{"id":5523,"date":"2008-02-26T21:24:31","date_gmt":"2008-02-26T20:24:31","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"788","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/788\/","title":{"rendered":"La r\u00e9volte du peuple"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"> <\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em>  <\/em><\/span><\/p>\n<p> La gr&egrave;ve d&eacute;clench&eacute;e hier, lundi 25 f&eacute;vrier, n&rsquo;a v&eacute;ritablement ni t&ecirc;te ni queue. L&rsquo;on sait n&eacute;anmoins que le mot d&rsquo;ordre a &eacute;t&eacute; lanc&eacute; par quatorze organisations professionnelles des secteurs du transport terrestre urbain et interurbain du Cameroun. Mais sur le terrain, notamment &agrave; Douala, la gr&egrave;ve est largement suivie par non seulement les propri&eacute;taires et chauffeurs de taxis, motos taxis, bus, camions et v&eacute;hicules &agrave; usage personnel, mais aussi par la majorit&eacute; de la population. Et pourtant personne, visiblement, ne dirige les op&eacute;rations sur le terrain. Aucun homme politique, encore moins des leaders syndicaux n&rsquo;a &eacute;t&eacute; aper&ccedil;u &agrave; travers les rues de la capitale &eacute;conomique du Cameroun en train de piloter les op&eacute;rations. La gr&egrave;ve leur ayant &eacute;chapp&eacute;, semble aller d&rsquo;elle-m&ecirc;me. La population donne l&rsquo;impression d&rsquo;avoir repris son destin en main. <br \/> La grande curiosit&eacute; d&rsquo;un quartier &agrave; l&rsquo;autre, ce sont les messages port&eacute;s sur des pancartes accroch&eacute;es sur des poteaux ou brandies par des manifestants. Outre des pancartes, d&rsquo;autres messages &eacute;taient inscrits sur la chauss&eacute;e, les bacs &agrave; ordures de la soci&eacute;t&eacute; Hygi&egrave;ne et salubrit&eacute; du Cameroun (Hysacam) et sur des kiosques ayant &eacute;chapp&eacute; aux sc&egrave;nes de vandalisme. Ces messages parfois assez os&eacute;s, collent particuli&egrave;rement avec le contexte socio-politique qui pr&eacute;vaut ces derniers temps au Cameroun. Des manifestants ont d&rsquo;ailleurs rivalis&eacute; d&rsquo;imagination et d&rsquo;ing&eacute;niosit&eacute;. A l&rsquo;entr&eacute;e de Douala, au quartier dit Village, une statuette portant une mallette suspendue sur un poteau &agrave; une station-service porte le message suivant : &ldquo; Popol tu seras pendu avec ta Constitution &rdquo;, &ldquo; Biya doit partir &rdquo;, &ldquo; Non &agrave; la r&eacute;vision constitutionnelle &rdquo;, &ldquo; On a faim &rdquo; sont d&rsquo;autres messages port&eacute;s par la foule. Au quartier Bonamoussadi, les manifestants ont &eacute;t&eacute; plus imaginatifs. &ldquo; Non &agrave; la vie ch&egrave;re, trop c&rsquo;est trop &rdquo;, &ldquo; Baissez le prix du tapioca sur le march&eacute; &rdquo;, &ldquo; Baissez les prix des denr&eacute;es de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute; &rdquo;. Ils ont pouss&eacute; la r&eacute;flexion jusqu&rsquo;&agrave; proposer des prix de certains produits. Ainsi, selon les manifestants, le litre de super devrait &ecirc;tre vendu &agrave; 250 Fcfa contre 150 Fcfa pour le litre du gasoil, alors que la bouteille de gaz domestique de 12,5 Kg reviendrait &agrave; 2 500 Fcfa et la baguette de pain &agrave; 100 Fcfa, une bouteille de top grand mod&egrave;le &agrave; 250 Fcfa et le petit mod&egrave;le &agrave; 150 Fcfa. Ils souhaitent que la bouteille de bi&egrave;re grand mod&egrave;le soit vendue &agrave; 350 Fcfa contre 250 Fcfa pour la petite. &ldquo; Non &agrave; la vie ch&egrave;re et &agrave; la clochardisation des Camerounais ! &rdquo;, &ldquo; Nous disons non &agrave; la modification de la Constitution ! &rdquo;, &ldquo; Non &agrave; la fermeture des radios et t&eacute;l&eacute;visions priv&eacute;es pour museler la libert&eacute; d&rsquo;expression !&rdquo;, scandaient &ccedil;&agrave; et l&agrave; des manifestants vers la zone universitaire. Au lieu dit &ldquo; Ecoles publiques Deido &rdquo;, on pouvait lire sur l&rsquo;une des pancartes : &ldquo; Paul Biya, la jeunesse avant la Constitution &rdquo;. <br \/> Tout se passe comme si, &agrave; travers le Cameroun, les manifestants se sont pass&eacute; le mot. A Kumba, une meute de manifestants a march&eacute; avec un crucifix sur lequel il &eacute;tait &eacute;crit en pidgin (langue populaire) : &ldquo; Even Jesus a di vex &rdquo; qui veut dire en anglais &ldquo; Even Jesus himself is angry &rdquo; (traduction libre : M&ecirc;me J&eacute;sus lui-m&ecirc;me est f&acirc;ch&eacute; &rdquo;. Dans la m&ecirc;me ville et en face de la poste &agrave; lettres, des pancartes sont brandies avec des messages hostiles au chef de l&rsquo;Etat et &agrave; son gouvernement. &ldquo; Biya is old and tired &rdquo; (Biya est vieux et fatigu&eacute;), &ldquo; No peace for the government still further notice &rdquo; (Aucune paix pour le gouvernement jusqu&rsquo;&agrave; nouvel ordre), ou encore &ldquo; Biya must go &rdquo; (Biya doit partir). <br \/> La gr&egrave;ve organis&eacute;e depuis lundi &agrave; travers les principales villes du pays est la manifestation d&rsquo;un ras-le-bol g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;. Les diff&eacute;rentes tentatives de certains membres du gouvernement et pontes du Rassemblement d&eacute;mocratique du peuple camerounais (Rdpc) de manipuler l&rsquo;opinion dans certains m&eacute;dias &agrave; capitaux publics et m&ecirc;me priv&eacute;s ( ?), ont aussi irrit&eacute; la population. La police et la gendarmerie mises &agrave; contribution pour