{"id":6115,"date":"2008-09-06T01:01:28","date_gmt":"2008-09-05T23:01:28","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1396","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1396\/","title":{"rendered":"Comment Biya a coul\u00e9 le Cameroun"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p class=\"surtitre\"> <span style=\"font-weight: bold;\">D&eacute;tournements, corruption &hellip; <\/span><\/p>\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"> <\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em>  <\/em><\/span><\/p>\n<p> 1987-2006. 19 ans que le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, face &agrave; Eric Chinje sur le plateau de la t&eacute;l&eacute;vision nationale, annon&ccedil;ait les couleurs pour ce qui est de la lutte contre la corruption. Entre autres sujets abord&eacute;s, le pr&eacute;sident a fermement d&eacute;clar&eacute; ce jour-l&agrave; son intention de traquer l&rsquo;enrichissement illicite, car 5 ans seulement apr&egrave;s son accession &agrave; la magistrature supr&ecirc;me, il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; &eacute;vident que plusieurs fonctionnaires &eacute;taient devenues millionnaires. La question est plus que d&rsquo;actualit&eacute; aujourd&rsquo;hui. Biya aura mis plus de 15 ans pour r&eacute;unir les preuves que &ldquo; ses fonctionnaires &rdquo; ponctionnaient les deniers publics, et d&eacute;clencher ce qui est aujourd&rsquo;hui connu sous le nom de l&rsquo;Op&eacute;ration Epervier. Un retard qui pousse l&rsquo;observateur &agrave; assimiler les arrestations actuelles &agrave; une chasse aux sorci&egrave;res, sans vrai rapport avec une v&eacute;ritable volont&eacute; politique d&rsquo;&eacute;radiquer le mal. Personne en tout cas de ceux qui sont inqui&eacute;t&eacute;s aujourd&rsquo;hui n&rsquo;&eacute;tait aux affaires en 1987, et s&rsquo;ils ont plong&eacute; dans les caisses, c&rsquo;&eacute;tait pour suivre le chemin trac&eacute; avant eux, ce m&ecirc;me chemin que d&eacute;non&ccedil;aient les putschistes de 1984, qui disaient en substance que tout se passe comme s&rsquo;il fallait se remplir rapidement les poches. Cette interview, dont nous publions quelques extraits, est aujourd&rsquo;hui remise au go&ucirc;t dans un ouvrage de Manasse Aboya Endong, intitul&eacute; Cameroun, le d&eacute;bat virtuel.<\/p>\n<p> <strong>Monsieur le pr&eacute;sident, je suis venu ici avec des questions qui pr&eacute;occupent les Camerounais. Il y a des questions que je voudrais poser, mais j&rsquo;ai des r&eacute;serves, je me dis que ce sont peut-&ecirc;tre des sujets tabous et que je ne devrais pas oser. Mais vous m&rsquo;avez dit vous-m&ecirc;me de poser les questions qui pr&eacute;occupent les Camerounais et c&rsquo;est ce que je vais essayer de faire.<\/strong><br \/> Je le confirme.<\/p>\n<p> <strong>Merci, Monsieur le pr&eacute;sident. Je vais passer &agrave; un autre secteur : l&rsquo;&eacute;conomie, puisque c&rsquo;est cela qui touche d&rsquo;une mani&egrave;re plus profonde la vie camerounaise. J&rsquo;&eacute;tais &agrave; Douala il y a dix jours &agrave; peu pr&egrave;s, et j&rsquo;ai eu &agrave; parler avec quelques douaniers, quelques hommes d&rsquo;affaires, quelques commer&ccedil;ants, et l&rsquo;impression que j&rsquo;ai eue, &eacute;tant donn&eacute; que vous avez d&eacute;clar&eacute; vous-m&ecirc;me que cette ann&eacute;e serait une ann&eacute;e difficile, c&rsquo;est que &ccedil;a ne vas pas. Les gens disent que les caisses de l&rsquo;Etat sont vides. Tout cela, Monsieur le pr&eacute;sident, laisse les Camerounais un peu perturb&eacute;s, un peu mal &agrave; l&rsquo;aise.