{"id":5597,"date":"2008-03-11T22:03:06","date_gmt":"2008-03-11T21:03:06","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"866","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/866\/","title":{"rendered":"Rencontres au Cameroun"},"content":{"rendered":"\n\n\n<h3><span><\/p>\n<p>Rencontres au Cameroun ( Ou l&rsquo;imp&eacute;ralisme m&eacute;diatique se porte bien).<\/span><\/h3>\n<div class=\"posttext\">\n<div class=\"posttext-decorator1\">\n<div class=\"posttext-decorator2\">\n<p>&nbsp; Trois jours &agrave; Yaound&eacute;, capitale du Cameroun, l&rsquo;occasion de quelques rencontres passionnantes, et de quelques r&eacute;flexions.<br \/> Enfon&ccedil;ons d&rsquo;abord quelques portes ouvertes, mais oubli&eacute;es depuis longtemps : l&rsquo;imp&eacute;rialisme culturel existe toujours. Dans les ann&eacute;es 70, c&rsquo;&eacute;tait un sujet de d&eacute;bat r&eacute;pandu : comment rendre la parole aux peuples du tiers monde, comment les lib&eacute;rer de l&rsquo;information con&ccedil;ue par les nations qui les avaient colonis&eacute;es, et les irriguaient via les grandes agences de presse ? Le sujet a lass&eacute; les intellectuels et les m&eacute;dias occidentaux, alors qu&rsquo;il est plus d&rsquo;actualit&eacute; que jamais : les paraboles am&egrave;nent notre information dans tous les foyers du monde, et une seule cha&icirc;ne -Al Jazeera-, renverse un peu la vapeur en donnant un point de vue diff&eacute;rent, venu du Sud ( diff&eacute;rent, ma non troppo : sa version internationale est r&eacute;alis&eacute;e par une &eacute;quipe anglaise venue de la BBC).<br \/> Idem sur le front des radios, qui jouent un r&ocirc;le essentiel dans l&rsquo;information de tous les peuples de la terre. En Afrique francophone, c&rsquo;est souvent RFI qui domine les audiences et c&ocirc;t&eacute; anglophone, la BBC tient le m&ecirc;me r&ocirc;le. On peut s&rsquo;en r&eacute;jouir : ces radios sont exigeantes, professionnelles, de bon niveau, elles ouvrent l&rsquo;esprit de leurs auditeurs, elles les informent plus que bien. Aucun Etat africain, m&ecirc;me l&rsquo;Afrique du Sud, n&rsquo;aurait pas les moyens de se payer une information internationale de cette qualit&eacute;. Pour les Africains, si RFI et la BBC n&rsquo;existaient pas, la vie culturelle serait plus pauvre encore : c&rsquo;est une information gratuite, pr&eacute;sente partout, &agrave; tout moment de la journ&eacute;e, &eacute;cout&eacute;e dans tous les milieux, du gouvernement jusqu&rsquo;aux march&eacute;s populaires. On ne peut toutefois pas oublier que ces radios viennent des anciennes puissances coloniales, et celles ci les financent non pas dans un esprit de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, mais pour conserver leur influence culturelle sur les esprits du continent. Les Etats africains leurs ouvrent leurs &eacute;metteurs en FM, alors qu&rsquo;il est interdit en France d&rsquo;accueillir des radios ou t&eacute;l&eacute;visions dont le capital est majoritairement extra europ&eacute;en. Il est donc impossible l&eacute;galement de rendre la pareille aux radios africaines qui en exprimerait le d&eacute;sir, ainsi que me le fait remarquer Jean-Pierre Biyiti, ministre de la communication du Cameroun.. C&rsquo;est la que situe l&rsquo;imp&eacute;rialisme culturel, dans ce d&eacute;s&eacute;quilibre.<br \/> C&rsquo;est encore plus criant en t&eacute;l&eacute;vision, ou il est impossible de cr&eacute;er une industrie locale des programmes. &laquo; Vous savez ce qui est le plus choquant pour moi ? &raquo; me demande JP Biyiti, en me montrant un t&eacute;l&eacute;viseur &laquo; C&rsquo;est que sur ces cha&icirc;nes par satellites qui arrivent partout dans le pays, nous pouvons suivre les championnats de football de tous les pays europ&eacute;ens, mais qu&rsquo;il nous est impossible de voir les rencontres du championnat du Cameroun, parce que nous n&rsquo;avons pas les moyens financiers de les retransmettre. Les camerounais ne peuvent pas se reconna&icirc;tre &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, ils n&rsquo;y existent pas&raquo;. Le poids des cha&icirc;nes fran&ccedil;aises, diffus&eacute;es via Canal horizon, la filiale de Canal plus est &eacute;norme : TF1 ou France2 sont partout. Chacun suit donc religieusement les affaires internes fran&ccedil;aises, notamment les aventures des Sarkozy ( de ce point de vue la, difficile de penser que l&rsquo;int&eacute;gration culturelle des populations africaines puisse &ecirc;tre compliqu&eacute; en France). M&ecirc;me Direct 8 est diffus&eacute;e sur tout le continent, et ses &eacute;missions et animateurs y sont s&ucirc;rement bien plus populaires qu&rsquo;ici !