r&eacute;primer les manifestants devraient int&eacute;grer ces param&egrave;tres. Elles ont &eacute;chou&eacute; dans leurs missions de conseil et d&rsquo;encadrement des populations. <br \/> <strong>No&eacute; Ndjebet Massoussi<\/strong><\/p>\n<p> <strong>BAMENDA, GAROUA&hellip;<\/strong><br \/>  <strong>Bamenda au rythme de la gr&egrave;ve<\/strong><br \/> Le mouvement de gr&egrave;ve a &eacute;t&eacute; respect&eacute; dans le chef lieu de la province du Nord Ouest. &ldquo; J&rsquo;avais cours ce matin [lundi 25 f&eacute;vrier, Ndlr]. Je n&rsquo;ai pas trouv&eacute; de taxi pour aller &agrave; l&rsquo;&eacute;tablissement o&ugrave; j&rsquo;enseigne, &agrave; pr&egrave;s de 12 km d&rsquo;ici. Si cela continue ainsi, j&rsquo;ai peur que les &eacute;l&egrave;ves n&rsquo;en souffrent &eacute;galement, ce d&rsquo;autant qu&rsquo;il y a un programme scolaire &agrave; couvrir pour les classes d&rsquo;examen. Surtout, une heure de cours seulement de perdue ne se rattrape pas. Et si tu as huit heures pour la seule journ&eacute;e de lundi, c&rsquo;est tr&egrave;s grave &rdquo;, se plaint Tassan Wilfred, enseignant &agrave; Bamenda. Son coll&egrave;gue, Tchinda Heissen, rench&eacute;rit : &ldquo; Comme tout Camerounais, cette gr&egrave;ve pose assez de difficult&eacute;s parce que je ne peux pas accomplir mon programme journalier car je dois aller &agrave; pied. Si cela perdure, l&rsquo;&eacute;conomie de ce pays va en prendre un s&eacute;rieux coup&hellip;&rdquo; <br \/> Les premiers signes de la gr&egrave;ve lanc&eacute;e par les syndicats des taxis et motos taxis se sont ressentis hier d&egrave;s 7h50 mn. Au lieu dit Foncha junction, une centaine d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves de lyc&eacute;es et coll&egrave;ges attendent d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment les taxis. A l&rsquo;accoutum&eacute;e, ce n&rsquo;est pas le cas. A cette heure de la matin&eacute;e, ils accusent d&eacute;j&agrave; 20 minutes de retard. Las d&rsquo;attendre, certains d&eacute;cident d&rsquo;aller &agrave; pied. C&rsquo;est le m&ecirc;me sc&eacute;nario pour la plupart des habitants de la ville. Les derniers v&eacute;hicules de couleur jaune, &agrave; bord desquels se trouvent des passagers, se pr&eacute;cipitent pour d&eacute;poser ces clients et aller garer. A 9h 10 mn, aucun taxi n&rsquo;est plus visible dans la ville. Quelques conducteurs de motos taxis vaquent &agrave; leurs occupations. Ce qui soul&egrave;ve le courroux de ceux qui ont respect&eacute; le mot d&rsquo;ordre. Tout benskineur transportant un passager est interpell&eacute;. Cailloux, chicotte, gourdins, &hellip; sont mis &agrave; contribution pour dissuader &ldquo; ces r&eacute;calcitrants &rdquo;. La sc&egrave;ne se d&eacute;roule &agrave; City chemist round-about, sous le regard impuissant des &eacute;quipes sp&eacute;ciales d&rsquo;intervention rapide (Esir) post&eacute;es non loin de l&agrave;. <\/p>\n<p> <strong>Transport clandestin<\/strong><br \/> Vers 10h 33 min, le commandant du commissariat central vient s&rsquo;enqu&eacute;rir de la situation aupr&egrave;s de chef de l&rsquo;Esir. Au lieu dit Santa park, des benskineurs se sont fait fabriquer une herse pour stopper leurs coll&egrave;gues qui s&rsquo;ent&ecirc;tent. Les cl&eacute;s des engins des r&eacute;calcitrants sont confisqu&eacute;es par un certain pr&eacute;sident. A Sonac street, les manifestants remplissent d&rsquo;eau le r&eacute;servoir des motos interpell&eacute;es si les roues ne sont pas simplement d&eacute;gonfl&eacute;es. A T- Junction, des forces de l&rsquo;ordre, fatigu&eacute;es de rester debout, se sont abrit&eacute;es sous une tente de fortune devant une vente &agrave; emporter. Presque tous les carrefours sont min&eacute;s par les policiers pendant que d&rsquo;autres sillonnent la ville.<br \/> Au Northwest professionnal drivers trade (bureau du syndicat des transporteurs), aucun signe de vie. Les portes sont ferm&eacute;es. Personne ne contr&ocirc;le cette gr&egrave;ve. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, des v&eacute;hicules priv&eacute;s et clandestins commencent &agrave; transporter des passagers. Ils sont simplement stopp&eacute;s et vid&eacute;s de leurs occupants. D&rsquo;autres sont m&ecirc;mes pourchass&eacute;s par les manifestants. C&rsquo;est dans cette ambiance que les habitants de Bamenda ont regagn&eacute; &agrave; pied leur domicile. <br \/> <strong>Donat SUFFO<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Garoua, le zoua zoua n&rsquo;enflamme pas le Nord<\/strong><br \/> Dans la partie septentrionale du Cameroun, aucune perturbation n&rsquo;a &eacute;t&eacute; not&eacute;e hier sur le trafic routier. Le transport par autocar, moto et taxi s&rsquo;est poursuivi sans encombre. A en croire un citadin de la ville de Maroua, les effets de la hausse du carburant sont relativis&eacute;s dans le Grand-Nord, du fait de l&rsquo;&eacute;coulement g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; du zoua zoua, en provenance du Nigeria. Ce carburant &ndash; que d&rsquo;aucuns disent frelat&eacute; &ndash; est relativement &agrave; la port&eacute;e des bourses. Cependant, il d&eacute;truirait &agrave; petit feu les moteurs qui les consomment. La temp&eacute;rature sur le plan sociopolitique est ainsi stable autant &agrave; Maroua, &agrave; Garoua qu&rsquo;&agrave; Ngaound&eacute;r&eacute;, malgr&eacute; les appels &agrave; la modification de la Constitution de certains opposants r&eacute;put&eacute;s corrosifs contre le syst&egrave;me en place, notamment Issa Tchiroma. Le week-end dernier dans la ville de Garoua, ses supporters inv&eacute;t&eacute;r&eacute;s (les motos taximen) avaient de la peine &agrave; comprendre le revirement spectaculaire de &quot;l&rsquo;homme &agrave; la barbiche&quot;. Pour conjurer toute mont&eacute;e d&rsquo;adr&eacute;naline, le ministre d&rsquo;Etat, Marafa Hamidou Yaya, et le ministre Haman Adama ont particip&eacute; &agrave; une campagne d&rsquo;explication sur la modification de la Constitution dimanche &agrave; Garoua. A Ngaound&eacute;r&eacute;, l&rsquo;on a signal&eacute; le ministre du Tourisme, Baba Hamadou, &agrave; la manoeuvre. A Kolofata, Amadou Ali s&rsquo;&eacute;vertuait &agrave; convaincre les siens du bien fond&eacute; de cette r&eacute;vision.