{"id":3764,"date":"2010-05-06T09:15:01","date_gmt":"2010-05-06T07:15:01","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-05-06T09:15:01","modified_gmt":"2010-05-06T07:15:01","slug":"3764","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3764\/","title":{"rendered":"Innocent Ebod\u00e9* : A propos de mon aventure tchadien"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Depuis mon retour tumultueux dans mon pays, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de vivre en hibernation, le temps d\u2019exorciser les d\u00e9mons de mon s\u00e9jour tchadien. Pendant trois mois j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me couper de tout et de tout le monde.  &#8211; <\/p>\n<p>\nMais d&egrave;s ma r&eacute;apparition, ces d&eacute;mons me sont revenus en plein dans la  figure. Sur Internet, dans le milieu professionnel, dans ma propre  famille, je suis l&rsquo;objet d&rsquo;un proc&egrave;s dont je ne per&ccedil;ois pas le  bien-fond&eacute;. J&rsquo;ai du mal &agrave; me faire &agrave; l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;on puisse donner une  dimension de quasi criminalisation,&nbsp; &agrave; un choix professionnel qui  n&rsquo;&eacute;tait m&ucirc; que par ma volont&eacute; de changer de trajectoire, et de vivre une  autre exp&eacute;rience journalistique et humaine.<br \/>\nJe voudrais ici  apporter quelques clarifications, avec l&rsquo;espoir qu&rsquo;elles &eacute;difieront et  convaincront ceux qui se sont interrog&eacute;s et s&rsquo;interrogent encore sur mes  options. Je comprends tr&egrave;s bien les r&eacute;serves de certains compatriotes  par rapport &agrave; mon s&eacute;jour au Tchad. Je voudrais pr&eacute;ciser que je ne le  regrette pas, m&ecirc;me si j&rsquo;ai fr&ocirc;l&eacute; le pire. Je l&rsquo;assume totalement.<\/p>\n<p>Je  tiens &eacute;galement &agrave; dire &agrave; tous les internautes et &agrave; tous les Camerounais  qui se sont &eacute;mus de ma situation, que j&rsquo;ai h&eacute;sit&eacute; longtemps avant de  prendre la d&eacute;cision de me lancer dans l&rsquo;aventure tchadienne. Et puis  j&rsquo;ai &eacute;valu&eacute; le challenge professionnel. La Voix &eacute;tait un projet  &eacute;ditorial qui avait de la gueule. Sur place au Cameroun, je commen&ccedil;ais &agrave;  m&rsquo;encro&ucirc;ter professionnellement. Je travaillais pour L&rsquo;Action, le  journal du RDPC depuis plus de 10 ans, sans contrat, avec un salaire  insultant. Ma visibilit&eacute; professionnelle avait &eacute;t&eacute; brouill&eacute;e par ma  collaboration &agrave; cette gazette.<\/p>\n<p>Je voudrais vous livrer une  confidence: J&rsquo;ai, de 1997 &agrave; 2003, &eacute;t&eacute; r&eacute;mun&eacute;r&eacute; &agrave; hauteur de&#8230; 4 000  (quatre mille) FCFA par article. Il faut pr&eacute;ciser qu&rsquo;il &eacute;tait rare de  signer&nbsp; plus d&rsquo;un article dans l&rsquo;hebdo d&eacute;fendant les id&eacute;es de M.Biya.  Faites vous m&ecirc;me le calcul. 4 000 FCFA par semaine donnent lieu &agrave; un  salaire de 16 000 (douze mille) FCFA par mois! C&rsquo;est ahurissant, mais ce  sont-l&agrave; des faits inattaquables.<br \/>\nEt puis un beau jour, je crois en  2004, on m&rsquo;a fait savoir comme &agrave; tous mes compagnons d&rsquo;infortune, que  j&rsquo;avais d&eacute;sormais droit &agrave; un salaire. Pour des raisons de dignit&eacute;, je  n&rsquo;ose pas communiquer le montant de ce &laquo; salaire &raquo;. Je ne disposais  d&rsquo;aucune s&eacute;curit&eacute; en terme d&#8217;emploi. Plus grave, nous journalistes, ne  jouissions d&rsquo;aucune consid&eacute;ration de la part de la hi&eacute;rarchie du parti  au pouvoir. Ne nous &eacute;taient servis que m&eacute;pris et d&eacute;consid&eacute;ration.<br \/>\nVoil&agrave; quelques v&eacute;rit&eacute;s simples (je ne voudrais pas aller plus loin) sur  certaines r&eacute;alit&eacute;s ignor&eacute;es qui ont cours dans notre pays. Alors, en  regard de tout ce qui pr&eacute;c&egrave;de, ceux qui critiquent mon option d&rsquo;avoir  tent&eacute; le coup au Tchad, doivent comprendre que mon choix &eacute;tait  difficile, mais tentant.<\/p>\n<p>Chez nous, pour avoir une place au  soleil, il faut verser soit dans un compromis douteux, soit dans des  compromissions, ou alors dans les deux. Ma nature n&rsquo;est pas en  ad&eacute;quation avec tout ce qui conduit &agrave; emprunter les chemins de traverse.  Je reste persuad&eacute; qu&rsquo;une autre voie est possible qui soit en d&eacute;phasage  avec le d&eacute;vergondage qu&rsquo;on voudrait proposer et imposer aux &acirc;mes qui se  refusent &agrave; quelque impuret&eacute;.