{"id":4174,"date":"2011-02-11T23:50:33","date_gmt":"2011-02-11T22:50:33","guid":{"rendered":""},"modified":"2011-02-11T23:50:33","modified_gmt":"2011-02-11T21:50:33","slug":"4174","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/4174\/","title":{"rendered":"Auguste L\u00e9opold Mbond\u00e9, Sik\u00e8"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Sik\u00e8 est une petite fille m\u00e9tisse n\u00e9e en France de parents camerounais. Elle ne conna\u00eet rien de ses racines. Son p\u00e8re lui raconte ses souvenirs du Cameroun, et transmet, comme ses parents l&rsquo;ont jadis fait, sa culture sawa-duala. &#8211; <\/p>\n<p><font class=\"texte\"><b>Un p&egrave;re, n&eacute; au Cameroun, s&rsquo;adresse &agrave; sa fille, n&eacute;e en France, qui, plus tard, &laquo; <i>li(e)ra<\/i> &raquo; (p. 9) la m&eacute;moire &eacute;parse &ndash; la faute au temps et &agrave; la distance g&eacute;ographique.<\/b><\/p>\n<p>\nLa  naissance de l&rsquo;une et la paternit&eacute; de l&rsquo;autre renvoient aux origines et  &agrave; la transmission. Et le r&eacute;cit de vie est moins &eacute;criture de soi que  transcription polyphonique : pour Sik&egrave;, sont ainsi convoqu&eacute;s la voix de  la grand-m&egrave;re &laquo; <i>aspirant les ant&eacute;p&eacute;nulti&egrave;mes<\/i> &raquo; (p. 11), &laquo; <i>l&rsquo;&eacute;criture tut&eacute;laire<\/i>  &raquo; (p. 34) du grand-p&egrave;re polyglotte calligraphiant dans les marges d&rsquo;un  texte russe, les livres &ndash; la fameuse biblioth&egrave;que de l&rsquo;&eacute;crivain &ndash; et les  rumeurs de l&rsquo;enfance, les mythes, l&rsquo;histoire et la m&eacute;moire litt&eacute;raire.<br \/>\nAinsi r&eacute;cit fondateur des clans Ewal&egrave;&rsquo;a Mb&egrave;di et t&eacute;moignage du narrateur sur &laquo; <i>le nouveau Cameroun, le Cameroun moderne<\/i> &raquo; (p. 105) se m&ecirc;leront-ils, dans l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;enfant m&eacute;tisse, au conte de <i>Boucle d&rsquo;Or<\/i> et aux traces hom&eacute;riques de son h&eacute;ritage hell&egrave;ne. <\/p>\n<p>Certes, &agrave; bien des &eacute;gards, <i>Sik&egrave;<\/i> met en r&eacute;cit la r&eacute;flexion du  chercheur en litt&eacute;rature tant sur l&rsquo;ind&eacute;cidable genre &eacute;pique, qui, selon  le mot d&rsquo;&Eacute;tiemble, impliquerait sans cesse de &laquo; <i>repartir de z&eacute;ro<\/i> &raquo;, que sur son r&ocirc;le d&rsquo;homme dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui <font class=\"petit\">1<\/font>.<br \/>\nEt le &laquo; roman &raquo;, qui satisfait aussi aux exigences du pacte autobiographique, a des accents de <i>Bildungsroman<\/i>.  Mais il ne trahit nulle intention, ni d&eacute;su&egrave;te ni interculturellement  correcte, d&rsquo;opposer les traditions entre elles ni la tradition &agrave; la  modernit&eacute;. L&rsquo;auteur renvoie dos &agrave; dos les occultations maternelles &ndash; &laquo; <i>Elle  m&rsquo;a dit d&rsquo;&eacute;viter toutes ces choses hideuses de l&rsquo;histoire, certains  mots qui peinent inutilement, ces m&oelig;urs qui ne grandissent personne.  