<br \/> Corollaire du d&eacute;veloppement des radios, puis t&eacute;l&eacute;s priv&eacute;es depuis quinze ans : l&rsquo;effondrement des m&eacute;dias locaux et notamment de la presse locale. A la fin des ann&eacute;es 80, le Messager qui &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme le meilleur des quotidiens du Cameroun, le plus ind&eacute;pendant, celui qui r&eacute;sistait au pr&eacute;sident Paul Biya, et qui a oblig&eacute; le gouvernement &agrave; accepter de laisser parler les voix discordantes ( avec un prix &eacute;lev&eacute; : Pius Njawe son fondateur a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; 126 fois, condamn&eacute; 3 fois, il a pass&eacute; 10 mois en prison et seules les p&eacute;titions internationales ont r&eacute;ussi &agrave; le faire gracier par Paul Biya) et il subit toujours la col&egrave;re du gouvernement : sa nouvelle radio Freedom a &eacute;t&eacute; saccag&eacute;e il y a quelques temps, son mat&eacute;riel a &eacute;t&eacute; d&eacute;truit&hellip;et le gouvernement est s&ucirc;rement &agrave; l&rsquo;origine de ces probl&egrave;mes) ; le Messager, donc, vendait &agrave; 120 000 exemplaires par jour en 1990. Le tr&egrave;s officiel Cameroon Tribune gouvernemental &eacute;tait &agrave; 100 000 exemplaires. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la cata : Le messager vend moins de 10000 exemplaires &ndash; il est le plus vendu des journaux priv&eacute;s- et il ne survit que parce que Pius a cr&eacute;&eacute; une agence de conseil en communication. Le Tribune est &agrave; 20 000 avec les abonnements obligatoires des minist&egrave;res et administrations&hellip;Il y a des dizaines de quotidiens, mais aucun ne vend beaucoup. Pour survivre, les journalistes se font payer les articles, ou ils menacent les personnalit&eacute;s d&rsquo;articles calomnieux&hellip;sauf r&eacute;mun&eacute;ration avant publication, qui garantit la destruction de l&rsquo;article. La presse est donc &agrave; la fois tr&egrave;s virulente, mais pas exacte, et les exc&egrave;s de la presse de caniveau menace l&rsquo;image de la presse d&rsquo;opposition, qui d&eacute;nonce la vraie corruption. (On appelle &laquo; killavisme &raquo;, m&rsquo;apprend Pius Njawe, cette tactique : quand un journal s&eacute;rieux d&eacute;nonce un scandale gouvernemental, une pol&eacute;mique est lanc&eacute;e dans le presse de caniveau, financ&eacute;e parfois par les officiels, pour d&eacute;tourner le regard des gens vers un autre point annexe et superficiel). Jean-Pierre Biyiti &ndash; qui est loin d&rsquo;&ecirc;tre innocent sur ces questions, en tant qu&rsquo;adversaire de Pius Njawe-, pense que pour r&eacute;soudre ce probl&egrave;me, il faudrait cr&eacute;er une agence de presse camerounaise, qui fournirait en info locale s&eacute;rieuse les quotidiens&hellip;mais cette solution ne serait pas id&eacute;ale parce que l&rsquo;agence serait contr&ocirc;l&eacute;e par l&rsquo;Etat, qui n&rsquo;est pas un mod&egrave;le de d&eacute;mocratie. Comme l&rsquo;Etat n&rsquo;a pas les moyens de financer une agence de presse, le probl&egrave;me se r&eacute;sout de lui m&ecirc;me : les quotidiens font leur propre info, plus ou moins s&eacute;rieuse, ou recopi&eacute;e des m&eacute;dias occidentaux.<br \/> L&rsquo;influence de la presse s&eacute;rieuse a donc s&eacute;v&egrave;rement d&eacute;clin&eacute; au fil des ans : la faute &agrave; la chute du pouvoir d&rsquo;achat. Le Cameroun avait r&eacute;duit les salaires des fonctionnaires de 70% au d&eacute;but des ann&eacute;es 90, puis la d&eacute;valuation du franc CFA a de nouveau r&eacute;duit de moiti&eacute; le pouvoir d&rsquo;achat. Le pays ne s&rsquo;en est jamais remis : comme un salaire &laquo; moyen &raquo; ne permet plus de vivre, les fonctionnaires doivent demander des bakchichs &agrave; tout le monde, ce qui g&eacute;n&eacute;ralise la corruption, et par ailleurs, pour acheter un quotidien vendu 300 francs CFA, soit un demi euro, il faut appartenir aux lasses moyennes sup&eacute;rieures. Les pauvres ont donc la radio, donc RFI&hellip;on y revient &agrave; l&rsquo;imp&eacute;rialisme culturel. Une information de tr&egrave;s bon niveau, mais qui n&rsquo;est pas dict&eacute;e par les pr&eacute;occupations locales. C&rsquo;est sa force et sa faiblesse.<\/p>\n<p>Claude Soula<\/p>\n<p>Diffus&eacute; le <\/p>\n<h2 class=\"date\"><span>22.10.2007 <br \/>http:\/\/claude-soula.blogs.nouvelobs.com\/<br \/><\/span><\/h2>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rencontres au Cameroun ( Ou l&rsquo;imp&eacute;ralisme m&eacute;diatique se porte bien). &nbsp; Trois jours &agrave; Yaound&eacute;, capitale du Cameroun, l&rsquo;occasion de quelques rencontres passionnantes, et de quelques r&eacute;flexions. Enfon&ccedil;ons d&rsquo;abord quelques portes ouvertes, mais oubli&eacute;es depuis longtemps : l&rsquo;imp&eacute;rialisme culturel existe toujours. 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