{"id":3841,"date":"2010-06-17T09:27:10","date_gmt":"2010-06-17T07:27:10","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-06-17T09:27:10","modified_gmt":"2010-06-17T07:27:10","slug":"3841","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/3841\/","title":{"rendered":"Gaston Paul Effa : \u00ab J\u2019invite les \u00e9diteurs locaux \u00e0 avoir foi en la litt\u00e9rature \u00bb"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Ecrivain camerounais install\u00e9 en France, il prescrit un retour vers la tradition, parle des probl\u00e8mes li\u00e9s au contrat d\u2019\u00e9dition et annonce la cr\u00e9ation prochaine d\u2019une biblioth\u00e8que \u00e0 Yaound\u00e9. &#8211; <\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous donnez une s&eacute;rie de conf&eacute;rences dans le r&eacute;seau des Centres  culturels fran&ccedil;ais du Cameroun. Comment ce projet s&rsquo;est-il mis en place  ?<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est Nadine Monchau, responsable du bureau des livres au Centre  culturel fran&ccedil;ais qui, pour la 2&egrave;me fois en dix ans, a pris l&rsquo;initiative  de m&rsquo;inviter pour venir rencontrer la terre natale et boire &agrave; la grande  source.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vos conf&eacute;rences ont pour th&egrave;me &laquo;Pour en finir avec la tradition  &raquo;. Faut-il en finir avec la tradition ?<\/strong><br \/>\nLe plus important, ce n&rsquo;est pas la r&eacute;ponse &agrave; une question, mais la  r&eacute;flexion autour de la question. Et ce que je viens faire, c&rsquo;est  accompagner une r&eacute;flexion. Nous vivons dans un monde de murs, un monde  malade, avec des &ecirc;tres qui sont malades d&rsquo;eux-m&ecirc;mes et malades de ce  qu&rsquo;ils font. Et il me semble que les traditions sont parfois &agrave; l&rsquo;origine  de ces maux\/mots qui nous rythment la vie et qui font que nous ne  pouvons plus retrouver le centre de nous-m&ecirc;mes. Donc, l&rsquo;objectif de ces  &eacute;changes est de faire comprendre &agrave; nos concitoyens que nous vivons dans  un contexte &eacute;parpill&eacute; et qu&rsquo;il est urgent de rassembler ce qui est  &eacute;pars. C&rsquo;est-&agrave;-dire retrouver le centre de l&rsquo;&ecirc;tre. Le centre de l&rsquo;&ecirc;tre,  pour &ecirc;tre concret, c&rsquo;est se mettre entre parenth&egrave;ses pour &ecirc;tre au  service des autres plut&ocirc;t que de se servir. Le monde est malade. C&rsquo;est  l&rsquo;argent, c&rsquo;est l&rsquo;oubli de l&rsquo;autre qui l&rsquo;emporte ; et l&rsquo;oubli de  l&rsquo;autre, c&rsquo;est aussi l&rsquo;oubli de soi. L&rsquo;&eacute;go est de plus en plus enfl&eacute; et  je me dis que ce monde qui s&rsquo;oublie, qui oublie ce qu&rsquo;est la solidarit&eacute;,  la parole donn&eacute;e, la fraternit&eacute;, la reconnaissance et m&ecirc;me la  c&eacute;l&eacute;bration de l&rsquo;autre, est un monde mal parti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment d&eacute;finissez-vous la tradition ?<\/strong><br \/>\nIl ne faut pas confondre la tradition avec les traditions qui, elles,  sont des us et coutumes, les modes d&rsquo;habitation du monde. La tradition  c&rsquo;est ce centre dont je parle, c&rsquo;est le noyau qui est perdu, c&rsquo;est cette  lumi&egrave;re qui est au centre de tous les &ecirc;tres et que l&rsquo;&eacute;go nous emp&ecirc;che  de&nbsp; rencontrer. Au fond, en chaque &ecirc;tre, il y a l&rsquo;humanit&eacute; qui fait  justement que nous soyons, chacun, porteur de valeurs universelles. Nous  avons oubli&eacute; cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le 8 juin, vous avez rencontr&eacute; des &eacute;crivains au Centre culturel  Francis Bebey de Yaound&eacute;. Quel regard portez-vous sur la litt&eacute;rature  camerounaise contemporaine ?