{"id":3763,"date":"2010-05-06T09:08:47","date_gmt":"2010-05-06T07:08:47","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-05-06T09:08:47","modified_gmt":"2010-05-06T07:08:47","slug":"3763","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3763\/","title":{"rendered":"Jean Fran\u00e7ois Mebenga* : Chinois et autres \u00e9cumeurs a l\u2019assaut des terres de la Haute-Sanaga"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Encore des Chinois \u00e0 l\u2019assaut des riches terres de la Haute-Sanaga. Cette fois ils arrivent de la Chine communiste. Le partenaire asiatique le plus magnifi\u00e9 aujourd\u2019hui par les autorit\u00e9s camerounaises.  &#8211; <\/p>\n<p>\nLes Camerounais, pour la plupart, dissimulent difficilement leur  fascination pour la Chine dont les r&eacute;alisations sur le sol camerounais  dissipent toute pr&eacute;somption de duperie. <br \/>\nAutrefois, il y eut la  courte idylle Cameroun-Taiwan qui fut en r&eacute;alit&eacute; une man&oelig;uvre de  chantage du pr&eacute;sident Ahidjo &agrave; Mao Zedong. Ce dernier ayant accord&eacute; &agrave;  l&rsquo;Upc le statut de mouvement de lib&eacute;ration nationale jusqu&rsquo;&agrave; la fin des  ann&eacute;es 60. N&eacute;anmoins la relation diplomatique Yaound&eacute;-Formose favorisa  la survenue &agrave; Nanga-Eboko d&rsquo;une mission agricole chinoise de Taiwan. A  son actif : une ferme toute fleurie de cultures mara&icirc;ch&egrave;res et de  rizi&egrave;res. Des jeunes paysans de la Haute &ndash; Sanaga eurent &agrave; port&eacute;e de la  main l&rsquo;opportunit&eacute; d&rsquo;apprendre particuli&egrave;rement la culture des  past&egrave;ques. La mission d&rsquo;agriculteurs formosans mit fin &agrave; son s&eacute;jour  camerounais en 1971, ann&eacute;e de la reconnaissance du Cameroun par les  autorit&eacute;s chinoises.<\/p>\n<p>C&rsquo;est sur les terres c&eacute;d&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;poque aux  Taiwanais, sur la rive gauche de la Sanaga &agrave; la hauteur de la gare  ferroviaire de Nanga-Eboko, qu&rsquo;une &eacute;quipe d&rsquo;agriculteurs de la grande  Chine vient d&rsquo;&eacute;tablir le centre n&eacute;vralgique de ses activit&eacute;s dans  l&rsquo;arrondissement. Elle excelle surtout dans la culture des c&eacute;r&eacute;ales et  produit d&eacute;j&agrave; en phase exp&eacute;rimentale 100 tonnes de riz par semestre. La  production non autoconsomm&eacute;e est livr&eacute;e en prix marchand &agrave; la communaut&eacute;  chinoise de Yaound&eacute;. Dans la zone de Mbandjock, une autre &eacute;quipe  s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; se d&eacute;ployer dans la culture du manioc en vue de r&eacute;aliser des  ambitions de production agro-alimentaire. Les terres mises en  concession par le gouvernement camerounais au profit des officiels et  priv&eacute;s chinois en Haute-Sanaga, pour leurs diff&eacute;rentes mouvances sur le  terrain, s&rsquo;&eacute;tendent sur une superficie de 10.000ha probablement  extensibles. Pour la phase de mise en train de leurs activit&eacute;s, y  compris l&rsquo;implantation d&rsquo;un centre de formation agricole, 6000 ha sont  mis en valeur.<br \/>\nC&rsquo;est vraisemblablement l&agrave; l&rsquo;&eacute;picentre d&rsquo;une vaste  colonisation des terres qui pourrait faire de la Haute-Sanaga une &eacute;ni&egrave;me  brigade de production chinoise. A l&rsquo;int&eacute;rieur de la Chine on en compte  pr&egrave;s d&rsquo;un million.<\/p>\n<p>L&rsquo;objectif des terres en Haute-Sanaga semble  participer d&rsquo;une logique d&rsquo;acquisition feutr&eacute;e de multiples avantages&nbsp;  de terrain par les partenaires chinois du Cameroun : le commerce, la  restauration, les salons de beaut&eacute;, les travaux publics, la m&eacute;decine  etc.&hellip; La ville et la campagne seraient des cibles &agrave; prendre en tenaille  ou en otage d&rsquo;araign&eacute;e.