{"id":5046,"date":"2006-10-28T00:03:53","date_gmt":"2006-10-27T22:03:53","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"277","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/277\/","title":{"rendered":"INTERVIEW RICHARD BONA"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\">Les bons souvenirs du Cameroun me manquent <\/span><span class=\"Style3\"><\/p>\n<p><strong>Bienvenue &agrave; Vienne Richard. Pourquoi Vienne ?<\/strong><br \/>Parce qu&rsquo;on est invit\u00e9 et on est en tourn\u00e9e europ\u00e9enne. Je ne vois pas une tourn\u00e9e europ\u00e9enne se d\u00e9rouler sans passer par Vienne.<\/p>\n<p><strong>Vienne, Birdland Joe Zawinul ?<\/strong><br \/>Zawinul, c&rsquo;est un de mes mentors en musique moderne, pour avoir jou\u00e9 avec lui pendant quelques ann\u00e9es et surtout pour &ecirc;tre un de mes tr&egrave;s bons amis.<\/p>\n<p><strong>Richard Bona professeur de Musique &agrave; New York ?<\/strong><br \/>Oui, j&rsquo;enseigne &agrave; la NYU depuis 2005. Je suis actuellement &agrave; ma deuxi&egrave;me saison.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;enseignez-vous exactement ?<\/strong><br \/>L&rsquo;harmonie et l&rsquo;improvisation<\/p>\n<p><strong>Facile ou difficile pour les \u00e9tudiants ?<\/strong><br \/>Tout est difficile (rires). C&rsquo;est comme tout quoi. Pour eux comme pour moi, c&rsquo;est difficile. Pour moi aussi c&rsquo;\u00e9tait difficile car je n&rsquo;ai pas de formation p\u00e9dagogique quant &agrave; l&rsquo;enseignement musical. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 toujours un joueur de musique. Cela fait trois ans que Dave Schr&ouml;der qui est le directeur des Music Studies me taquinait, il faut que tu enseignes, il faut que tu rentres dans l&rsquo;acad\u00e9mie. Finalement je me suis dit, bon je vais faire un essai d&rsquo;un an. Maintenant, j&rsquo;ai pris go&ucirc;t&#8230;<\/p>\n<p>Go&ucirc;t d&rsquo;&ecirc;tre enseignant&#8230;<br \/>Parce que tu te rends compte en fait que de l&rsquo;enthousiasme des jeunes. J&rsquo;ai commenc\u00e9 avec une petite classe, et cette ann\u00e9e, ils ont d&ucirc; refuser beaucoup d&rsquo;\u00e9tudiants qui voulaient &ecirc;tre dans ma classe. Tu te rends compte qu&rsquo;il y a beaucoup de jeunes qui ont pass\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e acad\u00e9mique avec toi. Tu as comme une envie de partager le peu de choses que tu sais faire. Hopefully, si &ccedil;a peut les aider tant mieux.<\/p>\n<p><strong>Le Bona p\u00e9dagogue est-il diff\u00e9rent de Bona musicien ?<\/strong><br \/>Non, pas vraiment. On pratique \u00e9norm\u00e9ment. On joue beaucoup. Sur sc&egrave;ne, on essaie de donner ce qu&rsquo;on a. Au public int\u00e9ress\u00e9 d&rsquo;analyser et d&rsquo;en tirer les le&ccedil;ons ou pas.<\/p>\n<p><strong>Le Bona enseignant est-il s\u00e9v&egrave;re ?<\/strong><br \/>Non. L&rsquo;enseignement n&rsquo;est pas chose ais\u00e9e. J&rsquo;ai d&ucirc; prendre moi-m&ecirc;me du temps, car j&rsquo;\u00e9tais tr&egrave;s impatient au d\u00e9but. J&rsquo;ai un ami &agrave; moi qui enseigne dans la m&ecirc;me facult\u00e9. Il est arrangeur. Je l&rsquo;ai observ\u00e9 pendant deux mois avant de commencer mes cours. Je dois te dire que je suis devenu patient. Et c&rsquo;est la premi&egrave;re des choses dans l&rsquo;enseignement. C&rsquo;est une chance aussi d&rsquo;avoir la NYU te donner l&rsquo;opportunit\u00e9 de donner de ton savoir. En r\u00e9alit\u00e9, tu te red\u00e9couvres. Je me rends compte que je dois maintenant r\u00e9fl\u00e9chir sur les choses que j&rsquo;ai l&rsquo;habitude de jouer sans y penser. Du coup, pour l&rsquo;expliquer, il faut que je prenne moi-m&ecirc;me un stylo pour essayer de comprendre les cheminements de ma pens\u00e9e : pourquoi je passe par l&agrave; et par ici ? J&rsquo;essaie de mettre en th\u00e9orie ce que je pratique tous les jours. Les choses que je ressentais doivent &ecirc;tre th\u00e9oris\u00e9es. Jamais &agrave; aucun moment, j&rsquo;ai pens\u00e9 &agrave; me l&rsquo;expliquer &agrave; moi-m&ecirc;me. En m&ecirc;me temps, je suis moi-m&ecirc;me aussi en train de m&rsquo;apprendre. C&rsquo;est plut&ocirc;t une chance pour moi.