{"id":5908,"date":"2008-05-27T12:06:11","date_gmt":"2008-05-27T10:06:11","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1180","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1180\/","title":{"rendered":"La modification de la Constitution"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><strong><font color=\"#000000\">D&eacute;bat : La modification de la Constitution &eacute;tait-elle ill&eacute;gale ?<\/font><\/strong><\/p>\n<hr size=\"1\" color=\"#bbbbbb\" \/> <em>On n&rsquo;a manifestement pas fini de parler de la constitution modifi&eacute;e par l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale au cours de sa session de mars-avril derniers et promulgu&eacute;e par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique de 14 avril 2008. <br \/><em><strong>  Synth&egrave;se et analyse de Alain B. Batongu&eacute;   <\/strong><\/em><\/em><\/p>\n<hr size=\"1\" color=\"#eeffee\" \/> <img decoding=\"async\" data-expand=\"600\" class=\"lazyload\" border=\"1\" align=\"left\" alt=\"\" src=\"data:image\/svg+xml;charset=utf-8,%3Csvg xmlns%3D'http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg' viewBox%3D'0 0 1 1'%2F%3E\" data-src=\"http:\/\/www.quotidienmutations.info\/mutations\/images\/Etoudi.gif\" \/><em>Cette r&eacute;vision avait pour innovations essentielles la lev&eacute;e du verrou de la limitation des mandats du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique et l&rsquo;irresponsabilit&eacute; du m&ecirc;me chef de l&rsquo;Etat pour tous les actes qu&rsquo;il aura pos&eacute;s dans l&rsquo;exercice de ses fonctions.<br \/>Un universitaire camerounais bien connu, Alain Didier Olinga, vient de commettre un opuscule intitul&eacute; &quot;La r&eacute;vision constitutionnelle du 14 avril 2008 au Cameroun&quot;. Dans ce document l&rsquo;auteur revient aussi bien sur la proc&eacute;dure ayant fini par consacrer cette modification constitutionnelle que sur les &eacute;l&eacute;ments essentiels et les enjeux des articles modifi&eacute;s. <\/p>\n<p>S&rsquo;il indique sommairement dans son introduction que le nom de bapt&ecirc;me utilis&eacute; par le l&eacute;gislateur, &quot;Loi modifiant et compl&eacute;tant certaines dispositions de la loi N&deg;96\/06 du 18 janvier 1996 portant r&eacute;vision de la constitution du 02 juin 1972&quot;, n&rsquo;est pas heureux puisque le d&eacute;bat doctrinal autour de l&rsquo;adoption de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; tranch&eacute;, il s&rsquo;appesantit davantage sur sept points pr&eacute;sent&eacute;s en autant de parties de son ouvrage, dont nous vous faisons une synth&egrave;se en cinq questions. <\/em><\/p>\n<p><strong>1-\tLa proc&eacute;dure a-t-elle &eacute;t&eacute; respect&eacute;e ?<\/strong><br \/>L&rsquo;analyste politique est formel: &quot;La comp&eacute;tence de l&rsquo;instance saisie du projet de r&eacute;vision est discutable, au regard de la loi fondamentale en vigueur&quot;. En effet, pr&eacute;cise-t-il, l&rsquo;article 63 alin&eacute;a 3 de la constitution &eacute;nonce: &quot;Le parlement se r&eacute;unit en congr&egrave;s, lorsqu&rsquo;il est appel&eacute; &agrave; se prononcer sur un projet ou une proposition de r&eacute;vision de la constitution&quot;. Il se trouve que dans l&rsquo;expos&eacute; des motifs du projet de r&eacute;vision de la constitution, il &eacute;tait indiqu&eacute;: &quot;Telle est l&rsquo;&eacute;conomie du pr&eacute;sent projet de loi soumis &agrave; l&rsquo;examen de l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale&quot;. <\/p>\n<p>Pour l&rsquo;auteur, &ldquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une m&eacute;connaissance de la lettre de la loi fondamentale (&hellip;) Car, depuis la r&eacute;vision de janvier 1996, le pouvoir constituant d&eacute;riv&eacute; qu&rsquo;est le pouvoir de r&eacute;vision est organiquement et formellement distinct de la l&eacute;gislature, avec l&rsquo;av&egrave;nement de la figure organique du congr&egrave;s, lequel est, &agrave; c&ocirc;t&eacute; du peuple saisi par voie r&eacute;f&eacute;rendaire, l&rsquo;instance comp&eacute;tente en mati&egrave;re de r&eacute;vision de la constitution.