{"id":5921,"date":"2008-06-13T08:53:25","date_gmt":"2008-06-13T06:53:25","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1194","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1194\/","title":{"rendered":"Voici la fortune de Bongo et Cie en France"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"> <\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><img decoding=\"async\" data-expand=\"600\" class=\"lazyload\" src=\"data:image\/svg+xml;charset=utf-8,%3Csvg xmlns%3D'http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg' viewBox%3D'0 0 1 1'%2F%3E\" data-src=\"http:\/\/www.sunugalsene.com\/local\/cache-vignettes\/L326xH217\/arton1959-90568.jpg\" alt=\"http:\/\/www.sunugalsene.com\/local\/cache-vignettes\/L326xH217\/arton1959-90568.jpg\" \/><br \/><span class=\"Style3\"><br \/>  \t\t\t\t\t\t\t\t<strong>Enqu&ecirc;te<br \/> H&ocirc;tels particuliers, villas, piscines, Bugatti et Mercedes&#8230; La police a enqu&ecirc;t&eacute; sur le patrimoine de cinq chefs d&rsquo;Etat africains en France. Cette d&eacute;marche avait &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute;e &agrave; la mi-2007 comme une rupture avec la &laquo; Fran&ccedil;afrique &raquo;. Depuis, l&rsquo;affaire a &eacute;t&eacute; class&eacute;e sans suite.<br \/>  Avenue Foch, j&rsquo;ach&egrave;te !<\/strong><\/p>\n<p> C&rsquo;est un monde enchant&eacute; o&ugrave; l&rsquo;on vogue d&rsquo;une villa de 9 pi&egrave;ces avec piscine &agrave; Nice &agrave; un h&ocirc;tel particulier de l&rsquo;Ouest parisien. Un univers surr&eacute;aliste peupl&eacute; de Bugatti pay&eacute;es cash plus de 1 million d&rsquo;euros. Un microcosme constell&eacute; d&rsquo;une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes ? Rois du p&eacute;trole saoudiens ? Stars d&rsquo;Hollywood ? Non : chefs d&rsquo;Etat africains producteurs de p&eacute;trole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la plan&egrave;te.<br \/> Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l&rsquo;immobilier en France, qu&rsquo;ils s&eacute;journent &agrave; Paris dans un luxe inou&iuml;, que leurs familles b&eacute;n&eacute;ficient de largesses financ&eacute;es dans la plus grande opacit&eacute; n&rsquo;est pas une r&eacute;v&eacute;lation. Mais, cette fois, l&rsquo;inventaire de ce patrimoine vertigineux n&rsquo;est pas dress&eacute; par des militants tiers-mondistes en lutte contre la &laquo; Fran&ccedil;afrique &raquo;. Il se lit dans les 34 proc&egrave;s-verbaux r&eacute;dig&eacute;s entre juin et novembre 2007 par les policiers de l&rsquo;Office central pour la r&eacute;pression de la grande d&eacute;linquance financi&egrave;re (OCRGDF). Cette enqu&ecirc;te polici&egrave;re, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a &eacute;t&eacute; ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite &agrave; une plainte pour &laquo; recel de d&eacute;tournement d&rsquo;argent public &raquo; d&eacute;pos&eacute;e en mars par trois associations fran&ccedil;aises, visant cinq chefs d&rsquo;Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinab&eacute; Blaise Compaor&eacute;, l&rsquo;Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guin&eacute;en Teodoro Obiang.<br \/> Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singuli&egrave;re carte du Paris africain, sorte de Monopoly o&ugrave; les pr&eacute;sidents auraient jet&eacute; leur d&eacute;volu sur les art&egrave;res les plus hupp&eacute;es. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localis&eacute; &laquo; dans des quartiers &agrave; forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son &eacute;pouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d&rsquo;Omar Bongo], Le V&eacute;sinet pour le fr&egrave;re de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du pr&eacute;sident du Congo] ou Paris 16e pour Chantal Compaor&eacute; [&eacute;pouse du pr&eacute;sident burkinab&eacute;] &raquo;.<\/p>\n<p> <strong>H&ocirc;tel particulier<\/strong><br \/> La d&eacute;couverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elys&eacute;es et la plaine Monceau, dans le 8e arrondissement de la capitale. L&agrave;, un h&ocirc;tel particulier a &eacute;t&eacute; acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d&rsquo;euros par une soci&eacute;t&eacute; civile immobili&egrave;re (SCI). Celle-ci associe deux enfants du pr&eacute;sident gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16 ans, son &eacute;pouse Edith, qui se trouve &ecirc;tre la fille du pr&eacute;sident congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans.<br \/> Au total, sont r&eacute;pertori&eacute;s 33 biens (appartements, h&ocirc;tel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou &agrave; sa famille, et 18 autres dont le pr&eacute;sident congolais et ses proches sont propri&eacute;taires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-m&ecirc;me. Son nom est associ&eacute; &agrave; pas moins de 17 propri&eacute;t&eacute;s immobili&egrave;res, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situ&eacute; dans le 16e arrondissement. A Nice, une propri&eacute;t&eacute; &laquo; est constitu&eacute;e de deux appartements ( 170 m2 et 100 m2), trois mai sons (67,215 m2 et 176 m2) et d&rsquo;une piscine &raquo;, pr&eacute;cise le proc&egrave;s-verbal. &laquo; Un chef d&rsquo;Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays p&eacute;trolier et qui a des revenus officiels importants, peut &eacute;conomiser suffisamment d&rsquo;argent pour acheter plusieurs appartements &agrave; Paris, explique Me Fran&ccedil;ois Meyer, avocat d&rsquo;Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix tr&egrave;s bas de l&rsquo;immobilier pratiqu&eacute;s il y a vingt ou trente ans. &raquo; Selon les policiers, le pr&eacute;sident Bongo dispose de quatre adresses distinctes &agrave; Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la d&eacute;fense depuis 1999, est &eacute;galement propri&eacute;taire avenue Foch tandis que son &eacute;pouse Edith poss&egrave;de deux immenses logements dans le 7e arrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice &agrave; Neuilly-sur-Seine en passant &#8211; souvent &#8211; par le 16e arrondissement parisien, l&rsquo;enqu&ecirc;te recense aussi les propri&eacute;t&eacute;s de Jean Ping, ex-gendre d&rsquo;Omar Bongo et actuel ministre des affaires &eacute;trang&egrave;res, et d&rsquo;autres fils du pr&eacute;sident gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.