{"id":6196,"date":"2008-10-01T15:40:48","date_gmt":"2008-10-01T13:40:48","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1478","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1478\/","title":{"rendered":"Les preneurs d&rsquo;otage s\u00e8ment la panique dans le Septentrion"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>En trois ans plus de 143 &eacute;leveurs ont &eacute;t&eacute;&nbsp; assassin&eacute;es et 354 personnes s&eacute;questr&eacute;es&nbsp; dans la seule province du Nord.<\/p>\n<p>&#8230;En deux mois donc, trois prises d&rsquo;otages au m&ecirc;me endroit pratiquement, 25 enfants s&eacute;questr&eacute;s, plus de 30 millions extorqu&eacute;s aux &eacute;leveurs qui ont d&ucirc; vendre leur capital ! N&rsquo;oubliez pas ceci : les mots cheptel et capital ont la m&ecirc;me origine. Autrement dit, dans une soci&eacute;t&eacute; paysanne comme la n&ocirc;tre, la constitution d&rsquo;un cheptel est le processus par excellence de capitalisation. S&rsquo;attaquer au cheptel c&rsquo;est donc d&eacute;truire le capital de toute une communaut&eacute;&#8230;<\/p>\n<p align=\"left\">Monsieur le Directeur de publication,<br \/>Si je vous &eacute;cris aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pour d&eacute;noncer le silence quasi unanime qui entoure le ph&eacute;nom&egrave;ne de prise d&rsquo;otages des &eacute;leveurs et de leurs enfants. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il y a eu de temps en temps quelques articles sur le sujet, dans tel ou tel organe de presse. Mais l&rsquo;ampleur du ph&eacute;nom&egrave;ne aurait pour le moins m&eacute;rit&eacute; une v&eacute;ritable mobilisation des hommes de m&eacute;dia, des hommes politiques et de la soci&eacute;t&eacute; civile. Vous le savez bien, le sort d&rsquo;un petit anglais disparu en Espagne mobilise &#8211; &agrave; juste titre &#8211; les dirigeants et la presse de plusieurs pays et, m&ecirc;me un paysan dans sa brousse du Mayo Kani est au courant de cette affaire. Alors, comment se fait-il donc que, dans notre pays, depuis plusieurs ann&eacute;es, des dizaines d&rsquo;enfants et de chefs de famille disparaissent r&eacute;guli&egrave;rement, sont &eacute;gorg&eacute;s comme des moutons ou lib&eacute;r&eacute;s apr&egrave;s paiement de fortes sommes d&rsquo;argent &agrave; titre de ran&ccedil;ons, sans que cela n&rsquo;&eacute;meuve la classe dirigeante et les hommes des m&eacute;dias de ce pays et, a fortiori, d&rsquo;ailleurs.<br \/>Ce qui me pousse &agrave; vous contacter, c&rsquo;est la situation qui pr&eacute;vaut depuis particuli&egrave;rement ces deux derniers mois dans le Mayo Louti, d&eacute;partement dont le chef-lieu est Guider (Province du Nord). Le 21 ao&ucirc;t dernier, dans la zone de p&acirc;turage situ&eacute;e entre les villages Bidzar, Bataw, Boudva, Djougui et Mokorvong, douze enfants bergers ont &eacute;t&eacute; enlev&eacute;s par des bandits arm&eacute;s. Ils ont &eacute;t&eacute; conduits dans la brousse du lamidat voisin de Binder, au Tchad, &agrave; quelques kilom&egrave;tres seulement de la fronti&egrave;re avec le Cameroun. Deux enfants ont &eacute;t&eacute; lib&eacute;r&eacute;s pour porter les exigences des preneurs d&rsquo;otages. Les 5 ou 6 parents des enfants devaient payer une ran&ccedil;on d&rsquo;environ 15 millions de francs. Rendez-vous leur a &eacute;t&eacute; donn&eacute; samedi 25 ao&ucirc;t 2007 &agrave; 10 heures, &eacute;tant entendu que les &eacute;leveurs devaient vendre les animaux au march&eacute; de Guider, qui se tient tous les vendredis. Les parents se d&eacute;merd&egrave;rent comme ils pouvaient et deux d&rsquo;entre eux ont &eacute;t&eacute; d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s pour apporter une somme de 12 millions &agrave; la date pr&eacute;vue. Ils n&rsquo;ont m&ecirc;me aucune difficult&eacute; &agrave; retrouver la cachette des malfrats : ils ont suivi leurs traces laiss&eacute;es dans les herbes, en cette saison de pluies. Vers 17 heures, les enfants et les deux parents furent lib&eacute;r&eacute;s. <br \/>Ce qui m&rsquo;a le plus choqu&eacute; dans cette affaire, c&rsquo;est que, en quatre jours de crise, aucune autorit&eacute; charg&eacute;e de la s&eacute;curit&eacute; et de l&rsquo;administration des personnes et des