{"id":5872,"date":"2008-05-13T15:08:00","date_gmt":"2008-05-13T13:08:00","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1143","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1143\/","title":{"rendered":"L\u2019am\u00e8re patrie"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"> <\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em> L&rsquo;ann&eacute;e 2008 a mal commenc&eacute; pour le Cameroun, comme se sont du reste mal lev&eacute;s les soleils des ind&eacute;pendances dans le ciel des Afriques. Vous qui lirez ces mots, prenez-les pour ce qu&rsquo;ils sont : un cri du c&oelig;ur d&rsquo;un enfant d&rsquo;Afrique qui se souvient&hellip; <\/em><\/span><\/p>\n<p> Cette ann&eacute;e 2008 marque en effet le cinquanti&egrave;me anniversaire de la d&eacute;colonisation et, pour les Camerounais, elle rappelle &agrave; nos m&eacute;moires la mort violente d&rsquo;un r&eacute;sistant. Mais voil&agrave;, cinquante ans apr&egrave;s, cinquante longues ann&eacute;es apr&egrave;s les combats men&eacute;s par nos h&eacute;rauts pour la libert&eacute; et pour la ma&icirc;trise de notre destin, o&ugrave; en sommes-nous ? Quel h&eacute;ritage avons-nous re&ccedil;u ? Qu&rsquo;en avons-nous fait ? Quels actifs laisserons-nous &agrave; notre tour aux g&eacute;n&eacute;rations futures ? &Agrave; ces questions, suivent d&rsquo;autres, plus cruelles encore, pour qui veut continuer &agrave; ausculter le malingre corps collectif que nous tra&icirc;nons de cliniques occidentales en h&ocirc;pitaux chinois. Quelle comm&eacute;moration utile nous pr&eacute;parons-nous &agrave; rendre &agrave; ceux qui, comme Um Nyob&egrave;, tomb&egrave;rent sous les balles de l&rsquo;oppresseur ? Quels bilans ou interrogations prospectives sommes-nous donc pr&ecirc;ts &agrave; r&eacute;aliser afin de regarder notre pass&eacute; sans complaisance avant de nous tourner vers l&rsquo;avenir sans r&eacute;ticence ? <br \/> Du nord comme au sud du continent africain, &agrave; quelques rares exemptions pr&egrave;s, ce sont des larmes d&rsquo;indigence qui coulent, ce sont des lamentations horrifi&eacute;es qui s&rsquo;&eacute;tirent en longs sanglots d&eacute;plorant la famine qui menace ou les abominations et autres guerres qui perdurent. Sus &agrave; l&rsquo;am&egrave;re patrie ! La ritournelle r&eacute;sonne souvent aux oreilles des humains pri&eacute;s de voler au secours des supplici&eacute;s et des souffreteux de l&rsquo;Afrique. <br \/> Et pourtant&hellip;<br \/> Il revient g&eacute;n&eacute;ralement aux dirigeants responsables de prot&eacute;ger leur peuple. Ils s&rsquo;av&egrave;rent plus enclins &agrave; les terroriser qu&rsquo;&agrave; tenir leur rang. Ils devraient pourtant assumer les charges inh&eacute;rentes &agrave; leurs fonctions, g&eacute;rer de mani&egrave;re irr&eacute;prochable les biens nationaux, assurer l&rsquo;impartialit&eacute; de l&rsquo;Etat et la paix sociale, veiller &agrave; la bonne administration de la chose publique et au fonctionnement r&eacute;gulier des pouvoirs &eacute;tablis. Tout cela, je vous l&rsquo;accorde, est connu. Il leur revient aussi de pr&eacute;voir. Or, nous avons le sentiment que tout pouvoir que nous observons est d&rsquo;ordinaire englu&eacute; dans l&rsquo;impr&eacute;voyance et para&icirc;t davantage subir les &eacute;v&eacute;nements qu&rsquo;il ne les anticipe. D&eacute;boussol&eacute; en permanence, il s&rsquo;av&egrave;re ainsi incapable de faire face aux versatilit&eacute;s de la conjoncture et demeure incapable d&rsquo;en corriger les effets n&eacute;gatifs, laissant cette activit&eacute; aux humanitaires