&quot; <br \/>Donc, &quot;la formule de l&rsquo;article 63 au pr&eacute;sent de l&rsquo;indicatif (&quot;se r&eacute;unit&quot;), doubl&eacute;e du fait qu&rsquo;elle se situe dans le chapitre traitant sp&eacute;cialement de la r&eacute;vision de la constitution, doit l&#8217;emporter sur celle de l&rsquo;article 14 alin&eacute;a 4 suivant laquelle &quot;les deux chambres du parlement peuvent se r&eacute;unir en congr&egrave;s, &agrave; la demande du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique (&hellip;) pour se prononcer sur un projet ou une proposition de r&eacute;vision constitutionnelle&quot;. <br \/>Autrement dit, selon Ado, &quot;l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale, convoqu&eacute;e r&eacute;guli&egrave;rement en session ordinaire &agrave; partir du 12 mars 2008, ne pouvait brusquement sans convocation sp&eacute;cifique aux fins d&rsquo;examen du projet de r&eacute;vision, si&eacute;ger tacitement comme congr&egrave;s &agrave; partir du 04 avril, par le seul fait de la transmission du projet de r&eacute;vision pour examen et adoption par la chambre. La constitution est non &eacute;quivoque: le parlement si&egrave;ge en congr&egrave;s lorsqu&rsquo;il est appel&eacute; &agrave; se prononcer sur un projet ou une proposition de r&eacute;vision de la constitution.<\/p>\n<p>En cons&eacute;quence, &quot;d&rsquo;un point de vue du strict formalisme juridique, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique n&rsquo;aurait pas du transmettre le projet de r&eacute;vision &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale, et la conf&eacute;rence des pr&eacute;sidents de l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale n&rsquo;aurait pas d&ucirc; se prononcer favorablement sur la recevabilit&eacute; du texte d&eacute;pos&eacute; par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique.&quot; L&rsquo;auteur conclut sur ce point en ces termes: &quot;En th&eacute;orie pure, on pourrait dire que les institutions qui m&eacute;connaissent si ouvertement la constitution en vigueur ne peuvent pr&eacute;tendre faire &oelig;uvre constitutionnelle l&eacute;gitime&quot;. <br \/>&quot;L&rsquo;intervention d&rsquo;une instance incomp&eacute;tente pour accomplir une t&acirc;che clairement norm&eacute;e devrait, en principe, &ecirc;tre frapp&eacute;e de nullit&eacute;. Mais le droit constitutionnel est un droit marqu&eacute; profond&eacute;ment de consid&eacute;rations politiques qu&rsquo;il est difficile de soumettre au test judiciaire, notamment dans un contexte o&ugrave; la saisine de la juridiction constitutionnelle demeure limitativement attribu&eacute;e. Une fois que la loi constitutionnelle est promulgu&eacute;e, il n&rsquo;y a plus de recours possible au plan interne, le texte est r&eacute;put&eacute; r&eacute;guli&egrave;rement entr&eacute; dans l&rsquo;ordonnancement normatif de l&rsquo;Etat&quot;. <\/p>\n<p><strong>2-\tLe mandat du pr&eacute;sident est-il r&eacute;troactif ? <\/strong><br \/>L&rsquo;article 6 alin&eacute;a 2 avait clairement &eacute;t&eacute; identifi&eacute; par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique comme &eacute;tant celui qu&rsquo;il fallait modifier pour coller &agrave; la volont&eacute; du peuple souverain. La proposition adopt&eacute;e est d&eacute;sormais: &quot;Le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique est &eacute;lu pour un mandat de 7 ans. Il est r&eacute;&eacute;ligible&quot;. Alain Didier Olinga fait sur la question deux types de commentaires. Le premier est en rapport avec l&rsquo;explication de &quot;tradition de la continuit&eacute; constitutionnelle de notre pays&quot;. <br \/>Or, soutient l&rsquo;auteur, &quot;si ce souci &eacute;tait r&eacute;el, il aurait d&ucirc; conduire &agrave; revenir au quinquennat. En 1995, lors du d&eacute;bat constitutionnel, si l&rsquo;on a allong&eacute; la dur&eacute;e du mandat pr&eacute;sidentiel, ainsi que cela ressort clairement du rapport de la Commission des lois constitutionnelles alors r&eacute;dig&eacute; par l&rsquo;honorable Hilariong Etong, c&rsquo;est