{"id":6646,"date":"2009-03-01T11:48:20","date_gmt":"2009-03-01T10:48:20","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"1930","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/1930\/","title":{"rendered":"Lettre ouverte \u00e0 Monsieur Paul Biya"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"><br \/><\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em>   <\/em><\/span><\/p>\n<p>  \t\t\t\t\t\t\t\t<strong> Monsieur le Pr&eacute;sident,<\/strong> <br \/> Durant mon r&eacute;cent s&eacute;jour au Cameroun, o&ugrave; j&rsquo;ai accompagn&eacute; ma M&egrave;re &agrave; sa derni&egrave;re demeure, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; horriblement frapp&eacute; par le d&eacute;nuement prononc&eacute; de la majorit&eacute; de vos compatriotes et par la d&eacute;shumanisation rampante d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; r&eacute;solument appauvrie, alors que le pays regorge de ressources mat&eacute;rielles et immat&eacute;rielles qui frisent le scandale. Il y a l&agrave; comme une incoh&eacute;rence machiav&eacute;lique, un d&eacute;fi incongru &agrave; l&rsquo;entendement, un affront troublant &agrave; l&rsquo;intelligence.<br \/> Croyez-vous intimement, Monsieur le Pr&eacute;sident, dans votre &icirc;lot de marbre et d&rsquo;oisivet&eacute;, que les millions de citoyens que vous &ecirc;tes cens&eacute; repr&eacute;senter, victimes pour la plupart d&rsquo;une faillite &eacute;conomique sans pr&eacute;c&eacute;dent, peuvent continuer &agrave; assister imperturbablement &agrave; la profanation d&eacute;gradante des d&eacute;pouilles de leur patrie ? Supportent-ils r&eacute;ellement, dans leurs derniers retranchements, les contradictions permanentes et les errements r&eacute;it&eacute;r&eacute;s d&rsquo;une d&eacute;sinvolte magistrature enferm&eacute;e dans une tour d&rsquo;ivoire vacanci&egrave;re ? <br \/> Comme il m&rsquo;est difficile de concevoir une autorit&eacute; qui se confond avec l&rsquo;abrutissement des consciences, je ne peux m&rsquo;emp&ecirc;cher de vous faire partager le d&eacute;go&ucirc;t que m&rsquo;inspire l&rsquo;attitude obsc&egrave;ne de vos thurif&eacute;raires qui, en vocif&eacute;rant quotidiennement &agrave; l&rsquo;envi des louanges serviles &agrave; votre endroit, s&rsquo;obstinent &agrave; vouloir &eacute;touffer les longs sanglots de la col&egrave;re ordinaire, les clameurs g&eacute;missantes des vies humaines hideusement sacrifi&eacute;es et les multiples actions citoyennes insuffl&eacute;es courageusement par le rejet t&ecirc;tu d&rsquo;un syst&egrave;me postcolonial d&eacute;cid&eacute;ment abscons.<br \/> Mais ce qui me mortifie davantage, c&rsquo;est le blocage de l&rsquo;alternance politique que certains de vos laudateurs, bassement int&eacute;ress&eacute;s, essaient de camoufler sous le manteau de pr&eacute;occupations ethniques et mesquines, pour vous inciter &agrave; prolonger, &agrave; la faveur d&rsquo;une modification outrageante de la constitution, une interminable supr&eacute;matie infamante au sommet de l&rsquo;&eacute;tat.<br \/> Les Camerounais seraient-ils &agrave; ce point psychiquement d&eacute;sorient&eacute;s au paroxysme du d&eacute;sespoir, t&eacute;tanis&eacute;s par les d&eacute;rives liberticides polymorphes, insensibles &agrave; la perp&eacute;tuation flagrante d&rsquo;une incurie fonctionnelle g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, pour se faire administrer docilement, avec la complicit&eacute; sardonique d&rsquo;un gang mafieux d&rsquo;affairistes de la politique, le dictame obsol&egrave;te qui calmerait la souffrance assid&ucirc;ment subie et cicatriserait les plaies profond&eacute;ment exacerb&eacute;es ?<br \/> Cette &eacute;trange trag&eacute;die de la d&eacute;cr&eacute;pitude corrobore malheureusement le mode superficiel de gouvernance en vigueur au Cameroun et les conditions d&eacute;concertantes du jeu social que vous avez instaur&eacute; : des ministres incomp&eacute;tents qui n&rsquo;auraient aucune gr&acirc;ce ni sin&eacute;cure ailleurs, des forces de l&rsquo;ordre rompues au d&eacute;sordre malveillant et &agrave; l&rsquo;industrie organis&eacute;e du racket, des juges et des procureurs corrompus jusqu&rsquo;&agrave; la moelle, des criminels de tous acabits infiltr&eacute;s dans les grands corps d&rsquo;un &eacute;tat client&eacute;liste et r&eacute;confort&eacute;s par l&rsquo;impunit&eacute; ambiante, des intellectuels timor&eacute;s par l&rsquo;effroyable syndrome de la clochardisation, des chefferies traditionnelles soumises &agrave; la vindicte et au m&eacute;pris de clercs quasi illettr&eacute;s&hellip; Bref, toute la panoplie ind&eacute;cente d&rsquo;un r&eacute;gime fantoche dont les pouvoirs ex&eacute;cutif, l&eacute;gislatif et judiciaire se trouvent manifestement confisqu&eacute;s.