<br \/> <strong>G.A.B<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Les forces de l&rsquo;ordre mettent le feu aux poudres<\/strong><br \/> Aux premi&egrave;res heures du matin ce 25 f&eacute;vrier 2008, les carrefours Terminus, Lyc&eacute;e, Mosqu&eacute;e, antenne Kotto, Ma&ccedil;on, Santa Barbara du quartier Bonamoussadi &agrave; Douala ont &eacute;t&eacute; investis par les manifestants. Ils ont dress&eacute; des barricades un peu partout, pour emp&ecirc;cher les voitures des particuliers de circuler. Mais la population avait spontan&eacute;ment adh&eacute;r&eacute; au mot d&rsquo;ordre, et est rest&eacute;e chez elle en majorit&eacute;, ou a choisi la marche &agrave; pied pour quelques-uns. <br \/> Mais pendant qu&rsquo;ils manifestaient pacifiquement, les &eacute;l&eacute;ments de la gendarmerie les ont dispers&eacute;s avec du gaz lacrymog&egrave;ne. Les manifestants ont pris cet acte comme de la provocation. <br \/> Une fois que les gendarmes se sont retir&eacute;s, ils se sont attaqu&eacute;s au si&egrave;ge de la mairie de Douala V, et leurs actes de violence se sont poursuivis sur les locaux abritant la Snec &agrave; Mak&eacute;p&eacute;, le centre d&rsquo;&eacute;tat civil de Mak&eacute;p&eacute;, les bureaux de Aes Sonel Bonamoussadi. Le centre des imp&ocirc;ts de Douala V toujours &agrave; Bonamoussadi, et la sous-pr&eacute;fecture de l&rsquo;arrondissement de Douala V ont aussi &eacute;t&eacute; saccag&eacute;s.<br \/> Dans les deux bureaux administratifs, tout a &eacute;t&eacute; mis dehors et br&ucirc;l&eacute;. Le coffre-fort a &eacute;t&eacute; r&eacute;cup&eacute;r&eacute; au centre des imp&ocirc;ts et au moment o&ugrave; nous quittions les lieux, l&rsquo;objet r&eacute;sistait encore aux vandales, d&eacute;cid&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;ventrer et &agrave; se partager le butin de guerre. D&rsquo;autres informations faisaient &eacute;tat de ce qu&rsquo;un coffre-fort avait aussi &eacute;t&eacute; r&eacute;cup&eacute;r&eacute; &agrave; la mairie, &eacute;ventr&eacute; et l&rsquo;argent partag&eacute;.<br \/> Du c&ocirc;t&eacute; de B&eacute;panda Tonnerre, tout &eacute;tait curieusement tr&egrave;s calme, en dehors du gaz lacrymog&egrave;ne lanc&eacute; depuis l&rsquo;axe lourd B&eacute;panda qui &eacute;touffait jusque-l&agrave;. Un t&eacute;moin raconte que les &eacute;l&eacute;ments de la gendarmerie de B&eacute;panda se sont montr&eacute;s conciliants depuis le matin, c&rsquo;est pourquoi aucune casse n&rsquo;a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;e ici. Mais plusieurs jeunes ont &eacute;t&eacute; gri&egrave;vement bless&eacute;s. Vers 14 h, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, bless&eacute; par balle au pied, &eacute;tait transport&eacute; dans une brouette en direction d&rsquo;un h&ocirc;pital au niveau d&rsquo;Akwa-Nord.<br \/> <strong>RT<\/strong><\/p>\n<p> <strong>DOUALA<\/strong><br \/> <strong>Akwa, l&rsquo;impuissance des forces de l&rsquo;ordre<\/strong><br \/> &ldquo; Mes amis, il y a m&ecirc;me des &ldquo;ma&ccedil;ons&rdquo; parmi vous ? En un laps de temps, vous avez &eacute;rig&eacute; une grande barricade sur la chauss&eacute;e &agrave; l&rsquo;aide des kiosques du Pmuc, de vielles t&ocirc;les, des planches et autres tables. Notre pr&eacute;sence ne vous dissuade pas du tout. &rdquo; Ces propos, tenus par un commissaire de police &agrave; l&rsquo;endroit d&rsquo;une meute de jeunes en furie au lieu-dit &ldquo; carrefour cit&eacute; des palmiers &rdquo; &agrave; Douala, est r&eacute;v&eacute;lateur de la d&eacute;termination des populations ayant pris d&rsquo;assaut les art&egrave;res de la capitale &eacute;conomique, d&egrave;s les premi&egrave;res heures de la matin&eacute;e d&rsquo;hier, lundi 25 f&eacute;vrier. Le commissaire de la police sus-cit&eacute; est &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;une vingtaine de policiers puissamment arm&eacute;s. Des armes qui, paradoxalement, ne font pas du tout reculer les populations. Celles-ci sont ma&icirc;tres de la rue. Des v&eacute;hicules, des motos et m&ecirc;me des v&eacute;los ne sont pas du tout visibles. <br \/> &ldquo; Si vous chargez, vous allez devoir tous nous tuer &rdquo;, lancent les manifestants &agrave; l&rsquo;endroit des policiers. Une d&eacute;termination manifest&eacute;e avec violence sur certains &eacute;difices et &eacute;tablissements de commerce. A l&rsquo;aide de gourdins et cailloux, les populations en col&egrave;re d&eacute;truisent les pr&eacute;sentoirs de prix dans les stations services Texaco Pk10, Total carrefour cit&eacute; des palmiers et Tradex Ndokoti. &ldquo; Ces prix doivent &ecirc;tre revus &agrave; la baisse. Et puis, il faudrait aussi revoir &agrave; la baisse les prix des denr&eacute;es alimentaires et de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute; dans les march&eacute;s &rdquo;, lancent-ils. Au passage, le complexe &ldquo; Belavie &rdquo; &agrave; quelques m&egrave;tres de Ndokoti en venant de Pk10, est enti&egrave;rement d&eacute;truit. Sur la chauss&eacute;e, des pneus et bacs &agrave; ordures de Hysacam sont br&ucirc;l&eacute;s.