parce que la discussion parlementaire a abouti &agrave; la limitation du nombre de mandats &agrave; deux. Cette limitation figurait au demeurant dans l&rsquo;avant-projet de constitution Owona, et dans le projet rendu public en 1990 par le Pr. Maurice Kamto. La limitation n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; acquise, fondamentalement, pour r&eacute;gler une crise; c&rsquo;&eacute;tait le r&eacute;sultat d&rsquo;une transaction constitutionnelle entre acteurs politiques, au regard de l&rsquo;&eacute;tat des forces politiques de l&rsquo;&eacute;poque et des &eacute;quilibres num&eacute;riques au sein de la Chambre, instante constituante.&quot;<\/p>\n<p>Donc, si &quot;l&rsquo;expos&eacute; des motifs du projet de r&eacute;vision soulignait &agrave; juste titre que la limitation des mandats ne fait pas partie de l&rsquo;histoire constitutionnelle du Cameroun&quot;, on peut s&rsquo;&eacute;tonner que ce m&ecirc;me expos&eacute; des motifs &quot;ne souligne pas le fait que le septennat ne fait pas partie de ladite histoire constitutionnelle&quot;. Cons&eacute;quence partielle: &quot;La tradition constitutionnelle n&rsquo;est pas bonne &agrave; invoquer que lorsqu&rsquo;elle est favorable au renforcement du pouvoir pr&eacute;sidentiel, elle doit l&rsquo;&ecirc;tre &eacute;galement lorsqu&rsquo;il faut l&rsquo;encadrer, le limiter dans la dur&eacute;e&quot;. L&rsquo;autre aspect du probl&egrave;me &eacute;voqu&eacute; par Alain Didier Olinga concerne la port&eacute;e th&eacute;orique de la nouvelle version de l&rsquo;article, en particulier son b&eacute;n&eacute;fice &eacute;ventuel au pr&eacute;sident de la R&eacute;publique actuellement en fonction. <\/p>\n<p>Pour l&rsquo;auteur, &quot;le pr&eacute;sident actuellement en fonction a &eacute;t&eacute; &eacute;lu en 1997, puis r&eacute;&eacute;lu en 2004 par le peuple camerounais sur la base d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments normatifs pr&eacute;cis, parmi lesquels la limitation &agrave; deux du nombre de mandats (&hellip;) Le mandat qui court de 2004 &agrave; 2011 est un mandat qui se situe dans le cadre de la limitation constitutionnelle &agrave; deux mandats. Peut-on en transformer la nature en cours d&rsquo;ex&eacute;cution? Le mandat &eacute;lectif de 7 ans obtenu en 2004 pour ne pas &ecirc;tre renouvelable en 2011 peut-il devenir, &agrave; partir de 2008, par la gr&acirc;ce d&rsquo;une r&eacute;vision constitutionnelle, et sans pr&eacute;cision explicit&eacute; dans la nouvelle mouture de la constitution, un mandat de 7 ans renouvelable en 2011 et ind&eacute;finiment? <br \/>Alain Didier Olinga ne se fait cependant aucune illusion. Certes, la discussion du projet de r&eacute;vision ne semble pas avoir clarifi&eacute; cet aspect de la question, mais &quot;une telle d&eacute;marche ne serait pas nouvelle, les suppressions de la limitation du nombre de mandats ayant g&eacute;n&eacute;ralement b&eacute;n&eacute;fici&eacute; imm&eacute;diatement &agrave; leurs initiateurs&quot;.<\/p>\n<p><strong>3-\tComment g&eacute;rer la vacance de pouvoir ? <\/strong><br \/>Le fait majeur de la r&eacute;vision de cet article 6 alin&eacute;a 4 r&eacute;side dans l&rsquo;intervalle de temps pendant lequel l&rsquo;&eacute;lection du nouveau pr&eacute;sident doit intervenir. Si la borne minimale, celle de 20 jours, n&rsquo;a pas subi de modification, c&rsquo;est la borne maximale qui a &eacute;t&eacute; allong&eacute;e de 40 &agrave; 120 jours, c&rsquo;est-&agrave;-dire quatre mois. L&rsquo;argument avanc&eacute; jusque-l&agrave; &eacute;tant que 40 jours pouvaient s&rsquo;av&eacute;rer insuffisants pour assurer l&rsquo;organisation mat&eacute;rielle d&rsquo;une &eacute;lection pr&eacute;sidentielle. Or, selon Alain Didier Olinga, cet argument est au moins discutable parce que, &quot;si Elecam est mis en place et fonctionne conform&eacute;ment &agrave; son mandat, en principe l&rsquo;on doit pouvoir organiser une &eacute;lection cr&eacute;dible &agrave; tout moment, Elecam &eacute;tant une administration permanente, investie de la responsabilit&eacute; exclusive et unique d&rsquo;organiser les &eacute;lections&quot;.