<br \/>\nSelon les d&eacute;clarations de certains leaders  villageois et de nombre d&rsquo;&eacute;lites originaires de la Haute-Sanaga, les  populations seraient aujourd&rsquo;hui obs&eacute;d&eacute;es par la hantise que le  d&eacute;partement ne soit &agrave; long terme le th&eacute;&acirc;tre des r&eacute;voltes et des  soul&egrave;vements des paysans sans terre. La perc&eacute;e chinoise est d&rsquo;autant  pr&eacute;occupante que pr&egrave;s de 40.000ha de terres sont d&eacute;j&agrave; c&eacute;d&eacute;s en bail  emphyt&eacute;otique (99ans&hellip;) &agrave; la Sosucam &agrave; Mbandjock et Nkoteng. Les  communaut&eacute;s Toupouri, Massa, Moundang et autres ouvriers s&eacute;dentaris&eacute;s de  la Sosucam ne sont pas en reste. Eux qui se d&eacute;ploient sur les terres  riveraines des usines en vue de combler leur d&eacute;ficit alimentaire. Mais  en tant que composantes sociologiques de la Haute-Sanaga, ils feront  certainement entendre le droit, ne serait-ce que par n&eacute;cessit&eacute;  existentielle, pour exiger, en propri&eacute;t&eacute; collective ou individuelle  quelques arpents de terres.<\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;y a pas que le d&eacute;volu des  groupes &eacute;trangers sur la Haute-Sanaga. Il y a aussi des notabilit&eacute;s de  l&rsquo;Etat qui &eacute;cument les terres de ce d&eacute;partement gr&acirc;ce &agrave; la complicit&eacute; de  certains chefs corrompus qui leur en c&egrave;dent ill&eacute;galement. Les vastes  terres ali&eacute;n&eacute;es par le pipe-line tchadien font encore l&rsquo;objet de vifs  ressentiments de la part des populations riveraines. Cela d&rsquo;autant  qu&rsquo;aucune obole, aussi minime soit-elle, ne leur est attribu&eacute;e sous  forme de prime de compensation. Encore moins pour faire face aux effets  de pollution &eacute;mis par les dioxines de carbone ambiants.<\/p>\n<p>En  d&eacute;finitive, les terres de la Haute-Sanaga sont soumises &agrave; une pression  telle que les frustrations que les populations accumulent s&rsquo;exprimeront  in&eacute;vitablement un jour, si la tendance ne s&rsquo;infl&eacute;chit pas, par des  r&eacute;voltes ou des soul&egrave;vements internes. Car, la perspective de  repopulation de la Haute-Sanaga inclut une forte sollicitation des  terres cultivables. Selon des estimations empiriques, la population  &eacute;migr&eacute;e repr&eacute;senterait l&rsquo;&eacute;quivalent de celle &eacute;voluant sur le terroir.&nbsp; A  Nkoteng par exemple, le patrimoine de l&rsquo;Etat c&eacute;d&eacute; &agrave; la Sosucam a  largement absorb&eacute; les terres de collectivit&eacute;s coutumi&egrave;res environnantes.  Les populations victimes de cette pression fonci&egrave;re se sont r&eacute;sign&eacute;es &agrave;  errer vers des terres lointaines pour pouvoir cultiver.&nbsp; <\/p>\n<p>Pourquoi  les terres de la Haute-Sanaga ?<br \/>\nEn effet, la population &lsquo;&rsquo;indig&egrave;ne&rsquo;&rsquo;  de la Haute-Sanaga se chiffrerait aujourd&rsquo;hui autour de 70.000 &acirc;mes sur  les 80.000 habitants (dernier recensement) que compte le d&eacute;partement  (106.000 en 2005). Le tout r&eacute;parti sur un territoire de 11.875km2. La  faible densit&eacute; au km2 distille certainement l&rsquo;illusion d&rsquo;un &lsquo;noman&rsquo;s  land&rsquo;. Il est &eacute;vident que cinquante ans d&rsquo;enclavement et de pauvret&eacute; ne  pouvaient que contribuer &agrave; l&rsquo;essorage de la composante humaine du  d&eacute;partement. La construction en cours en mat&eacute;riau lourd de la nationale  n&deg;1 Obala-Bouam (vers Bertoua), en m&ecirc;me temps qu&rsquo;elle d&eacute;frustre les  esprits, elle annonce la perspective d&rsquo;une repopulation massive du  d&eacute;partement. Le deuxi&egrave;me attrait de la Haute-Sanaga est cette g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;  de la nature qui se traduit par une merveilleuse alternance de la for&ecirc;t  (60%) et de la savane (40%). Pour les Chinois, la luxuriante v&eacute;g&eacute;tation  qu&rsquo;elle offre est de m&ecirc;me type que celle du Sud-est de la Chine. La  proximit&eacute; avec Yaound&eacute; le si&egrave;ge des repr&eacute;sentations diplomatiques et la  marque d&rsquo;hospitalit&eacute; toute sympathique des populations constituent les  atouts suppl&eacute;mentaires qui auront d&eacute;termin&eacute; le choix des  pl&eacute;nipotentiaires chinois. <\/p>\n<p>Des populations frapp&eacute;es d&rsquo;ostracisme  sous l&rsquo;ancien r&eacute;gime<\/p>\n<p>Le pr&eacute;sident AHIDJO n&rsquo;avait jamais pardonn&eacute;  