<\/p>\n<p><strong>A quand un livre avec des partitions de Richard Bona ?<\/strong><br \/>Je ne sais pas. Je n&rsquo;aime pas trop planifier les choses. Just let it happen. Ben! Pourquoi pas. Un jour oui.<\/p>\n<p>Tr&egrave;s peu d&rsquo;artistes africains ont leurs partitions publi\u00e9es.<br \/>Je sais, mais on ne peut pas tout faire. On est d\u00e9j&agrave; sur sc&egrave;ne 24h sur 24, le voyage et les albums tous les deux ans. On ne peut pas &ecirc;tre sur tous les fronts en m&ecirc;me temps.<\/p>\n<p><strong>Votre maison de disque (Universal Music) vient de mettre une seconde version de votre dernier Album Tiki paru l&rsquo;ann\u00e9e derni&egrave;re sur le march\u00e9. Avec une pi&egrave;ce musicale de John Legend. Pourquoi cette r\u00e9\u00e9dition ?<\/strong><br \/>C&rsquo;est une politique de la maison de disques. C&rsquo;est pas moi qui d\u00e9cide. C&rsquo;\u00e9tait pour la coupe du Monde 2006. C&rsquo;est Puma qui me contacte pour une musique de pub pour la coupe du monde en Allemagne. J&rsquo;invite John Legend dessus car la maison de disques me demandait d&rsquo;avoir un musicien de style R&amp;B. Je connais John et je l&rsquo;ai invit\u00e9 dessus. Pour la Coupe du monde 2006, &ccedil;a na pas fonctionn\u00e9 comme on souhaitait ; et la maison de disque a fait une autre injection de Tiki avec comme bonus track, ce morceau de John Legend. Au d\u00e9but, c&rsquo;\u00e9tait un truc publicitaire pour Puma.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Afrique a plusieurs d\u00e9fis &agrave; relever. L&rsquo;un des plus importants est sa jeunesse. A quoi pensez-vous lorsque vous regardez les images de jeunes africains empruntant des pirogues pour s&rsquo;\u00e9vader du continent et rejoindre l&rsquo;Europe ?<\/strong><br \/>Il ne faut pas les bl&acirc;mer. On nous chasse de chez nous &#8230;<\/p>\n<p><strong>On nous chasse ?<\/strong><br \/>Les gouvernements en place. On ne leur donne pas les moyens non plus. On ne nous donne plus envie de rester chez nous. J&rsquo;ai m&ecirc;me l&rsquo;impression que c&rsquo;est une politique de d\u00e9stabilisation. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que nos gouvernants veulent chasser la jeunesse afin d&rsquo;avoir le champ libre pour faire ce qu&rsquo;on veut faire. Qu&rsquo;est ce qui va nous guider dans ce pays ? C&rsquo;est cette jeunesse. Si on la chasse, on est en voie de disparition. Il y a deux choses essentielles l&rsquo;\u00e9ducation et la sant\u00e9. C&rsquo;est la base. Il faut \u00e9duquer et il faut soigner les populations. Si on ne le fait pas, on est appel\u00e9 &agrave; mourir intellectuellement et physiquement. Voil&agrave; deux points sur lesquels on n&rsquo;y pense m&ecirc;me plus en Afrique. Il y a beaucoup de choses &agrave; faire. Mais, il faut mettre aussi la main &agrave; la p&acirc;te. J&rsquo;essaie de faire quelque chose &agrave; mon niveau. Je vais au Mozambique pour des concerts contre le Sida. Je ne vais pas sauver le Mozambique. Je ne me pose plus la question sur ce que les gouvernements font, mais plut&ocirc;t qu&rsquo;est-ce que tu fais toi ? &Ccedil;a c&rsquo;est ma premi&egrave;re question. Je n&rsquo;attends plus. m&ecirc;me si c&rsquo;est 0,02 %, I am going to do it. Je vais le faire