<br \/> Du lieu-dit &ldquo; carrefour Ndokoti &rdquo; au lieu-dit &ldquo; carrefour Agip &rdquo;, les pneus et autres objets sont br&ucirc;l&eacute;s sur la chauss&eacute;e. Un affrontement entre des gendarmes et les populations est enregistr&eacute; au &ldquo; carrefour Agip &rdquo;. Venus &agrave; bord de deux pick-up et du camion lance eau (anti-&eacute;meute encore appel&eacute; Mamie water) une trentaine d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments de la gendarmerie nationale, dirig&eacute;e par un lieutenant-colonel, entreprend de lancer des bombes lacrymog&egrave;nes pour disperser la foule furieuse. Cette derni&egrave;re, t&eacute;m&eacute;raire, r&eacute;plique avec des cailloux et des bouteilles pleines d&rsquo;urines. <br \/> Un autre affrontement est enregistr&eacute; au lieu-dit &ldquo; carrefour Douche &rdquo; entre policiers et populations. Dans la foul&eacute;e, les &eacute;l&eacute;ments de la police arr&ecirc;tent plusieurs jeunes qu&rsquo;ils tabassent et jettent sans m&eacute;nagement dans leurs camions.<br \/> <strong>Honor&eacute; FOIMOUKOM<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Bonab&eacute;ri, plusieurs personnes tu&eacute;es<\/strong><br \/> Le quartier situ&eacute; sur la Rive gauche du fleuve Wouri a pay&eacute; un lourd tribut aux manifestations d&rsquo;hier. Quelques-uns de ses valeureux habitants ont &eacute;t&eacute; fauch&eacute;s par les balles tir&eacute;es par les forces de l&rsquo;ordre aux abois. Douloureux &eacute;pilogue d&rsquo;une journ&eacute;e chaude qui a d&eacute;but&eacute; aux aurores avec l&rsquo;affrontement entre une population d&eacute;cid&eacute;e &agrave; manifester son courroux et des forces de l&rsquo;ordre qui entendaient les en emp&ecirc;cher. Tout est all&eacute; tr&egrave;s vite. For&ecirc;t Bar, une entit&eacute; populeuse du quartier. Une centaine de personnes divis&eacute;es par groupes, s&rsquo;emploient &agrave; mettre des barricades sur la chauss&eacute;e. En face, les flics, se r&eacute;solvent dans un premier temps &agrave; lancer le gaz lacrymog&egrave;ne avant de tirer des coups de semonce, en l&rsquo;air. Histoire de dissuader les manifestants d&eacute;termin&eacute;s. <br \/> Quelques-uns d&rsquo;entre eux, tomb&eacute;s dans les filets des flics sont couch&eacute;s &agrave; m&ecirc;me le sol avant d&rsquo;&ecirc;tre embarqu&eacute;s peu apr&egrave;s pour une destination inconnue. Quatre &eacute;l&egrave;ves qui passaient par l&agrave; supportent mal le gaz et tombent en syncope&hellip; &ldquo; Venez, venez &rdquo;, scandent les populations, en mettant le feu aux pneus dispos&eacute;s sur la chauss&eacute;e, non loin de la soci&eacute;t&eacute; Uta. Au lieu dit quatre &eacute;tages, quatre gigantesques barri&egrave;res de feu barrent le chemin. Stationn&eacute; &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de la gare routi&egrave;re, un Pick-up de la gendarmerie subit les jets de pierres de manifestants courrouc&eacute;s. 8 heures. <br \/> Le face &agrave; face prend une tournure dramatique. Submerg&eacute;e, la flicaille craque et tire &agrave; bout portant sur le jeune Mbeng Junior. Atteint au front, le gamin succombe, plongeant ses parents, M. et Mme Mbeng dans le d&eacute;sarroi. &ldquo; Je ne sais pas ce qui arrive. C&rsquo;est tout simplement la malchance. Ce matin, je lui ai pourtant demand&eacute; d&rsquo;aller couper le raphia, mais je ne sais pas &agrave; quel moment il est revenu &rdquo;, se lamente M. Patrcik Mbeng, inconsolable. A en croire certains t&eacute;moignages, c&rsquo;est le commandant de la brigade de Bonanjo en personne, qui aurait tir&eacute; sur l&rsquo;adolescent. L&rsquo;information jusqu&rsquo;ici n&rsquo;est pas confirm&eacute;e. Furieuse, la foule une exp&eacute;dition punitive au domicile du gendarme. Sous ses assauts forcen&eacute;s, les gendarmes reculent jusqu&rsquo;au niveau des rails et &eacute;tablissent une v&eacute;ritable muraille infranchissable, emp&ecirc;chant ainsi les populations d&rsquo;atteindre la brigade. <br \/> D&eacute;pit&eacute;s, les manifestants attaquent, pillent et saccagent les stations Total Num&eacute;ro 2, Mobil et Texaco. Deux v&eacute;hicules gar&eacute;s au parking de la station Total subissent le m&ecirc;me sort. La mairie de Douala 4 et la nouvelle agence de la Bicec &eacute;chappent de peu. Submerg&eacute;e, la police ne fait pas de quartier. Blaise Ebouel&eacute;, 22 ans, passe de vie &agrave; tr&eacute;pas tandis que deux autres manifestants re&ccedil;oivent des balles aux jambes. Prudencia Bih est tu&eacute;e par une balle perdue alors qu&rsquo;elle se trouve dans son domicile. Deux jeunes non identifi&eacute;s et un &eacute;l&egrave;ve compl&egrave;tent la liste des morts tu&eacute;s par la police.