<\/p>\n<p>Le probl&egrave;me de fond est ailleurs selon l&rsquo;auteur: &quot;Il faut bien comprendre que la dur&eacute;e de l&rsquo;int&eacute;rim doit rester courte pour que le seul programme d&rsquo;action du pr&eacute;sident par int&eacute;rim soit de conduire l&rsquo;&eacute;lection du nouveau pr&eacute;sident, et non de g&eacute;rer le pays, de prendre go&ucirc;t &agrave; l&rsquo;exercice du pouvoir et de prendre &eacute;ventuellement, insidieusement, des dispositions pour y demeurer&quot;. Or, &quot;quatre mois d&rsquo;int&eacute;rim, cela est une dur&eacute;e importante, pendant laquelle l&rsquo;on peut se retrouver, par la force des choses, dans une logique de gestion de l&rsquo;Etat, de gestion des urgences, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me des situations d&rsquo;exception&quot;. <br \/>Une crainte qui trouve ses fondements dans ce m&ecirc;me fameux article 6, alin&eacute;a 4(c) qui stipule: &quot;Toutefois, en cas de n&eacute;cessit&eacute; li&eacute;e &agrave; l&rsquo;organisation de l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique par int&eacute;rim peut, apr&egrave;s consultation du conseil constitutionnel, modifier la composition du gouvernement&quot;. Pour l&rsquo;auteur, &quot;si l&rsquo;on n&rsquo;y prend garde, cette clause candide et anodine risque d&rsquo;&ecirc;tre, entre des mains ambitieuses et mal intentionn&eacute;es, le moyen d&rsquo;une prise du pouvoir d&rsquo;Etat, &agrave; l&rsquo;ombre du parapluie constitutionnel&quot;. <\/p>\n<p>Il y a donc lieu d&rsquo;avoir &quot;une vigilance particuli&egrave;re par rapport aux pr&eacute;rogatives de l&rsquo;int&eacute;rimaire. Car tout l&rsquo;enjeu de la pr&eacute;sente r&eacute;vision constitutionnelle peut, en d&eacute;finitive, se retrouver sur cette question de l&rsquo;int&eacute;rim, la discussion autour de l&rsquo;article 6.2 n&rsquo;ayant &eacute;t&eacute;, en r&eacute;alit&eacute;, qu&rsquo;une discussion suscit&eacute;e par les hypoth&egrave;ses de gestion de la transition au sommet de l&rsquo;Etat&quot;. Alain Didier Olinga invoque la prudence qui devrait &quot;conduire &agrave; abandonner une approche centr&eacute;e sur l&rsquo;auteur, pour retenir celle des blocs de comp&eacute;tence pendant la p&eacute;riode de l&rsquo;int&eacute;rim&quot;. <br \/>Ainsi au lieu de dire que le pr&eacute;sident int&eacute;rimaire peut modifier la constitution, on pourrait plut&ocirc;t dire: &quot;pendant la dur&eacute;e de l&rsquo;int&eacute;rim, il ne peut &ecirc;tre proc&eacute;d&eacute; &agrave; la modification de la constitution&hellip;&quot; De m&ecirc;me s&rsquo;agissant de la composition du gouvernement, on aurait pu pr&eacute;ciser: &quot;Toutefois, en cas de d&eacute;c&egrave;s, de d&eacute;mission ou de candidature &agrave; l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle du Premier ministre ou d&rsquo;un membre du gouvernement, le pr&eacute;sident par int&eacute;rim pourvoit, apr&egrave;s consultation du conseil constitutionnel, &agrave; son remplacement&quot;. Une formule qui, conclut l&rsquo;auteur, &quot;aurait l&rsquo;avantage de bien encadrer la marge de man&oelig;uvre de l&rsquo;int&eacute;rimaire &agrave; la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique&quot;.<\/p>\n<p><strong>4-\tQuid du mandat des d&eacute;put&eacute;s et des membres du conseil constitutionnel?<\/strong><br \/>Les questions relatives au mandat des d&eacute;put&eacute;s &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale et au mandat des membres du conseil constitutionnel n&rsquo;&eacute;taient pas sp&eacute;cialement attendues au cours de cette proc&eacute;dure de r&eacute;vision de la constitution o&ugrave; l&rsquo;attention des observateurs &eacute;tait focalis&eacute;e sur les articles &agrave; enjeux directs autour du mandat du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ou de son int&eacute;rimaire en cas de vacance de pouvoir. A y voir de pr&egrave;s pourtant, ces questions rev&ecirc;tent des enjeux strat&eacute;giques qui ont sembl&eacute; passer inaper&ccedil;us et que rel&egrave;ve fort