{"id":4271,"date":"2011-06-29T13:43:06","date_gmt":"2011-06-29T11:43:06","guid":{"rendered":""},"modified":"2011-06-29T13:43:06","modified_gmt":"2011-06-29T11:43:06","slug":"4271","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/4271\/","title":{"rendered":"Leonora Miano : Blues pour Elise"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>La France, telle que vous ne l&rsquo;avez jamais lue. &#8211; <\/p>\n<p>\nLa France est, quoi qu&rsquo;on en dise, un pays de litt&eacute;rature. Aussi, ce qui  n&rsquo;est pas repr&eacute;sent&eacute; dans les textes publi&eacute;s en France, est suppos&eacute; ne  pas exister dans cet espace. <strong><em>Blues pour Elise<\/em><\/strong>   vient montrer la face m&eacute;connue du pays, ses visages d&rsquo;ambre et d&rsquo;&eacute;b&egrave;ne.  Sous ses abords volontairement l&eacute;gers, ce texte que l&rsquo;auteur pr&eacute;sente  comme <em>un roman &agrave; structure explos&eacute;e<\/em>, est une pierre apport&eacute;e &agrave;  l&rsquo;&eacute;difice qu&rsquo;est l&rsquo;indispensable cr&eacute;ation d&rsquo;un vocabulaire nouveau,  permettant de dire la France de notre temps et les diff&eacute;rentes  populations qui la composent.<\/p>\n<p>Chacun le sait, L&eacute;onora Miano ch&eacute;rit sa multi appartenance, la libert&eacute;  de proposer des textes ayant pour d&eacute;cor les espaces auxquels elle est  attach&eacute;e. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle poursuit, avec ce nouvel opus, son travail  entam&eacute; sur la pr&eacute;sence noire en France. L&rsquo;auteur s&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; empar&eacute;e  de ce mat&eacute;riau dans <em>Afropean soul<\/em>, recueil de nouvelles destin&eacute; aux classes de coll&egrave;ge, et dans <em>Tels des astres &eacute;teints<\/em>, roman portant une r&eacute;flexion sur la race et sur la place de l&rsquo;Afrique dans la conscience de sa diaspora au sens large.<\/p>\n<p>&Agrave; travers un ensemble d&rsquo;histoires ayant Paris pour d&eacute;cor, se r&eacute;pondant  les unes aux autres, et pr&eacute;sentant des personnages unis par des liens  familiaux ou amicaux, L&eacute;onora Miano offre, dans ce roman &eacute;clat&eacute;, une  plong&eacute;e dans l&rsquo;intimit&eacute; de cette France urbaine et color&eacute;e dont on parle  parfois sans la voir v&eacute;ritablement, sans en rien en savoir.<\/p>\n<p>Les protagonistes de <strong><em>Blues pour Elise<\/em><\/strong> sont de  nationalit&eacute; fran&ccedil;aise. Ce ne sont pas des sans papiers. Ils ne grugent  pas les allocations familiales, ni ne vivent d&rsquo;activit&eacute;s illicites. Ils  font du V&eacute;lib, se marient, pendent la cr&eacute;maill&egrave;re, tombent amoureux,  travaillent, cherchent leur identit&eacute; sexuelle, vont chez le coiffeur, se  r&eacute;jouissent (ou pas) de l&rsquo;&eacute;lection de Barack Obama, d&eacute;couvrent des  secrets de famille, d&eacute;testent qu&rsquo;on leur demande s&rsquo;il leur est d&eacute;j&agrave;  arriv&eacute; de coucher avec des Blancs&#8230; Si leurs sp&eacute;cificit&eacute;s ethniques ne  sont pas dissimul&eacute;es, ils sont avant tout montr&eacute;s dans ce qu&rsquo;ils ont de  commun avec les autres : la qu&ecirc;te de l&rsquo;amour. Celui de soi, celui qui se  partage.<\/p>\n<p>Le sous-titre, <em>Figures afrop&eacute;ennes saison 1<\/em>, annonce qu&rsquo;une  suite est pr&eacute;vue. En effet, l&rsquo;auteur a fait le choix d&rsquo;&eacute;crire ce roman  de la France actuelle en plusieurs &eacute;tapes, avec la facilit&eacute; d&rsquo;acc&egrave;s  d&rsquo;une s&eacute;rie t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e, tout en conservant la complexit&eacute; subtile d&rsquo;une  oeuvre litt&eacute;raire. <strong><em>Blues pour Elise<\/em><\/strong> pr&eacute;sente,  en douceur les personnages de cette aventure au long cours, avant qu&rsquo;un  autre texte permette d&rsquo;entrer dans le vif du sujet.