{"id":6465,"date":"2008-12-18T10:50:01","date_gmt":"2008-12-18T09:50:01","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1748","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1748\/","title":{"rendered":"Jean Marc Ela \/ P\u00e8re Mveng : Paul Biya et le devoir de v\u00e9rit\u00e9 *"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><strong><font color=\"#000000\"><br \/><\/font><\/strong><\/p>\n<hr size=\"1\" color=\"#bbbbbb\" \/> <em>Il existe une n&eacute;cessit&eacute; de rupture avec l&rsquo;Etat post colonial o&ugrave; l&rsquo;intellectuel dissident devrait &ecirc;tre persist&eacute;.<br \/><em><strong> Par Sindjoun Pokam* <\/strong><\/em><\/em><\/p>\n<hr size=\"1\" color=\"#eeffee\" \/> Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet &agrave; l&rsquo;ordre du jour politique et &eacute;thique la question de l&rsquo;assassinat du P&egrave;re Mveng. Celui qui incarne l&rsquo;Etat est solennellement et publiquement mis en accusation. Jean Marc ELA &eacute;crit : &quot; Biya sait qui a assassin&eacute; le P&egrave;re MVENG et doit le dire aux Camerounais. Biya a toutes les preuves, tous les faits pour dire qui a assassin&eacute; le P&egrave;re Mveng &quot; (2). L&rsquo;accusation est grave. Elle vient d&rsquo;une des figures &eacute;thiques les plus exigeantes de notre histoire post-coloniale. Elle vient d&rsquo;un penseur de renomm&eacute;e mondiale. Elle vient d&rsquo;une conscience th&eacute;ologico-&eacute;thique particuli&egrave;rement sensible au destin des pauvres d&rsquo;Afrique noire. Elle vient d&rsquo;un &eacute;crivain talentueux dont l&rsquo;&oelig;uvre immense a port&eacute; &agrave; un haut d&eacute;gr&eacute; d&rsquo;intelligibilit&eacute; les multiples d&eacute;fis auxquels est confront&eacute; le continent noir et la n&eacute;cessit&eacute; de les affronter lucidement. Jean Marc Ela est en m&ecirc;me temps habit&eacute; par un espoir face au malheur de l&rsquo;Afrique. Jean Marc Ela est en m&ecirc;me temps habit&eacute; par un espoir philosophiquement et th&eacute;ologiquement fond&eacute;. Qu&rsquo;un tel homme d&eacute;clare p&eacute;remptoirement que le Chef de l&rsquo;Etat, Monsieur Biya, sait qui a tu&eacute; le P&egrave;re Mveng, nous ouvre tous &agrave; un droit de v&eacute;rit&eacute;. Notre conscience morale nous y oblige et le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ne peut plus continuer &agrave; se taire. Sa responsabilit&eacute; est solennellement et publiquement interpell&eacute;e.<\/p>\n<p>Nous savons, certes que l&rsquo;Etat post colonial qu&rsquo;incarne M. Paul Biya est fond&eacute; sur la violence et se perp&eacute;tue dans et par la violence. Mais nous doutions que M. Paul Biya, fils d&rsquo;un cat&eacute;chiste et chr&eacute;tien catholique f&ucirc;t capable d&rsquo;ordonner l&rsquo;assassinat d&rsquo;un pr&ecirc;tre catholique. D&rsquo;o&ugrave; nos questions &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;assassinat du P&egrave;re Mveng. &quot; A quel degr&eacute; de violence et de cynisme a-t-il fallu que l&rsquo;Etat Biya parvienne pour que l&rsquo;exil soit possible comme chemin de salut et que l&rsquo;intellectuel camerounais en invente le concept ? Ou encore : que c&rsquo;est donc pass&eacute; dans le devenir historique des intellectuels que nous sommes pour que le discours de dissidence et de r&eacute;sistance dont Jean Marc Ela est la figure tot&eacute;mique s&rsquo;efface de notre horizon intellectuel