<\/p>\n<p> <strong>12 comptes pour Edgar Nguesso<\/strong><br \/> En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d&rsquo;Etat vis&eacute;s apparaissent comme de petits propri&eacute;taires. Discret, le pr&eacute;sident congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu&rsquo; &laquo; utiliser &raquo;, selon les policiers, la Villa Suzette du V&eacute;sinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 &eacute;tait juridiquement la propri&eacute;t&eacute; de son fr&egrave;re Valentin, jusqu&rsquo;&agrave; ce que, quelques semaines avant le d&eacute;c&egrave;s de ce dernier &agrave; la fin 2004, elle soit c&eacute;d&eacute;e &agrave; une soci&eacute;t&eacute; de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes.Les enqu&ecirc;teurs ont &eacute;galement r&eacute;pertori&eacute; un appartement de 9 pi&egrave;ces achet&eacute; &agrave; Paris (17e) en 2007 pour 2 470 000 euros par l&rsquo;&eacute;pouse du pr&eacute;sident congolais Antoinette Sassou Nguesso. Ils mentionnent aussi le logement de 10 pi&egrave;ces &agrave; 1 600 000 euros acquis en 2005 &agrave; Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l&rsquo;h&ocirc;tel particulier de 7 pi&egrave;ces avec piscine int&eacute;rieure &agrave; Neuilly-sur-Seine achet&eacute; 3,15 millions d&rsquo;euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.Les m&ecirc;mes policiers n&rsquo;ont d&eacute;couvert aucun bien immobilier appartenant au pr&eacute;sident angolais Dos Santos ni au Burkinab&eacute; Blaise Compaor&eacute;. Seule la d&eacute;claration d&rsquo;imp&ocirc;t sur la fortune de Chantal, l&rsquo;&eacute;pouse de ce dernier, a montr&eacute; qu&rsquo;elle poss&egrave;de deux biens immobiliers &agrave; titre personnel dans le 16e arrondissement. Dans le m&ecirc;me quartier, le pr&eacute;sident guin&eacute;en Teodoro Obiang est propri&eacute;taire d&rsquo;un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enqu&ecirc;teurs de l&rsquo;OCRGDF ont non seulement dress&eacute; la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille. Ainsi, Edgar Nguesso ne poss&egrave;de pas moins de 12 comptes dont 7 courants. <br \/> Mais aucun n&rsquo;appara&icirc;t au nom de son oncle, le pr&eacute;sident du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts &agrave; Paris, Nice ou Cr&eacute;teil dont 6 comptes courants.Dans leur &eacute;lan, visiblement &eacute;bahis par leurs d&eacute;couvertes, les policiers ont &eacute;tendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n&rsquo;&eacute;tait pas explicitement vis&eacute; par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouv&eacute; ce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas obtenu pour les appartements : les ch&egrave;ques et les virements ayant servi aux paiements.&laquo; Le financement de certains v&eacute;hicules appara&icirc;t pour le moins atypique &raquo;, notent les enqu&ecirc;teurs, maniant l&rsquo;euph&eacute;misme &agrave; propos de &laquo; ce parc automobile cons&eacute;quent &raquo;. Les deux Ferrari acquises pour pr&egrave;s de 400 000 euros par Ali Bongo, la Maybach &agrave; 424 477 euros d&rsquo;Edith Bongo, les trois Bugatti &agrave; 1 million d&rsquo;euros pi&egrave;ce fabriqu&eacute;es sp&eacute;cialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du pr&eacute;sident de Guin&eacute;e &eacute;quatoriale, ont &eacute;t&eacute; pay&eacute;s au moyen de ch&egrave;ques tir&eacute;s par des soci&eacute;t&eacute;s au profil opaque. De m&ecirc;me, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du pr&eacute;sident congolais, &laquo; r&egrave;gle le solde d&rsquo;achat d&rsquo;un v&eacute;hicule Aston Martin type DB9 par un virement &eacute;mis par Matsip Consulting &raquo;, une soci&eacute;t&eacute; de droit luxembourgeois aux associ&eacute;s inconnus qui appara&icirc;t &eacute;galement comme propri&eacute;taire de la Villa Suzette du V&eacute;sinet.