{"id":4664,"date":"2013-08-22T21:28:53","date_gmt":"2013-08-22T19:28:53","guid":{"rendered":""},"modified":"2013-08-22T21:28:53","modified_gmt":"2013-08-22T19:28:53","slug":"4664","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/4664\/","title":{"rendered":"Je suis camerounais, je suis mbenguiste"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>\n&#8230;Ma m\u00e8re m\u2019a toujours dit: mon fils il faut marcher pour voir les choses. Elle a raison. Je marchais derni\u00e8rement dans la poussi\u00e8re de mon quartier quand je suis tomb\u00e9 sur un revenant&#8230;. &#8211; <\/p>\n<p>Ma m&egrave;re m&rsquo;a toujours dit: mon fils il faut marcher pour voir les  choses. Elle a raison. Je marchais derni&egrave;rement dans la poussi&egrave;re de mon  quartier quand je suis tomb&eacute; sur un revenant.<\/p>\n<p>Le Grand Djezeur. Donc, je croise ce grand par une apr&egrave;s-midi  ensoleill&eacute;e. Une de ces apr&egrave;s-midi o&ugrave; le soleil manque de respect &agrave; tout  le monde, adultes comme enfants en tapant dur, &agrave; l&rsquo;oblique.<\/p>\n<p>Je crie. <em>Womooooo! Grand d&rsquo;o&ugrave; tu sors?<\/em> Il me r&eacute;pond: <em>Ngimbis laisse! Tu crois que Berlin l&agrave; c&rsquo;est &agrave; c&ocirc;t&eacute;? Je suis en vacances, je suis venu saluer le quartier<\/em>. J&rsquo;ai pens&eacute; <em>ok! le grand est devenu mbenguiste.<\/em><\/p>\n<p>Stop! Il vous faut une d&eacute;finition.<\/p>\n<p><strong>Mbenguiste<\/strong>: <em>nom donn&eacute; aux camerounais qui vivent  &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. En Europe de pr&eacute;f&eacute;rence. On ne sait pas tr&egrave;s bien ce que  le mbenguiste fait, il n&rsquo;en parle jamais. On sait seulement qu&rsquo;il est  tous les jours sur Facebook et qu&rsquo;il passe son temps &agrave; dire que Paul  Biya a foutu le Cameroun en l&rsquo;air. On s&rsquo;en fout tant qu&rsquo;il nous envoie  des mandats Western Union.<\/em><\/p>\n<p>Je ne sais pourquoi, mais le Grand semblait tr&egrave;s heureux de me voir.  En bon camerounais il me l&rsquo;a montr&eacute;: il m&rsquo;a emmen&eacute; dans un bar, notre  bar de quartier, vous savez, celui o&ugrave; il m&rsquo;arrive toujours des trucs  bizarres l&agrave;. Ce que je ne vous ai pas dit, c&rsquo;est que le mbenguiste avait  une suite: un tchinda, son chef de protocole, une petite frappe du  quartier que je connais, Domino. Il tra&icirc;nait aussi derri&egrave;re lui comme  une ch&egrave;vre, une ancienne belle nana, son fantasme inassouvi de pauvre,  qu&rsquo;il avait d&eacute;cid&eacute; de se faire maintenant qu&rsquo;il &eacute;tait quelqu&rsquo;un. il  semblait &ecirc;tre le seul &agrave; ignorer qu&rsquo;elle avait d&eacute;sormais deux enfants,  une poitrine tombante et &eacute;tait pass&eacute;e dans les lits de tous les mecs du  quartier. Ce n&rsquo;est pas Domino qui allait le lui dire, vu que c&rsquo;&eacute;tait sa  cousine. &nbsp;Bref, moi je me suis dit &laquo;&nbsp;ma part quoi sur &ccedil;a?&nbsp;&raquo; comprenez,  chacun s&rsquo;occupe de ses oignons, en l&rsquo;occurrence de ses Castel.