{"id":4670,"date":"2013-09-05T20:49:27","date_gmt":"2013-09-05T18:49:27","guid":{"rendered":""},"modified":"2013-09-05T20:49:27","modified_gmt":"2013-09-05T18:49:27","slug":"4670","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/4670\/","title":{"rendered":"Tradition et Modernit\u00e9: Rites de Veuvage chez les Duala"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>\nLes traditions animistes ancestrales continuent de courir. Mais, comme toute chose mal conserv\u00e9e, elles perdent progressivement de leur authenticit\u00e9 et sont, quelques fois, travesties par une application approximative et m\u00eame souvent odieuse. &#8211; <\/p>\n<p><span data-ft=\"{&quot;type&quot;:3}\" class=\"messageBody\"><span class=\"userContent\"><\/p>\n<p>La c&eacute;l&eacute;bration de la  mort comme celle de la naissance ob&eacute;issent &agrave; une symbolique sociale bien  pr&eacute;cise. La peur de la mort impose qu&rsquo;il faille absolument la  repousser, l&rsquo;&eacute;loigner &agrave; travers des rites. Il en va de m&ecirc;me pour le  veuvage. Th&eacute;oriquement, les rites du veuvage chez les Douala pourraient  se r&eacute;sumer en quatre grands moments: les lamentations, la purification  et l&rsquo;obole des femmes, la neuvaine et le port du deuil proprement dit.  La mort du mari est une &eacute;preuve particuli&egrave;rement &eacute;prouvante. Au-del&agrave; du  trouble &eacute;motionnel de la perte d&rsquo;un &ecirc;tre cher, la veuve doit se  conformer &agrave; un certain nombre d&rsquo;exigences qui, avec l&rsquo;emprise du  modernisme, ont pris des connotations regrettables, du moment o&ugrave; leur  valeur originelle s&rsquo;effrite, lorsqu&rsquo;elle n&rsquo;est pas simplement m&eacute;connue.  C&rsquo;est ainsi que, d&egrave;s la disparition du mari, l&rsquo;organisation des  fun&eacute;railles devient la plateforme de toutes sortes de r&egrave;glement de  comptes parfois injustifi&eacute;s, mais sous le couvert de la tradition.  Toujours est-il que commence, pour la veuve, une semaine intr&eacute;pide o&ugrave; il  faut faire face &agrave; une s&eacute;rie d&rsquo;obligations. Obligations financi&egrave;res pour  l&rsquo;ordonnancement des c&eacute;r&eacute;monies fun&eacute;raires, la d&eacute;coration du  fun&eacute;rarium, l&rsquo;achat des cercueil et v&ecirc;tements du d&eacute;c&eacute;d&eacute;, la location des  b&acirc;ches et des chaises, ainsi que l&rsquo;achat de la boisson et la  pr&eacute;paration des repas &agrave; servir aux personnes qui se sont install&eacute;es au  domicile, etc. L&rsquo;essentiel des rites commence la veille de  l&rsquo;enterrement. La veill&eacute;e comporte un programme de pri&egrave;res et de  recueillement chr&eacute;tien, commun &agrave; tous. Au petit matin, les s&oelig;urs et les  femmes du patelin du d&eacute;funt s&rsquo;installent dans un coin de la cour, et  forment un cercle &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur duquel la veuve viendra danser et  pleurer son &eacute;poux. Sonorit&eacute;s et chants particuliers composent l&rsquo;&quot;Essewe&quot;  qui, en d&rsquo;autres circonstances, suscite beaucoup de joie et un certain  plaisir des yeux et d&rsquo;&eacute;coute. <\/p>\n<p>C&rsquo;est en r&eacute;alit&eacute; un exutoire qui  devrait permettre &agrave; la veuve de crier sa peine, d&rsquo;ext&eacute;rioriser sa  douleur, sous forme de chants dont elle dit les paroles. Le tout  accompagn&eacute; des maracas, de cymbales et de tambours. Le reste de la  c&eacute;r&eacute;monie se d&eacute;roule presque tranquillement, conform&eacute;ment au programme  annonc&eacute;, jusqu&rsquo;&agrave; la mise en terre. Juste apr&egrave;s, la veuve est d&eacute;sormais  confi&eacute;e &agrave; ses belles- s&oelig;urs, presque &agrave; leur merci. Elle n&rsquo;a plus le  droit de sortir, sauf dans des cas exceptionnels. Ce sera le cas le  troisi&egrave;me jour apr&egrave;s l&rsquo;enterrement : elle se rendra sur la tombe de son  &eacute;poux pour y d&eacute;poser des fleurs. A son retour et, pr&eacute;cis&eacute;ment, dans  l&rsquo;apr&egrave;s-midi (aux environs de 16h), on lui coupera les cheveux. Sa  chambre et son lit seront entour&eacute;s de tiges de &quot;l&rsquo;arbre de la paix&quot;.  