D&rsquo;&eacute;viter le mot esclaves. De pr&eacute;f&eacute;rer captifs. De parler  d&rsquo;interm&eacute;diaires. D&rsquo;&eacute;viter esclavagistes<\/i> &raquo; (p. 24) &ndash; et les mystifications de la France postcoloniale : &laquo; <i>Je  te parlerai de l&rsquo;Ewal&egrave;&rsquo;a Mb&egrave;di que je suis avant que tu ne tombes sur  ces identit&eacute;s communautaires blacks disput&eacute;es et emball&eacute;es  p&eacute;riodiquement en &eacute;t&eacute; dans des magazines &agrave; court d&rsquo;id&eacute;es ou dans les  cha&icirc;nes commerciales du PAF<\/i> &raquo; (p. 14). <\/p>\n<p>Si les tableaux et sayn&egrave;tes sans concession de l&rsquo;enfance &agrave;  Bonakouamouang prennent en charge la fonction r&eacute;f&eacute;rentielle, Auguste  L&eacute;opold Mbond&eacute; se pr&eacute;occupe plus des modalit&eacute;s du dire que du dit : &laquo; <i>Ce  qui faisait mal n&rsquo;&eacute;tait pas le sens, le signifi&eacute;. Mais la force de  l&rsquo;insulte &eacute;tait dans la distribution de ces mots r&ecirc;ches dans la phrase,  le choix de la masse sonore, les tournures et les variantes qu&rsquo;on  faisait entrer en jeu dans la diction<\/i> &raquo; (p. 112).<br \/>\nIl prend r&eacute;solument le parti de l&rsquo;opacit&eacute; et du d&eacute;tour : pour le lecteur  &laquo; allog&egrave;ne &raquo;, notes et glossaire ne sauraient rompre le charme des  italiques. D&rsquo;ailleurs, le grand-p&egrave;re n&rsquo;acheva jamais la traduction du  texte russe, ni en fran&ccedil;ais ni en duala. <\/p>\n<p>Et le texte <i>Sik&egrave;<\/i> se creuse des r&eacute;sonances homonymes ; la m&eacute;moire de la grand-m&egrave;re et le &laquo; <i>roulis  de mots b&egrave;gues, gais, mal roul&eacute;s, compliqu&eacute;s, rapides, lents,  arc-bout&eacute;s, suractiv&eacute;s, tendus, fourchus, battus, cadenc&eacute;s, retenus,  rel&acirc;ch&eacute;s, chaotiques<\/i> &hellip; &raquo; (p. 28) de la petite-fille, qui porte le  m&ecirc;me nom, se font &eacute;cho, selon le principe de la r&eacute;versibilit&eacute; des  g&eacute;n&eacute;rations, que le p&egrave;re se r&eacute;approprie par l&rsquo;interm&eacute;diaire de l&rsquo;oncle  paternel : &laquo; <i>Il fallait l&rsquo;oublier. Il me manque aujourd&rsquo;hui<\/i> &hellip; &raquo; (p. 109).<\/p>\n<p>Plac&eacute;s sous l&rsquo;&eacute;gide du po&egrave;te <i>fondamental<\/i>, les mots de <i>Sik&egrave;<\/i> r&eacute;sonnent de leur charge &eacute;motive.<\/p>\n<p align=\"right\"><a href=\"http:\/\/www.culturessud.com\/redacteur.php?id=10\" class=\"texte\">Yolaine Parisot<\/a><\/p>\n<p><font class=\"notes\"><br \/>\n<font class=\"petit\">1<\/font>  Auguste L&eacute;opold Mbond&eacute; est en effet l&rsquo;auteur d&rsquo;une th&egrave;se sur l&rsquo;&eacute;pop&eacute;e  de J&egrave;ki, publi&eacute;e, aux &eacute;ditions de L&rsquo;Harmattan, en 2005, sous le titre <i>Pouvoirs et conflit dans J&egrave;ki la Njamb&eacute;. Une &eacute;pop&eacute;e camerounaise<\/i>.<\/font><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sik\u00e8 est une petite fille m\u00e9tisse n\u00e9e en France de parents camerounais. Elle ne conna\u00eet rien de ses racines. 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