<\/p>\n<p><strong>La Divine Com&eacute;die: L&rsquo;Enfer<\/strong><\/p>\n<p>Arriv&eacute;e au bar. On dirait le 20 mai. Le chef de protocole ouvre la  voie. Ecarte les gratteurs, gronde. Le mbenguiste salue les gens comme &agrave;  la parade, au milieu des chuchotis admiratifs: <em>c&rsquo;est le petit qui habitait derri&egrave;re l&agrave;? Maaama! c&rsquo;est la fra&icirc;cheur que tu veux voir? Il se lave avec l&rsquo;eau b&eacute;nite?<\/em> Le mbenguiste sourit d&rsquo;aise : revanche sur la vie.<\/p>\n<p>Bon, il faut dire que question attirail, mon vieil ami avait rev&ecirc;tu  un pantalon et un t-shirt moulant qui mettaient en valeur son ventre  arrondi, signe ext&eacute;rieure de richesse (ou preuve de son abonnement au  KFC du coin). Autre signe de richesse, le sac Louis Vuitton (je ne sais  si c&rsquo;&eacute;tait un faux, je sais pas &agrave; quoi ressemble le vrai) dont la  bandouli&egrave;re coupait sa bedaine en deux: le sac des euros; le sac des  mbenguistes.<\/p>\n<p>Bon ce n&rsquo;&eacute;tait que le g&eacute;n&eacute;rique de d&eacute;but hein? Le vrai film ne faisait que commencer.<\/p>\n<p><strong>La C&egrave;ne<\/strong><\/p>\n<p>Le mbenguiste n&rsquo;avait m&ecirc;me pas ouvert la bouche que le tchinda avait ramen&eacute; la serveuse. <em>Mama prends les go&ucirc;ts! <\/em>Nous sommes quatre. Pas pour longtemps. Vient l&rsquo;ancien ami des terrains de jeu, accolade, exclamations, <em>Domino une bi&egrave;re!<\/em> Et ainsi de suite.<\/p>\n<p>Quinze minutes apr&egrave;s notre arriv&eacute;e dans le bar, nous sommes d&eacute;sormais  une dizaine d&rsquo;&eacute;lus assis sur la table du Messie mbenguiste. Et &ccedil;a  continue. On est pass&eacute; en mode <em>charter<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Le passant<\/strong>: <em>Il y a quoi l&agrave; bas?<\/em><\/p>\n<p><strong>Le badaud-qui-sait-tout<\/strong>: <em>Djezeur est rentr&eacute; de Mbeng il est en train de donner le vin. La table est noire!<\/em><\/p>\n<p>Petit tour autour de la table, on fait semblant de reconna&icirc;tre, le gars. Accolade, exclamations:&nbsp;<em>Domino! Une bi&egrave;re!<\/em><\/p>\n<p>Heureusement qu&rsquo;il y a le pare-feu, l&rsquo;antivirus, Domino. Quand une t&ecirc;te ne revient pas au mbenguiste, il l&rsquo;exp&eacute;die chez Domino: <em>mon fr&egrave;re,<\/em>&nbsp;<em>c&rsquo;est Domino qui g&egrave;re la facture.<\/em><\/p>\n<p>Domino profite de ce pouvoir &eacute;ph&eacute;m&egrave;re pour r&eacute;gler des comptes. Les  chiches qui ne l&rsquo;invitent jamais &agrave; leur table, il les ignore. Les fr&egrave;res  qui interdisent &agrave; leurs s&oelig;urs de lui parler, il les chasse. Plus  royaliste que le Roi, il contr&ocirc;le les factures deux fois. Il exige qu&rsquo;on  nettoie les toilettes. Il trie les filles qui ont le droit de s&rsquo;asseoir  &agrave; la table, il se positionne.<\/p>\n<p>Du coup il y a une table dans le coin. Des gars qui boivent &laquo;&nbsp;leur&nbsp;&raquo;  bi&egrave;re. Les exclus du charter assis &agrave; la table des &laquo;&nbsp;jaloux&nbsp;&raquo; et des  &laquo;&nbsp;aigris&nbsp;&raquo;. Les gars qui remettent tous les mbenguistes question:&nbsp;<em>Lui c&rsquo;est qui? Il veut nous montrer quoi?