ou &agrave; la compassion extra-africaine. <br \/> Et pourtant&hellip; <br \/> Le bon sens, le simple bon sens, nous apprend qu&rsquo;il appartient aux dirigeants responsables de proposer &agrave; leur pays, lorsque la situation le requiert, un ordre du jour comprenant les dates et les grands th&egrave;mes qui lui permettront de mieux savoir d&rsquo;o&ugrave; il vient pour mieux se propulser vers des horizons plus prometteurs. H&eacute;las, cette mani&egrave;re d&rsquo;appr&eacute;hender le monde et de faire face aux impr&eacute;vus est la chose la moins d&eacute;sir&eacute;e en Afrique ! Au regard de ce qui se passe aujourd&rsquo;hui au Cameroun, force est de constater que des drames se profilent &agrave; l&rsquo;horizon et pourtant, l&rsquo;inconscience du pouvoir sid&egrave;re pendant qu&rsquo;une forme d&rsquo;abattement, une r&eacute;signation au malheur et un flot d&rsquo;amertume prosp&egrave;rent. L&rsquo;agenda de la nation, celui qui aurait d&ucirc; donner foi en la m&egrave;re patrie, ne comporte qu&rsquo;un seul th&egrave;me, un seul sujet, une unique pr&eacute;occupation : le sort en 2011 du guide isol&eacute; de Mvomeka. Est-ce le bon sujet ? Non ! La vampirisation du d&eacute;bat national fonctionne &agrave; plein autour d&rsquo;un absent, autour d&rsquo;une ombre n&rsquo;ayant que son image en vue et rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<p> <strong>D&eacute;bat public<\/strong><br \/> Il a donc r&eacute;sult&eacute; de cette focalisation, ruineuse en &eacute;nergies cr&eacute;atrices et dispendieuse en termes de ressources humaines abusivement inoccup&eacute;es, une obstruction volontaire et programm&eacute;e du d&eacute;bat public. En jouant avec une constitution -dont une partie a &eacute;t&eacute; proclam&eacute;e inapplicable par celui qui l&rsquo;a promulgu&eacute;e et qui est tenu d&rsquo;en garantir le respect et l&rsquo;application-, nous sommes de nouveau entr&eacute;s dans la zone grise o&ugrave; l&rsquo;avenir d&rsquo;un peuple s&rsquo;&eacute;tiole, s&rsquo;opacifie. Il &eacute;tait clair, depuis le nouveau mill&eacute;naire, que le Cameroun marchait sur la t&ecirc;te car fonctionnant avec un instrument fant&ocirc;me de r&eacute;gulation des pouvoirs. Il n&rsquo;existait pas ou, &agrave; tout le moins, la constitution en vigueur (laquelle ? dites-moi quelle est la v&eacute;ritable charte fondamentale et de r&eacute;f&eacute;rence au Cameroun !), n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un squelette fantomatique issu des accords de 1996 ; ils avaient pour but de mettre honorablement fin aux contestations politiques et sociales qui avaient secou&eacute; le pays en 1991. Souvenons-nous que lors de cette p&eacute;riode, des forces sociales (les sauveteurs), des forces artistiques (des musiciens) des forces intellectuelles, journalistiques et &eacute;conomiques (C&eacute;lestin Monga et Pius Njaw&eacute;, pour ne citer que ces deux exemples) coalis&egrave;rent dans une r&eacute;futation in&eacute;dite de la confiscation du r&eacute;cit national. Une nation, comme dirait C&eacute;saire, &laquo; n&rsquo;est pas une taie d&rsquo;eau morte. &raquo; Elle survit &agrave; sa momification. <br \/> La modification de la constitution survenue le 10 avril dernier prouve, une fois de plus, que la r&eacute;forme de 1996 n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; qu&rsquo;une monnaie de singe n&eacute;gligemment jet&eacute;e au peuple par un pouvoir expert en rouerie et peu concern&eacute; par l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;une vision de prosp&eacute;rit&eacute; et