biens ne s&rsquo;est pr&eacute;sent&eacute;e aupr&egrave;s des parents en difficult&eacute;. En tout cas, pour le parent du village de Djougui o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais pr&eacute;sent, je n&rsquo;ai vu ni sous-pr&eacute;fet, ni gendarme, ni policier. <br \/>Forc&eacute;ment, ce laxisme des autorit&eacute;s &eacute;tant bien compris par les bandits comme un encouragement, ils se permettent de revenir all&egrave;grement. C&rsquo;est ainsi que le 2 octobre ils sont revenus et ont enlev&eacute; 5 enfants &agrave; Mokorvong et la semaine derni&egrave;re, ils ont r&eacute;cidiv&eacute; en prenant 8 autres dans le village de Gu&eacute;r&eacute;m&eacute; que les parents ont lib&eacute;r&eacute;s le 26 octobre contre 14 millions de ran&ccedil;ons. En deux mois donc, trois prises d&rsquo;otages au m&ecirc;me endroit pratiquement, 25 enfants s&eacute;questr&eacute;s, plus de 30 millions extorqu&eacute;s aux &eacute;leveurs qui ont d&ucirc; vendre leur capital ! N&rsquo;oubliez pas ceci : les mots cheptel et capital ont la m&ecirc;me origine. Autrement dit, dans une soci&eacute;t&eacute; paysanne comme la n&ocirc;tre, la constitution d&rsquo;un cheptel est le processus par excellence de capitalisation. S&rsquo;attaquer au cheptel c&rsquo;est donc d&eacute;truire le capital de toute une communaut&eacute;.<br \/>Je sais que les autorit&eacute;s dans les petites localit&eacute;s comme Figuil ou Guider ont de s&eacute;rieuses difficult&eacute;s : manque de moyens logistiques, sous-effectifs dans les unit&eacute;s de Police ou de Gendarmerie. Mais ceci n&rsquo;excuse en rien l&rsquo;abandon total des populations &agrave; leur triste sort. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est ainsi que les populations per&ccedil;oivent la situation. J&rsquo;ai entendu des gens dire : &quot;ils &eacute;taient l&agrave; il y a quelques semaines pour nous demander de voter pour eux ; maintenant qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; &eacute;lus, ils nous abandonnent lorsque nous sommes agress&eacute;s&quot;. En effet, le manque de moyens ne peut &ecirc;tre la seule excuse. Je m&rsquo;en vais vous donner ce t&eacute;moignage qui montre que si on a de la volont&eacute;, on peut agir, m&ecirc;me avec de moyens modestes. Lorsque le ph&eacute;nom&egrave;ne de zarguina a commenc&eacute;, c&rsquo;&eacute;tait dans le d&eacute;partement du Mb&eacute;r&eacute;. Feu Ma&iuml;dadi Sadou &eacute;tait Pr&eacute;fet &agrave; Meiganga. Un jour, la nouvelle tombe, vers la mi-journ&eacute;e, annon&ccedil;ant une attaque d&rsquo;un car de transport public par des bandits arm&eacute;s. Ils avaient bless&eacute; un gendarme qui s&rsquo;y trouvait. Ma&iuml;dadi rentra au domicile, enleva sa gandoura et mit la tenue de commandement. Il revint au bureau et convoqua une r&eacute;union de crise. Tous les responsables m&ecirc;l&eacute;s de pr&egrave;s ou de loin &agrave; la question de s&eacute;curit&eacute;, y compris les chefs traditionnels, prirent part &agrave; cette r&eacute;union. Il y fut d&eacute;cid&eacute; illico presto de r&eacute;quisitionner tout car traversant la ville de Meiganga. Tous les &eacute;l&eacute;ments des forces de s&eacute;curit&eacute; furent embarqu&eacute;s et, &agrave; la tomb&eacute;e de la nuit, Ma&iuml;dadi en personne, malgr&eacute; ses 70 ans pass&eacute;s, prit la t&ecirc;te des troupes, fusil en bandouli&egrave;re. Ils sillonn&egrave;rent la brousse pendant 3 jours &agrave; la poursuite des malfrats. Je me demande donc si le pouvoir de mobilisation des dirigeants d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a disparu. Pourquoi demande-t-on aux populations de se d&eacute;fendre comme si nous n&rsquo;avions pas une organisation &eacute;tatique moderne avec des forces charg&eacute;es de renseignements et de mettre hors d&rsquo;&eacute;tat de nuire les sujets qui veulent troubler la tranquillit&eacute; des citoyens ? <br \/>La situation qui pr&eacute;vaut aujourd&rsquo;hui (en r&eacute;alit&eacute; depuis quelques ann&eacute;es) dans le Mayo Louti n&rsquo;est pas sp&eacute;cifique &agrave; ce d&eacute;partement. Cette forme d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; qui met &agrave; mal l&rsquo;&eacute;levage et l&rsquo;agriculture avait