<br \/> Pour ma part, je n&rsquo;ose croire, nonobstant les tripatouillages naus&eacute;abonds qui ont r&eacute;cemment entach&eacute; la d&eacute;signation &eacute;hont&eacute;e des membres du nouveau Conseil &eacute;lectoral, que vous seriez tent&eacute; par la perspective ahurissante de vous &eacute;terniser passivement au pouvoir, eu &eacute;gard notamment &agrave; l&rsquo;irr&eacute;m&eacute;diable dilution de votre d&eacute;risoire capital de confiance et au d&eacute;ficit abyssal de votre encombrante inactivit&eacute; insouciante. <br \/> S&rsquo;il est loisible d&rsquo;admettre que toute autorit&eacute; supr&ecirc;me incarne &agrave; la fois la grandeur et la petitesse de sa nation, comme les deux faces d&rsquo;une m&ecirc;me m&eacute;daille, la question essentielle est de savoir si les Camerounais vous m&eacute;ritent. Acceptent-ils sereinement, en bons masochistes, la violence de l&rsquo;arbitraire et de la pr&eacute;dation qui s&rsquo;abat sur eux depuis des d&eacute;cennies ?<br \/> En l&rsquo;esp&egrave;ce, je serais personnellement tent&eacute; de r&eacute;pondre par l&rsquo;affirmative, au risque de para&icirc;tre cynique, compte tenu de votre curieuse long&eacute;vit&eacute; aux affaires d&rsquo;un &eacute;tat-parrain et de l&rsquo;endurance titanesque dont les Camerounais ont fait preuve jusqu&rsquo;ici.<br \/> Il n&rsquo;en reste pas moins vrai que tout peuple longtemps humili&eacute; et platement exploit&eacute; qui, &agrave; un moment donn&eacute;, prend v&eacute;ritablement conscience de sa v&eacute;tust&eacute; existentielle, de son ins&eacute;curit&eacute; collective, du d&eacute;ni r&eacute;current de son humanit&eacute; et de la n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse de se valoriser dans le regard des autres peuples, finit par sortir de sa l&eacute;thargie confusionnelle pour &eacute;puiser les n&eacute;vroses traumatiques les plus rebelles et lib&eacute;rer les fantasmes &eacute;l&eacute;mentaires les plus ordinaires de pouvoir vivre autrement.<br \/> Alors, me diriez-vous, que faire ?<br \/> N&rsquo;ayant le splendide privil&egrave;ge de d&eacute;tenir aucun don de divination, ni la facult&eacute; sublime de lire dans le cristal r&eacute;v&eacute;lateur des prouesses de l&rsquo;avenir, je vous sugg&eacute;rerais simplement, Monsieur le Pr&eacute;sident, s&rsquo;il vous reste un soup&ccedil;on de dignit&eacute; et d&rsquo;honneur, &agrave; l&rsquo;or&eacute;e du cr&eacute;puscule d&rsquo;une existence lourdement charg&eacute;e, de laisser la n&eacute;cessaire transition d&eacute;mocratique s&rsquo;op&eacute;rer dans toute sa puret&eacute; native et d&rsquo;all&eacute;ger in extremis l&rsquo;irr&eacute;parable fureur expiatrice de l&rsquo;Histoire.<br \/> Lyon, 25 f&eacute;vrier 2009.<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"author\">Par   Par Yvon de Saint-Prex  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur le Pr&eacute;sident, Durant mon r&eacute;cent s&eacute;jour au Cameroun, o&ugrave; j&rsquo;ai accompagn&eacute; ma M&egrave;re &agrave; sa derni&egrave;re demeure, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; horriblement frapp&eacute; par le d&eacute;nuement prononc&eacute; de la majorit&eacute; de vos compatriotes et par la d&eacute;shumanisation rampante d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; r&eacute;solument appauvrie, alors que le pays regorge de ressources mat&eacute;rielles et immat&eacute;rielles qui frisent le scandale. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-6646","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6646","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6646"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6646\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6646"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6646"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6646"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=6646"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}