<br \/>\nJe tiens enfin &agrave; confier que, c&rsquo;est  paradoxalement au pays de M.D&eacute;by, que&nbsp; j&rsquo;ai fait du journalisme comme je  l&rsquo;ai r&ecirc;v&eacute;. J&rsquo;ai essay&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre professionnel. M&ecirc;me si certains esprits  malveillants racontent que je me suis attaqu&eacute; au r&eacute;gime en place &agrave;  N&rsquo;Djam&eacute;na. Ce qui est loin d&rsquo;&ecirc;tre vrai. Ceux qui me connaissent savent  que je suis quelqu&rsquo;un de mesur&eacute;, de pas excessif. J&rsquo;avais impos&eacute; &agrave; ma  r&eacute;daction de ne pas s&rsquo;attaquer au r&eacute;gime, de respecter les autorit&eacute;s,  mais d&rsquo;avoir le courage d&rsquo;informer les Tchadiens sur des sujets  difficiles, en respectant les canons du m&eacute;tier. La Voix &eacute;tant un jeune  journal, sa cr&eacute;dibilit&eacute; devait obligatoirement passer par le traitement  rigoureux des probl&eacute;matiques tchadiennes, y compris celles qui f&acirc;chent,  tout en &eacute;vitant l&rsquo;invective. J&rsquo;&eacute;tais conscient de la difficult&eacute; &agrave;  concilier le devoir d&rsquo;informer et la n&eacute;cessit&eacute; de ne pas trop caresser  les autorit&eacute;s &agrave; rebrousse-poil.<\/p>\n<p>Au Tchad, je n&rsquo;ai fait que du  journalisme. Rien de plus. J&rsquo;entendais changer le cours de ma carri&egrave;re  qui n&rsquo;&eacute;tait pas jusque-l&agrave; brillante. Et j&rsquo;en &eacute;tais le principal  responsable, parce que j&rsquo;ai cruellement manqu&eacute; d&rsquo;ambition en &eacute;voluant  dans des colonnes o&ugrave; ne peut justement prosp&eacute;rer aucune ambition  professionnelle. J&rsquo;ai encore pr&eacute;sent dans mon esprit, ce reproche que  m&rsquo;avait fait un jour, un a&icirc;n&eacute; de regrett&eacute; m&eacute;moire, qui lui-m&ecirc;me &eacute;tait  plong&eacute; dans le d&eacute;sespoir et la d&eacute;solation : &laquo; Jeune homme, je te  conseille de n&rsquo;&ecirc;tre ici que de passage. Rester, c&rsquo;est bousiller ta  carri&egrave;re (sic). &raquo; Je suis rest&eacute;, puis j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; oblig&eacute; de partir pour ne  pas &laquo; bousiller &raquo; ma carri&egrave;re.<br \/>\nOn ne va tout de m&ecirc;me pas me crucifier  parce que j&rsquo;ai essay&eacute; de placer mon curseur ailleurs que chez moi o&ugrave;  j&rsquo;entendais &eacute;chapper au moins-disant pour une offre plus aguichante. Je  signale qu&rsquo;il y a des milliers de Camerounais au Tchad. Je ne suis pas  le seul &agrave; avoir tent&eacute; l&rsquo;aventure. Des Camerounais sont partout dans le  monde. Peut-&ecirc;tre pour les m&ecirc;mes raisons que moi. Les choses ont mal  tourn&eacute;, certes. Mais qui peut affirmer n&rsquo;avoir jamais essay&eacute; de changer  le cours de sa vie professionnelle et de sa vie tout court? D&rsquo;aucuns ont  pris des raccourcis en pillant par exemple les caisses de l&rsquo;Etat ou en  naviguant dans les eaux troubles du vice. J&rsquo;ai essay&eacute;, moi, de vivre ma  passion du journalisme de mani&egrave;re honn&ecirc;te et irr&eacute;prochable.<\/p>\n<p>A  quelques jours de la c&eacute;l&eacute;bration de la Journ&eacute;e internationale de la  libert&eacute; de la presse, j&rsquo;ai trouv&eacute; opportune, l&rsquo;id&eacute;e de proposer ce  t&eacute;moignage qui pourrait constituer une des multiples illustrations de la  condition du journaliste camerounais. <br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><em>* Journaliste<\/em><\/div>\n<p>\nLe Jour<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis mon retour tumultueux dans mon pays, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de vivre en hibernation, le temps d\u2019exorciser les d\u00e9mons de mon s\u00e9jour tchadien. Pendant trois mois j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me couper de tout et de tout le monde. &#8211; Mais d&egrave;s ma r&eacute;apparition, ces d&eacute;mons me sont revenus en plein dans la figure. Sur Internet, dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-3764","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3764","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3764"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3764\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3764"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3764"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3764"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=3764"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}