<\/strong><br \/> Sur ce point, j&rsquo;aurai peut-&ecirc;tre &agrave; &ecirc;tre aussi long que pour les questions ant&eacute;rieures. D&rsquo;abord, je tiens &agrave; dire que le Cameroun est interd&eacute;pendant des autres pays. A l&rsquo;heure actuelle, et depuis pratiquement 1973, le monde conna&icirc;t une grave crise &eacute;conomique. Cette crise &eacute;conomique &eacute;tait caract&eacute;ris&eacute;e par l&rsquo;inflation, les d&eacute;sordres mon&eacute;taires, le ch&ocirc;mage et puis d&rsquo;autres manifestations.<br \/> Pendant longtemps, le Cameroun, gr&acirc;ce au dynamisme de ses populations, gr&acirc;ce &agrave; la sagesse et &agrave; la politique conduite par ses dirigeants, a pu se tenir un peu, je ne dis pas &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, mais a moins subi les effets de cette crise. Mais cette crise perdure, et aujourd&rsquo;hui, ce que les Camerounais doivent savoir, c&rsquo;est que la crise &eacute;conomique est l&agrave;, et qu&rsquo;elle atteint le Cameroun. Elle s&rsquo;est aggrav&eacute;e ces derniers temps par la chute des prix des produits de base d&rsquo;exportation qui sont les n&ocirc;tres : le p&eacute;trole, dont les prix ont d&eacute;gringol&eacute; ; le dollar m&ecirc;me, par lequel on nous payait ce p&eacute;trole, a baiss&eacute; ; le cacao a baiss&eacute;, le coton, le caf&eacute; ont baiss&eacute;. Ce sont l&agrave; les moyens par lesquels nous avons des ressources. <br \/> Quand dans un pays, les sources de recettes tarissent, la situation devient difficile. Je vais &ecirc;tre plus pratique : admettons qu&rsquo;un citoyen ait un salaire ou un revenu de 100 francs : pour des causes ind&eacute;pendantes de sa volont&eacute;, au lieu de percevoir 100 francs, il ne lui reste que 70 francs : c&rsquo;est un peu cela, la situation. Que va faire ce citoyen ? Ou bien il va restreindre son niveau de vie, au niveau des 70 francs, ou, s&rsquo;il veut continuer &agrave; vivre au niveau de 100 francs, il faudrait qu&rsquo;il voie d&rsquo;autres amis pour leur demander de lui pr&ecirc;ter les 30 francs qui lui manquent. Pour revenir &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie du Cameroun, cette baisse des cours et toutes les perturbations entra&icirc;n&eacute;es par la conjoncture &eacute;conomique ont fait perdre &agrave; notre pays, &agrave; tout le moins 200 milliards de Fcfa.<br \/> Ceci se r&eacute;percute dans les transactions ; et ceci &eacute;tait pr&eacute;visible. Lorsque j&rsquo;&eacute;tais en visite aux Etats-Unis, en f&eacute;vrier dernier, un journaliste am&eacute;ricain m&rsquo;a dit : &ldquo; Monsieur le pr&eacute;sident, maintenant que les produits de base sont en train de chuter, notamment le p&eacute;trole, que comptez-vous faire pour maintenir le niveau de d&eacute;veloppement du Cameroun ? &rdquo; Et bien, j&rsquo;avais r&eacute;pondu &agrave; ce journaliste que nous allions continuer &agrave; nous battre ; et surtout que nous allions emprunter des cr&eacute;dits, de l&rsquo;argent &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur. et en juin, &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale, j&rsquo;avais &eacute;galement dit aux d&eacute;put&eacute;s, vous vous rappelez, que si nos pr&eacute;visions venaient &agrave; &ecirc;tre fauss&eacute;es, nous allions recourir aux emprunts.<br \/> Je dois donc dire que le malaise que vous avez not&eacute; est r&eacute;el, il est d&ucirc; &agrave; une situation &eacute;conomique difficile, et le gouvernement s&rsquo;emploie &agrave; porter rem&egrave;de &agrave; cette situation. Il y a quelques ann&eacute;es, la Banque mondiale et la Bad nous ont pr&ecirc;t&eacute; 60 milliards ; d&rsquo;autres cr&eacute;dits sont en cours de n&eacute;gociation. Donc, nos allons combler le &ldquo; Gap &rdquo; par des emprunts. <br \/> Mais ce n&rsquo;est pas tout, il faut aussi que les Camerounais rel&egrave;vent tous leurs manches et qu&rsquo;ils travaillent durement, parce que les temps sont durs. Il ne faut pas que nous vivions dans l&rsquo;euphorie. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;avais dit que l&rsquo;ann&eacute;e serait dure, que l&rsquo;ann&eacute;e ne serait pas facile, parce que je pr&eacute;voyais cette chute de nos moyens. Je pr&eacute;voyais &eacute;galement la n&eacute;cessit&eacute;, pour les Camerounais de travailler encore plus dur, je pr&eacute;voyais &eacute;galement la n&eacute;cessit&eacute; de traquer les d&eacute;tourneurs de deniers publics, les fraudeurs et les autres. Je pr&eacute;voyais la n&eacute;cessit&eacute; de combattre l&rsquo;incivisme fiscal. C&rsquo;est n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi que le Cameroun a des atouts pour s&rsquo;en sortir. Nous avons une population dynamique. Nous avons un cr&eacute;dit &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur aupr&egrave;s des organisations financi&egrave;res. Nous avons un gouvernement d&eacute;cid&eacute; &agrave; surmonter les cons&eacute;quences de la crise. Nous avons &eacute;galement des amis en dehors du Cameroun, des amis qui sont dispos&eacute;s &agrave; nous aider. Alors, gr&acirc;ce &agrave; tous ces concours, gr&acirc;ce au travail des Camerounais, &agrave; un civisme beaucoup plus engag&eacute;, &agrave; une gestion beaucoup plus rigoureuse de notre &eacute;conomie nationale, je pense que le Cameroun pourra traverser le tunnel et voir s&rsquo;ouvrir devant lui une aube nouvelle et plus r&eacute;jouissante.<\/p>\n<p> <strong>Monsieur le pr&eacute;sident, on se demande souvent si le Cameroun peut un jour passer d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; de consommateurs &agrave; une soci&eacute;t&eacute; de producteurs. L&rsquo;habillement, les chaises, les meubles, tout est import&eacute;. Sur le plan local, il n&rsquo;y a pas encore la confiance, je dirai, de consommer camerounais. <\/strong><br \/> Voil&agrave;, M. Chinje ; c&rsquo;est un probl&egrave;me effectivement important. Je pense que dans ce domaine, il y a un mot que l&rsquo;on devra faire passer : &ldquo; Consommer camerounais &rdquo;. On m&rsquo;a signal&eacute; des cas aberrants o&ugrave; la viande produite chez nous, une viande qui est succulente, qu&rsquo;on laisse pour acheter une viande import&eacute;e, congel&eacute;e ; pourquoi ? Parce que cela fait bien de dire : &ldquo; Moi, je mange de la viande qui vient de l&rsquo;ext&eacute;rieur, je ne mange pas la viande du Cameroun &rdquo;. Nous sommes Camerounais, nous devons &ecirc;tre fiers de manger ce que nous produisons.<br \/> Vous retrouverez le m&ecirc;me &eacute;tat d&rsquo;esprit un peu partout : nous avons des petites entreprises, des menuisiers, et nous d&eacute;pensons des sommes folles pour importer des mobiliers, alors que nous pourrions acheter du mobilier de bois excellent. Je dois dire qu&rsquo;il n&rsquo;est m&ecirc;me pas exclu que le mobilier en bois que nous importons soit fait avec le bois achet&eacute; chez nous, que nous avons vendu &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de grumes. Ceci fait partie des transactions. Mais je dis que les Camerounais doivent prendre conscience de la n&eacute;cessit&eacute; pour eux de consommer d&rsquo;abord leurs propres biens.<br \/> Bien s&ucirc;r, nous ne voulons pas vivre en autarcie, mais comment voulez-vous encourager l&rsquo;entreprise nationale, si nous-m&ecirc;mes d&eacute;laissons ce que nous produisons pour importer uniquement les productions ext&eacute;rieures ?