<\/p>\n<p><strong>La structure du texte<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est celle d&rsquo;un album de musique, chaque histoire en repr&eacute;sentant une  plage. Et comme sur les cd, il y a un titre bonus, un morceau myst&egrave;re &agrave;  d&eacute;couvrir dans le livre. Deux monologues &eacute;crits dans une langue orale,  totalement hybride, servent de respirations, comme les interludes qu&rsquo;on  trouve fr&eacute;quemment sur les disques de neo soul.<\/p>\n<p><strong>Les femmes du livre<\/strong><\/p>\n<p>Les <em>Bigger than life<\/em>.<br \/>\nCe sont Akasha, Shale, Mala&iuml;ka et Amahoro. Amies depuis le temps de  leurs &eacute;tudes universitaires, elles ont baptis&eacute; ainsi leur trio, afin de  ne jamais se laisser vaincre par l&rsquo;adversit&eacute;. Elles d&icirc;nent une fois par  mois au Waly Fa&yuml;, dans le 11&egrave;me arrondissement de Paris, aiment les  bijoux DiviN&eacute;a, les v&ecirc;tements So&amp;So, les bonnes bouteilles trouv&eacute;es  chez Christian de Montagu&egrave;re. Chacune a son temp&eacute;rament, sa sensibilit&eacute;,  ses tracas intimes.<\/p>\n<p><strong>Mala&iuml;ka<\/strong> est une jeune femme bien dans sa peau.  Gourmande, ronde, elle assume sa taille 46. Pour elle, le 38 est la  burqa de la femme occidentale. Et puis, elle est aim&eacute;e telle quelle.  C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;elle pensait jusque-l&agrave;. Mais voil&agrave;. La panique la  gagne au moment o&ugrave; Kwame, son compagnon, lui demande sa main. Peut-elle  l&rsquo;&eacute;pouser ? Cet immigr&eacute; subsaharien anglophone dont elle est &eacute;prise ne  la fr&eacute;quente-t-il pas uniquement pour am&eacute;liorer sa situation  administrative en France ?<\/p>\n<p><strong>Akasha<\/strong> est lasse de l&rsquo;image de force, de puissance, qui  colle aux femmes noirs et les isole souvent. Elle n&rsquo;en peut plus  d&rsquo;encha&icirc;ner les catastrophes amoureuses avec des hommes d&rsquo;ascendance  subsaharienne (proche ou plus lointaine), d&eacute;cide de changer son fusil  d&rsquo;&eacute;paule. Elle a aff&ucirc;t&eacute; son corps gr&acirc;ce au cardio training, pr&eacute;par&eacute; son  esprit en &eacute;coutant la musique sensuelle de Millie Jackson. Pourtant,  apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre pr&eacute;par&eacute;e &agrave; vivre une folle soir&eacute;e de speed dating, elle  finit par rester chez elle, broyant du noir, remettant en cause sa  f&eacute;minit&eacute;.<\/p>\n<p><strong>Amahoro<\/strong> se fait du mauvais sang. Michel, son amoureux,  la boude depuis trois semaines. Tout &ccedil;a, &agrave; cause d&rsquo;une petite g&acirc;terie  qu&rsquo;elle lui a offerte lors de leurs derniers &eacute;bats. Depuis, il la prend  pour une sorte de professionnelle du sexe. Lui reviendra-t-il ? Tout en  se posant la question, elle va travailler dans une boutique de v&ecirc;tements  du Sentier, d&rsquo;avance exc&eacute;d&eacute;e &agrave; l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;y retrouver Madeleine, son  employeuse, une femme que, pourtant, elle ne d&eacute;testait pas.<\/p>\n<p><strong>Shale<\/strong> a tout pour &ecirc;tre heureuse. S&ucirc;re d&rsquo;elle en  apparence, c&rsquo;est le genre de fille qui offre des boules de geisha &agrave; ses  copines, pour leur &eacute;viter de s&rsquo;encrasser. Elle se r&eacute;alise dans le  domaine qu&rsquo;elle a choisi, poss&egrave;de son appartement, file le parfait amour  avec Ga&eacute;tan, apr&egrave;s avoir collectionn&eacute; les liaisons avec des hommes  choisis pour leur aptitude &agrave; &ecirc;tre beaux et &agrave; se taire. Tout irait pour  le mieux dans le meilleur des mondes, si une vieille blessure ne lui  striait pas le coeur.<\/p>\n<p><strong>Estelle :<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est la soeur a&icirc;n&eacute;e de Shale, avec qui elle entretient une relation  compliqu&eacute;e. Elle vient de rencontrer Ernest, apparemment son &acirc;me soeur,  l&rsquo;homme que son coeur attendait. Pourtant, au moment de passer &agrave; l&rsquo;acte,  elle se crispe, se traite d&rsquo;idiote, mais n&rsquo;y arrive d&eacute;cid&eacute;ment pas.  