<br \/> <strong>Rodrigue Kaleumeni<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Un coll&eacute;gien et un technicien du c&acirc;ble abattus &agrave; Bessengu&egrave;<\/strong><br \/> &ldquo; Mon mari n&rsquo;&eacute;tait m&ecirc;me pas en route. Nous &eacute;tions ensemble. Il est all&eacute; accompagner l&rsquo;enfant &agrave; l&rsquo;&eacute;cole de bonne heure le matin. Mais quand le d&eacute;sordre a commenc&eacute;, il est reparti chercher l&rsquo;enfant. C&rsquo;est au moment o&ugrave; il revenait qu&rsquo;une dame me demande si c&rsquo;est sur mon mari qu&rsquo;on a tir&eacute; &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de la maison. Je suis all&eacute;e v&eacute;rifier et je l&rsquo;ai trouv&eacute; couch&eacute;, raide mort &rdquo;. Ndedi Augustine, l&rsquo;&eacute;pouse &eacute;plor&eacute;e, est inconsolable. Elle cherche encore &agrave; comprendre ce qui a pouss&eacute; les forces de l&rsquo;ordre &agrave; tirer sur son mari &agrave; bout portant : &ldquo; Je veux qu&rsquo;on me dise ce qu&rsquo;il a fait de si grave pour qu&rsquo;on l&rsquo;abatte comme un chien. Mon mari n&rsquo;&eacute;tait pas parmi les manifestants. Il voulait juste prot&eacute;ger notre enfant. Il est all&eacute; le chercher &agrave; l&rsquo;&eacute;cole pour le mettre en s&eacute;curit&eacute; &agrave; la maison &rdquo;. Carrefour feu rouge Bessengu&egrave;, hier lundi. Il est un peu plus environ 11 heures. A quelques dizaines de m&egrave;tres de distance, deux corps gisent &agrave; m&ecirc;me le sol. Peu avant, Etienne Ibaben, l&rsquo;&eacute;poux de Ndedi Augustine, c&rsquo;est un adolescent de 16 ans qui a trouv&eacute; la mort. Le jeune Jabea Christian Daniel, &eacute;l&egrave;ve &agrave; L&rsquo;Iesb &agrave; New-Deido, qui a lui aussi re&ccedil;u un tir &agrave; bout portant : &ldquo; Les populations avaient enlev&eacute; une femme gendarme, lui avaient enlev&eacute; ses galons et son b&eacute;ret. Devant les supplications de la femme en tenue, les manifestants l&rsquo;ont rel&acirc;ch&eacute;. Moins de trente minutes plus tard, un v&eacute;hicule de la gendarmerie est revenu sur le lieu. Nous &eacute;tions nombreux &agrave; regarder cela m&ecirc;me si quelques-uns ont pris fuite. C&rsquo;est alors qu&rsquo;une femme gendarme est descendue du v&eacute;hicule en m&ecirc;me temps que ses coll&egrave;gues. Ces derniers ont tir&eacute; en l&rsquo;air pour faire disperser la foule pendant que la gendarmette tirait derri&egrave;re la nuque de l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &rdquo;, raconte un t&eacute;moin.<br \/> Dans les deux cas, les forces de l&rsquo;ordre ont utilis&eacute; les m&ecirc;mes m&eacute;thodes, les m&ecirc;mes armes.<br \/> <strong>Jean-C&eacute;lestin EDJANGUE<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Deido: des enfants chantent l&rsquo;hymne national<\/strong><br \/> &ldquo; Paul Biya, la jeunesse avant la r&eacute;vision de la Constitution &rdquo;, pouvait-on lire sur la pancarte tenue par un enfant d&rsquo;&agrave; peine 14 ans. Autour de lui, une meute de jeunes venus du cot&eacute; de B&eacute;panda s&rsquo;avance vers le &ldquo; carrefour &eacute;cole publique de Deido &rdquo;. Ils avancent en scandant des slogans &agrave; peine audibles sous le regard des populations m&eacute;dus&eacute;es. Le commissariat de police du 9e arrondissement, &agrave; une centaine de m&egrave;tres, est alert&eacute;. Les policiers sortent, matraques &agrave; la main, d&eacute;termin&eacute;s &agrave; disperser cette foule venue troubler leur qui&eacute;tude. Ils se heurtent &agrave; des manifestants peu ordinaires. Des bambins qui, pour la plupart, sont des &eacute;coliers. Arrachant les applaudissements et les youyous du public, ils s&rsquo;immobilisent devant le drapeau national en face du commissariat. &ldquo; Au Cameroun berceau de nos anc&ecirc;tres &rdquo; : l&rsquo;hymne national est entonn&eacute; et ex&eacute;cut&eacute; par les enfants sous un silence digne des occasions solennelles. Les jeunes vont contourner le carrefour pour dispara&icirc;tre vers New-Deido non sans avoir d&eacute;truit en passant le kiosque du Pmuc. <br \/> La tension monte d&rsquo;un cran vers 10h. La panique s&rsquo;est empar&eacute;e des parents qui, sentant la situation d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer, ont courus vers le Lyc&eacute;e Bilingue, l&rsquo;Ecole publique, et l&rsquo;Institut de Bonadjinje, chercher leurs enfants en plein cours. Quelques temps apr&egrave;s, un autre groupe de manifestants arrive et se fait plus agressif. Le dispositif s&eacute;curitaire est renforc&eacute;. Cela ne dissuade pas les manifestants. Des barricades seront &eacute;rig&eacute;es sur les voies allant vers Bonamoussadi, Deido, Bessengue et Grand Moulin. De vieux pneus expos&eacute;s sur la chauss&eacute;e crachent du feu. La police lance des bombes lacrymog&egrave;nes. Les maisons d&rsquo;habitation et l&rsquo;h&ocirc;pital de district de Deido ne sont pas &eacute;pargn&eacute;es. Un manifestant, tomb&eacute; au cours de l&rsquo;affrontement, est couvert de sang. Il est transport&eacute; dans un &ldquo; pousse-pousse &rdquo; vers l&rsquo;h&ocirc;pital. <br \/> <strong>Bernard BATANA<\/strong><\/p>\n<p> <strong> Un jeune homme tu&eacute; &agrave; Village<\/strong><br \/> La sc&egrave;ne rappelle quelque peu la Palestine. Il est environ 10 heures &agrave; Texaco a&eacute;roport. Cinq jeunes gens, plong&eacute;s dans une immense foule, poussent un porte-tout en courant et en hurlant, &ldquo; Ils ont tu&eacute; ! Ils ont tu&eacute; ! &rdquo;. Sur le porte-tout, g&icirc;t le corps inerte d&rsquo;un jeune homme d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es. Sur sa poitrine, on peut voir le crat&egrave;re laiss&eacute; par la balle perdue qui lui a &ocirc;t&eacute; la vie. De mani&egrave;re spontan&eacute;e, d&rsquo;autres personnes se joignent aux poursuivants des forces de l&rsquo;ordre. &ldquo; Arr&ecirc;tez-les ! Ils ne doivent pas s&rsquo;en aller &rdquo;, haranguent des manifestants. Les policiers, qui se trouvent d&eacute;j&agrave; sous