<br \/> J&rsquo;ai parl&eacute; des aliments, des meubles, je pourrais en dire autant du riz ; nous produisons beaucoup de riz, mais ce riz est stock&eacute;, et pendant ce temps, on continue &agrave; importer du riz ; alors comment encourager nos producteurs de riz ? On veut les r&eacute;duire au ch&ocirc;mage. J&rsquo;ai donn&eacute; des directives dans tous les minist&egrave;res pour que priorit&eacute; soit donn&eacute;e &agrave; la consommation des biens produits par le Cameroun. <br \/> Mais ce travail ne peut trouver son ach&egrave;vement que par une &eacute;ducation, une conversion des mentalit&eacute;s ; et je pense que dans ce domaine, la presse, le parti, ont un grand r&ocirc;le &agrave; jouer, de sorte que je compte sur la presse pour expliquer aux Camerounais qu&rsquo;ils doivent consommer camerounais.<\/p>\n<p> <strong>Un domaine qui nous pr&eacute;occupe, M. le pr&eacute;sident, c&rsquo;est le secteur de l&rsquo;agriculture. L&rsquo;agriculture d&rsquo;exportation n&rsquo;a pas beaucoup &eacute;t&eacute; rajeunie ces derni&egrave;res ann&eacute;es. Le tonnage des produits d&rsquo;exportation est stagnant. Notre agriculture est sous-m&eacute;canis&eacute;e. Nous aimerions savoir si le gouvernement du renouveau a un rem&egrave;de appropri&eacute; pour r&eacute;soudre ces probl&egrave;mes que rencontre aujourd&rsquo;hui notre agriculture.<\/strong><br \/> Vous avez raison. Nous accusons une certaine stagnation, quand ce n&rsquo;est pas une r&eacute;gression de notre production agricole, notamment des produits d&rsquo;exportation : cacao, caf&eacute;&hellip; Je dois dire que cette situation vient d&rsquo;abord, il faut le dire, d&rsquo;un vieillissement des plantations, d&rsquo;un vieillissement des planteurs. Et je tiens &agrave; souligner que l&rsquo;agriculture reste le secteur-cl&eacute; de l&rsquo;&eacute;conomie camerounaise.<br \/> Nous avons pris un certain nombre de mesures pour relancer ce secteur. Nous avons cr&eacute;&eacute; des primes aux plantations nouvelles, des primes &agrave; l&rsquo;arrachage, des primes &agrave; la r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration, etc. Et nous venons de cr&eacute;er une ristourne ; quand le planteur vend du cacao, du caf&eacute;, du coton, il per&ccedil;oit cette ristourne. <br \/> J&rsquo;ai demand&eacute; au ministre de l&rsquo;Agriculture de me proposer un nouveau plan tendant &agrave; relancer l&rsquo;agriculture, et je dois dire &ndash; je peux vous le dire &ndash; dans les jours qui viennent, je vais signer un acte cr&eacute;ant une banque agricole ; je ne sais comment elle s&rsquo;appellera : Cr&eacute;dit agricole&hellip; ou autre, qui va remplacer le Fonader. Mais ce sera une banque beaucoup plus importante qui pourra recourir &agrave; l&rsquo;escompte de la banque centrale et qui sera initialement dot&eacute;e de fonds propres pour permettre &agrave; l&rsquo;agriculture de prendre vraiment un nouvel essor.<br \/> Mais, cela &eacute;tant, et, sans pr&eacute;juger des propositions que le ministre de l&rsquo;Agriculture va me faire, je pense que le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture va se faire suivant les voies que je vais &eacute;num&eacute;rer. D&rsquo;abord, il faut encadrer les petits producteurs traditionnels, les &ldquo; small holders &rdquo;, les agriculteurs traditionnels, leur donner des engrais, des conseils.<br \/> Mais le volet suivant, ce sont les agro-industries. Elle existent, il faut les maintenir. Il faut rationaliser leur gestion. Nous n&rsquo;allons pas dissoudre les agro-industries parce qu&rsquo;elles co&ucirc;tent cher. Mais on va les maintenir et en tout cas les rentabiliser. C&rsquo;est le deuxi&egrave;me volet.