pour que ma conscience soit tranquille. Je le fais pareil &agrave; New York dans les \u00e9coles publiques. J&rsquo;y donne des concerts gratuits pour leur construire un petit playground o&ugrave; les enfants peuvent jouer. &Ccedil;a ne co&ucirc;te rien. Tu vois que dans un pays comme les USA, le plus riche au monde, dans certaines \u00e9coles publiques, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ampoules dans les couloirs (Hallway), la machine de fax ne marche pas parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas assez d&rsquo;encre, mais on investit des milliards pour l&rsquo;Irak. A nous aussi de faire quelque chose ? Quand j&rsquo;ai du temps, je peux le faire. C&rsquo;est le travail de communaut\u00e9. C&rsquo;est comme ce travail &agrave; l&rsquo;Universit\u00e9 de New York. Si les gens ont besoin de toi&hellip; pourquoi ne pas leur donner de ton temps ?<\/p>\n<p><strong>Richard Bona a-t-il du temps ?<\/strong><br \/>Si&hellip; si on le veut oui. Ici &agrave; Vienne, je vais enseigner un \u00e9tudiant autrichien ici &agrave; 15h. Il s&rsquo;est battu, il voulait une le&ccedil;on et mon planning me le permet. Il vient &agrave; 15h. Nous travaillons une heure. Je vais dormir, ensuite c&rsquo;est le d\u00e9but du concert. Il y a toujours moyen de donner. Mais il faut se pr\u00e9server aussi.<\/p>\n<p><strong>Le 28 octobre, vous avez 39 ans. Joyeux anniversaire !<\/strong><br \/>Merci. Ah&#8230; on vieillit. On prend de l&rsquo;&acirc;ge. C&rsquo;est pas vrai. Bient&ocirc;t. J&rsquo;aurais quarante ans.(rires) <\/p>\n<p><strong>A quoi pensez-vous lorsque vous entendez le mot Cameroun, Douala, Akwa, Bonakouanmouang, Bonaberi&#8230;?<\/strong><br \/>Je pense &agrave; mon adolescence. Je pense &agrave; tous mes premiers amours musicaux. J&rsquo;aimais beaucoup manger.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;aimiez-vous manger &agrave; l&rsquo;\u00e9poque ?<\/strong><br \/>Le Bongo tsobi, le Ndol&egrave;&hellip; tout. Maintenant encore plus. Car, nous en avons rarement la chance d&rsquo;en manger. J&rsquo;ai de tr&egrave;s bons souvenirs du Cameroun. M&ecirc;me quand je rentre au Cameroun, j&rsquo;ai de tr&egrave;s bons souvenirs. C&rsquo;est notre pays. Il faut continuer &agrave; se battre pour am\u00e9liorer les choses. Je ne vais pas rentrer dans le camp n\u00e9gatif. Il faut rester tr&egrave;s positif et essayer d&rsquo;am\u00e9liorer les choses. Les bons souvenirs du Cameroun me manquent souvent.<\/p>\n<p><strong>Dans un de vos albums, vous d\u00e9dicacez une chanson au c\u00e9l&egrave;bre train Mbanga-Kumba&#8230;<\/strong><br \/>De tr&egrave;s beaux souvenirs. On descendait au 4e arrondissement et on attendait que le train passe afin de l&rsquo;emprunter pour aller jouer &agrave; Bonab\u00e9ri. Quand le train passait, on courrait derri&egrave;re. On appelait &ccedil;a &ldquo;serrer&rdquo; (rires). On monte dessus (rires&#8230;) et &agrave; Bonaberi, on ressautait. Je me souviens de la premi&egrave;re fois o&ugrave; je m&rsquo;\u00e9tais arrach\u00e9 tout le corps (rires). Je voulais sauter et j&rsquo;ai plong\u00e9. Ensuite, mon pote Ernest m&rsquo;a dit : tu sais, quand tu descends, il faut continuer &agrave; courir (\u00e9clats de rires&#8230;). C&rsquo;est de cette fa&ccedil;on que j&rsquo;ai appris &agrave; g\u00e9rer le train. Surtout &agrave; suivre le train. Tu ne t&rsquo;imagines pas en train de poursuivre le TGV. Tu ne peux pas dire &agrave; quelqu&rsquo;un ici que tu poursuivais les trains dans ton pays&#8230; et tu rattrapais m&ecirc;me ce train-l&agrave;.