<\/p>\n<p> <strong>V&eacute;hicules de luxe<\/strong><br \/> Le fils du pr&eacute;sident de la Guin&eacute;e &eacute;quatoriale a, lui, achet&eacute; au total en France &laquo; une quinzaine de v&eacute;hicules pour un montant estim&eacute; de plus de 5,7 millions d&rsquo;euros &raquo;, acquitt&eacute;s l&agrave; encore par des virements de soci&eacute;t&eacute;s interm&eacute;diaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a &eacute;t&eacute; cit&eacute; en 2004 dans un rapport du S&eacute;nat am&eacute;ricain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, &agrave; Washington, g&eacute;rait alors plus de 60 comptes au nom des responsables de ce petit Etat p&eacute;trolier et de leur famille.<br \/> En fait de &laquo; financement atypique &raquo;, les enqu&ecirc;teurs fran&ccedil;ais se sont vivement int&eacute;ress&eacute;s au ch&egrave;que de 390 795 euros tir&eacute; en f&eacute;vrier 2004 par la &laquo; paierie du Gabon en France &raquo; pour r&eacute;gler la &laquo; Maybach 57 &raquo; (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur &laquo; bleu C&ocirc;te d&rsquo;Azur &raquo; destin&eacute;e &agrave; &laquo; Madame la Pr&eacute;sidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba &raquo;. A en croire ce ch&egrave;que, dont la copie figure au dossier, l&rsquo;argent public gabonais financerait le v&eacute;hicule de grand luxe de la premi&egrave;re dame du pays, qui n&rsquo;a pourtant aucune fonction officielle.<br \/> Le m&ecirc;me compte de la &laquo; paierie du Gabon &raquo; ouvert &agrave; la Banque de France et utilis&eacute; pour r&eacute;gler les frais de fonctionnement de l&rsquo;ambassade &agrave; Paris a servi &agrave; financer la moiti&eacute; d&rsquo;une Mercedes &agrave; 75 858 euros dot&eacute;e d&rsquo;un &laquo; toit ouvrant panoramique &raquo; achet&eacute;e en septembre 2006 &agrave; Paris par Pascaline Bongo, la fille du pr&eacute;sident, qui est aussi sa directrice de cabinet. Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a &eacute;t&eacute; acquitt&eacute; par un ch&egrave;que sign&eacute; de Me Fran&ccedil;ois Meyer, avocat du pr&eacute;sident Bongo. &laquo; Cela peut &eacute;tonner, admet Me Meyer. Mais je peux faire des cadeaux &agrave; la fille du pr&eacute;sident Bongo, que je connais depuis vingt ans. &raquo; D&rsquo;o&ugrave; vient l&rsquo;argent ? Au vu de ce somptueux &eacute;tat des patrimoines, la question de l&rsquo;origine des fonds s&rsquo;impose. L&rsquo;apparente disproportion entre la richesse immobili&egrave;re accumul&eacute;e et les revenus publics des propri&eacute;taires aurait pu sugg&eacute;rer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions.<br \/> Le salaire mensuel officiellement vers&eacute; par l&rsquo;Etat gabonais au pr&eacute;sident Bongo ne se limite-t-il pas &agrave; 14 940 euros, selon l&rsquo;hebdomadaire Jeune Afrique ? Celui du pr&eacute;sident Sassou Nguesso n&rsquo;est-il pas de 30 000 euros, comme l&rsquo;indiquent d&rsquo;autres sources ? Quant &agrave; Teodoro Obiang, ministre de l&rsquo;agriculture et des for&ecirc;ts de son p&egrave;re, ne per&ccedil;oit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400 euros) par mois, d&rsquo;apr&egrave;s des sources am&eacute;ricaines ?