Sous son matelas, on posera des feuilles de bananier s&eacute;ch&eacute;es. Tout ceci,  pour la prot&eacute;ger des esprits chagrins, porteurs de mal&eacute;dictions,  dit-on. C&rsquo;est &eacute;galement le lieu du r&egrave;glement de l&rsquo;obole des  belles-s&oelig;urs. Cette exigence est p&eacute;remptoire et, selon certaines femmes,  elle sert &agrave; d&eacute;dommager les belles s&oelig;urs qui ont tout perdu, &agrave; savoir,  leur fr&egrave;re, et ses biens qui, pour la plupart, appartenaient &agrave; leur  p&egrave;re: la tradition commande en effet que ces biens reviennent &agrave; la veuve  et aux enfants du d&eacute;funt. Il est aussi question de d&eacute;terminer le repas  que la veuve doit pr&eacute;parer, en pr&eacute;lude &agrave; la neuvaine. Cette agape doit  comporter trois mets diff&eacute;rents, dont n&eacute;cessairement le Ngondo et les  Miondos (mets de pistaches et lamelles de b&acirc;tons de manioc) : ce mets  est en effet au centre du c&eacute;r&eacute;monial de l&rsquo;eau. Aux aurores du neuvi&egrave;me  jour apr&egrave;s l&rsquo;enterrement, la veuve est conduite &agrave; la rivi&egrave;re pour la  pratique du rite de la purification. <\/p>\n<p>Epreuve du feu <\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit, en r&eacute;alit&eacute;, de chasser toute entreprise funeste en invoquant  le mort, pour qu&rsquo;il interc&egrave;de aupr&egrave;s des anc&ecirc;tres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;inviter  l&rsquo;eau de la rivi&egrave;re &agrave; emporter avec elle toutes les mal&eacute;dictions, de  telle sorte que la mort ne frappe plus cette famille. On offrira donc &agrave;  l&rsquo;eau qui coule ce mets de pistaches, ainsi que les lamelles de b&acirc;tons  de manioc, accompagn&eacute;s de bi&egrave;re. C&rsquo;est une &eacute;preuve difficile, au cours  de laquelle la veuve n&rsquo;a plus aucune intimit&eacute;. Elle est entour&eacute;e d&rsquo;une  pl&eacute;thore de femmes, surtout de sa belle famille, certaines  compatissantes, d&rsquo;autres malicieuses. Elles profitent g&eacute;n&eacute;ralement de  cette circonstance pour dire toutes sortes d&rsquo;obsc&eacute;nit&eacute;s et humilier la  veuve. C&rsquo;est dans ces conditions que la veuve sera ceinte d&rsquo;une corde  comportant neuf n&oelig;uds, en signe de chastet&eacute;, tout au moins pendant la  p&eacute;riode du port de deuil. Ce cordon nou&eacute; ne sera d&eacute;fait que si un autre  pr&eacute;tendant se manifeste de mani&egrave;re d&eacute;cisive. Il devra donc, &agrave; ce qu&rsquo;on  dit, reverser une importante somme d&rsquo;argent &agrave; la veuve, avant de couper  le cordon et de b&eacute;n&eacute;ficier des faveurs de l&rsquo;&eacute;plor&eacute;e. A la sortie de  l&rsquo;eau, la veuve arbore donc sa tenue bleue, sous laquelle on trouve des  sous-v&ecirc;tements de m&ecirc;me couleur. Dans certaines familles, une procession  est organis&eacute;e avec la pratique de l&rsquo;Essewe. Pendant son ex&eacute;cution, on  rappelle &agrave; la veuve son nouveau statut, en m&ecirc;me temps qu&rsquo;on lui assigne  un nouveau nom : Moukoussa (veuve). D&egrave;s que le cort&egrave;ge retour se met en  branle, des femmes changent le d&eacute;cor de la chambre dans le domicile de  la veuve, dans laquelle elles installent des rideaux et draps bleus de  m&ecirc;me que les autres plantes. Tous ces objets seront calcin&eacute;s, et ordre  sera donn&eacute; &agrave; la veuve de traverser neuf fois les flammes du feu ainsi  allum&eacute;. A la derni&egrave;re enjamb&eacute;e, elle se dirigera directement dans sa  chambre sans se retourner, au risque de se faire rattraper par les  mauvais esprits. D&egrave;s qu&rsquo;elle acc&egrave;de &agrave; sa chambre, sa belle-s&oelig;ur (la  gardienne de la veuve) va la faire asseoir neuf fois sur son lit. Ce  dernier rite se d&eacute;roule entre 4 h30 du matin et 7h. A 7h justement,  toute la famille se retrouve au cimeti&egrave;re. La doyenne des gardiennes de  la veuve lui lavera son visage, ses mains, ses pieds en professant des  intentions positives pour l&rsquo;avenir, surtout pour la prog&eacute;niture du  d&eacute;funt, en invoquant tous les pr&eacute;c&eacute;dents morts de la famille. La veuve  et ses enfants seront convi&eacute;s &agrave; traverser trois fois les pieds de la  tombe. A son retour du cimeti&egrave;re, la veuve sera automatiquement ramen&eacute;e  dans sa chambre et elle n&rsquo;aura plus droit de sortir de sa concession,  pendant trois mois. <\/p>\n<p>Mich&egrave;le Esso<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les traditions animistes ancestrales continuent de courir. 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