{"id":5225,"date":"2007-12-09T19:02:27","date_gmt":"2007-12-09T18:02:27","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"477","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/477\/","title":{"rendered":"P\u00e9riple : Cap sur Bakassi"},"content":{"rendered":"\n\n\n<hr color=\"#bbbbbb\" size=\"1\" \/><em>Il faut emprunter une embarcation de fortune et d&eacute;fier la mangrove pour se rendre dans la presqu&rsquo;&icirc;le camerounaise.<br \/><em><strong>Denis Nkwebo, &agrave; Bakassi <\/strong><\/em><\/em><\/p>\n<hr color=\"#eeffee\" size=\"1\" \/>De Douala, Bakassi est plut&ocirc;t un nom g&eacute;n&eacute;rique. Celui d&rsquo;une zone de guerre qui vit une certaine accalmie, depuis la restitution de cette presqu&rsquo;&icirc;le au Cameroun en ao&ucirc;t 2006 par l&rsquo;arm&eacute;e nig&eacute;riane. En route pour cette partie du territoire camerounais, perdue sur l&rsquo;une des c&ocirc;tes de l&rsquo;oc&eacute;an atlantique, il est donc normal qu&rsquo;on projette &agrave; l&rsquo;esprit, un voyage de r&ecirc;ve. Jusqu&rsquo;&agrave; ce que, de Kumba, sur le chemin d&rsquo;Ekondo Titi, l&rsquo;&eacute;tat de la route fasse d&eacute;chanter le visiteur. Les crevasses, les v&eacute;hicules embourb&eacute;s et la pluie battante, att&eacute;nuent votre enthousiasme. A Ekondo Titi, le voyage est donc possible. Pour cela, il faut se rendre au Beach. Ici, on se croirait en territoire nig&eacute;rian. On parle indiff&eacute;remment Ibo, Efik ou pidgin. Des gros bras vident avec hargne, sueur au front et au corps, le contenu d&rsquo;une grande pirogue, tir&eacute;e en dessous de l&rsquo;eau par le poids de la charge et celui de l&rsquo;&acirc;ge. Trois autres pirogues du m&ecirc;me type mouillent dans les eaux. Dans les entrailles de cet amas de &quot; navires &quot;, quelques pirogues &agrave; moteur se dressent, pr&ecirc;tes &agrave; s&rsquo;envoler.<\/p>\n<p>Nous allons embarquer &agrave; bord du &quot;God&rsquo;s time is the best&quot;. Notre &quot; bateau &quot; mesure &agrave; peu pr&egrave;s 1,5 m&egrave;tre de large sur 2,5 m&egrave;tres de long. Dix passagers serr&eacute;s les uns contre les autres vont affronter les vagues, d&eacute;fier la mangrove pour rejoindre Ikang au Nigeria. Ce mercredi, c&rsquo;est l&rsquo;itin&eacute;raire obligatoire. Seul le reporter de Mutations se rend &agrave; Bakassi. Le moteur est mis en marche. D&egrave;s le d&eacute;but des vrombissements, les eaux sont projet&eacute;es vers l&rsquo;arri&egrave;re. Le conducteur manipule un gouvernail assez singulier. La pirogue se retourne. Devant, la couleur des eaux est un m&eacute;lange de vert et de gris. Les uns et les autres sortent les chapelets, les &eacute;gr&egrave;ne, les yeux tourn&eacute;s vers le ciel. L&rsquo;on trouve aussi, dans cette m&ecirc;l&eacute;e religieuse, quelques mots &eacute;logieux pour les dieux de l&rsquo;eau. En cinq minutes, l&rsquo;on est en plein dans les eaux de la mangrove. Dans ces criques, la route maritime en zigzag donne des id&eacute;es &agrave; F&eacute;lix, le conducteur et son guide situ&eacute; &agrave; l&rsquo;avant de la pirogue, d&eacute;j&agrave; soulev&eacute;e par la vitesse de l&rsquo;engin, entre 180 et 200 kilom&egrave;tres par heure.