de concorde nationale. L&rsquo;actuelle modification, ex&eacute;cut&eacute;e selon le bon plaisir et la convenance personnelle du chef de l&rsquo;Etat, nous fait comprendre, r&eacute;trospectivement, que 1996 fut un march&eacute; de dupes. Dans un tel cadre, ou mieux, dans un tel &Eacute;tat sans cadre, c&rsquo;est-&agrave;-dire sans constitution, &agrave; travers le m&eacute;cano institutionnel actuel r&eacute;duit aux entourloupes et aux mistigris, l&rsquo;&Eacute;tat existe-t-il encore ? La pr&eacute;sidence existe-t-elle encore ? Tout laisse &agrave; croire que la menace la plus grande, dans le climat d&eacute;l&eacute;t&egrave;re o&ugrave; les auteurs du putsch institutionnel d&rsquo;avril ont conduit le pays, sera un jour de consid&eacute;rer, pour la premi&egrave;re fois au monde, que les dirigeants d&rsquo;un pays n&rsquo;auront pas exist&eacute;. <br \/> En effet, en regardant de plus pr&egrave;s les transformations constitutionnelles de la d&eacute;cennie &eacute;coul&eacute;e, comment qualifiera-t-on un r&eacute;gime ayant renonc&eacute; &agrave; mettre en &oelig;uvre les &eacute;l&eacute;ments contenus dans la constitution ? En l&rsquo;esp&egrave;ce, il s&rsquo;agissait de l&rsquo;&eacute;tablissement du S&eacute;nat. Mais la seconde chambre parlementaire consacrant le pouvoir des assembl&eacute;es traditionnelles ou religieuses n&rsquo;a jamais vu le jour. Elle a englouti des &eacute;nergies et les faiseurs de miracles pour eux-m&ecirc;mes y ont trouv&eacute; une formidable aubaine &agrave; extorsion d&rsquo;argent. Pourtant cette chambre des autorit&eacute;s traditionnelles et des sages &eacute;tait n&eacute;cessaire pour un &eacute;quilibre entre les veilleurs traditionnels et les modernistes. Les autorit&eacute;s traditionnelles ou cultuelles sont tol&eacute;r&eacute;es, parfois redout&eacute;es (Le sultanat de Bamoun ou le Lamido de Garoua) voire reconnues de fait, tout en &eacute;tant d&eacute;pourvues de toute onction constitutionnelle. La r&eacute;forme de 1996 aurait donc pu constituer une avanc&eacute;e significative. Elle a &eacute;t&eacute; ruin&eacute;e de son ambition&hellip; faute d&rsquo;ambition car les revenus p&eacute;troliers ont augment&eacute; de plus de 30% de ce qui &eacute;tait esp&eacute;r&eacute; cette ann&eacute;e. Mais &agrave; quoi servira cette manne inattendue ? <br \/> &laquo; Une loi injuste n&rsquo;est pas une loi, s&rsquo;&eacute;cria Saint Augustin. &raquo; Une constitution dont on a estim&eacute; qu&rsquo;une partie n&rsquo;&eacute;tait pas applicable est-elle encore une constitution ? Non ! En d&eacute;finitive, le simulacre de modification qui a eu lieu le 10 avril au parlement de Yaound&eacute;, et qui permet au pr&eacute;sident vacataire de se repr&eacute;senter pour une autre vacation illimit&eacute;e a des allures de forfaiture. Elle risque d&rsquo;&ecirc;tre suivie par une autre, plus &eacute;pouvantable encore : la perspective qu&rsquo;il y ait, bient&ocirc;t, des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles anticip&eacute;es. <\/p>\n<p> <strong>Tripatouillage<\/strong><br \/> Il conviendrait, si le pouvoir s&rsquo;ent&ecirc;tait &agrave; cuisiner une telle bouillabaisse &eacute;lectorale, par d&eacute;sinvolture ou par enivrement d&ucirc; &agrave; sa posture hautaine, que l&rsquo;opposition annon&ccedil;asse son refus de participer d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; &agrave; cette mascarade. Tout tripatouillage suppl&eacute;mentaire d&rsquo;un texte rendu sans objet, car juridiquement contestable et politiquement ill&eacute;gitime, doit &ecirc;tre d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent d&eacute;nonc&eacute;. D&eacute;sob&eacute;ir &agrave; une loi injuste est donc un moyen de sauvegarder la v&eacute;ritable r&eacute;forme et l&rsquo;esprit des institutions. Un peuple qui ne se dote pas d&rsquo;un tel outil est condamn&eacute; aux errements que nous d&eacute;plorons. D&eacute;sob&eacute;ir &agrave; un ordre de concourir &agrave; une &eacute;lection quand on ne sait rien du recensement et du coll&egrave;ge &eacute;lectoral vis&eacute; serait une pantalonnade de plus dans la liste suffisamment pleine de turpitudes publiques. Oui, au rythme o&ugrave; vont les choses, ce qui menace les acteurs de la sc&egrave;ne politique camerounaise, c&rsquo;est le proc&egrave;s en ill&eacute;gitimit&eacute; qu&rsquo;ils ont ouvert eux-m&ecirc;mes et qu&rsquo;ils risquent d&rsquo;approfondir. <br \/> Les soleils des ind&eacute;pendances se sont mal lev&eacute;s dans le ciel des Afriques, disais-je, mais il reste encore des options possibles pour &eacute;viter que les fruits offerts par la m&egrave;re patrie &agrave; ses enfants ne soient pas d&rsquo;amertume. Il est donc encore possible que le cours de l&rsquo;histoire change et que la nation camerounaise, fi&egrave;re et belle par ses potentialit&eacute;s, grandiose et envi&eacute;e par sa position g&eacute;ographique, imp&eacute;tueuse et ing&eacute;nieuse aussi par la richesse de ses cr&eacute;ateurs, le talent de ses sportifs, l&rsquo;ing&eacute;niosit&eacute; de ses populations, reprenne vie et espoir durable. Il est parfaitement possible que l&rsquo;astre solaire d&rsquo;Etoudi, apr&egrave;s avoir davantage brill&eacute; par ses absences que par sa capacit&eacute; &agrave; mobiliser les atouts du pays et &agrave; f&eacute;d&eacute;rer ses forces constructives, se retire. <br \/> En renon&ccedil;ant &agrave; se porter candidat, en renon&ccedil;ant &agrave; organiser des &eacute;lections avant leur terme, en veillant pendant trois ans &agrave; la clart&eacute; des pr&eacute;paratifs destin&eacute;s &agrave; ancrer le pays dans la mondialisation des r&eacute;ussites et non dans le repl&acirc;trage des d&eacute;ficits, en redonnant toute l&rsquo;attention requise &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation d&rsquo;une part et &agrave; l&rsquo;ardeur &eacute;conomique d&rsquo;autre part, il aura accompli une meilleure entr&eacute;e dans l&rsquo;histoire en trois ans qu&rsquo;en pr&egrave;s de cinquante ans de carri&egrave;re vie publique et fantomatique. Qu&rsquo;il se rassure, il a d&eacute;j&agrave; battu les records de dur&eacute;e au pouvoir que seul son voisin gabonais peut lui contester. <\/p>\n<p> <strong>Opposition<\/strong><br \/> Si nous ne voulons pas d&eacute;sesp&eacute;rer de la politique, une autre instance m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre mieux structur&eacute;e et organis&eacute;e : l&rsquo;opposition. Si elle veut emporter l&rsquo;adh&eacute;sion ou, avant elle, m&eacute;riter ce sentiment qu&rsquo;on appelle le respect, elle doit elle aussi revoir son fonctionnement pour devenir non point la p&acirc;le copie de son pr&eacute;d&eacute;cesseur , mais un authentique homme ou femme d&rsquo;Etat ainsi que nous le propose Le Lib&eacute;ria d&rsquo;Ellen Johnson Sirleaf. Il nous manque une opposition ambitieuse. Digne, elle a montr&eacute; sa capacit&eacute; &agrave; ferrailler contre l&rsquo;omnipuissance. Pour la conscience qu&rsquo;elle a de son r&ocirc;le et pour faire partager l&rsquo;ambition, non pour elle-m&ecirc;me mais pour le pays quelle aspire &agrave; gouverner, elle