{"id":4843,"date":"2016-05-26T12:10:08","date_gmt":"2016-05-26T12:10:08","guid":{"rendered":""},"modified":"2024-09-16T11:08:11","modified_gmt":"2024-09-16T11:08:11","slug":"4843","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/4843\/","title":{"rendered":"Anne-Marie Nzi\u00e9, \u00ab la voix d\u2019or du Cameroun\u00bb s\u2019est \u00e9teinte"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Depuis deux semaines, tous les regards \u00e9taient tourn\u00e9s vers l\u2019h\u00f4pital central de Yaound\u00e9, dans la capitale du Cameroun, o\u00f9, la \u00ab Maman \u00bb de la musique camerounaise \u00e9tait hospitalis\u00e9e dans le service de r\u00e9animation. &#8211; <\/p>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Le ministre de la culture &eacute;tait venu en personne &agrave; son chevet pour s&rsquo;enqu&eacute;rir de son &eacute;tat de sant&eacute;. Au lendemain de son hospitalisation, la nouvelle de sa mort avait embras&eacute; les r&eacute;seaux sociaux, radios et sites d&rsquo;informations au Cameroun. Ce n&rsquo;&eacute;tait alors qu&rsquo;une rumeur, comme celle qui l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; &laquo; tu&eacute;e &raquo; en 2013.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Mais, dans la nuit du mardi 24 mai, la mort a finalement eu raison d&rsquo;Anne-Marie Nzi&eacute;. &laquo; Elle est d&eacute;c&eacute;d&eacute;e &agrave; 22 h 56. Elle est vraiment morte cette fois-ci, assure avec peine Jean Zang, son neveu. Elle laisse un tr&egrave;s grand vide dans mon c&oelig;ur. C&rsquo;&eacute;tait ma maman. &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Surnomm&eacute;e &laquo; la voix d&rsquo;or du Cameroun &raquo;, Anne-Marie Nzi&eacute;, 84 ans, &eacute;tait consid&eacute;r&eacute;e par de nombreux m&eacute;lomanes comme la &laquo; l&eacute;gende &raquo;, l&rsquo;&laquo; ic&ocirc;ne &raquo; et surtout, la &laquo; Maman &raquo; de la musique.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&laquo; J&rsquo;avais 10 ans quand je l&rsquo;&eacute;coutais chanter. Elle chantait tellement bien qu&rsquo;elle m&rsquo;a donn&eacute; envie de devenir musicienne, t&eacute;moigne en pleurs Marthe Zambo, l&rsquo;une des ic&ocirc;nes de la musique camerounaise, totalisant plus de quarante ann&eacute;es de carri&egrave;re musicale. Lorsque j&rsquo;ai grandi, j&rsquo;ai fait des concerts &agrave; ses cot&eacute;s en France, en Italie, en Angleterre. C&rsquo;&eacute;tait notre maman, l&rsquo;idole. Nous n&rsquo;avons malheureusement pas eu le temps de travailler ensemble sur un album ou une chanson. &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>L&rsquo;Olympia et la &laquo; Libert&eacute; &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Victime d&rsquo;un accident vasculaire c&eacute;r&eacute;bral il y a quelques mois, Anne-Marie Nzi&eacute; n&rsquo;avait plus la force de s&rsquo;adonner &agrave; ce qui constituait depuis plus de soixante ans son &laquo; grand amour &raquo; : la musique. D&egrave;s l&rsquo;enfance d&rsquo;ailleurs, la petite fille n&eacute;e en 1932 &agrave; Lolodorf, un village situ&eacute; dans la r&eacute;gion du sud du Cameroun, chante dans la chorale de son &eacute;glise.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Alors qu&rsquo;elle est &acirc;g&eacute;e d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es, elle fait une chute d&rsquo;un arbre qui la paralyse durant une partie de son adolescence. Clou&eacute;e sur un lit d&rsquo;h&ocirc;pital, elle fait la promesse de chanter jusqu&rsquo;&agrave; sa mort si elle gu&eacute;rit. Encourag&eacute;e par son grand fr&egrave;re guitariste, Anne-Marie Nzi&eacute; apprend &agrave; jouer et compose ses premi&egrave;res chansons.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Elle se lance dans une carri&egrave;re professionnelle en 1954 et se marie avec un musicien. Elle enregistre plus tard son premier disque, &laquo; Mabanze &raquo;, un 45-tours. Sa voix m&eacute;lancolique, qui puise sa source dans la for&ecirc;t &eacute;quatoriale, s&eacute;duit le monde entier. Anne-Marie Nzi&eacute; encha&icirc;ne les tourn&eacute;es.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Ses chansons sont un m&eacute;lange de jazz, de rumba et de bikutsi, un rythme populaire au Cameroun. En 1958, sa collaboration avec l&rsquo;auteur-compositeur et pianiste fran&ccedil;ais Gilbert B&eacute;caud la conduit tout droit aux portes de L&rsquo;Olympia. C&rsquo;est la cons&eacute;cration. Cependant, malgr&eacute; cette gloire, la &laquo; Diva &raquo; tombe dans l&rsquo;oubli durant pr&egrave;s d&rsquo;une d&eacute;cennie.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>En 1984, sa chanson &laquo; Libert&eacute; &raquo;, v&eacute;ritable hymne &agrave; la libert&eacute; des Noirs, relance sa carri&egrave;re. Elle est reprise en boucle dans les bo&icirc;tes de nuit, bars et autres lieux de rassemblement. Les hommes politiques de l&rsquo;opposition l&rsquo;entonnent durant leurs meetings. &laquo; A l&rsquo;&eacute;poque, Anne-Marie n&rsquo;&eacute;tait pas contente que les opposants utilisent ainsi sa chanson. Paul Biya venait d&rsquo;arriver au pouvoir [en 1982], se souvient Pierre, un retrait&eacute;, fan de l&rsquo;artiste. Elle ne pouvait rien car, elle avait chant&eacute; la libert&eacute;, comme seuls les grands esprits savent le faire. &raquo; Son succ&egrave;s inspire. Le journaliste David Ndachi Tagne lui consacre en 1990 une biographie, Anne-Marie Nzi&eacute;, secrets d&rsquo;or.