<\/p>\n<p> <strong>Obstacles &agrave; la poursuite            de l&rsquo;enqu&ecirc;te<\/strong><br \/> Des investigations plus approfondies auraient d&eacute;pass&eacute; le cadre de l&rsquo;enqu&ecirc;te pr&eacute;liminaire de police. Elles supposeraient l&rsquo;ouverture d&rsquo;une information judiciaire et la d&eacute;signation d&rsquo;un juge d&rsquo;instruction. Une telle perspective a &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute;e par la d&eacute;cision de classement, notifi&eacute;e le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait &ecirc;tre rouvert si les associations parvenaient &agrave; d&eacute;poser une nouvelle plainte, assortie cette fois d&rsquo;une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement &agrave; la d&eacute;signation d&rsquo;un juge d&rsquo;instruction, &agrave; condition que les plaignants prouvent leur &laquo; int&eacute;r&ecirc;t &agrave; agir &raquo;.<br \/> M&ecirc;me si un juge d&rsquo;instruction &eacute;tait d&eacute;sign&eacute;, de s&eacute;rieux obstacles surgiraient imm&eacute;diatement sur sa route. Outre l&rsquo;immunit&eacute; dont peuvent se pr&eacute;valoir des chefs d&rsquo;Etat en exercice &#8211; mais pas leurs familles -, la difficult&eacute; r&eacute;siderait dans la mise au jour des op&eacute;rations &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;&eacute;ventuels d&eacute;tournements. Il faudrait enqu&ecirc;ter en Afrique, o&ugrave; des infractions auraient &eacute;t&eacute; commises, notamment dans les comptes publics. &laquo; La preuve que l&rsquo;argent public a financ&eacute; des d&eacute;penses priv&eacute;es se trouve dans le pays que contr&ocirc;le pr&eacute;cis&eacute;ment&#8230; le b&eacute;n&eacute;ficiaire &raquo;, r&eacute;sume un sp&eacute;cialiste du dossier.Trois des cinq r&eacute;gimes concern&eacute;s b&eacute;n&eacute;ficient du soutien ind&eacute;fectible de Paris. Cet appui, renouvel&eacute; r&eacute;cemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement &ecirc;tre remis en cause par la r&eacute;cente sortie de Jean-Marie Bockel, secr&eacute;taire d&rsquo;Etat &agrave; la coop&eacute;ration, contre le &laquo; gaspillage des fonds publics &raquo; par certains Etats africains. Or une enqu&ecirc;te destin&eacute;e &agrave; faire la lumi&egrave;re sur d&rsquo;&eacute;ventuels &laquo; biens mal acquis &raquo; d&eacute;borde rapidement les normes polici&egrave;res ou judiciaires. Elle suppose une v&eacute;ritable mise &agrave; nu de la relation franco-africaine. <br \/> <strong>Philippe BERNARD<\/strong><\/p>\n<p> <strong>A l&rsquo;origine, une plainte<br \/> La victoire de         l&rsquo;&laquo; Afrique de Papa &raquo;<\/strong><br \/> &Agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;enqu&ecirc;te de police in&eacute;dite sur les biens acquis par cinq chefs d&rsquo;Etat africains en France, se trouve une plainte pour &laquo; recel de d&eacute;tournement d&rsquo;argent public &raquo;. Celle-ci a &eacute;t&eacute; d&eacute;pos&eacute;e en mars 2007 &agrave; Paris par trois associations : Survie, sp&eacute;cialis&eacute;e dans la d&eacute;nonciation des turpitudes de la &laquo; Fran&ccedil;afrique &raquo;, Sherpa, groupement de juristes sp&eacute;cialis&eacute;s dans la d&eacute;fense des droits de l&rsquo;homme, et la F&eacute;d&eacute;ration des Congolais de la diaspora, qui d&eacute;nonce l&rsquo;opacit&eacute; financi&egrave;re du r&eacute;gime de Brazzaville. Leur objectif commun consiste &agrave; d&eacute;noncer la dilapidation des ressources de pays africains par des r&eacute;gimes soutenus ouvertement &#8211; pour trois d&rsquo;entre eux &#8211; par la France depuis des d&eacute;cennies.