Ernest saura-t-il briser la glace ?<\/p>\n<p><strong>&Eacute;lise :<\/strong><br \/>\nLa m&egrave;re d&rsquo;Estelle et de Shale est une sexag&eacute;naire magnifique, tr&egrave;s  soucieuse de son apparence, adepte du tissage Naomi. Veuve depuis  quelques ann&eacute;es, elle a fait la rencontre de Fr&eacute;d&eacute;ric, de quinze ans son  cadet. D&eacute;termin&eacute;e &agrave; vivre pleinement cette histoire d&rsquo;amour, elle  souhaite se lib&eacute;rer de ses entraves int&eacute;rieures. Il lui faudra donc dire  &agrave; Shale, la plus jeune de ses filles, quel lourd secret p&egrave;se sur sa  naissance.<\/p>\n<p><strong>Bijou :<\/strong><br \/>\nPersonnage secondaire, mais tr&egrave;s vivant, cette femme qu&rsquo;on rencontre  dans un salon de coiffure fr&eacute;quent&eacute; par d&rsquo;autres protagonistes,  repr&eacute;sente, avec son langage &eacute;pic&eacute;, le versant le plus strictement  subsaharien de cette France afro. C&rsquo;est dans un taxiphone, lieu de  passage par excellence des populations ayant des attaches lointaines,  qu&rsquo;elle nous fait savoir de quel bois elle se chauffe.<\/p>\n<p><a name=\"hommes\" title=\"hommes\"><\/a><strong>Les hommes du livre<\/strong><\/p>\n<p><strong>Michel :<\/strong><br \/>\nCompagnon d&rsquo;Amahoro. Il se pose des questions depuis que son amie s&rsquo;est  un peu l&acirc;ch&eacute;e la derni&egrave;re fois qu&rsquo;ils ont fait l&rsquo;amour. Au fond, la  conna&icirc;t-il vraiment ? Lui appartient-elle ? Peut-il envisager de  continuer &agrave; vivre &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s ? Dans le cas contraire, pourrait-il  tol&eacute;rer de l&rsquo;imaginer au bras &#8211; et surtout dans le lit &#8211; d&rsquo;un autre ?<\/p>\n<p><strong>Ga&eacute;tan :<\/strong><br \/>\nMeilleur ami de Michel, tr&egrave;s &eacute;pris de Shale qu&rsquo;il vient de rencontrer,  Ga&eacute;tan est blanc. Ayant pass&eacute; ses jeunes ann&eacute;es en Afrique  subsaharienne. Il se consid&egrave;re comme un immigr&eacute; en France, et ne se voit  pas y b&acirc;tir son futur. Seulement, Shale, elle, qui est noire et n&eacute;e de  parents subsahariens, ne l&rsquo;entend pas de cette oreille.<\/p>\n<p><strong>Bogus :<\/strong><br \/>\nCousin d&rsquo;Estelle et de Shale, ce jeune homme, qui s&rsquo;appelle en r&eacute;alit&eacute;  Baptiste, est un &ecirc;tre tourment&eacute;. Il y a trop longtemps que cela dure.  Que faire ? Continuer &agrave; d&eacute;poser des intentions de pri&egrave;re dans les  &eacute;glises de son quartier ?<\/p>\n<p><strong>Extraits de la bande son<\/strong><\/p>\n<p>Des paroles de chansons sont parfois ins&eacute;r&eacute;es dans la narration, et les  personnages &eacute;coutent beaucoup de musique. Toutes sont mentionn&eacute;es dans  le livre. Ici, sur le site, nous avons fait le choix de ne vous en  pr&eacute;senter que quelques-unes. <em>Blues pour Elise<\/em> para&icirc;t en octobre 2010. D&rsquo;ici l&agrave;, bonne &eacute;coute !<\/p>\n<p><strong>Le son de Mala&iuml;ka :<\/strong><br \/>\nHappy, par Sandra Nkak&eacute;<\/p>\n<p><strong>Le son d&rsquo;Estelle (choisi par Ernest) :<\/strong><br \/>\nContagious, par The Isley Brothers<\/p>\n<p><strong>Le son de Shale :<\/strong><br \/>\nJim, par Jean-Louis Murat<\/p>\n<p><strong>Le son de Bogus :<\/strong><br \/>\nPas &agrave; vendre, par Casey<\/p>\n<p><strong>Le son d&rsquo;Amahoro :<\/strong><br \/>\nPas cool, par Bams<\/p>\n<p>www.leonoramiano.com<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La France, telle que vous ne l&rsquo;avez jamais lue. &#8211; La France est, quoi qu&rsquo;on en dise, un pays de litt&eacute;rature. Aussi, ce qui n&rsquo;est pas repr&eacute;sent&eacute; dans les textes publi&eacute;s en France, est suppos&eacute; ne pas exister dans cet espace. 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