<\/em><\/p>\n<p>Le mbenguiste caracole. Raconte des blagues qui n&rsquo;amusent personne,  mais tout le monde rit quand m&ecirc;me: l&rsquo;humour appartient &agrave; celui qui offre  la bi&egrave;re. Il parle de la vie en Europe. Il croit qu&rsquo;on n&rsquo;a pas la t&eacute;l&eacute;?  On fait semblant d&rsquo;&ecirc;tre attentifs, on boit. Il raconte ses escapades  avec les femmes blanches. On s&rsquo;en fout, mais on tire la langue comme des  chiens en chaleur et on boit. Il raconte sa vie d&rsquo;avant, comment il  mangeait le haricot sans huile, buvait la bouillie sans sucre, vendait  le bitacola pour vivre. On a envie de lui dire que Fotso Victor nous a  d&eacute;j&agrave; fait le coup, mais on fait semblant d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;mus et on boit.<\/p>\n<p>Dans tout &ccedil;a personne ne sait toujours ce qu&rsquo;il fait l&agrave; bas chez les  Blancs, mais on s&rsquo;en fout, on boit. Nous m&ecirc;me on ne fait rien ici chez  les Noirs et &ccedil;a fait quoi?<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;&egrave;re des Dragons<\/strong><\/p>\n<p>Mais les nouvelles vont vite. Arrivent les dragons.<\/p>\n<p><strong>Les Dragons<\/strong>: <em>ce sont les &laquo;&nbsp;Grands&nbsp;&raquo; du quartier.  Ils sont toujours grands depuis qu&rsquo;on les conna&icirc;t, m&ecirc;me si personne ne  sait en quoi. Ils connaissent tout le monde, m&ecirc;me Eto&rsquo;o. On ne leur  conna&icirc;t aucun m&eacute;tier sinon les jeux de hasard et boire la bi&egrave;re. Ils ont  des noms de guerre bizarres comme des personnages d&rsquo;Auguste Le Breton:  Caramel, Jojo du Poker, Bacho l&rsquo;Incontournable&hellip; Ils aiment les  mbenguistes et ceux-ci recherchent toujours leur compagnie.<\/em><\/p>\n<p>D&egrave;s leur arriv&eacute;e sur notre table, les Dragons marquent leur  territoire. Ils ne boivent que les Grandes Guinness ou les Heineken en  canettes, les bi&egrave;res ch&egrave;res, qui les valent. Ils appellent le Mbenguiste  &laquo;&nbsp;petit&nbsp;&raquo;, ce qui le rend encore plus fier. Ils racontent leurs vir&eacute;es  en bo&icirc;te &laquo;&nbsp;un jour o&ugrave; Eto&rsquo;o &eacute;tait en bo&icirc;te&nbsp;&raquo;. Leurs d&eacute;penses folles,  leurs mains au poker &eacute;lectronique&hellip; Ils demandent des nouvelles des  autres mbenguistes: <em>&laquo;&nbsp;JP de Londres, tu ne le connais pas? c&rsquo;est lui qui m&rsquo;avait donn&eacute; une montre en or 28 carats&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p>Le mbenguiste se sent petit devant ces grands qui n&rsquo;ont jamais  &laquo;&nbsp;voyag&eacute;&nbsp;&raquo; mais qui connaissent tous les magasins des Champs Elys&eacute;es par  coeur. Il se croit oblig&eacute; de riposter, il sort un t&eacute;l&eacute;phone large comme  l&rsquo;ardoise d&rsquo;un &eacute;colier de la SIL et se lance dans une discussion cri&eacute;e  en Allemand. &laquo;&nbsp;Ja! Ich bin in Kamerun mein Schatz&nbsp;&raquo;. J&rsquo;avale de travers.<\/p>\n<p>Tout le monde se tait. Parlez encore&hellip;<\/p>\n<p>Exit Domino. Ce n&rsquo;est plus son niveau. Exit les petits vampires. Les  dragons br&ucirc;lent tout. Il reste juste la ch&egrave;vre, l&rsquo;ex beaut&eacute;  surnaturelle, sujet des r&ecirc;ves &eacute;rotiques du mbenguiste qui lui tiendra  compagnie ce soir pour &eacute;pancher les &eacute;lans que la Guinness glac&eacute;e aura  suscit&eacute; en lui. Et il y a aussi &nbsp;moi, car les dragons me respectent,  j&rsquo;ai quand m&ecirc;me un statut d&rsquo;ancien &laquo;&nbsp;voyageur&nbsp;&raquo; &nbsp;hein?