doit consacrer sa pugnacit&eacute; et ses talents &agrave; s&rsquo;adresser &agrave; tout le pays. <br \/> Au Cameroun, l&rsquo;opposition a depuis cinquante ans &eacute;t&eacute; cantonn&eacute;e dans la nuit de la clandestinit&eacute;, dans le cr&eacute;puscule de l&rsquo;exil ou dans le clair-obscur de l&rsquo;assignation &agrave; r&eacute;sidence contr&ocirc;l&eacute;e. Elle devrait proposer au pays les d&eacute;bats que le pouvoir officiel peine, refuse ou ne veut pas inscrire &agrave; l&rsquo;agenda national. Elle devrait tr&egrave;s clairement dire qu&rsquo;elle ne prendrait pas part &agrave; un concours tronqu&eacute; pour une &eacute;lection pr&eacute;sidentielle dont l&rsquo;enjeu serait l&rsquo;&eacute;tablissement ou le r&eacute;tablissement d&rsquo;une pr&eacute;sidence &agrave; vie. Elle devrait s&rsquo;engager solennellement et dire qu&rsquo;en cas de victoire, elle organiserait un vrai d&eacute;bat pour une constitution originale et conforme au g&eacute;nie camerounais et aux particularit&eacute;s de son peuple. Elle devrait prendre l&rsquo;engagement de redonner aux ambassades et repr&eacute;sentations du Cameroun &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, une respectabilit&eacute; et un cadre de travail dignes. Ces deux &eacute;l&eacute;ments semblent s&rsquo;&ecirc;tre &eacute;vapor&eacute;s dans les brumes matinales encombrant les esprits des joueurs de &laquo; songo &raquo; d&eacute;guis&eacute;s en hommes d&rsquo;&Eacute;tat. Elle pourrait s&rsquo;engager, tout aussi solennellement, &agrave; &eacute;crire une nouvelle page du r&eacute;cit national en donnant chaque ann&eacute;e rendez-vous au peuple pour juger de l&rsquo;action accomplie et des progr&egrave;s engrang&eacute;s en mati&egrave;re de construction des infrastructures routi&egrave;res, en mati&egrave;re de respect du patrimoine forestier et environnemental, en mati&egrave;re de dynamisation de la culture vivante et des arts du sacr&eacute;, en mati&egrave;re de bonification de nos territoires, de valorisation de nos artistes et d&rsquo;exportation de nos savoirs en ce qui concerne l&rsquo;architecture, l&rsquo;agriculture, la m&eacute;decine traditionnelle, l&rsquo;arboriculture et les technologies nouvelles. <br \/> L&rsquo;opposition devrait aussi, pendant qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas &agrave; subir un agenda impos&eacute; par la charge supr&ecirc;me, accepter le supr&ecirc;me et exaltant sacrifice qui consiste &agrave; faire penser le pays. Est-il donc si difficile de recenser les maux du pays et de permettre &agrave; la nation, r&eacute;fl&eacute;chissant enfin &agrave; son avenir, d&rsquo;imaginer les voies autonomes pour sortir de l&rsquo;enfermement mon&eacute;taire, pour sortir de l&rsquo;enfermement militaire, pour sortir de la nasse sanitaire ? Comment ignorer que l&rsquo;esp&eacute;rance de vie d&rsquo;un Camerounais ne soit aujourd&rsquo;hui que de 46 ans quand le pr&eacute;sident, &agrave; pr&egrave;s de quatre-vingts ans, ne songe qu&rsquo;&agrave; son confort et ne r&ecirc;ve que de se perp&eacute;tuer &agrave; lui-m&ecirc;me ? <\/p>\n<p> <strong>Pilotage &agrave; vue<\/strong><br \/> Aux gouvernants comme &agrave; l&rsquo;opposition, je leur dis que notre g&eacute;n&eacute;ration en a assez des pilotages &agrave; vue alors que les peuples vivant avec leur temps, adoptent un projet et une strat&eacute;gie capables de soutenir leurs ambitions d&rsquo;&eacute;mancipation et de d&eacute;veloppement. Aux amateurs et autres experts en pleurnicheries, disons leur tout net que notre g&eacute;n&eacute;ration