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&laquo; La Cesaria Evora camerounaise &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Elle retombe dans l&rsquo;oubli. Pour vivre, elle &eacute;cume les petits concerts. En 2001, &laquo; la voix d&rsquo;or du Cameroun &raquo; est fait chevalier de la L&eacute;gion d&rsquo;honneur par le gouvernement fran&ccedil;ais. Une reconnaissance qui n&rsquo;all&egrave;ge pas pour autant ses souffrances : comme ses nombreux confr&egrave;res, la piraterie qui touche le secteur musical gr&egrave;ve ses revenus, ses disques ne se vendent plus. Ses cris de d&eacute;tresse finissent par remonter jusqu&rsquo;au pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. Pour lui rendre hommage, les autorit&eacute;s camerounaises organisent en 2008 ses soixante ann&eacute;es de carri&egrave;re musicale. Deux maisons lui sont construites : l&rsquo;une &agrave; Yaound&eacute; et l&rsquo;autre dans son village. Une voiture, portant une plaque d&rsquo;immatriculation marqu&eacute;e &laquo; La voix d&rsquo;or du Cameroun &raquo; lui est offerte.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>D&egrave;s lors, Anne-Marie Nzi&eacute; ne manque plus une occasion de remercier son &laquo; fils Paul Biya &raquo;. Affaiblie par la maladie, ses sorties se font de plus en plus rares. Mathias Mouende Ngamo, journaliste culturel, se souvient d&rsquo;une de ses derni&egrave;res apparitions publiques en 2013, lors des Balafon Music Awards, c&eacute;r&eacute;monie de r&eacute;compense des artistes au Cameroun, o&ugrave; elle a re&ccedil;u le Balafon d&rsquo;honneur. &laquo; Elle a entonn&eacute; sa c&eacute;l&egrave;bre chanson &ldquo;Libert&eacute;&rdquo;, reprise en ch&oelig;ur par le public qui lui a offert un standing ovation, relate-t-il le sourire aux l&egrave;vres. M&ecirc;me avec le poids de l&rsquo;&acirc;ge, elle n&rsquo;a jamais song&eacute; &agrave; arr&ecirc;ter la musique. C&rsquo;&eacute;tait sa raison de vivre. Anne-Marie Nzi&eacute; &eacute;tait notre Cesaria Evora camerounaise et elle a montr&eacute; le chemin &agrave; plusieurs artistes. &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&laquo; Tu as pay&eacute; le prix afin que nous, jeunesse f&eacute;minine d&rsquo;Afrique, ayons le droit de vivre notre passion. J&rsquo;imagine le nombre de coups que tu as d&ucirc; prendre. Mais aujourd&rsquo;hui, nous chantons en toute libert&eacute;. Et toi, tu es libre, libre de te reposer parce que tu as men&eacute; le bon combat &raquo;, &eacute;crit sur sa page Facebook Kareyce Fotso, jeune artiste musicienne, finaliste du prix D&eacute;couverte de RFI en 2009.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Dans sa maison, &agrave; la Cit&eacute; verte &agrave; Yaound&eacute;, Marlyse Bissa Binga, sa petite s&oelig;ur, l&rsquo;unique danseuse solitaire qui l&rsquo;accompagnait sur sc&egrave;ne ces derni&egrave;res ann&eacute;es, est inconsolable. Elle a perdu son &laquo; &eacute;toile &raquo;, son &laquo; amie &raquo;, sa &laquo; confidente &raquo;. &laquo; Anne-Marie Nzi&eacute; aimait trop la musique, confie-t-elle. Elle est morte dans la chanson. Elle m&rsquo;a donn&eacute; l&rsquo;amour de la musique. &raquo;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Josiane Kouagheu<\/div>\n<div>contributrice Le Monde Afrique, Douala<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>En savoir plus sur http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2016\/05\/26\/anne-marie-nzie-la-voix-d-or-du-cameroun-s-est-eteinte_4926688_3212.html#LuAXPzq5498kjz97.99<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis deux semaines, tous les regards \u00e9taient tourn\u00e9s vers l\u2019h\u00f4pital central de Yaound\u00e9, dans la capitale du Cameroun, o\u00f9, la \u00ab Maman \u00bb de la musique camerounaise \u00e9tait hospitalis\u00e9e dans le service de r\u00e9animation. &#8211; &nbsp; &nbsp; Le ministre de la culture &eacute;tait venu en personne &agrave; son chevet pour s&rsquo;enqu&eacute;rir de son &eacute;tat de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1,1051,1057],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-4843","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives","category-musique","category-necrologie"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4843","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4843"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4843\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28854,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4843\/revisions\/28854"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4843"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4843"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4843"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=4843"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}