<br \/> Ces trois plaignants ont puis&eacute; l&rsquo;essentiel de leurs arguments dans un rapport intitul&eacute; &laquo; Biens mal acquis&#8230; profitent trop souvent &raquo;, r&eacute;alis&eacute; voici un an par le Comit&eacute; catholique contre la faim et pour le d&eacute;veloppement (CCFD). Ce document plaidait en faveur d&rsquo;une &laquo; mobilisation des soci&eacute;t&eacute;s civiles en faveur de la restitution des biens mal acquis &raquo;. Il synth&eacute;tisait une multitude de rapports officiels, de travaux d&rsquo;ONG et d&rsquo;enqu&ecirc;tes journalistiques d&eacute;crivant la fortune accumul&eacute;e en France par les familles de dirigeants africains et tendant &agrave; d&eacute;montrer les origines douteuses de ces fonds. En &eacute;cho, la plainte d&eacute;pos&eacute;e &agrave; Paris estimait qu&rsquo;un tel financement &laquo; n'[avait] pu intervenir du seul fait des r&eacute;mun&eacute;rations vers&eacute;es aux dirigeants des pays concern&eacute;s &raquo; et avait pour cons&eacute;quence &laquo; la r&eacute;duction des ressources publiques en Afrique &raquo;. Les associations r&eacute;clamaient l&rsquo;application de la convention des Nations unies de 2003 contre la corruption. Sign&eacute; par la France, ce texte &eacute;rige la restitution des biens d&eacute;tourn&eacute;s en principe du droit international.<\/p>\n<p> <strong>Bien mal acquis<\/strong><br \/> La plainte visant les &laquo; biens mal acquis &raquo;, con&ccedil;ue comme un outil de propagande, a connu une destin&eacute;e d&eacute;passant les esp&eacute;rances de ses promoteurs. A la mi-juin 2007, le parquet de Paris, au lieu de la classer discr&egrave;tement, a ouvert une enqu&ecirc;te pr&eacute;liminaire, confi&eacute;e &agrave; l&rsquo;Office central de r&eacute;pression de la grande d&eacute;linquance financi&egrave;re (OCRGDF). Cette d&eacute;cision, intervenue quelques jours apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;lection de Nicolas Sarkozy, a &eacute;t&eacute; analys&eacute;e par nombre d&rsquo;observateurs africains comme le premier signe de la &laquo; rupture &raquo; avec la &laquo; Fran&ccedil;afrique &raquo; promise par le candidat de l&rsquo;UMP.<br \/> L&rsquo;&eacute;ditorialiste du journal burkinab&eacute; Le Pays croit alors voir poindre &laquo; une nouvelle &egrave;re (&#8230;) pour la France, qui veut manifestement que soit tourn&eacute;e la page des rapines pratiqu&eacute;es sur le continent par ses propres dirigeants &raquo;. &laquo; La dialectique du pilleur-r&eacute;parateur pourrait s&rsquo;enclencher &raquo;, s&rsquo;enthousiasme un quotidien de Kinshasa, tandis que le Times de Londres insiste sur le caract&egrave;re &laquo; sans pr&eacute;c&eacute;dent &raquo; de l&rsquo;enqu&ecirc;te.La douche froide viendra cinq mois plus tard, avec le classement sans suite notifi&eacute; le 15 novembre 2007 pour &laquo; infraction insuffisamment caract&eacute;ris&eacute;e &raquo;.<br \/> Entre-temps, les chefs d&rsquo;Etat vis&eacute;s ont signifi&eacute; leur col&egrave;re &agrave; Nicolas Sarkozy. Omar Bongo a protest&eacute;, a affirm&eacute; avoir emp&ecirc;ch&eacute; des manifestations antifran&ccedil;aises &laquo; spontan&eacute;es &raquo; &agrave; Libreville. Le 5 juillet, sur le perron de l&rsquo;Elys&eacute;e, apr&egrave;s une visite au pr&eacute;sident fran&ccedil;ais, Denis Sassou Nguesso a fustig&eacute; les &laquo; relents de n&eacute;ocolonialisme et de racisme &raquo; qu&rsquo;&eacute;voque pour lui la plainte. &laquo; Tous les dirigeants du monde ont des ch&acirc;teaux ou des palais, qu&rsquo;ils soient du Golfe, d&rsquo;Europe ou d&rsquo;Afrique &raquo;, se d&eacute;fendait-il.