<br \/> Il y a un troisi&egrave;me volet qui est nouveau : ce sont les plantations moyennes. Le ministre de l&rsquo;Agriculture est en train d&rsquo;&eacute;tudier en ce moment la possibilit&eacute; de lancer des plantations priv&eacute;es moyennes : cinq, dix, quinze, vingt hectares, suivant la volont&eacute; des gens. Et j&rsquo;ai demand&eacute; &ndash; et je profite de cette occasion pour dire &ndash; que je demande aux Camerounais de faire de l&rsquo;agriculture. Ils ont des terres&hellip; nous avons des terres. Un instrument de cr&eacute;dit va &ecirc;tre mis &agrave; leur disposition. Le gouvernement va assurer l&rsquo;encadrement et &eacute;ventuellement aider au d&eacute;frichement. Toutes les conditions me paraissent r&eacute;unies pour redynamiser l&rsquo;agriculture.<br \/> Mais il reste un quatri&egrave;me volet que nous devons encourager, c&rsquo;est la cr&eacute;ation de sortes de petits villages agricoles pionniers. L&rsquo;archev&ecirc;que de Yaound&eacute; a cr&eacute;&eacute;, non loin d&rsquo;ici, une exp&eacute;rience passionnante &agrave; cet &eacute;gard : des jeunes Camerounais se sont install&eacute;s quelque part, ils sont devenus eux-m&ecirc;mes propri&eacute;taires de leurs terres, ils ont cr&eacute;&eacute; une sorte de communaut&eacute;. Chacun est propri&eacute;taire de sa plantation, du moins d&rsquo;apr&egrave;s ce qu&rsquo;on m&rsquo;a dit ; ils ont cr&eacute;&eacute; une sorte de conseil d&rsquo;administration, une assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale ; ils ont une infirmerie, un &eacute;conomat, et cela marche tr&egrave;s bien. La derni&egrave;re fois qu&rsquo;on m&rsquo;en a parl&eacute;, il y avait une cinquantaine de personnes, des hommes, des femmes, des c&eacute;libataires, je crois que nous devons exploiter toutes ces possibilit&eacute;s, pour donner libre cours au dynamisme des Camerounais, pour qu&rsquo;ils puissent se lancer dans l&rsquo;agriculture.<br \/> Et, par les temps difficiles que nous vivons, je demande que ceux qui quittent la Fonction publique ou ceux qui sont victimes de certaines compressions de personnel, se reconvertissent dans l&rsquo;agriculture. Les moyens sont l&agrave;. Le gouvernement est pr&ecirc;t &agrave; mettre tout en &oelig;uvre pour que le Cameroun devienne r&eacute;ellement le grenier de l&rsquo;Afrique centrale.<\/p>\n<p> <strong>Nous avons constat&eacute; qu&rsquo;il y a des lourdeurs dans l&rsquo;administration. Malgr&eacute; vos efforts pour pallier les insuffisances constat&eacute;es, il y a toujours des n&eacute;gligences, des dispersions, des mauvaises coordinations de l&rsquo;administration. je voudrais savoir, Monsieur le pr&eacute;sident, si vous envisagez une poursuite des r&eacute;formes pour r&eacute;soudre ce probl&egrave;me.<\/strong><br \/> D&rsquo;abord, je tiens &agrave; dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas tr&egrave;s longtemps, l&rsquo;administration camerounaise &eacute;tait une des meilleures en Afrique. En effet, pendant longtemps, cette administration &eacute;tait adapt&eacute;e, efficace. Mais depuis un certain temps, en raison du d&eacute;veloppement rapide du pays, peut-&ecirc;tre aussi en raison d&rsquo;une formation qui n&rsquo;&eacute;tait plus tout &agrave; fait bien adapt&eacute;e, nous avons assist&eacute; &agrave; des d&eacute;rapages, de sorte qu&rsquo;une r&eacute;forme profonde de l&rsquo;administration s&rsquo;est av&eacute;r&eacute;e n&eacute;cessaire. <br \/> Nous l&rsquo;avons commenc&eacute;e. Nous l&rsquo;avons commenc&eacute;e par la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique qui &eacute;tait d&rsquo;ailleurs la cible de beaucoup de critiques. On disait que tous les dossiers venaient mourir l&agrave;-bas. J&rsquo;ai fait derni&egrave;rement, en novembre, une r&eacute;forme assez importante, dont l&rsquo;esprit est d&rsquo;all&eacute;ger, de rationaliser, de moderniser notre administration. Au lieu que tout passe par le m&ecirc;me secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral, nous avons divis&eacute; le secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral en deux ; il y a maintenant le secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral du gouvernement et le directeur du cabinet. Le directeur du cabinet assume surtout l&rsquo;animation de l&rsquo;action politique ; le secr&eacute;tariat g&eacute;n&eacute;ral assurant, lui, le notariat du gouvernement. A ce niveau, il y a donc une r&eacute;partition des t&acirc;ches.