<\/p>\n<p><strong>Dans la plupart de nos pays, nous jouons de la musique le plus souvent sans avoir appris &agrave; lire les notes. Quels conseils du professeur Bona &agrave; la jeunesse actuelle ? Devrait-on apprendre les notes ou continuer comme on l&rsquo;a fait jusqu&rsquo;&agrave; ce jour ?<\/strong><br \/>J&rsquo;ai appris &agrave; lire les notes tr&egrave;s tard. Parce que chez nous, on n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9coles. Il ne faut pas non plus tout changer. Quelque chose marche d\u00e9j&agrave; bien. La t\u00e9l\u00e9 n&rsquo;est pas g&acirc;t\u00e9e tu essaies de l&rsquo;am\u00e9liorer pour la g&acirc;ter. Le Cameroun a toujours produit d&rsquo;excellents musiciens. Je ne pense pas qu&rsquo;il faille changer quoi que ce soit. Il faut garder seulement la m&ecirc;me passion. C&rsquo;est comme le Foot. C&rsquo;est pas en emmenant des grandes \u00e9coles de foot que nous allons avoir des meilleurs footballeurs au Cameroun. Il faut plut&ocirc;t construire des stades. Nous avons besoins d&rsquo;infrastructures. Le talent est l&agrave; et c&rsquo;est &ccedil;a le plus important. L&rsquo;\u00e9cole ne fait pas en sorte que tu sois meilleur. si t&rsquo;es pas talentueux, tu peux aller &agrave; l&rsquo;\u00e9cole pendant un si&egrave;cle et tu ne pourras rien en faire. La base ne va pas changer. Au Cameroun, on a cette fondation musicale et je pense qu&rsquo;il faut plut&ocirc;t am\u00e9liorer au niveau des structures. Sans \u00e9cole, nous avons r\u00e9ussi &agrave; produire des talents en musique et en football. <\/p>\n<p><strong>Que dire donc &agrave; celles et ceux qui pensent que Richard Bona est le Samuel Etoo de la musique Camerounaise dans le monde ?<\/strong><br \/>Je ne sais pas. Laisse les penser. Moi, je suis au banc de touche de la musique. Moi, je suis dans le sous-sol. J&rsquo;aime bien &ecirc;tre dans le sous-sol. Manu Dibango est le Samuel Etoo de la musique Camerounaise&#8230; pas moi.<\/p>\n<p><strong>A quand le prochain Album ?<\/strong><br \/>Je ne sais pas. Je pensais voyager &agrave; Cuba. Mais tout d\u00e9pend tellement de la situation politique. Peut-&ecirc;tre l&rsquo;inde ? C&rsquo;est difficile ces endroits&#8230; et lorsque tu ne connais pas beaucoup de monde, &ccedil;a rend la t&acirc;che un peu difficile. D\u00e9j&agrave; au Br\u00e9sil pour mon dernier album, ce n&rsquo;\u00e9tait pas facile lorsque j&rsquo;y \u00e9tais. J&rsquo;aimerais bien faire un album avec des Africains&#8230;<\/p>\n<p><strong>Est-ce difficile ?<\/strong><br \/>Pas tr&egrave;s difficile. Mais, il faut bien r\u00e9unir ces gens pour un album&#8230; C&rsquo;est pas \u00e9vident. Je pense &agrave; un projet. Peut-&ecirc;tre fin de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine la sortie d&rsquo;un nouvel album. Les maquettes sont l&agrave;, les morceaux n&rsquo;ont pas encore de titre. Je n&rsquo;ai pas encore donn\u00e9 un ton &agrave; l&rsquo;album. J&rsquo;y pense quoi.<\/p>\n<p><strong>Un dernier message &agrave; la jeunesse Africaine ?<\/strong><br \/>Continuez &agrave; &oelig;uvrer tr&egrave;s fort. Ne baissez surtout pas les bras et regardez devant vous. Soyez toujours confiants et ayez confiance en ce que vous faites. Car, il n&rsquo;y va pas seulement de votre avenir, mais surtout de l&rsquo;avenir de tout le continent africain. <br \/>merci&#8230;<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"author\">Par Interview r\u00e9alis\u00e9e par Simon INOU &agrave; Vienne <br \/>Le 27-10-2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les bons souvenirs du Cameroun me manquent Bienvenue &agrave; Vienne Richard. Pourquoi Vienne ?Parce qu&rsquo;on est invit\u00e9 et on est en tourn\u00e9e europ\u00e9enne. Je ne vois pas une tourn\u00e9e europ\u00e9enne se d\u00e9rouler sans passer par Vienne. 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