<\/p>\n<p> <strong> Le geste de Sarkozy<\/strong><br \/> Comme pour appuyer ces protestations, M. Sarkozy a multipli&eacute; les gestes montrant la continuit&eacute; des bonnes relations entre la France et les pays concern&eacute;s. Lors de son premier voyage officiel en Afrique, en juillet, il a choisi de faire &eacute;tape au Gabon, dirig&eacute; depuis quarante ans par Omar Bongo, et s&rsquo;est montr&eacute; plus g&eacute;n&eacute;reux que le Tr&eacute;sor ne le proposait pour annuler la dette de ce pays. Re&ccedil;u &agrave; l&rsquo;Elys&eacute;e, M. Sassou Nguesso a b&eacute;n&eacute;fici&eacute;, lui aussi, d&rsquo;une aide fran&ccedil;aise accrue pour le Congo.Pour les associations plaignantes, le doute n&rsquo;est pas permis : le classement de la plainte r&eacute;sulte d&rsquo;une consigne donn&eacute;e au parquet par le pouvoir politique. A lire leur r&eacute;action, la d&eacute;cision judiciaire traduirait la victoire de &laquo; l&rsquo;Afrique de Papa sur le droit &raquo;. <br \/> &laquo; Par cette d&eacute;cision, estiment-elles, la France envoie un signal d&eacute;sastreux &agrave; la population africaine &raquo;, privant celle-ci de &laquo; ce qu&rsquo;elle ne peut pas obtenir sur son sol, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;identification de ceux qui, par les d&eacute;tournements massifs d&rsquo;argent public op&eacute;r&eacute;s, contribuent &agrave; son appauvrissement &raquo;.<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>Par Philippe BERNARD<\/p>\n<h1> \t\tLa fortune de pr&eacute;sidents africains en biens immobiliers \t<\/h1>\n<p id=\"publicationDate\"> \t\tMis en ligne le 01\/02\/2008 \t<\/p>\n<div id=\"articleHat\"> \t\tSelon la police, Omar Bongo et Denis Sassou N&rsquo;Guesso ont le plus de patrimoine. \t<\/div>\n<div id=\"articleText\">\n<p>Une enqu&ecirc;te pr&eacute;liminaire de police men&eacute;e &agrave; Paris l&rsquo;an dernier &agrave; la demande d&rsquo;associations r&eacute;v&egrave;le que plusieurs chefs d&rsquo;Etat africains sont &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;un important patrimoine immobilier dans les beaux quartiers de Paris et dans des localit&eacute;s hupp&eacute;es. Le rapport des policiers, dont le journal &quot;Le Monde&quot; fait &eacute;tat vendredi et dont une source judiciaire a confirm&eacute; &agrave; Reuters les grandes lignes, r&eacute;pertorie 33 appartements, h&ocirc;tels particuliers et maisons poss&eacute;d&eacute;s par le pr&eacute;sident du Gabon, Omar Bongo, et ses proches, au pouvoir depuis 40 ans. Le pr&eacute;sident congolais Denis Sassous-Nguesso, revenu au pouvoir &agrave; Brazzaville en 1997 apr&egrave;s une guerre civile, enregistre un total de 18 propri&eacute;t&eacute;s pour lui et ses proches.<\/p>\n<p>Omar Bongo poss&egrave;de en propre 17 propri&eacute;t&eacute;s immobili&egrave;res, dont un h&ocirc;tel particulier pr&egrave;s des Champs-Elys&eacute;es acquis pour 18,875 millions d&rsquo;euros en juin 2007. Il a en outre deux appartements avenue Foch de 88 et 210 m2 et un autre de 219 m2 dans le XVIe arrondissement de la capitale. Sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, il d&eacute;tient deux appartements de 170 m2 et 100 m2, trois maisons dont une de 176 m2. Omar Bongo a &eacute;t&eacute; l&rsquo;un des premiers chefs d&rsquo;Etat re&ccedil;us officiellement par Nicolas Sarkozy &agrave; Paris apr&egrave;s son &eacute;lection. Le pr&eacute;sident fran&ccedil;ais l&rsquo;a revu ensuite &agrave; Libreville lors d&rsquo;une tourn&eacute;e africaine.