l&rsquo;&eacute;changeur de l&rsquo;a&eacute;roport, acc&eacute;l&egrave;rent le pas pour monter dans leurs camions. Certains re&ccedil;oivent quelques projectiles, avant de riposter avec du gaz lacrymog&egrave;ne et de d&eacute;marrer en trombe. <br \/> Les manifestants fondent alors sur l&rsquo;entreprise Sidem. &ldquo; C&rsquo;est l&rsquo;entreprise du fils du pr&eacute;sident &rdquo;, crient-ils en escaladant la barri&egrave;re. R&eacute;sultat de la furie : trois camions citernes br&ucirc;l&eacute;s, des v&eacute;hicules de l&rsquo;entreprise cass&eacute;s et du mat&eacute;riel emport&eacute;. &ldquo; C&rsquo;est notre argent qu&rsquo;on r&eacute;cup&egrave;re &rdquo;, justifient certains. A Ellery Automobiles, tout est &eacute;galement mis &agrave; feu et &agrave; sac. De temps en temps, la police tente des intimidations, sans grand succ&egrave;s. Les manifestants continuent all&egrave;grement leur marche. Jusqu&rsquo;au carrefour H&ocirc;tel de l&rsquo;air o&ugrave; ils se dispersent apr&egrave;s avoir sem&eacute; la terreur. <br \/> Retour &agrave; Village. Il est presque midi et le spectacle est d&eacute;solant. Le bilan du pillage semble lourd. Plusieurs magasins, pharmacies et boulangeries n&rsquo;ont pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; l&rsquo;assaut des jeunes gens. Les stations service paient le prix fort. Aucune d&rsquo;elles n&rsquo;a rien pu pr&eacute;server. Petit &agrave; petit, et avec l&rsquo;arriv&eacute;e des renforts, une certaine accalmie r&egrave;gne dans le secteur. Les forces de l&rsquo;ordre proc&egrave;dent &agrave; quelques interpellations. Et en profitent pour se d&eacute;fouler. Le gros des manifestants a disparu dans les quartiers, pour se reposer. Hier soir, une de nos sources &agrave; Village indiquait que les jeunes gens &eacute;taient descendus de nouveau dans la rue. &ldquo; Ils ont recommenc&eacute; &agrave; faire des casses. Ils br&ucirc;lent des voitures&hellip; &rdquo;, pr&eacute;cisait-elle. <br \/> <strong>Alain NOAH AWANA<\/strong><\/p>\n<p> <strong>YAOUNDE<\/strong><br \/> <strong>Sc&egrave;nes de guerre &agrave; Mendong <\/strong><br \/> C&rsquo;est un matin paisible &agrave; Mendong, ce lundi 25 f&eacute;vrier 2008. D&egrave;s 6h30, trottoirs et chauss&eacute;es sont encombr&eacute;s par quelques pi&eacute;tons et v&eacute;hicules personnels. Pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un taxi. Les moto-taximen font quelques va-et-vient. &ldquo; On ne travaille pas &rdquo;, r&eacute;pondent-ils &agrave; ceux qui les h&egrave;lent. Seul le bus est en service. Puis la tension monte d&rsquo;un coup. Une &ldquo; arm&eacute;e &rdquo; de moto-taximen d&eacute;cide de barrer la route au lieu dit &ldquo; Entr&eacute;e Simbock &rdquo;. Un bac &agrave; ordures et un poteau &eacute;lectrique sont mis &agrave; contribution. Les conducteurs de v&eacute;hicules personnels sont pri&eacute;s de rebrousser chemin. Certains tentent de n&eacute;gocier le passage, et d&rsquo;autres s&rsquo;ex&eacute;cutent. Les &eacute;l&eacute;ments du commissariat du 9&egrave;me arrondissement descendent sur les lieux. Et le commissaire leur demande de manifester sans rien casser. <br \/> Son d&eacute;part est suivi de l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;un groupe de gendarmes de la l&eacute;gion du Centre, puis de policiers du Groupement mobile d&rsquo;intervention (Gmi) n&deg;1. Boucliers, casques, prot&egrave;ge-tibias, bombe &agrave; gaz lacrymog&egrave;ne et autres fusils sont de mise. Ils demandent aux protestataires de d&eacute;gager la voie. Un autre groupe de gendarmes arrive. Men&eacute;s par le commandant Essomba. Il s&rsquo;entretient avec le commissaire en charge du Gmi n&deg;1. Entre plusieurs coups de fils, et des instructions par radio. Subitement, les forces de l&rsquo;ordre foncent dans la foule et interpellent quelques personnes. Coup de bottes, de matraques, de crosse et de poings y passent. C&rsquo;est alors qu&rsquo;un civil gare son v&eacute;hicule et se d&eacute;foule sur un autre manifestant interpell&eacute;. &ldquo; C&rsquo;est toi qui m&rsquo;a barr&eacute; la route tout &agrave; l&rsquo;heure non, tu es malade &rdquo;, lui lance-t-il. <br \/> Les frondeurs tentent d&rsquo;organiser la r&eacute;sistance. Mais une centaine de gendarmes s&rsquo;ajoute. Leur camion se remplit de civils interpell&eacute;s au fur et &agrave; mesure. Le commandant de la l&eacute;gion du Centre &eacute;value la situation depuis son v&eacute;hicule 4&#215;4. Les forces de l&rsquo;ordre font la boucle du quartier et repartent aux environs de 11h. Une trentaine de personnes sont emmen&eacute;es. D&eacute;tenues &agrave; la brigade de recherche d&rsquo;Efoulan, elles n&rsquo;avaient pas encore &eacute;t&eacute; entendues jusqu&rsquo;&agrave; hier soir. Des &eacute;l&eacute;ments veillent &agrave; tous les carrefours du coin. Mendong est &ldquo; pacifi&eacute; &rdquo;, mais, vient probablement d&rsquo;obtenir une place dans la liste des &ldquo; quartiers chauds &rdquo; de Yaound&eacute;.