<br \/> Bien s&ucirc;r, il y a le cabinet priv&eacute; qui continue &agrave; s&rsquo;occuper des audiences du pr&eacute;sident, du protocole, des affaires priv&eacute;es du chef de l&rsquo;Etat. il y a le cabinet militaire. Nous avons tenu d&rsquo;abord &agrave; d&eacute;congestionner la r&eacute;sidence, en divisant le travail entre plusieurs responsables. Mais l&rsquo;autre r&eacute;forme, l&rsquo;autre aspect, l&rsquo;autre principe important, c&rsquo;&eacute;tait de responsabiliser les ministres, de leur donner plus de responsabilit&eacute;s. La pr&eacute;sidence de la r&eacute;publique, effectivement, donnait le visa &agrave; la plupart des actes qui devaient &ecirc;tre pris dans les minist&egrave;res. 90% ou 95% de ces visas ont fait retour aux minist&egrave;res, pour permettre aux ministres de r&eacute;gler rapidement les probl&egrave;mes. <br \/> Cette r&eacute;forme sera poursuivie. Nous sommes en train de pr&eacute;parer en ce moment de nouvelles d&eacute;l&eacute;gations de signature, de nouvelles d&eacute;l&eacute;gations de pouvoir aux ministres. Par exemple, je ne sais s&rsquo;il est absolument n&eacute;cessaire qu&rsquo;un Camerounais qui peut ouvrir une pharmacie, obtienne l&rsquo;autorisation du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ; le ministre de la Sant&eacute; peut le faire. Donc nous sommes en train de pr&eacute;parer de nouvelles d&eacute;l&eacute;gations de signature, de pouvoir, pour permettre &agrave; l&rsquo;administration d&rsquo;&ecirc;tre plus performante, plus rapide. <br \/> Vous savez aussi que nous avons cr&eacute;&eacute; la haute autorit&eacute; de la Fonction publique &agrave; la t&ecirc;te de laquelle on va nommer un haut responsable ind&eacute;pendant, pour assurer l&rsquo;objectivit&eacute; dans les promotions, dans les nominations.<br \/> C&rsquo;est une &oelig;uvre de longue haleine parce que l&rsquo;administration est devenue difficile, surtout l&rsquo;administration &eacute;conomique. Il faut que les fonctionnaires sachent, parce que c&rsquo;est devenu tr&egrave;s difficile, qu&rsquo;un bon fonctionnaire, doit lire, doit se cultiver, doit faire des stages. Il ne suffit pas de sortir de l&rsquo;Enam ou d&rsquo;une &eacute;cole, et qu&rsquo;&agrave; la sortie du bureau, on aille, comment appelez-vous cela, dans les &ldquo; chantiers &rdquo; manger les poulets brais&eacute;s et boire du champagne. Il faut entretenir l&rsquo;intellect, lire, se cultiver, pour rester au bon niveau, s&rsquo;informer sur ce qui se passe. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi que nous pouvons avoir une administration qui r&eacute;ponde vraiment aux besoins, aux attentes de notre peuple.<br \/> Mais il y a un autre aspect, c&rsquo;est la moralit&eacute; de l&rsquo;administration. On me signale des d&eacute;tournements de deniers publics et autres. Lorsque ces d&eacute;tournements sont prouv&eacute;s, irr&eacute;vocablement les coupables sont traduits devant les tribunaux. Il faut donc non seulement que les fonctionnaires cultivent leur niveau intellectuel pour faire face &agrave; des fonctions devenues difficiles ; mais il faut qu&rsquo;ils observent la d&eacute;ontologie. Je l&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; dit. Il faut aussi qu&rsquo;ils fassent preuve de qualit&eacute;s morales, d&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute;, d&rsquo;int&eacute;grit&eacute;, d&rsquo;objectivit&eacute;.