<\/p>\n<p>Mais le portefeuille du mbenguiste se met &agrave; chauffer: la flamme du  dragon br&ucirc;le tout. Et le Dragon boit, boit, mais a les yeux  d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment blancs. L&rsquo;ivresse semble une notion inconnue &agrave; ses yeux.<\/p>\n<p>Le mbenguiste panique. Il tra&icirc;ne quand il s&rsquo;agit de repasser les  commandes, il guette &agrave; gauche et &agrave; droite comme s&rsquo;il sentait un danger  venir.<\/p>\n<p>Puis il sort sa botte secr&egrave;te, sa man&oelig;uvre de d&eacute;gagement, le sort  d&rsquo;invisibilit&eacute;. Il me chuchote &agrave; l&rsquo;oreille &laquo;&nbsp;Gars! accompagne moi aux  toilettes&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Je sursaute. Euye! Le mariage pour tous hein?<\/p>\n<p>Les toilettes. Il sort une liasse. <em>Gars! Pardon! Voici la  facture, reste payer. Je pars. Massa! M&ecirc;me le milliard, les gars-ci  peuvent finir! Ils ne saoulent pas? C&rsquo;est la sorcellerie?<\/em><\/p>\n<p>Je ricane int&eacute;rieurement.<\/p>\n<p><em>Gars je n&rsquo;ai plus rien. je vais passer au distributeur et je t&rsquo;appelle plus tard pour te faroter hein?<\/em><\/p>\n<p>Je ricane. Est-ce que je t&rsquo;ai demand&eacute; quelque chose?<\/p>\n<p>Retour au bar, seul. Je paye discr&egrave;tement, au milieu de l&rsquo;inqui&eacute;tude  g&eacute;n&eacute;rale suscit&eacute;e par la disparition prolong&eacute;e du &laquo;&nbsp;robinet&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Les dragons s&rsquo;&eacute;nervent. Des questions fusent: <em>qui a ferm&eacute; la facture-ci? c&rsquo;est son argent?<\/em><\/p>\n<p>Je ris doucement et porte ma Castel&nbsp;<em>non glac&eacute;e<\/em> &agrave; mes l&egrave;vres. Yaound&eacute; est doux, m&ecirc;me quand il fait froid.<\/p>\n<p>G&eacute;n&eacute;rique de fin. &nbsp;Playlist: Alexandre Douala Douleur- <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ivWbAsRnTa0\" title=\"La chanson\">Peux Maintenant&nbsp;<\/a><\/p>\n<p><em>C&rsquo;est toi qui a dit que tu peux ooooo! Peux peux oooo Voil&agrave; moi ooo Peux maintenant oooo!<\/em><\/p>\n<p>Les &eacute;critures montent&hellip;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">FIN<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\n<span class=\"author\"><a rel=\"author\" title=\"Articles par Florian Ngimbis\" href=\"http:\/\/kongossa.mondoblog.org\/author\/florian\/\">Florian Ngimbis<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/kongossa.mondoblog.org\" target=\"_blank\"><strong>http:\/\/kongossa.mondoblog.org<\/strong><\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230;Ma m\u00e8re m\u2019a toujours dit: mon fils il faut marcher pour voir les choses. Elle a raison. Je marchais derni\u00e8rement dans la poussi\u00e8re de mon quartier quand je suis tomb\u00e9 sur un revenant&#8230;. &#8211; Ma m&egrave;re m&rsquo;a toujours dit: mon fils il faut marcher pour voir les choses. Elle a raison. 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