<br \/> <strong>Edouard TAMBA<\/strong><\/p>\n<p> <strong>La gr&egrave;ve affecte le travail dans les minist&egrave;res<\/strong><br \/> &ldquo; Si la gr&egrave;ve continue demain, je ne me d&eacute;place plus. J&rsquo;ai trop souffert aujourd&rsquo;hui [lundi 25 f&eacute;vrier, Ndlr]&rdquo;. Ces propos sont d&rsquo;un agent de l&rsquo;Etat, employ&eacute; du minist&egrave;re de la Sant&eacute; publique. Son d&eacute;placement de son domicile du quartier Mendong pour son lieu de service a &eacute;t&eacute; une torture. &ldquo;J&rsquo;habite une zone enclav&eacute;e. D&rsquo;habitude, l&rsquo;un des motos taximen du quartier me d&eacute;pose en route. De l&agrave;, j&rsquo;emprunte un taxi pour le centre ville. Aujourd&rsquo;hui, ils avaient peur de me transporter &agrave; cause de la gr&egrave;ve. J&rsquo;ai d&ucirc; faire pr&egrave;s de 200 m&egrave;tres &agrave; pied pour sortir du quartier. Une fois en route, j&rsquo;&eacute;tais pleine de poussi&egrave;re et &agrave; bout de souffle. Mon poids ne me permet pas d&rsquo;aller vite. Il m&rsquo;a fallu pr&egrave;s de trois heures pour atteindre mon bureau &rdquo;, raconte-t-elle, avec tristesse. <br \/> Comme cette dame, de nombreux fonctionnaires ne sont arriv&eacute;s &agrave; leur lieu de service qu&rsquo;&agrave; midi apr&egrave;s avoir effectu&eacute; de longues distances &agrave; pied. A cette heure-l&agrave;, on pouvait encore les voir ouvrir la porte de leurs bureaux. O&ugrave; les conversations tournent autour de la gr&egrave;ve. Au minist&egrave;re de l&rsquo;Enseignement sup&eacute;rieur par exemple, deux coll&egrave;gues devisent. &ldquo; Il est temps que quelqu&rsquo;un s&rsquo;ach&egrave;te une voiture &rdquo;, lance un employ&eacute; &agrave; sa coll&egrave;gue. &ldquo; Tu auras l&rsquo;argent du carburant ? &rdquo;, interroge cette derni&egrave;re. &ldquo; Au moins pour les jours comme celui-ci, je pourrais faire un effort &rdquo;, conclut-il en riant.<br \/> Dans ces b&acirc;timents, certaines personnes v&eacute;hicul&eacute;es ont profit&eacute; de la situation de gr&egrave;ve pour arriver aux environs de midi. C&rsquo;est le cas d&rsquo;un agent du minist&egrave;re des Affaires sociales. Celui-ci explique : &ldquo; Tout simplement parce que je sais que mes coll&egrave;gues n&rsquo;allaient pas &ecirc;tre &agrave; l&rsquo;heure &rdquo;. <br \/> <strong>Edith DJUIDJE<br \/> (Stagiaire)<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Essos, les v&eacute;hicules personnels interdits de circuler<\/strong><br \/> &ldquo; Monsieur serrez ici. Rapidement, ne nous perdez pas le temps! &rdquo;, ordonnent des motos-taximen, furieux, &agrave; un conducteur, au volant de son v&eacute;hicule personnel. Ils sont au niveau du Lyc&eacute;e bilingue d&rsquo;Essos. Ce dernier essaye de leur faire comprendre que son v&eacute;hicule n&rsquo;est pas &agrave; usage commercial. En vain. &ldquo; Vous utilisez du carburant. C&rsquo;est l&rsquo;essentiel. Ne nous faites pas croire que lorsque vous arrivez &agrave; la pompe, les prix sont r&eacute;duits parce que le carburant que vous prenez ne sera pas utilis&eacute; &agrave; des fins commerciales. Cessez de vous moquer de vous-m&ecirc;me. Aidez-nous &agrave; lutter pour tout le monde &rdquo;, lui r&eacute;torque un moto-taximan. &ldquo; Tant que les v&eacute;hicules personnels circulent, le gouvernement ne peut pas prendre notre probl&egrave;me au s&eacute;rieux &rdquo;, ajoute un autre, en &ocirc;tant les cl&eacute;s du contact. Ce conducteur conduit son &eacute;pouse &agrave; son travail. Enceinte, cette derni&egrave;re est incapable de joindre le centre ville &agrave; pied. <br \/> Comme cette dame, beaucoup de travailleurs du quartier Essos n&rsquo;ont pas r&eacute;pondu pr&eacute;sents au lieu de service lundi. Seuls ceux sortis tr&egrave;s t&ocirc;t le matin ont eu la chance de le faire. On peut ajouter ceux qui ont d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;aller &agrave; pied. Les gr&eacute;vistes ont pris d&rsquo;assaut les carrefours du quartier Essos. Avec pour mot d&rsquo;ordre : &ldquo; Aucun v&eacute;hicule ne passe &rdquo;. Les motos taximen tent&eacute;s de ne pas respecter la mesure, voient les cl&eacute;s de leurs motos confisqu&eacute;es. Les taxis sont quasiment invisibles. Ici, les gr&eacute;vistes disent avoir opt&eacute; pour le calme et la non violence. &ldquo; C&lsquo;est pourquoi nous n&rsquo;avons rien plac&eacute; sur la chauss&eacute;e comme ailleurs. Nous interpellons poliment les conducteurs &rdquo;, explique l&rsquo;un d&rsquo;eux. Toutefois, les &eacute;l&eacute;ments des forces de l&rsquo;ordre ont &eacute;t&eacute; d&eacute;ploy&eacute;s dans ce quartier. Dans leurs bagages, un camion anti-&eacute;meutes plac&eacute; au lieu dit Mobil Essos. <br \/> <strong>Laure NGATSING TCHUENTE<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Briqueterie : des motos taximen molest&eacute;s<\/strong><br \/> A Yaound&eacute;, le quartier Briqueterie regorge le plus grand nombre de chauffeurs de taxis. La plupart des syndicats de transports urbains y ont justement install&eacute; leurs si&egrave;ges. Lundi 25 f&eacute;vrier 2008 aux environs de 7h du matin, l&rsquo;atmosph&egrave;re est &eacute;lectrique. Au lieu dit Carrefour Aurore, un groupe de chauffeurs de taxis &eacute;change et observe comment le mouvement de gr&egrave;ve d&eacute;cid&eacute; la veille se d&eacute;roule. Les &eacute;l&egrave;ves et autres passants sont agglutin&eacute;s au bord de la route depuis le lever du jour. Ils attendent les taxis et autres moyens de transport. Aucune voiture jaune ne se pr&eacute;sente. Presque tous d&eacute;cident de faire leur chemin &agrave; pied. <br \/> Youssoufa, chauffeur de taxi, semble se d&eacute;lecter de cette situation : &ldquo; Le carburant co&ucirc;te cher. Et les &eacute;l&egrave;ves que vous voyez payent g&eacute;n&eacute;ralement 100 Fcfa, la moiti&eacute; du prix officiel du taxi au Cameroun. Le gouvernement ne dit rien. Lorsqu&rsquo;on ajoute &agrave; cela les tracasseries de la police et de la communaut&eacute; urbaine, on se demande &agrave; quoi sert cette