{"id":5657,"date":"2008-03-20T11:47:20","date_gmt":"2008-03-20T10:47:20","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"927","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/927\/","title":{"rendered":"Ces morts de Conakry qui accusent"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"> <\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em>   <\/em><\/span><\/p>\n<p> Il faut comprendre dans cette &eacute;ph&eacute;m&egrave;re oraison fun&egrave;bre, les brouilles de mes larmes inconsolables pour nos enfants morts &agrave; Conakry. Ainsi, demandera un enfant dans cent ans, une vingtaine de jeunes Camerounais moururent en R&eacute;publique de Guin&eacute;e (Conakry), dans leur qu&ecirc;te du savoir, dans leur course vers les qualifications sup&eacute;rieures, dans leur volont&eacute; de trouver peut-&ecirc;tre en ces cieux &eacute;trangers &agrave; leurs foyers naturels, ce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas pu trouver r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; la maison.<br \/> Non, les accusations ne sont jamais bonnes sur les lieux de mort. Non, les accusations des morts, sont silencieuses, mais dures, d&eacute;rangeantes, invivables parfois, mais d&rsquo;une v&eacute;rit&eacute; impardonnables et imbattables. Comment donc avons nous pu ainsi construire un pays pendant plus d&rsquo;un demi si&egrave;cle, en continuant de faire de l&rsquo;entr&eacute;e dans une simple &eacute;cole de m&eacute;decine un tabou ? Mais comment avons nous laisser s&rsquo;en aller tant de petits gamins, parce que nous ne voulions pas mettre en place les structures appropri&eacute;es pour leur &eacute;mancipation professionnelle dans tous les domaines ? Comment supportons nous encore qu&rsquo;il soit imp&eacute;ratif de s&rsquo;expatrier pour accomplir un r&ecirc;ve de devenir pharmacien ? Comment donc expliquer, que tant de petits g&eacute;nies se soient planqu&eacute;s chez les autres, avec peu de chance de nous revenir ?<br \/> La douleur de cette jeune maman nous accuse, la maman de cette jeune fille de cinqui&egrave;me ann&eacute;e de m&eacute;decine, morte engloutie par des eaux vengeresses et rageuses, comme pour signifier &agrave; toute la soci&eacute;t&eacute; camerounaise, qu&rsquo;elle n&rsquo;a cess&eacute; de se tromper depuis 1960, qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais pris le bon chemin, et que sa jeunesse &agrave; travers les cadavres, demandera des comptes. Comment arr&ecirc;ter donc les sanglots de ce p&egrave;re, qui ne reverra plus jamais son fils dont le corps est devenu un repas gratuit pour toutes sortes de pr&eacute;dateurs des mers ?<br \/> Si la r&eacute;alit&eacute; de nos jours fonde les peuples &agrave; juger leurs gouvernants et &agrave; demander des comptes, notre cas rel&egrave;ve d&rsquo;une gravit&eacute; sans pareil. Rien ne justifie que des milliers de fils et de filles de ce pays en soient &agrave; s&rsquo;enfuir pour aller chercher une formation ailleurs, y compris sous des cieux moins cl&eacute;ments et s&eacute;v&egrave;res. Dans les rues de Dakar, dans les all&eacute;es des campus de Lom&eacute;, Cotonou, Bamako, Kinshasa, Madagascar, etc., il sont des centaines, reprenant les m&ecirc;mes refrains de l&rsquo;expatriation pour cause de discrimination, pour cause de subjectivisme dans les concours et les recrutements dans la fonction publique.<br \/> Je n&rsquo;encouragerai personne &agrave; fuir tant son pays, tant tout nous donne raison sur le fait que nul ne saurait abandonner &agrave; autrui, le soin de construire sa maison et de corriger les justices sous son toit. Pourtant, je proc&eacute;derai d&rsquo;une injustice condamnable, d&rsquo;une myopie volontaire et d&rsquo;une malhonn&ecirc;tet&eacute; inexcusable, si je me refuse &agrave; comprendre le sens du message de ces partants, de ces morts.<br \/> Les morts de Conakry nous accusent, pour avoir jou&eacute; avec le destin d&rsquo;un peuple, laissant bien souvent les d&eacute;cisions qui sont bonnes, pour orchestrer les mauvaises, parce que nous redoutons telle ou telle ethnie, telle ou telle personne. Il est arriv&eacute;, semble-t-il, que des lois soient &eacute;dict&eacute;es dans un pays, juste pour nuire &agrave; un individu. Il est arriv&eacute; que pour une famille, une poign&eacute;e d&rsquo;amis, un clan ou m&ecirc;me une secte, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de tout le pays fut brad&eacute;, vendu &agrave; vil prix, balanc&eacute; dans une poubelle de l&rsquo;histoire, ou enferm&eacute; dans un coffre herm&eacute;tique.