<br \/> On parle ces derniers temps de la corruption. J&rsquo;ai institu&eacute; une commission charg&eacute;e de me proposer des mesures de lutte contre la corruption, et je saisis cette occasion pour demander au peuple camerounais de m&rsquo;aider &agrave; combattre la corruption. Je ne peux pas &ecirc;tre derri&egrave;re chaque Camerounais. Il faut que les Camerounais eux-m&ecirc;mes sachent que la corruption va &agrave; l&rsquo;encontre des int&eacute;r&ecirc;ts de la majorit&eacute; de notre peuple. <br \/> Je prends toujours un exemple : une route co&ucirc;te 100 francs &ndash; c&rsquo;est abstrait &ndash; mais l&rsquo;investisseur qui veut faire la route sais que pour obtenir cette route, il doit donner 20 francs &agrave; tel, 10 francs &agrave; un tel autre ; au lieu de vous pr&eacute;senter la note de 100 francs, il va la pr&eacute;senter &agrave; 150 francs parce qu&rsquo;il doit donner, comment appelle-t-on cela ? des &ldquo; pots-de-vin &rdquo;, et qui va rembourser ? C&rsquo;est la nation. Qui paie les frais, c&rsquo;est encore la nation, parce que la route on l&rsquo;a faite avec l&rsquo;argent collect&eacute; par les imp&ocirc;ts. Si c&rsquo;est un pr&ecirc;t ext&eacute;rieur, nous allons rembourser 150 francs, plus les int&eacute;r&ecirc;ts, alors qu&rsquo;on devrait rembourser 100 francs ; il y a un autre inconv&eacute;nient : si les &ldquo; pots-de-vin &rdquo; ont amen&eacute; la route de 100 &agrave; 150 francs, non seulement nous payons pour rien 50 francs, mais avec ces 50 francs, on pourrait faire la moiti&eacute; d&rsquo;une autre route, et on prive ainsi les autres Camerounais d&rsquo;un instrument utile qui aurait pu permettre leur &eacute;panouissement. C&rsquo;est pourquoi la corruption doit &ecirc;tre combattue avec la derni&egrave;re rigueur.<br \/> Mais c&rsquo;est une t&acirc;che difficile ; lorsque quelqu&rsquo;un re&ccedil;oit un &ldquo; pot-de-vin &rdquo;, il ne laisse pas de re&ccedil;u. Il faut donc des m&eacute;thodes particuli&egrave;res pour pouvoir les d&eacute;tecter. C&rsquo;est pourquoi je faisais appel tout &agrave; l&rsquo;heure &agrave; l&rsquo;aide des Camerounais, mais je mets en m&ecirc;me temps les Camerounais en garde sur les d&eacute;nonciations fantaisistes : &ldquo; je suis jaloux de votre belle cravate et je vais &eacute;crire au pr&eacute;sident : ce monsieur est riche, il a touch&eacute; un pot-de-vin &rdquo;, ce n&rsquo;est pas s&eacute;rieux. Je veux que le gouvernement pr&eacute;pare des mesures et d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; il a commenc&eacute; &agrave; les appliquer. Lorsque nous avons un cas de corruption ou de d&eacute;tournement des deniers publics ou autres, les sanctions tombent infailliblement.<br \/> Donc je pense que par une organisation rationnelle, par le culte des valeurs morales qui font l&rsquo;honneur de la Fonction publique, nous allons pouvoir rendre &agrave; ce pays une administration digne de ses ambitions. Il y a un autre aspect. On me dit souvent : il faut motiver l&rsquo;administration, les gens ont besoin d&rsquo;&ecirc;tre motiv&eacute;s. O&ugrave; commence et o&ugrave; s&rsquo;arr&ecirc;te la motivation ? Je dis ceci : la Fonction publique, je la consid&egrave;re soit comme une sorte de vocation, soit comme une sorte de sacerdoce. On a d&eacute;cid&eacute; de servir l&rsquo;Etat, de servir l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral ; on doit accepter ce que l&rsquo;Etat fait. L&rsquo;Etat de son c&ocirc;t&eacute;, fait de son mieux pour donner &agrave; ceux qui le servent les moyens de vivre dignement, eux-m&ecirc;mes et leur famille. S&rsquo;il y a des Camerounais qui veulent absolument &ecirc;tre riches, &ecirc;tre millionnaires, c&rsquo;est tout &agrave; fait leur droit, mais alors je leur dis : vous vous &ecirc;tes tromp&eacute;s de chemin, allez dans le secteur priv&eacute;. J&rsquo;ajoute d&rsquo;ailleurs que ce n&rsquo;est pas facile l&agrave;-bas de gagner des millions. Quand on veut gagner de l&rsquo;argent, beaucoup d&rsquo;argent, ce n&rsquo;est pas la Fonction publique qui est la meilleure voie.