commenc&eacute; par le Mayo Rey et a gangren&eacute; toute la province du Nord et, en v&eacute;rit&eacute; toutes les zones d&rsquo;&eacute;levage du gros b&eacute;tail. Les &eacute;leveurs centrafricains fuyant devant le ph&eacute;nom&egrave;ne dans leur pays s&rsquo;&eacute;taient massivement r&eacute;fugi&eacute;s dans les d&eacute;partements frontaliers du Cameroun, croyant y trouver la paix. Pourchass&eacute;s dans leur refuge, nombreux sont ceux qui ont continu&eacute; leur exode vers le Nig&eacute;ria, en m&ecirc;me temps que des &eacute;leveurs camerounais harcel&eacute;s en permanence. Les responsables des services de l&rsquo;Elevage dans la province du Nord ont d&eacute;j&agrave; tir&eacute; la sonnette d&rsquo;alarme en produisant un rapport &eacute;difiant sur le probl&egrave;me, dat&eacute; du 20 juin 2007. En trois ans, ils ont recens&eacute; des d&eacute;g&acirc;ts presque inimaginables dans ce pays :<br \/>&#8211; plus de 143 &eacute;leveurs tu&eacute;s ;<br \/>&#8211; 354 personnes s&eacute;questr&eacute;es ;<br \/>&#8211; 1 milliard 350 millions de ran&ccedil;ons pay&eacute;es ;<br \/>&#8211; 7 villages dans le Mayo Rey d&eacute;plac&eacute;s;<br \/>&#8211; plus de 200.000 t&ecirc;tes de b&eacute;tail sortis de la Province du Nord vers le Nig&eacute;ria;<br \/>&#8211; diminution de l&rsquo;offre des bovins sur le march&eacute; de 50% ;<br \/>&#8211; et, en cons&eacute;quence, une hausse du prix de la viande de 1.100 F &agrave; 1.700 F &agrave; Garoua.<br \/>Il me semble qu&rsquo;un tel rapport devait bouleverser tous les dirigeants de ce pays, &agrave; quelque niveau qu&rsquo;ils soient. Pourtant, un jour que j&rsquo;en parlais avec un d&eacute;put&eacute; de la nation, il paraissait &quot;d&eacute;couvrir&quot; ce ph&eacute;nom&egrave;ne pour la premi&egrave;re fois !<br \/>J&rsquo;en appelle donc &agrave; vous, hommes des m&eacute;dias, pour que vous fassiez bouger les choses, que vous r&eacute;veilliez les consciences endormies. On ne peut pas rester impassibles devant ce qui est un v&eacute;ritable d&eacute;sastre national. Des vies &ocirc;t&eacute;es, des fortunes d&eacute;truites, tout un secteur de l&rsquo;&eacute;conomie &eacute;branl&eacute;. Je souhaite que vous meniez des enqu&ecirc;tes approfondies en zones sinistr&eacute;es et que vous engagiez une vaste campagne m&eacute;diatique pour une prise de conscience de l&rsquo;ampleur de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en zones rurales et une r&eacute;action appropri&eacute;e. Je suis s&ucirc;r que les Pouvoirs publics ont la capacit&eacute; de mettre fin &agrave; ce ph&eacute;nom&egrave;ne, s&rsquo;ils le voulaient. De petites bandes arm&eacute;es ne peuvent pas d&eacute;passer une arm&eacute;e, une police, une gendarmerie d&rsquo;un pays comme le Cameroun. Pourquoi le Chef de l&rsquo;Etat ne ferait-il pas une communication sp&eacute;ciale &agrave; la radio et &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision pour dire clairement qu&rsquo;il est d&eacute;cid&eacute; &agrave; mettre fin &agrave; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en milieu urbain et dans nos campagnes ? S&rsquo;il tape du point sur la table, les forces de s&eacute;curit&eacute;, les autorit&eacute;s administratives en t&ecirc;te, se d&eacute;brouilleront pour qu&rsquo;on dorme tranquille au moins pendant deux ou trois mois, et pourquoi pas, enrayer le ph&eacute;nom&egrave;ne ou le r&eacute;duire &agrave; un niveau compatible avec une vie normale des citoyens. Cela j&rsquo;en suis s&ucirc;r.<br \/>Je compte sur votre sens de patriotisme et votre professionnalisme pour aider les populations en d&eacute;tresse.<br \/>Veuillez recevoir mes salutations les meilleures.<\/p>\n<p><strong>Dr Albert Douffissa<br \/>V&eacute;t&eacute;rinaire<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En trois ans plus de 143 &eacute;leveurs ont &eacute;t&eacute;&nbsp; assassin&eacute;es et 354 personnes s&eacute;questr&eacute;es&nbsp; dans la seule province du Nord. &#8230;En deux mois donc, trois prises d&rsquo;otages au m&ecirc;me endroit pratiquement, 25 enfants s&eacute;questr&eacute;s, plus de 30 millions extorqu&eacute;s aux &eacute;leveurs qui ont d&ucirc; vendre leur capital ! 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