et que celui de l&rsquo;exil formul&eacute; par Achille Mbembe vienne au premier plan pour porter seul l&rsquo;exigence &eacute;thique ? [&hellip;]<\/p>\n<p> Avec l&rsquo;exil de Jean Marc Ela, nous entrons dans la phase ultime o&ugrave; la mont&eacute; aux extr&ecirc;mes est &agrave; l&rsquo;ordre du jour du rapport entre l&rsquo;Etat post colonial et l&rsquo;intellectuel dissident. De l&agrave;, l&rsquo;urgence &agrave; constituer, ici et maintenant, une masse critique &eacute;thico intellectuelle de rupture brutale d&rsquo;avec l&rsquo;Etat post colonial. Telle est notre t&acirc;che actuelle c&rsquo;est une exigence &eacute;thique qui suppose la rupture avec la logique de l&rsquo;exil qui dans sa forme achev&eacute;e est une d&eacute;faite de la pens&eacute;e. Accepter l&rsquo;exil comme mode vie c&rsquo;est reconna&icirc;tre que l&rsquo;Etat post colonial, dans sa phase de d&eacute;composition finale, de violence extr&ecirc;me, de cynisme av&eacute;r&eacute;, a d&eacute;fi&eacute; et d&eacute;fait la raison. Notre choix doit &ecirc;tre celui d&rsquo;une pr&eacute;sence effective de l&rsquo;intellectuel au sein de son peuple. Cette logique et celle qui a gouvern&eacute; la vie et l&rsquo;&oelig;uvre de Jean Marc ELA jusqu&rsquo;&agrave; son exil forc&eacute;. Elle est la n&ocirc;tre. D&eacute;sormais nous savons que l&rsquo;Etat post colonial a install&eacute; autour de l&rsquo;intellectuel dissident l&rsquo;ombre de la mort. Mais nous n&rsquo;avons pas peur de la mort. (3)<\/p>\n<p>En pla&ccedil;ant le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique au c&oelig;ur du myst&egrave;re qui entoure l&rsquo;assassinat du P&egrave;re Mveng, Jean Marc Ela nous oblige &agrave; repenser le rapport que le P&egrave;re Mveng entretenait avec l&rsquo;Etat. Dans un texte posthume, publi&eacute; quelque temps apr&egrave;s sa mort, le P&egrave;re Mveng dit : &quot; [&hellip;] En tant que citoyen vivant dans une soci&eacute;t&eacute; organis&eacute;e en Etat, j&rsquo;ai &eacute;galement mon exp&eacute;rience, mes r&eacute;actions, mes responsabilit&eacute;s de citoyen. Je suis responsable de mon destin. Et la soci&eacute;t&eacute; organis&eacute;e en Etat, a d&rsquo;abord pour mission, je crois, de m&rsquo;aider &agrave; accomplir ma vie et mon destin de fa&ccedil;on la meilleure possible. Je ne suis par cons&eacute;quent pas pr&ecirc;t &agrave; me laisser entra&icirc;ner &agrave; la d&eacute;rive de quelque syst&egrave;me politique, de gouvernement et de n&rsquo;importe quelle conception de pouvoir .Que l&rsquo;on soit politicien ou non, on a quelque chose &agrave; dire sur la situation politique, &eacute;conomique, sociale et culturelle de nos pays&hellip; &quot; (4)<\/p>\n<p>Ce texte posthume manifeste au plus haut point l&rsquo;exigence &eacute;thico politique du P&egrave;re Mveng. Il refuse avec vigueur que l&rsquo;intellectuel puisse se soumettre &agrave; la d&eacute;rive autoritaire de l&rsquo;Etat. Le devoir de l&rsquo;intellectuel comme celui du citoyen est de s&rsquo;opposer sans concession &agrave; cet Etat quel que soit le prix &agrave; payer. Je consid&egrave;re ce texte posthume du P&egrave;re Mveng comme un testament politique et &eacute;thique qu&rsquo;il nous a l&eacute;gu&eacute;. C&rsquo;est &agrave; propos de cet homme que l&rsquo;&eacute;crivain th&eacute;ologien et sociologue Jean Marc Ela accuse le Pr&eacute;sident Paul Biya de savoir qui l&rsquo;a assassin&eacute; et