pertinemment Alain Didier Olinga. <br \/>D&rsquo;abord la question du mandat des d&eacute;put&eacute;s &agrave; l&rsquo;assembl&eacute;e nationale. La nouvelle disposition apporte deux &eacute;l&eacute;ments nouveaux: La cr&eacute;ation d&rsquo;une circonstance pouvant justifier la d&eacute;marche pr&eacute;sidentielle pour raccourcir ou rallonger le mandat des d&eacute;put&eacute;s (&quot;lorsque les circonstances l&rsquo;exigent&quot;), et les d&eacute;lais d&rsquo;organisation des nouvelles &eacute;lections qui passent &agrave; 40 jours au moins et 120 jours au plus (en lieu et place des 40 jours au moins et 60 jours au plus). <\/p>\n<p>Pas de nouveau d&eacute;bat sur les d&eacute;lais, d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute;s plus haut, mais de r&eacute;els soucis autour de la locution &quot;quand les circonstances l&rsquo;exigent&quot;. <br \/>En comparaison, la loi de 1996 pr&eacute;voyait d&eacute;j&agrave; une telle d&eacute;marche, mais uniquement &quot;en cas de crise grave. Une notion un peu plus pr&eacute;cise, le fait d&rsquo;une crise grave n&rsquo;&eacute;tant pas banal et pouvant &ecirc;tre observable, au contraire de la locution actuelle qui, selon l&rsquo;auteur, &eacute;largit la marge d&rsquo;appr&eacute;ciation du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique en la ramenant pratiquement &agrave; la situation de l&rsquo;article 12 de la version originelle de la constitution de 1972&quot;. En d&rsquo;autres termes, &quot;la crise n&rsquo;&eacute;tant pas un ph&eacute;nom&egrave;ne de tous les jours, l&rsquo;on a voulu introduire dans la constitution une base juridique pour prendre, selon les besoins des ing&eacute;nieurs politiques, des d&eacute;cisions purement opportunistes vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale dans une logique instrumentale&quot;. <\/p>\n<p>C&rsquo;est la m&ecirc;me logique qui a inspir&eacute; les concepteurs de la modification de la constitution sur son aspect relatif au mandat des membres du conseil constitutionnel. Ce mandat passe de 9 ans non renouvelables &agrave; &quot;six ans &eacute;ventuellement renouvelables&quot;. Pour Alain Didier Olinga, c&rsquo;est un proc&eacute;d&eacute; &eacute;trange qui ne manque pas de malice, en particulier pour &quot;une structure qui n&rsquo;est pas une institution politique, qui est en dehors du commerce institutionnel classique et ne joue que le r&ocirc;le de r&eacute;gulateur du fonctionnement des institutions&quot;. <br \/>Si on peine &agrave; voir dans les faits les arguments &eacute;voqu&eacute;s par l&rsquo;expos&eacute; des motifs de cette r&eacute;vision, l&rsquo;auteur per&ccedil;oit une g&ecirc;ne r&eacute;elle de cette modification &quot;qui politise la perception d&rsquo;une institution qui devrait pr&eacute;cis&eacute;ment &ecirc;tre &agrave; l&rsquo;abri de consid&eacute;rations politiciennes. La formulation du nouveau mandat des membres est pire que celle qui &eacute;tait contenue dans le projet de r&eacute;vision&quot;. Un mandat de six ans non renouvelable met les membres du conseil dans une situation d&rsquo;ind&eacute;pendance psychologique, par rapport &agrave; un mandat de six ans &eacute;ventuellement renouvelable, lequel incite le conseiller d&eacute;sireux d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;ventuellement renouvel&eacute; &agrave; une certaine &quot;sagesse&quot;&hellip;<\/p>\n<p><strong>5-\tQuelles responsabilit&eacute;s pour le pr&eacute;sident? <\/strong><br \/>Alai Didier Olinga indique d&rsquo;entr&eacute;e que &quot;l&rsquo;alin&eacute;a 1 de l&rsquo;article 53 relatif &agrave; la responsabilit&eacute; du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique r&eacute;int&egrave;gre la notion de haute trahison, pour signifier que le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ne peut &ecirc;tre poursuivi dans l&rsquo;exercice de ses fonctions que pour des actes qui rev&ecirc;tent un tel caract&egrave;re&quot;. L&rsquo;alin&eacute;a 2 de l&rsquo;article 53 de la nouvelle constitution, qui touche &agrave; la responsabilit&eacute; du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique est clair: &quot;Le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ne peut &ecirc;tre mis en accusation que par l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale et le S&eacute;nat, statuant par un vote identique au scrutin public et &agrave; la majorit&eacute; des quatre cinqui&egrave;mes des membres la composant&quot;. <br \/>Pour Alain Didier Olinga, les auteurs de cet article &quot;voulaient consolider la base juridique de la mise en accusation &eacute;ventuelle d&rsquo;un pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, en la sortant du cadre l&eacute;gislatif, beaucoup moins compliqu&eacute; a priori &agrave; modifier. Les modalit&eacute;s de la mise en accusation sont volontairement lourdes et compliqu&eacute;es &agrave; mettre en mouvement, avec du reste un scrutin public, ce qui traduit certes le souci de ne pas engager un tel processus &agrave; la l&eacute;g&egrave;re, mais aussi le souci de mettre le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique &agrave; l&rsquo;abri d&rsquo;une action en responsabilit&eacute;, la majorit&eacute; des 4\/5e du parlement &eacute;tant difficile &agrave; r&eacute;unir&quot;. <\/p>\n<p>L&rsquo;autre chose relev&eacute;e par l&rsquo;auteur concerne le nouvel alin&eacute;a 3 &quot;Les actes accomplis par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique en application des articles 5, 8, 9 et 10 ci-dessus, sont couverts par l&rsquo;immunit&eacute; et ne sauraient engager sa responsabilit&eacute; &agrave; l&rsquo;issue de son mandat&quot;. Selon lui, &quot;il faudra bien d&eacute;finir ce que l&rsquo;on doit consid&eacute;rer comme &quot;les actes de la fonction pr&eacute;sidentielle&quot;. Cette disposition devant &ecirc;tre examin&eacute;e par rapport aux engagements internationaux de la R&eacute;publique et par rapport aux obligations qui d&eacute;coulent pour elle et ses dirigeants du droit international coutumier ainsi que, de mani&egrave;re plus g&eacute;n&eacute;rale, des tendances actuelles de l&rsquo;ordre juridique international&rdquo;. <br \/>Elle doit l&rsquo;&ecirc;tre, par ailleurs, quant &agrave; son applicabilit&eacute; ratione temporis: &quot;Est-elle applicable aux actes pos&eacute;s par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique avant son adoption? Ces actes seraient-ils couverts par les nouvelles immunit&eacute;s et irresponsabilit&eacute;s?&quot; Pour l&rsquo;auteur donc, ce qu&rsquo;il faut comprendre, c&rsquo;est que la nouvelle constitution a conceptualis&eacute; un verrou sophistiqu&eacute;: &quot;Il ne s&rsquo;agit pas de dire que l&rsquo;ancien chef d&rsquo;Etat est plus &agrave; l&rsquo;abri des poursuites du fait des fonctions qu&rsquo;il n&rsquo;exerce plus et qui ne devraient plus, en principe, le prot&eacute;ger, que le chef d&rsquo;Etat en fonction; il s&rsquo;agit apparemment de dire que si le chef d&rsquo;Etat n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; poursuivi pendant qu&rsquo;il exer&ccedil;ait ses fonctions de pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, il faut pr&eacute;sumer qu&rsquo;il n&rsquo;a rien commis de grave qui puisse &ecirc;tre assimil&eacute; &agrave; la haute trahison, et qui pourrait &ecirc;tre poursuivi apr&egrave;s ses fonctions. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de haute trahison pendant ses fonctions, il n&rsquo;y a pas de haute trahison possible &agrave; d&eacute;couvrir comme par enchantement apr&egrave;s la cessation des fonctions et qui aurait pu &ecirc;tre dissimul&eacute;e durant toute la p&eacute;riode des fonctions&quot;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&eacute;bat : La modification de la Constitution &eacute;tait-elle ill&eacute;gale ? On n&rsquo;a manifestement pas fini de parler de la constitution modifi&eacute;e par l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale au cours de sa session de mars-avril derniers et promulgu&eacute;e par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique de 14 avril 2008. Synth&egrave;se et analyse de Alain B. 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