<br \/> Les morts de Conakry nous accusent, et r&eacute;citent &agrave; notre attention, les nombreuses mises en garde que certains vont entendre de la bouche des chefs de culte tous les dimanches, et continuent de faire comme si la terre appartenait &agrave; leur famille ou &agrave; leur village. Il ne faut pas aller chercher plus loin dans la mer, les causes de ces morts qui n&rsquo;ont besoin ni d&rsquo;autopsie, ni de livret m&eacute;dical, ni de bilan de leurs vaccins. Nous en sommes la cause unique, nous, nous notre syst&egrave;me de gouvernance depuis cinquante ans avec ses impr&eacute;visions, ses oublis, ses haines et ses errements explicites ou implicites. A un jeune qui me montrait comment l&rsquo;on avait pass&eacute; le temps &agrave; affecter ses notes de deuxi&egrave;me ann&eacute;e de droit &agrave; une charmante &eacute;tudiante qui n&rsquo;avait jamais mis les pieds &agrave; la fac et qui passait brillamment ses examens, j&rsquo;ai &eacute;cras&eacute; secr&egrave;tement une larme en silence, des larmes de d&eacute;sespoir, des larmes qui accusent.<br \/> Les morts de Conakry nous accusent, parce que dans la lecture du monde et dans la conduite de notre soci&eacute;t&eacute;, la pr&eacute;dation est le mod&egrave;le d&rsquo;action et de r&eacute;f&eacute;rence d&eacute;pos&eacute;. Nous avions b&acirc;ti une Constitution il y a moins d&rsquo;un temps, moins d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration. Mais voici que sous des pr&eacute;textes confus, touffus et battus, des sir&egrave;nes d&rsquo;une am&egrave;re insolence, nous pressent de la jeter tant&ocirc;t &agrave; la poubelle, tant&ocirc;t de la br&ucirc;ler, tant&ocirc;t de l&rsquo;adapter &agrave; des humeurs folles sans r&eacute;el justification pour le peuple pauvre de Dieu qui n&rsquo;a ni arm&eacute;e, ni police, ni montagne de billets de banque pour signifier son refus. Comment dire &agrave; ces m&ecirc;mes ap&ocirc;tres de tous nos malheurs et de toutes les causes de notre mort prochaine, que la r&eacute;vision de la Constitution dans leur esprit et dans leur sens, fait partie de ce que ces enfants de Conakry ont cru fuir ?<br \/> Les morts de Conakry nous accusent, pour notre hypocrisie ambiante, consistant &agrave; proclamer la solidit&eacute; de la R&eacute;publique et de l&rsquo;Etat de droit, en violant nos propres lois chaque jour, en laissant libre cours &agrave; la g&eacute;n&eacute;ralisation d&rsquo;une id&eacute;ologie du vol, de l&rsquo;argent facile, et aux doctrines des sectes qui ne croient plus qu&rsquo;en la force, au mat&eacute;riel, et la perdition du corps et de l&rsquo;esprit. Les enfants ne reviendront pas, parce qu&rsquo;ils ne sont plus membres des &ecirc;tres vivants qui aspirent et r&ecirc;vent d&rsquo;un lendemain m&ecirc;me incertain. Les enfants sont morts, pour exprimer une cause tr&egrave;s grave, celle de l&rsquo;immigr&eacute; involontaire qui s&rsquo;en va le sac au dos, avec la promesse de revenir p&eacute;tri de force, de culture, de comp&eacute;tence et de m&eacute;rite pour d&eacute;fier ceux qui les ont contraint dans cette gal&egrave;re.<br \/> Les morts de Conakry accusent, tous ceux qui, imbus et repus, ils n&rsquo;entrevoient pour demain, que la continuit&eacute; de leurs privil&egrave;ges, de leurs pouvoirs et de leur domination. Non, ne dites pas de ces morts qu&rsquo;ils sont morts. Dites de ces morts qu&rsquo;ils se sont sacrifi&eacute;s sur l&rsquo;autel des &eacute;go&iuml;smes vengeurs, qu&rsquo;ils se sont &eacute;lev&eacute;s en martyrs des temps, pour purifier volontairement ou involontairement, une soci&eacute;t&eacute; que nous avons d&eacute;truite. Nous sommes un scandale naturel par notre richesse, mais au lieu d&rsquo;en profiter, nous avons transform&eacute; notre destin en scandale tout court. <br \/> Les morts de Conakry nous accusent et nous imposent des le&ccedil;ons, au bout des indispensables condol&eacute;ances. A chaque parent sa douleur, que nous ne pourrons jamais partager jusqu&rsquo;au bout de leurs souffrances. Pourtant, c&rsquo;est un pays qui est par ces morts, &agrave; nouveau mis en cause, plant&eacute; dans le d&eacute;cor des impr&eacute;visions et des accusations. Courage, mon cher Cameroun.<br \/> Une fois n&rsquo;est pas coutume. Le gouvernement camerounais a d&egrave;s l&rsquo;annonce de ce drame, pris des mesures qui ne sont pas habituelles dans sa pratique connue &agrave; ce jour. Il faut rendre honn&ecirc;tement &agrave; C&eacute;sar ce qui lui appartient, et lui savoir gr&eacute; dans ces circonstances dramatiques, de s&rsquo;&ecirc;tre pour une fois manifest&eacute; avec le genre de promptitude que les citoyens sont en droit d&rsquo;attendre de leur gouvernement. Pourvu que demain soit diff&eacute;rent, et qu&rsquo;au del&agrave;, le message et les accusations de Conakry soient entendus !<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>Par  SHANDA  TONME<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut comprendre dans cette &eacute;ph&eacute;m&egrave;re oraison fun&egrave;bre, les brouilles de mes larmes inconsolables pour nos enfants morts &agrave; Conakry. 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