d&rsquo;en avoir les preuves et les faits. C&rsquo;est la premi&egrave;re fois qu&rsquo;une telle accusation est port&eacute;e &agrave; la plus haute figure de l&rsquo;Etat au cameroun. Une telle situation, in&eacute;dite dans notre histoire politique r&eacute;cente fait obligation au Chef de l&rsquo;Etat de rendre publique la v&eacute;rit&eacute; sur l&rsquo;assassinat du R&eacute;v&eacute;rend P&egrave;re Mveng. Le peuple doit savoir, sinon le doute va s&rsquo;installer dans l&rsquo;opinion publique et, avec le doute, l&rsquo;angoisse et l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; deviendront notre lot quotidien. <br \/>Mais en attendant que le Chef de l&rsquo;Etat accomplisse, par un geste solennel, ce devoir de v&eacute;rit&eacute;, il s&rsquo;impose &agrave; la soci&eacute;t&eacute; civile, dans ses composantes essentielles, de constituer de toute urgence un comit&eacute; de v&eacute;rit&eacute; sur la mort du R&eacute;v&eacute;rend P&egrave;re Mveng. <br \/>Dans cette circonstance, l&rsquo;Eglise catholique a un r&ocirc;le d&eacute;terminant &agrave; jouer. Ce message de Jean Marc Ela interpelle cette &eacute;glise dans une radicalit&eacute; nouvelle.<\/p>\n<p>&quot; Devant les situations dramatiques que vivent les peuples d&rsquo;Afrique, l&rsquo;on risque de succomber &agrave; la tentation du d&eacute;couragement. Nous sommes dans l&rsquo;impasse. Mais, en d&eacute;pit des apparences, nous ne pouvons oublier que l&rsquo;Afrique esp&egrave;re plus que jamais une r&eacute;ponse des Eglises. A partir des attentes des Africains plong&eacute;s dans les situations o&ugrave; les conflits internes, les pillages organis&eacute;s, la violence et la corruption g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;es portent atteinte &agrave; la vie, comment lisons- nous l&rsquo;Evangile et annon&ccedil;ons le salut en J&eacute;sus-Christ ? Ce qui se passe autour de nous n&rsquo;oblige- t-il pas les Eglises &agrave; repenser leurs formules de foi, les formes de c&eacute;l&eacute;bration du culte, les institutions et les structures, les relations avec les pouvoirs, bref la mission dans l&rsquo;Afrique aujourd&rsquo;hui ? Il est d&eacute;sormais difficile d&rsquo;esquiver ces questions. Elles s&rsquo;imposent par leur ampleur et leur radicalit&eacute;. Elles travaillent en profondeur de nombreux chr&eacute;tiens dans les bouillonnements en cours. Nous devons les aborder avec courage. Ces questions nous font comprendre la n&eacute;cessit&eacute; de nous d&eacute;pouiller des vieilles structures et des modes de pens&eacute;e h&eacute;rit&eacute;s du christianisme bourgeois. Les Eglises d&rsquo;Afrique doivent accepter de courir des risques dans les soci&eacute;t&eacute;s o&ugrave; l&rsquo;avenir des peuples &eacute;puis&eacute;s par la colonisation et la violence de l&rsquo;Etat post colonial passe par une transformation radicale des conditions de vie &quot; (5)<\/p>\n<p>     *Yaound&eacute;, le 5 Mai 1999<\/p>\n<p><em>*Philosophe<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il existe une n&eacute;cessit&eacute; de rupture avec l&rsquo;Etat post colonial o&ugrave; l&rsquo;intellectuel dissident devrait &ecirc;tre persist&eacute;. Par Sindjoun Pokam* Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet &agrave; l&rsquo;ordre du jour politique et &eacute;thique la question de l&rsquo;assassinat du P&egrave;re Mveng. 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