<\/strong><br \/>\nLa litt&eacute;rature camerounaise contemporaine ! C&rsquo;est d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s bien que  vous le disiez, parce que, pendant tr&egrave;s longtemps, on parlait de la  litt&eacute;rature africaine. Cette litt&eacute;rature se porte plut&ocirc;t bien. Vous avez  des t&eacute;nors comme Calixthe Beyala, Eug&egrave;ne Ebod&eacute;, Patrice Nganang, etc.  Mais elle a besoin d&rsquo;&ecirc;tre un peu plus encourag&eacute;e. Et l&agrave;, j&rsquo;invite les  &eacute;diteurs locaux &agrave; mieux s&rsquo;organiser, &agrave; avoir plus de foi en la  litt&eacute;rature, &agrave; croire que publier un auteur c&rsquo;est prendre des risques.  Ce qui me peine encore, pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est que nos &eacute;diteurs pensent  beaucoup plus &agrave; l&rsquo;aspect commercial. Je les comprends, comment faire  autrement ? Mais il faudrait mettre en place une structure qui permette &agrave;  l&rsquo;auteur qui a transpir&eacute; &agrave; 4h du matin pour faire une phrase, pour  s&rsquo;accoucher dans les mots, d&rsquo;&ecirc;tre publi&eacute; sans avoir &agrave; payer, sinon  autant aller voir un imprimeur pour &ccedil;a. Quand je vois toutes ces Hummers  qui se prom&egrave;nent dans la ville, je me dis qu&rsquo;en vendant une seule, on  pourrait sauver toutes les maisons d&rsquo;&eacute;dition du Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous qui &ecirc;tes un auteur reconnu, que pouvez-vous faire pour  justement sauver ces maisons d&rsquo;&eacute;dition ?<\/strong><br \/>\nJe r&eacute;pondrais en trois temps. Il y a tr&egrave;s peu d&rsquo;&eacute;crivains dans ce monde  qui vivent de leur plume. On n&rsquo;&eacute;crit pas pour en vivre, on &eacute;crit pour  s&rsquo;&eacute;lever. C&rsquo;est d&rsquo;un. La 2&egrave;me chose, j&rsquo;ai essay&eacute; de rencontrer des  &eacute;diteurs camerounais et je leur ai propos&eacute; que nous qui sommes des  auteurs de la diaspora, qui vivons en exil, nous publions quelques  textes chez eux pour renflouer un peu leurs caisses. Mais en m&ecirc;me temps,  je ne peux le faire que si nous avons la certitude que ces &eacute;diteurs  sont des gens qui savent ce qu&rsquo;est la litt&eacute;rature, qui croient en la  chose litt&eacute;raire et qui ne vont pas se contenter d&rsquo;&ecirc;tre des commerciaux.  La troisi&egrave;me chose : aujourd&rsquo;hui, nous voulons organiser ce qui peut  accompagner le travail des maisons d&rsquo;&eacute;dition, c&rsquo;est-&agrave;-dire le travail  des &eacute;crivains. Ce travail c&rsquo;est de permettre aux gens de lire. Nous  autres, avec le peu que nous avons, nous sommes en train de construire  une biblioth&egrave;que dans un quartier de Yaound&eacute;, Nkolndongo, qui permettra &agrave;  chaque auteur de pouvoir d&rsquo;abord se nourrir. Parce qu&rsquo;on ne peut pas  &eacute;crire la premi&egrave;re phrase, le premier mot, si on n&rsquo;a pas beaucoup lu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ou en &ecirc;tes-vous avec ce projet ?<\/strong><br \/>\nCe projet a beaucoup de mal &agrave; se mettre en place. J&rsquo;ai un restaurant  humanitaire en Lorraine o&ugrave; j&rsquo;essaye de d&eacute;gager un b&eacute;n&eacute;fice pour  construire cette biblioth&egrave;que. Nous souffrons d&rsquo;une baisse de  fr&eacute;quentation de ce restaurant qui, pourtant, est vraiment exquis. Je  reviendrais au Cameroun en octobre avec quelques gens qui pensent encore  aux autres et qui m&rsquo;ont propos&eacute; de venir faire l&rsquo;&eacute;tat des lieux pour  d&eacute;gager assez de fonds pour accompagner ce projet. C&rsquo;est dommage  puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;Europ&eacute;ens, encore une fois. J&rsquo;aimerais bien que, pour  une fois, un Camerounais, tiens ! Un grand footballeur, m&rsquo;appelle pour  me dire : &laquo; je vais accompagner ce que vous &ecirc;tes en train de faire&raquo;.