aux populations de la Haute-Sanaga le crime de l&egrave;se &ndash;majest&eacute; qu&rsquo;elles  avaient commis en portant leur choix sur la liste du parti d&eacute;mocratique  d&rsquo;Andr&eacute; Marie MBIDA aux &eacute;lections l&eacute;gislatives du 06 mai 1965. La longue  &eacute;preuve de l&rsquo;exclusion politique et sociale qu&rsquo;il leur avait inflig&eacute;e  en cons&eacute;quence avait &eacute;loign&eacute; la Haute-Sanaga du gouvernement pendant  29ans. Auparavant, M. Biyo&rsquo;o Olinga Fran&ccedil;ois avait repr&eacute;sent&eacute; le  d&eacute;partement dans le gouvernement d&rsquo;Andr&eacute; Marie MBIDA comme secr&eacute;taire  d&rsquo;Etat aux Finances en 1957-58. Tandis que M. Manga Mado Richard le fit &agrave;  son tour en qualit&eacute; de secr&eacute;taire d&rsquo;Etat au Travail de 1963 &agrave; 1965.<br \/>\nLa  nationale n&deg;1 Obala-Nanga-Bertoua fut mise hors d&rsquo;entretien aussit&ocirc;t  que le Trans- Camerounais devint exploitable entre Yaound&eacute; et  Ngaound&eacute;r&eacute;. Or en 1965 la Haute-Sanaga &eacute;tait l&rsquo;un des d&eacute;partements les  plus peupl&eacute;s et les plus agricoles du centre (Cacao, paddy, palmistes,  arachides&hellip;). Apr&egrave;s 1965, le d&eacute;partement tomba de charybde en scilla. Le  mouvement de d&eacute;population s&rsquo;enclencha aussit&ocirc;t. Il se vida de sa  substance humaine. L&rsquo;&eacute;conomie de subsistance y fit confortablement son  lit. <\/p>\n<p>Mais tant qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas tranch&eacute; de mani&egrave;re collective  leur destin&eacute;e, les populations refusaient de c&eacute;der au d&eacute;sespoir. Contre  toute attente, le miracle se produisit le 6 novembre 1982. En effet, ce  fut ce jour-l&agrave;, selon un illustre g&eacute;n&eacute;alogiste d&rsquo;ENDOUM, que Paul BIYA,  &lsquo;&rsquo; l&rsquo;arri&egrave;re-petit-fils du redoutable et charismatique roi, SIMEKOA, qui  d&eacute;fit avec bravoure les Allemands &agrave; Lembe-Yezoum en 1897 (des tombes  d&rsquo;Allemands encore visibles), acc&eacute;da au pouvoir&rsquo;&rsquo;. Ce fut l&rsquo;euphorie  collective en Haute-Sanaga. Le nom de Paul BIYA fut acclam&eacute; sur fond  d&rsquo;espoir messianique, se souviennent encore nombre d&rsquo;originaires de la  Haute-Sanaga. Quand en 1994 le pr&eacute;sident Paul BIYA d&eacute;cida de couvoler en  justes noces avec Chantal Vigouroux Ndongo, &lsquo;&rsquo;la petite fille de  Mengolo Timoth&eacute;e, nobilissime Yebekana, de la lign&eacute;e du premier roi de  Koa (devenu Nanga-Eboko), Mvongo Ndouma, l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement suscita l&rsquo;hyst&eacute;rie  des populations. Tout le monde y voyait l&rsquo;ouverture solennelle des  portes du paradis&rsquo;&rsquo;.<\/p>\n<p>Tant du c&ocirc;t&eacute; de Paul BIYA que de son  illustre &eacute;pouse. Les populations reconnaissent largement avoir go&ucirc;t&eacute; aux  lib&eacute;ralit&eacute;s de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre fussent-elles en-de&ccedil;&agrave; de toute  exclusivit&eacute;. Mais tous ces penchants de c&oelig;ur et d&rsquo;actions r&eacute;galiennes ne  pouvaient malheureusement les sortir du sous-d&eacute;veloppement. La premi&egrave;re  dame en &eacute;tait tellement consciente qu&rsquo;elle d&eacute;cida en 2003 d&rsquo;effectuer  un voyage symbolique sur cette route cahoteuse fendue de crevasses et de  bourbiers&nbsp; (Obala-Nanga-Eboko) en compagnie de Junior et de Brenda.  Quel risque !<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la route est en chantier. Elle pointe  comme le&nbsp; soleil &agrave; l&rsquo;horizon. Elle sera &agrave; coup s&ucirc;r le g&acirc;teau le mieux  partag&eacute; de la Haute-Sanaga. Car chaque individu ou chaque communaut&eacute;  aura l&rsquo;extraordinaire opportunit&eacute; de tirer le meilleur de ses terres et  d&rsquo;en faire une valeur marchande ou mon&eacute;taire. L&rsquo;histoire prendra soin de  classer le pass&eacute;.<\/p>\n<p>Le jour<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore des Chinois \u00e0 l\u2019assaut des riches terres de la Haute-Sanaga. Cette fois ils arrivent de la Chine communiste. 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