<\/p>\n<p><strong>Nig&eacute;rians <\/strong><br \/>A chaque virage, aucun c&oelig;ur ne r&eacute;siste. Un basculement &agrave; droite ou &agrave; gauche, les passagers se regardent, des dents se serrent, un peu de nervosit&eacute; et finalement la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; est retrouv&eacute;e. Sur les c&ocirc;t&eacute;s, les arbres de la mangrove d&eacute;filent. A divers endroits, des petits bras d&rsquo;eau se d&eacute;versent dans le fleuve. Des branches &eacute;gar&eacute;es et des touffes de jacinthe d&rsquo;eau flottent paisiblement. Entre ces branches, des p&ecirc;cheurs tirent leurs pirogues &agrave; coups de pagaies. Le passage en fl&egrave;che des pirogues &agrave; moteur les propulse au rythme des vagues. Puis, des gestes amicaux remettent &agrave; jour le moral. Ici, tout le monde en a besoin. <br \/>Entre-temps, nous sommes arriv&eacute;s au &quot; black bush river &quot;. C&rsquo;est le pic des eaux, au sortir des criques primaires d&rsquo;Ekondo Titi. Lorsqu&rsquo;on mouille ici, il est interdit de se parler. Que l&rsquo;on soit croyant ou pas, il faut respecter les esprits de l&rsquo;eau. On &eacute;coute seulement le chant des vagues, et les cris d&rsquo;oiseaux &agrave; peine audibles, au loin. Aux deux rives, la mangrove est noire, comparable &agrave; la for&ecirc;t dense. Des pique-b&oelig;ufs, d&rsquo;autres oiseaux rares, des singes ou des cr&eacute;atures quelconques exposent leur beaut&eacute;. La brise se m&ecirc;le &agrave; l&rsquo;ambiance. Tout comme les premiers rayons de soleil. Subitement, plusieurs voies se dressent dans la confusion. Le guide s&rsquo;incline &agrave; droite. C&rsquo;est comme cela qu&rsquo;il allume ses &quot;clignotants&quot; depuis le d&eacute;part ; langage que comprend F&eacute;lix, le conducteur. La pirogue vire &agrave; droite donc.<\/p>\n<p>Le cap est d&eacute;j&agrave; mis dans &quot; barracks river&quot; que les Nig&eacute;rians appellent Port Harcourt River. Le paysage est le m&ecirc;me que celui de Black Bush River. A la seule diff&eacute;rence que les eaux se font de plus en plus claires. Elles sont d&rsquo;un bleu proche de celui de la mer. Au prochain virage &agrave; gauche, les bras caressent les eaux. Le conducteur proteste et somme les passagers de se tenir en position d&rsquo;&eacute;quilibre. On a fr&ocirc;l&eacute; le naufrage. C&rsquo;est la vitesse de croisi&egrave;re. Les vagues soul&egrave;vent la pirogue. Le mouvement au fond est celui des nids de poule sur l&rsquo;une de ces mauvaises routes du d&eacute;partement du Ndian. Il y a des bonds et des rebonds, des secousses, de la peur, et toujours la grande expertise du piroguier qui nous conduit si bien. <br \/>F&eacute;lix se surnomme &quot; fish &quot;. Un poisson qui doit ce pseudonyme &agrave; l&rsquo;exploit qu&rsquo;il r&eacute;alisa il y a de cela dix ans, en effectuant huit kilom&egrave;tres de nage pour se tirer d&rsquo;un naufrage. Dans les eaux de barracks river, il y a du poisson. Du vrai poisson. La mangrove est aussi dense, et re&ccedil;oit la cascade des vagues. A l&rsquo;horizon, il y a une &icirc;le qui sort des eaux, au fur et &agrave; mesure que l&rsquo;on s&rsquo;en rapproche. Un silence de cimeti&egrave;re r&egrave;gne, toujours &agrave; la demande du piroguier, on ne sait pourquoi. La peur qui dispara&icirc;t de temps en temps, remonte. Les c&oelig;urs battent. Comme pour en ajouter, le moteur s&rsquo;arr&ecirc;te. &quot; Le moteur doit souffler &quot;, explique le &quot;capitaine de bord&quot;.