{"id":5710,"date":"2008-03-31T19:07:27","date_gmt":"2008-03-31T17:07:27","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/979\/","title":{"rendered":"Une si longue marche"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span><br \/><\/span><\/p>\n<p class=\"style23\">\n<p class=\"texte\">Les arts et la litt&eacute;rature sont consid&eacute;r&eacute;s dans notre pays comme un suppl&eacute;ment d&rsquo;&acirc;me. Sans que l&rsquo;on cherche &agrave; comprendre combien cette activit&eacute; humaine ; o&ugrave; l&rsquo;imaginaire peut se construire son monde, o&ugrave; l&rsquo;&eacute;motion peut avoir sa rationalit&eacute; et o&ugrave; l&rsquo;histoire d&rsquo;un peuple peut dire, gr&acirc;ce &agrave; des formes esth&eacute;tiques, la puissance de tous les possibles d&rsquo;une civilisation. En donnant aux arts la place d&rsquo;un parent pauvre &agrave; qui on offre un simple gobelet d&rsquo;eau, les pouvoirs publics camerounais ont p&ecirc;ch&eacute; par insouciance ou alors par absence de conscience. Car, les &oelig;uvres d&rsquo;art, tout comme ceux qui les produisent, sont un axe fondamental dans la construction de la m&eacute;moire collective, l&rsquo;&eacute;laboration de valeurs partag&eacute;es et la capacit&eacute; d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; &agrave; donner sa place &agrave; la subversion.<\/p>\n<p> Les &eacute;v&eacute;nements de la semaine ont &eacute;t&eacute; &eacute;mouvants, mais d&rsquo;in&eacute;gale importance. Quelques-uns : le colloque sur l&rsquo;enseignement des arts au Cameroun et la mort de deux &eacute;rudits, deux esth&egrave;tes, reposent la question de la place des arts et de l&rsquo;esth&eacute;tique dans la soci&eacute;t&eacute; camerounaise. La mort de deux esth&egrave;tes : le P&egrave;re Meinrad Hebga et S&eacute;verin C&eacute;cile Abega, doit r&eacute;activer la question capitale de l&rsquo;enseignement des arts, la place et le sens qu&rsquo;on leur doit. Car dans une soci&eacute;t&eacute; boulevers&eacute;e, l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art reste le meilleur m&eacute;dia pour construire les marqueurs d&rsquo;identit&eacute;. Parce que, faisant appel &agrave; la sensibilit&eacute;, &agrave; l&rsquo;affectivit&eacute;, la relation subjective, &agrave; la sublimation qui sont autant de facteurs structurants de l&rsquo;intelligence humaine et surtout des valeurs d&rsquo;une<br \/> civilisation. Les Am&eacute;ricains l&rsquo;avaient si bien compris que pour d&eacute;velopper leur h&eacute;g&eacute;monie sur les autres civilisations du monde, ils prirent le cin&eacute;ma comme instrument de diffusion de leurs fantasmes et repr&eacute;sentation du monde pour les projeter sur le monde. L&rsquo;Afrique, n&rsquo;a, semble-t-il, jamais voulu prendre conscience de l&rsquo;importance des arts. Et m&ecirc;me si, de mani&egrave;re sibylline, le chef de l&rsquo;Etat fit r&eacute;f&eacute;rence au caract&egrave;re imm&eacute;morial et intemporel de l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art, les politiques culturelles n&rsquo;ont jamais esquiss&eacute;, voire m&ecirc;me effleur&eacute;, une vision du monde, une philosophie de l&rsquo;art pour affirmer une certaine esth&eacute;tique de la vie. Au moment o&ugrave; explose comme une bombe la douleur de la mort du P&egrave;re Hebga, une dynamique est en marche et va prendre durant la p&eacute;riode allant du 17 au 27 mars. La semaine de la francophonie va prendre un tour particulier au Cameroun, en choisissant de rendre compte des activit&eacute;s des entrepreneurs culturels et, surtout, en prolongeant une r&eacute;flexion, pour donner corps &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de la cr&eacute;ation dans les prochaines ann&eacute;es d&rsquo;un Institut des beaux-arts &agrave; Douala.