<br \/>\nPeut-&ecirc;tre entendront-ils votre appel&hellip;<br \/>\nQu&rsquo;il en soit ainsi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous &ecirc;tes enseignant de philosophie, &eacute;crivain, restaurateur,  animateur de plusieurs associations&hellip; Comment conciliez-vous toutes ces  casquettes ?<\/strong><br \/>\nJe pense que ces activit&eacute;s sont des cordes qui rythment un m&ecirc;me arc.  L&rsquo;&eacute;quilibre que vous cr&eacute;ez dans une phrase est le m&ecirc;me que dans un mets.  Si vous exag&eacute;rez un ingr&eacute;dient, vous tuez le plat et vous risquez de  tuer celui qui va le manger. Il en est de m&ecirc;me pour un livre. Lorsque  vous &eacute;crivez une phrase, vous faites attention aux moindres mots que  vous posez sur la page blanche, parce que celui qui va manger ces mots  peut en &ecirc;tre malade si vous n&rsquo;en avez pas pris assez soin, et  d&rsquo;ailleurs, vous-m&ecirc;me, par ricochet. J&rsquo;ai la gr&acirc;ce d&rsquo;&ecirc;tre un petit  dormeur. Je dors 4h par nuit, ce qui me donne beaucoup de temps pour  faire ce que j&rsquo;ai &agrave; faire. Je suis en tr&egrave;s bonne sant&eacute;, pourvu que &ccedil;a  dure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelle est la part d&rsquo;histoire personnelle dans vos livres ?<\/strong><br \/>\nM&ecirc;me dans la fiction, nous sommes toujours dans ce qu&rsquo;Einstein appelait  &laquo; comment je vois le monde &raquo;. L&rsquo;histoire personnelle, c&rsquo;est la fa&ccedil;on  dont je vis les choses. Si vous tournez les pages d&rsquo;un livre, chaque  phrase doit vous parler de vous, vous parler de l&rsquo;autre, vous parler de  l&rsquo;humain. On &eacute;crit toujours sur la premi&egrave;re page de couverture &laquo; roman  &raquo;, mais le roman n&rsquo;est pas autre chose que la vie elle-m&ecirc;me, la vraie  vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous avez &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; par des religieuses, vous avez m&ecirc;me failli  devenir pr&ecirc;tre. Quelle est la place de Dieu dans vos &eacute;crits ?<\/strong><br \/>\nJe suis quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;est nourri de tout ce qui est humain. Je ne  voudrais pas que quoi que ce soit d&rsquo;humain me reste &eacute;tranger. Vous  pouvez l&rsquo;appelez Allah, Dieu, Yahv&eacute; ou le Grand architecte de l&rsquo;univers,  je l&rsquo;appelle simplement la grande lumi&egrave;re &agrave; laquelle chacun aspire,  c&rsquo;est-&agrave;-dire un personnage de clart&eacute;. Nous aspirons &agrave; la clart&eacute; par  rapport &agrave; nous-m&ecirc;mes et par rapport aux autres. J&rsquo;esp&egrave;re que nous allons  un jour basculer vers cette lumi&egrave;re qui est la reconnaissance, parce  que nous ne sommes que de petits humains, locataire d&rsquo;un lopin de terre  qui, au fond, n&rsquo;est rien qu&rsquo;une petite poussi&egrave;re dans l&rsquo;univers, et on  gagnerait tellement &agrave; revivre ce partage, cette fraternit&eacute;. &nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour vous, l&rsquo;&eacute;criture c&rsquo;est quoi ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;&eacute;criture c&rsquo;est la fa&ccedil;on de creuser un sillon o&ugrave; on met une graine qui  va germer. Dans l&rsquo;&eacute;criture, celui qui s&egrave;me ne r&eacute;colte pas toujours. On  n&rsquo;&eacute;crit pas pour soi, on &eacute;crit pour que&nbsp; l&rsquo;humanit&eacute; grandisse encore un  peu plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"createby\">St&eacute;phanie Dongmo\t\t<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ecrivain camerounais install\u00e9 en France, il prescrit un retour vers la tradition, parle des probl\u00e8mes li\u00e9s au contrat d\u2019\u00e9dition et annonce la cr\u00e9ation prochaine d\u2019une biblioth\u00e8que \u00e0 Yaound\u00e9. &#8211; &nbsp; Vous donnez une s&eacute;rie de conf&eacute;rences dans le r&eacute;seau des Centres culturels fran&ccedil;ais du Cameroun. Comment ce projet s&rsquo;est-il mis en place ? 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