activit&eacute;. Il faut donc que les populations supportent&hellip; &rdquo;&rdquo; Pendant qu&rsquo;il s&rsquo;exprime ainsi, sous les sourires approbateurs de ses coll&egrave;gues, les voitures se font de plus en plus rares sur la route. Par contre, la foule des &eacute;l&egrave;ves qui doivent gagner leur &eacute;tablissement se presse sur la chauss&eacute;e. M&ecirc;me les voitures &agrave; usage personnel se font rares. Surtout que les taximen gr&eacute;vistes leur ordonnent de se montrer solidaires du mouvement. Quelques motocyclettes transportant des &eacute;l&egrave;ves viennent &agrave; passer. Cette situation irrite tout de suite le groupe des chauffeurs de taxis. &ldquo; Mais qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? &rdquo;, lance l&rsquo;un d&rsquo;eux. &ldquo; On dit qu&rsquo;il y a gr&egrave;ve et certains se permettent de tricher ? Il faut arr&ecirc;ter tout de suite cela &rdquo;. Imm&eacute;diatement, toutes les motocyclettes qui sortent du quartier Briqueterie avec des passagers sont stopp&eacute;es et d&eacute;charg&eacute;es. <br \/> Les motos-taximen qui protestent sont violent&eacute;s et molest&eacute;s. C&rsquo;est le cas de F&eacute;lix. Il montre les traces de coups qu&rsquo;il a re&ccedil;us. &ldquo; Je ne savais pas vraiment comment la gr&egrave;ve devait se d&eacute;rouler. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai pris comme d&rsquo;habitude mes deux clients sur ma moto pour les d&eacute;poser au Coll&egrave;ge de la Retraite. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; interpell&eacute; au niveau de &ldquo;Total Brique&rdquo; par des gens se disant membre du syndicat des taximen. Ils m&rsquo;ont frapp&eacute; et ont m&ecirc;me failli confisquer ma moto &rdquo;, raconte-t-il. Pendant pr&egrave;s de deux heures, les taximen gr&eacute;vistes ont dict&eacute; leur loi au quartier Briqueterie. Jusqu&rsquo;&agrave; ce que, inform&eacute;s, des policiers du Groupement mobile d&rsquo;intervention n&deg;1 les dispersent. Cependant, la circulation est rest&eacute;e timide. A Nlongkak, certains bendskineurs sillonnent la ville &agrave; l&rsquo;effet de d&eacute;courager leurs coll&egrave;gues. Les cl&eacute;s sont arrach&eacute;es aux &ldquo; tricheurs &rdquo;. <br \/>  <strong>Jean Fran&ccedil;ois CHANNON<\/strong>           <\/p>\n<p> <strong>Des bus sous forte escorte polici&egrave;re  &agrave; Soa<\/strong><br \/> Tout commence &agrave; 6 heures au lieu dit &ldquo; Carrefour &eacute;leveurs &rdquo;. L&rsquo;ambiance est tendue. Les gr&eacute;vistes ont &eacute;rig&eacute; des barricades de part et d&rsquo;autre. Le trafic routier est bloqu&eacute;. Il est pratiquement impossible de continuer le voyage qui m&egrave;ne &agrave; la banlieue universitaire de Yaound&eacute; II &agrave; Soa. Les motos taxis, les taxis, les cars et m&ecirc;me les v&eacute;hicules de personnels sont oblig&eacute;s de faire marche en arri&egrave;re. L&rsquo;on s&rsquo;&eacute;chauffe et la situation devient incontr&ocirc;lable. On fr&ocirc;le l&rsquo;&eacute;meute &agrave; 7h 30 min lorsque deux bus pleins &agrave; craquer d&rsquo;&eacute;tudiants tentent de forcer le passage. Excit&eacute;s, les chargeurs et transporteurs de cars s&rsquo;y opposent et font descendre les &eacute;tudiants &agrave; bord. &ldquo; Allons &agrave; pieds. Il ne reste plus que 11 km de route. Nous pouvons bien arriver. De toutes les fa&ccedil;ons, nous n&rsquo;avons pas de choix, si nous devons rattraper les examens &rdquo;. Bernard Adiobono, &eacute;tudiant en 2eme ann&eacute;e &agrave; la facult&eacute; des sciences &eacute;conomiques et de gestion, auteur de ces propos, est d&eacute;sempar&eacute;. <br \/> Abono Pauline et Essala Angeline ont le c&oelig;ur qui balance. Le regard anxieux, la mine grave, plusieurs &eacute;tudiants s&rsquo;engagent &agrave; braver &agrave; pieds le reste du trajet. La d&eacute;solation est g&eacute;n&eacute;rale. En ce jour o&ugrave; d&eacute;marrent les examens pour tous les niveaux de la facult&eacute; des sciences &eacute;conomiques et de gestion. Ceux qui r&eacute;ussissent &agrave; &eacute;chapper aux barricades n&eacute;gocient &agrave; prix fort le trajet par moto. <br \/> Il est 9 heures 30 minutes. C&rsquo;est toujours le statu quo lorsque d&eacute;barque une forte escorte de policiers et gendarmes, arm&eacute;s et pr&ecirc;ts &agrave; en d&eacute;coudre avec les gr&eacute;vistes. Ils sont un peu plus de 100, arm&eacute;s jusqu&rsquo;aux dents, fermement engag&eacute;s &agrave; &eacute;vacuer le site d&rsquo;occupation. Ils r&eacute;ussissent &agrave; lib&eacute;rer les v&eacute;hicules et &agrave; disperser la dissidence. Les bus commencent &agrave; circuler, &agrave; la joie et &agrave; la satisfaction g&eacute;n&eacute;rale des &eacute;tudiants. Mais apr&egrave;s une distance de 5 km, une autre r&eacute;sistance se forme. Elle sera &agrave; nouveau dispers&eacute;e par les gendarmes et policiers. Pour &eacute;viter des surprises d&eacute;sagr&eacute;ables, les forces de l&rsquo;ordre se d&eacute;cident &agrave; accompagner les automobilistes avec des sir&egrave;nes de polices. Au campus, le lancement des &eacute;preuves est d&eacute;cal&eacute;, pour le bonheur des retardataires. <br \/> <strong> Souley ONOHIOLO<\/strong><\/p>\n<p> <\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>Le messager<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gr&egrave;ve d&eacute;clench&eacute;e hier, lundi 25 f&eacute;vrier, n&rsquo;a v&eacute;ritablement ni t&ecirc;te ni queue. 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