<\/p>\n<p>Denis Sassou N&rsquo;Guesso poss&egrave;de une maison de 485 m2 au V&eacute;sinet (Yvelines) et un logement de neuf pi&egrave;ces dans le XVIIe arrondissement de Paris achet&eacute; l&rsquo;an dernier pour son &eacute;pouse pour le montant de 2,47 millions d&rsquo;euros. Un h&ocirc;tel particulier de sept pi&egrave;ces avec piscine &agrave; Neuilly a &eacute;t&eacute; acquis pour 3,15 millions d&rsquo;euros en 2006 par sa fille cadette Julienne.<\/p>\n<p>En revanche, la police n&rsquo;a rien d&eacute;couvert &agrave; Paris qui appartienne au pr&eacute;sident angolais Eduardo dos Santos, vis&eacute; par l&rsquo;enqu&ecirc;te de police, ou qui concerne le pr&eacute;sident du Burkina Faso, Blaise Campaor&eacute;. L&rsquo;&eacute;pouse de ce dernier poss&egrave;de cependant deux logements dans le XVIe arrondissement.<\/p>\n<p>Les enqu&ecirc;teurs se sont en outre rendus chez des concessionnaires d&rsquo;automobiles de luxe et, exhumant ch&egrave;ques et paiements, ont d&eacute;couvert notamment trois Bugatti &agrave; un million d&rsquo;euros pi&egrave;ce achet&eacute;es par Teodoro Nguema, fils du pr&eacute;sident de la Guin&eacute;e &eacute;quatoriale. Ce dernier a achet&eacute; une quinzaine de v&eacute;hicules pour un montant estim&eacute; &agrave; 5,7 millions d&rsquo;euros. Edith Bongo, &eacute;pouse du pr&eacute;sident gabonais, a achet&eacute; une Maybach &#8211; marque de luxe de Mercedes &#8211; &agrave; 424000 euros.<\/p>\n<p>Le parquet a class&eacute; sans suite l&rsquo;enqu&ecirc;te, d&eacute;clench&eacute;e par une plainte d&eacute;pos&eacute;e le 27 mars 2007 par plusieurs associations pour &quot;recel de d&eacute;tournement de biens publics&quot;. Ces associations estiment que ces biens pourraient provenir de fonds publics d&eacute;tourn&eacute;s, ce que nient cat&eacute;goriquement les chefs d&rsquo;Etat concern&eacute;s et leurs avocats parisiens.<\/p>\n<p>L&rsquo;instruction de l&rsquo;affaire de d&eacute;tournement de fonds &agrave; Elf de 1989 &agrave; 1993 avait mis en cause Omar Bongo et Denis Sassou N&rsquo;Guesso pour des sommes vers&eacute;es par la compagnie p&eacute;troli&egrave;re sur des comptes bancaires off-shore d&eacute;tenus par des proches. Les associations plaignantes pourraient poursuivre leur action par une plainte avec constitution de partie civile. L&rsquo;aboutissement d&rsquo;une telle proc&eacute;dure est toutefois incertaine, le droit international coutumier stipulant que les chefs d&rsquo;Etat en exercice b&eacute;n&eacute;ficient d&rsquo;une immunit&eacute; p&eacute;nale. (Reuters) <\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enqu&ecirc;te H&ocirc;tels particuliers, villas, piscines, Bugatti et Mercedes&#8230; La police a enqu&ecirc;t&eacute; sur le patrimoine de cinq chefs d&rsquo;Etat africains en France. Cette d&eacute;marche avait &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute;e &agrave; la mi-2007 comme une rupture avec la &laquo; Fran&ccedil;afrique &raquo;. Depuis, l&rsquo;affaire a &eacute;t&eacute; class&eacute;e sans suite. Avenue Foch, j&rsquo;ach&egrave;te ! 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