<\/p>\n<p><strong>Mystique<\/strong><br \/>On est arriv&eacute; &agrave; Ndongor&eacute;, le &quot; Shrine &quot;, centre spirituel du peuple de Ndian. C&rsquo;est sur cette &icirc;le que les esprits ancestraux sont consult&eacute;s, ador&eacute;s et lou&eacute;s. F&eacute;lix prie les passagers de se lib&eacute;rer de tout gris-gris. Et si quelqu&rsquo;un portait dans ses bagages un talisman ou tout gadget de protection ? R&eacute;ponse du conducteur : &quot; il faut tout jeter dans l&rsquo;eau. Sinon on ne bouge pas &quot;. A Ndongor&eacute;, il est bon de dire ses pri&egrave;res et surtout de se lib&eacute;rer des rancoeurs et de la haine. On est &agrave; mi-parcours, en attendant de traverser des zones de turbulence. Une &eacute;trange musique sort de la mangrove. Nos cheveux se dressent. Les oiseaux s&rsquo;agitent sur les rives. On dirait un enchantement des jours heureux. Apr&egrave;s tout, il faut dire au revoir &agrave; Ndongor&eacute;, et garder en m&eacute;moire la beaut&eacute; du paysage pour rentrer en haute mer. La travers&eacute;e est belle &agrave; cet embranchement.<\/p>\n<p>De l&agrave;, on est &agrave; quelques kilom&egrave;tres seulement de la &quot;gold coast river&quot; ; le fleuve aux esp&egrave;ces halieutiques rares et pr&eacute;cieuses. Nous empruntons un raccourci par la grande mangrove. La pirogue se retrouve entre de longues racines d&rsquo;arbres. Les brindilles de bois entravent la bonne marche du moteur. La peur se r&eacute;installe. D&eacute;j&agrave;, on est dans une zone militaire. Il y a &agrave; choisir entre le Rio Del Rey, &agrave; une dizaine de kilom&egrave;tres &agrave; gauche et Akwayafe, &agrave; droite. De cet endroit, des pyl&ocirc;nes sont visibles, au loin, &agrave; Ikang. Le moteur se relance. Nous arrivons au quai c&ocirc;t&eacute; nig&eacute;rian, avant la reprise du trajet, vers le bas pour atteindre Akwa, puis Isobo et Isanguele, en passant par le poste des douanes o&ugrave; 21 militaires camerounais ont &eacute;t&eacute; assassin&eacute;s le 12 novembre 2007.<br \/>On aurait pu faire le m&ecirc;me trajet par Limbe. L&agrave;, il n&rsquo;y a ni les images de la grande mangrove, ni celle des esp&egrave;ces animales qui y sont visibles, mais seulement l&rsquo;angoisse plus grande de la haute mer. Le voyage aller et retour a co&ucirc;t&eacute; 40.000 F Cfa, sans compter la location de l&#8217;embarcation pour le tour de Akwa, chef-lieu de l&rsquo;arrondissement de Kombo Abedimo, Isobo et la suite vers Isanguele. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; comme de l&rsquo;autre il faut du courage, de l&rsquo;audace et beaucoup de chance.<\/p>\n<p><strong>Rep&egrave;res <\/strong><br \/>Province : Sud-Ouest<br \/>Situation g&eacute;ographique : 40&deg;25&prime; de latitude Nord, 8&deg;20&prime; et 9&deg;08&rsquo;de longitude Est.<br \/>D&eacute;partement : Ndian<br \/>Arrondissements : Kombo Abedimo, Kombo Itindi, Isanguele, Idabato<br \/>Population : 300.000 habitants<br \/>Habitants : p&ecirc;cheurs Efik en majorit&eacute;<br \/>Superficie : 665kilom&egrave;tres carr&eacute;s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut emprunter une embarcation de fortune et d&eacute;fier la mangrove pour se rendre dans la presqu&rsquo;&icirc;le camerounaise.Denis Nkwebo, &agrave; Bakassi De Douala, Bakassi est plut&ocirc;t un nom g&eacute;n&eacute;rique. 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