en a vraiment marre de ceux qui r&acirc;lent et ratiboisent en permanence les desseins d&rsquo;envergure. Nous n&rsquo;en pouvons plus des adeptes du frein &agrave; main qui ralentissent l&rsquo;allure d&rsquo;un peuple alors que celui-ci veut acc&eacute;l&eacute;rer sa foul&eacute;e et &eacute;largir sa vision du monde. Nous en avons plus qu&rsquo;assez des petitesses &eacute;tatiques alors que nos ressources nous autorisent &agrave; pr&eacute;tendre &agrave; un bien-vivre plus &eacute;lev&eacute; et conforme aux standards de la globalisation. Notre g&eacute;n&eacute;ration en a assez des accouplements d&eacute;risoires entre des pouvoirs factices et des oppositions sans id&eacute;es motrices. Notre g&eacute;n&eacute;ration, rest&eacute;e au pays ou &eacute;parpill&eacute;e aux quatre vents, a entendu le cri de la mouette. Il signale ce qui vient avec l&rsquo;aurore et, parfois, indique de quel c&ocirc;t&eacute; de la mer avance l&rsquo;horreur. Il n&rsquo;est donc plus temps de g&eacute;mir et de se pr&eacute;parer &agrave; g&eacute;mir encore plus ; le moment est simplement venu d&rsquo;assumer notre t&acirc;che de forgeron de l&rsquo;espoir au pied de l&rsquo;arbre de la connaissance et de celui de l&rsquo;application de nos savoirs. Il est temps de passer du stade de la peur du fouet &agrave; celui de la vitalit&eacute; retrouv&eacute;e. C&rsquo;est ainsi que ne seront pas vains les combats de Um Nyob&egrave;, les sacrifices de nos p&egrave;res et de nos m&egrave;res porteurs des rep&egrave;res et des desseins essentiels.<br \/> Enfin, je veux me souvenir de ceux qui sont tomb&eacute;s sous les balles de nos propres fusils pour avoir protest&eacute;, depuis l&rsquo;aube jusqu&rsquo;&agrave; ces derni&egrave;res semaines, dans les rues. Ils ont appel&eacute; &agrave; un destin plus conforme &agrave; nos attentes sur la terre de nos anc&ecirc;tres. Je veux aussi dire, &agrave; ceux qui ont encore une oreille tendue vers le sensible et non tourn&eacute;e vers l&rsquo;insubmersible &eacute;cho de leur grandeur, qu&rsquo;un compositeur, Lapiro de Mbanga, croupit dans une cellule sordide. Sa place est tout enti&egrave;re au milieu de son orchestre et aupr&egrave;s des siens pour notre alimentation g&eacute;n&eacute;rale et pour notre bonheur partag&eacute;. Qu&rsquo;on lui rende ce qu&rsquo;on lui a pris : sa libert&eacute;. Et nous &eacute;crirons d&egrave;s maintenant un autre demain, rempli de pages plus ensoleill&eacute;es pour sortir ensemble de la longue nuit de nos silences et de nos somnolences. <br \/> Alors, en &eacute;coutant les chansons de ce formidable musicien et celles de ses fr&egrave;res et s&oelig;urs en enchantements, nous &eacute;vacuerons de nos t&ecirc;tes les sempiternelles r&eacute;criminations contre la m&egrave;re patrie.<br \/> <strong>N&icirc;mes, le 7 mai 2008<\/strong><\/p>\n<p> <strong> * &Eacute;crivain (prix Eve Delacroix, de l&rsquo;Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise, en 2007 pour le roman Silikani, publi&eacute; aux &eacute;ditions Gallimard). Adresse : R&eacute;sidence Marc Aur&egrave;le, 67 Avenue Jean Jaur&egrave;s, 30 900 N&icirc;mes, Tel : 04 30 01 90 88 <br \/> Mail : eugeneebode@club-internet.fr<\/strong><\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>Par  Par Eug&egrave;ne &Eacute;bod&eacute;*<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ann&eacute;e 2008 a mal commenc&eacute; pour le Cameroun, comme se sont du reste mal lev&eacute;s les soleils des ind&eacute;pendances dans le ciel des Afriques. 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