<br \/> Donc pour conclure, l&rsquo;Etat continuera &agrave; donner aux fonctionnaires le moyen de vivre dignement, d&rsquo;accomplir leur noble t&acirc;che, mais il exige en retour le respect de la d&eacute;ontologie, il exige une moralit&eacute;, il exige la rigueur. <br \/> Nul n&rsquo;est contraint de rester dans la Fonction publique, mais ceux qui acceptent d&rsquo;y rester doivent en accepter les principes et les r&egrave;gles. <\/p>\n<p> <strong> On dit, Monsieur le pr&eacute;sident, qu&rsquo;il y a beaucoup de millionnaires dans notre administration. Il y a beaucoup de fonctionnaires qui sont millionnaires. On se demande comment, dans une vie de fonctionnaire, certaines peuvent devenir millionnaires, et j&rsquo;ajoute &agrave; cette observation le fait que vous avez eu &agrave; relever beaucoup de gens de leurs fonctions, et on se demande si cette sanction suffit.<\/strong><br \/> Vous avez raison de parler des gens que j&rsquo;ai relev&eacute;s, mais vous reconnaissez d&rsquo;abord que c&rsquo;est d&eacute;j&agrave; une sanction, surtout si la fonction occup&eacute;e &eacute;tait le moyen qui leur permettait de s&rsquo;enrichir ill&eacute;galement. Mais j&rsquo;ajoute que j&rsquo;ai donn&eacute; des instructions aux services de s&eacute;curit&eacute; pour enqu&ecirc;ter sur les cas des fortunes ill&eacute;gitimes, des fortunes qu&rsquo;on ne peut pas justifier ; c&rsquo;est quelque chose qu&rsquo;on doit pouvoir mettre en lumi&egrave;re : quand on sait qu&rsquo;une personne gagne une certaine somme, si elle vit sans rapport avec ce qu&rsquo;elle gagne, on doit pouvoir savoir d&rsquo;o&ugrave; viennent ses revenus. Nous avons pris des dispositions pour que des cas qui nous sont signal&eacute;s, des enqu&ecirc;tes soient conduites. Quand on ne pourra pas justifier les biens que l&rsquo;on poss&egrave;de, il faudra que l&rsquo;Etat prenne des mesures. Mais pour cela, il faudra peut-&ecirc;tre, puisque la propri&eacute;t&eacute; rel&egrave;ve du domaine de la loi, que nous voyions avec l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale si une loi appropri&eacute;e r&eacute;primant l&rsquo;enrichissement illicite, l&rsquo;enrichissement sans cause, n&rsquo;est pas n&eacute;cessaire au stade actuel.<br \/> Je vous dis qu&rsquo;une commission est &agrave; pied d&rsquo;&oelig;uvre. Je ne veux pas anticiper sur ses conclusions, mais ce que je veux que vous reteniez sur ce point, c&rsquo;est la ferme d&eacute;termination du gouvernement, du chef de l&rsquo;Etat, de r&eacute;primer l&rsquo;enrichissement illicite dans la Fonction publique (&hellip;)<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>Par Extraits de l&rsquo;interview avec Eric Chinje Ctv, 1987<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&eacute;tournements, corruption &hellip; 1987-2006. 19 ans que le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, face &agrave; Eric Chinje sur le plateau de la t&eacute;l&eacute;vision nationale, annon&ccedil;ait les couleurs pour ce qui est de la lutte contre la corruption. Entre autres sujets abord&eacute;s, le pr&eacute;sident a fermement d&eacute;clar&eacute; ce jour-l&agrave; son intention de traquer l&rsquo;enrichissement illicite, car 5 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-6115","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6115"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6115\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6115"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=6115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}