<br \/> En somme, loin de prendre attache avec la langue et de lui donner des ressorts qu&rsquo;elle ne peut plus avoir en Afrique, les promoteurs de la francophonie vont utiliser l&rsquo;espace, cet aire &rdquo;g&eacute;ographique qui a en commun l&rsquo;usage du fran&ccedil;ais&rdquo; qui d&eacute;finit des lieux d&rsquo;&eacute;laboration du politique pour panser les plaies qui font mal &agrave; la culture camerounaise et &agrave; ses modes d&rsquo;expression. <\/p>\n<p> Ainsi, pendant une semaine, des experts, plasticiens, historiens de l&rsquo;art, m&eacute;c&egrave;nes, amoureux de l&rsquo;art et enseignants vont plancher sur un d&eacute;fi : construire un Institut pour l&rsquo;enseignement des beaux-arts &agrave; Douala, entendu comme enseignements des arts plastiques et visuels, des arts de la sc&egrave;ne ( th&eacute;&acirc;tre, musique et danse), de l&rsquo;architecture et de l&rsquo;urbanisme, de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, de l&rsquo;anthropologie des arts et de leurs formes distinctives, leurs significations du point de vue des civilisations n&egrave;gres, la s&eacute;miologie des arts et leur historiographie et, enfin, les technologies de production des &oelig;uvres d&rsquo;art : photo, vid&eacute;o, cin&eacute;ma . En s&rsquo;appuyant sur une exp&eacute;rience riche de mille couleurs, de plusieurs palettes et, surtout, des acteurs d&eacute;cid&eacute;s &agrave; en d&eacute;coudre avec l&rsquo;approximation. Au cours de cette semaine, on d&eacute;couvrira la richesse de ces cycles de formation qui s&rsquo;inspirent de la tradition des disciples, du compagnonnage, de l&rsquo;autor&eacute;gulation initi&eacute;e par des artistes comme Goddy Leye, M&rsquo;Boko La griffe et autres Koko Komogne, en m&ecirc;me temps que l&rsquo;on se rendra compte que les galeries d&rsquo;art contemporain &#8211; comme Doual&rsquo;Art, Bonapiiso Center Of The Arts ou Africr&eacute;&rsquo;art- plut&ocirc;t que de se contenter de faire des exhibitions, vont donner mati&egrave;re &agrave; la r&eacute;flexion, &agrave; l&rsquo;observation et accompagner la formation des plasticiens. Cette situation particuli&egrave;re se retrouve au fond dans tous les domaines des arts. N&rsquo;est-ce pas la m&ecirc;me pr&eacute;occupation qui a d&eacute;cid&eacute; depuis trois ans, un bassiste de renom, Aladji Tour&eacute;, de mettre en place des master class ? Une initiative qui pose l&rsquo;exigence de la cr&eacute;ation d&rsquo;un conservatoire, mais aussi d&rsquo;un Institut des beaux-arts ? N&rsquo;est-ce pas le sens de toutes ces initiatives o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;est rendu compte que la transmission des savoirs et leur organisation sont indispensables &agrave; toute construction sociale et identitaire. Cette esth&eacute;tique a fa&ccedil;onn&eacute; l&rsquo;&oelig;uvre des d&eacute;funts : Hebga et S&eacute;verin C&eacute;cile Abega ? Pionniers, les deux hommes avaient pens&eacute; th&eacute;oriser sur l&rsquo;esth&eacute;tique avant de s&rsquo;impliquer, comme ce fut le cas pour S&eacute;verin C&eacute;cile Abega &agrave; l&rsquo;&eacute;criture d&rsquo;une oeuvre d&rsquo;art. Ses contemporains savent combien il fut utile et de quelle qualit&eacute; fut son travail ? Comme en t&eacute;moignent ces deux extraits, expression d&rsquo;une prospective qui donne la dimension de l&rsquo;apport d&rsquo;un savant iconoclaste : S&eacute;verin C&eacute;cile Abega. Fran&ccedil;ois Bingono-Bingono se rappelle : &ldquo; J&rsquo;ai fait la rencontre de S&eacute;verin C&eacute;cile Abega en 1980 lorsque je m&rsquo;inscris &agrave; la Facult&eacute; des lettres et sciences humaines de l&rsquo;universit&eacute; de Yaound&eacute;, pour faire des &eacute;tudes de l&rsquo;art th&eacute;&acirc;tral. Ecrivain de renom &agrave; cette &eacute;poque-l&agrave;, &eacute;tait tr&egrave;s int&eacute;ress&eacute; &agrave; la dramaturgie, mais n&rsquo;avait pas encore trouv&eacute; des personnes habilit&eacute;es &agrave; monter ses textes. C&rsquo;est au th&eacute;&acirc;tre universitaire o&ugrave; il va participer &agrave; 70% &agrave; l&rsquo;&eacute;criture de &rdquo;Meyong Meyeme au royaume des morts&rdquo;, que nos accointances voient le jour. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;un de mes enfants porte son nom. Une preuve de l&rsquo;amiti&eacute; qui nous lie. Il a &eacute;t&eacute; plus tard l&rsquo;inspirateur des textes que ma troupe Alabado Th&eacute;&acirc;tre met en sc&egrave;ne &rdquo;. Jean Warnier : &ldquo; La longue marche de la modernit&eacute; africaine &agrave; laquelle participent les intellectuels africains, et sur laquelle Jean Copans attira l&rsquo;attention des africanistes en 1990 ne semble pas pr&egrave;s de prendre fin et de d&eacute;boucher sur leur participation au d&eacute;bat public &agrave; la mesure de leurs comp&eacute;tences et de leurs engagements. Dans un pays aussi politiquement sinistr&eacute; que le Cameroun, deux universitaires, l&rsquo;un, S&eacute;verin C&eacute;cile Abega, parviennent &agrave; publier sur place, avec les moyens locaux, des livres qui s&rsquo;inscrivent dans les d&eacute;bats publics qui agitent leur pays et l&rsquo;Afrique autour des questions de lutte contre la pauvret&eacute;, de patrimonialisation de la tradition, de dynamiques nationales et identitaires. Publi&eacute; aux &Eacute;ditions Cl&eacute; (protestantes) &agrave; Yaound&eacute;, Soci&eacute;t&eacute; civile et r&eacute;duction de la pauvret&eacute; d&eacute;nonce la scl&eacute;rose des &eacute;crits africains consacr&eacute;s au proc&egrave;s de la colonisation et la st&eacute;rilit&eacute; des d&eacute;bats sur le &ldquo; d&eacute;veloppement &rdquo;. Au fil de ses cinq chapitres, le livre, remarquablement document&eacute; (l&rsquo;index des sigles et abr&eacute;viations compte 133 entr&eacute;es qui d&eacute;signent les acteurs concern&eacute;s), explore une &agrave; une les dimensions de la confrontation entre une soci&eacute;t&eacute; civile embryonnaire, un &Eacute;tat &agrave; la d&eacute;rive et une nation qui se cherche depuis plus de cent ans &rdquo;. Une nation qui se cherche depuis cent ans. Et sans doute plus. Une nation qui vibre pourtant sous un tel fourmillement artistique tel qu&rsquo;elle ne peut pas sombrer. <\/p>\n<p> Si seulement elle voulait s&rsquo;en donner la peine, en laissant aux beaux-arts la place qui leur revient. Et si, enfin, elle avait conscience que cette sensibilit&eacute; que la diffusion et la consommation d&rsquo;une oeuvre d&rsquo;art produisent, cette rencontre inattendue, comme l&rsquo;&eacute;crivit Malraux, est un &eacute;l&eacute;ment strat&eacute;gique fondamental dans la construction d&rsquo;une Nation. Le monopole coercitif exerc&eacute; par Ahidjo, puis Biya par la suite, pour soumettre les citoyens a &eacute;t&eacute; un &eacute;chec. Le droit de dire et de r&ecirc;ver, le d&eacute;sir de croire &agrave; d&rsquo;autres futurs, tout cela est possible, avec ce mouvement que l&rsquo;on sent : ces intellectuels qui fabriquent de nouveaux concepts et pensent par d&rsquo;autres paradigmes, comme S&eacute;verin C&eacute;cile Abega et Meinra&aelig;d Hebga, ces tableaux que l&rsquo;on expose, ces musiques que l&rsquo;on &eacute;coute, ces auteurs que l&rsquo;on lit, qui b&acirc;tissent un ailleurs futile et utile pour que change le quotidien. L&rsquo;actualit&eacute; a eu des soubresauts dont les mouvements sont rest&eacute;s paralys&eacute;s par ces quotidiens sans des lendemains qui chantent et dont les esp&egrave;ces sonnantes et tr&eacute;buchantes manquent &agrave; l&rsquo;appel, pour faire sourire les familles. Mais, il y a ces &eacute;v&eacute;nements qui n&rsquo;ont pas l&rsquo;air de compter et qui, pourtant, s&rsquo;inscrivent de mani&egrave;re subliminale dans l&rsquo;inconscient. Subrepticement, ils instillent en vous le sens du beau, le go&ucirc;t de l&rsquo;esth&eacute;tique. Avec finesse, ils vous font d&eacute;couvrir, au d&eacute;tour d&rsquo;une &eacute;motion, votre sensibilit&eacute;, votre puissance d&rsquo;&eacute;vocation. Comme des moments de paix, c&rsquo;est vraiment une si longue marche ! <\/p>\n<p> Suzanne Kala-Lob&eacute;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les arts et la litt&eacute;rature sont consid&eacute;r&eacute;s dans notre pays comme un suppl&eacute;ment d&rsquo;&acirc;me. 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