strong>Est-ce vrai qu&rsquo;apr&egrave;s,  il vous a beaucoup aim&eacute; au point de devenir possessif et d&rsquo;&ecirc;tre g&ecirc;n&eacute;  par votre pass&eacute;?<\/strong><br \/>\nLorsque je m&rsquo;installe avec lui, comme je  suis un peu r&ecirc;veuse. J&rsquo;aime &eacute;crire de petites choses. Je poss&egrave;de des  archives.&nbsp; Il&nbsp; trouve dans mes &eacute;crits le nom d&rsquo;une personne que j&rsquo;avais  beaucoup aim&eacute;e. Il s&rsquo;est donc plaint et j&rsquo;ai eu besoin d&rsquo;&eacute;crire une  chanson pour le rassurer. Je voulais lui dire qu&rsquo;il oublie mon pass&eacute;  qu&rsquo;il ne connait m&ecirc;me pas. Cependant, je reconnais en lui beaucoup de  valeurs. Je le respecte et je le respecterai toujours. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un  qui m&rsquo;a trop soutenu, il respectait la chanteuse et la femme que je  suis. Je pense qu&rsquo;il m&rsquo;aimait beaucoup mais il &eacute;tait tr&egrave;s jaloux, au  point de m&rsquo;en rendre malade.<\/p>\n<p><strong>Ensemble, vous avez mont&eacute; un  projet de cabarets &hellip;<\/strong><br \/>\nOui, d&egrave;s notre premi&egrave;re rencontre,  quand on avait discut&eacute;, il a &eacute;voqu&eacute; la question de mes projets en dehors  de la musique. Je lui ai dit que je voulais aller faire une formation  en France pour pouvoir encadrer la jeune g&eacute;n&eacute;ration qui souhaite  s&rsquo;investir dans la chanson. Et j&rsquo;ai ajout&eacute; que je voulais aussi avoir un  cabaret pour mon &eacute;panouissement et recevoir mes amis artistes. Il m&rsquo;a  r&eacute;pondu qu&rsquo;il devait m&rsquo;offrir un cabaret et il l&rsquo;a fait. Il a tenu &agrave; sa  promesse&nbsp; j&rsquo;ai eu le plus grand cabaret du Cameroun, qui s&rsquo;appelait La  P&ecirc;che. Pour ce projet, ce monsieur a d&eacute;pens&eacute; pr&egrave;s de 200 millions.  Malheureusement, &ccedil;a a march&eacute;, mais n&rsquo;a pas tenu tr&egrave;s longtemps, parce  que cela a suscit&eacute; les envies, les jalousies, des filles qui venaient&hellip;  J&rsquo;ai connu mon homme il n&rsquo;avait pas grand-chose on s&rsquo;est aim&eacute;s, je l&rsquo;ai  beaucoup aim&eacute; et jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, il n&rsquo;a pas de rival.<\/p>\n<p><strong>Quelle  est la raison qui a bris&eacute; votre couple ?<\/strong><br \/>\nJe le disais  tant&ocirc;t, ce sont les jalousies. Je me souviens qu&rsquo;il y a des filles qui  venaient en disant&nbsp; &laquo; je cherche le mari d&rsquo;Annie Anzouer &raquo;. Tout cela,  parce qu&rsquo;il a de l&rsquo;argent.<br \/>\n<strong><br \/>\nEst -ce pour cela que vous  allez faire votre&nbsp; album en 2004 Si Mayala, pour faire taire les ragots ?<\/strong><br \/>\nNon,  je ne suis pas comme &ccedil;a. Je fais l&rsquo;album en 2004, nous sommes encore  ensemble. Nous devions aller en France ensemble. Mais, &agrave; la derni&egrave;re  minute, il m&rsquo;a dit &laquo; vas, je te rejoins en France dans deux semaines &raquo;.  J&rsquo;y ai pass&eacute; neuf mois, il n&rsquo;est jamais venu. Mais &agrave; chaque fois, il me  disait de rester l&agrave; bas. Une autre petite avait d&eacute;j&agrave; r&eacute;cup&eacute;r&eacute; mon  dossier (&eacute;clats de rire).<br \/>\n<strong><br \/>\nQuand vous parlez de votre &laquo;  H&eacute;ros Bandjounais&raquo; dans l&rsquo;une des chansons, est-ce &agrave; lui dont vous  faites allusion.<\/strong><br \/>\nOui !<\/p>\n<p><strong>Que voulez vous dire  dans cette chanson ?<\/strong><br \/>\nQuand je termine cet album, Mon h&eacute;ros  ne fait pas partie des chansons de l&rsquo;album. Je lui envoie une copie de  l&rsquo;album. Il &eacute;coute, mais se plaint du fait que je cite tout le monde  dans les chansons, sauf lui. Alors je pique une grande col&egrave;re, tout en  lui demandant si nous sommes ensemble parce que je dois le citer dans  mes chansons. Enerv&eacute;e je raccroche le t&eacute;l&eacute;phone. Lorsqu&rsquo;il a rappel&eacute;, il  s&rsquo;est mis &agrave; pleurer au t&eacute;l&eacute;phone. J&rsquo;&eacute;tais boulevers&eacute;e. Je suis rentr&eacute; &agrave;  l&rsquo;h&ocirc;tel et vers cinq heures du matin, des heures o&ugrave; habituellement je  suis inspir&eacute;e, j&rsquo;ai trouv&eacute; la m&eacute;lodie, puis les paroles sont venues  toutes seules. J&rsquo;ai couru&nbsp; le matin dans une cabine pour l&rsquo;appeler. Il a  aim&eacute; puis, m&rsquo;a envoy&eacute; de l&rsquo;argent pour rentrer en studio l&rsquo;enregistrer.<\/p>\n<p><strong>A  quand le prochain album ?<\/strong><br \/>\nLe prochain album sera disponible  dans quelques&nbsp; semaines. Je suis en train d&rsquo;organiser la promotion avec  mon entourage. Gr&acirc;ce &agrave; Dieu, vous l&rsquo;aurez bient&ocirc;t. Je l&rsquo;ai fait, je  n&rsquo;avais pas un seul sou, mais certaines personnes &eacute;taient l&agrave;, pour moi.  Mes filles Sahel, Ga&euml;lle Wondje, Castro Epanya. Je leur dis&nbsp; merci. Je  sais que &ccedil;a va &ecirc;tre un beau cadeau cet album. Je vous dis merci &agrave; vous  aussi d&rsquo;avoir pens&eacute; &agrave; moi. Parfois, j&rsquo;ai envie de me d&eacute;courager. Mais,  ce sont toujours les fans qui me donnent la force. Et &agrave; eux, j&rsquo;ai envie  de leur dire : &laquo; vous &ecirc;tes ma nourriture&raquo;.<\/p>\n<p><span class=\"small\"><\/p>\n<p>Thierry Ngogang<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une voix qui trace inexorablement son sillon depuis plus de 20 ans. Six albums, dont quatre en solo, qui sont autant de rappels des moments de sa vie. 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