{"id":7672,"date":"2007-12-22T16:17:50","date_gmt":"2007-12-22T15:17:50","guid":{"rendered":""},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"534","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/534\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p class=\"style23\">La constitution de 1996 portait en elle-m&ecirc;me les germes de sa r&eacute;forme <\/p>\n<p class=\"texte\">En 2003, c&rsquo;est-&agrave;-dire, alors que la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996 n&rsquo;avait que sept ans, et que les nouvelles dispositions constitutionnelles pr&eacute;vues par cette charte n&rsquo;&eacute;taient m&ecirc;me pas encore toutes mises en &oelig;uvre, (elles ne le sont toujours pas toutes jusqu&rsquo;ici), l&rsquo;id&eacute;e de retoucher cette loi fondamentale &eacute;tait lanc&eacute;e par certains caciques du Rdpc. Depuis lors, cette id&eacute;e suivait son cours, mais pas autant bruyamment que depuis le passage remarqu&eacute; du pr&eacute;sident Paul Biya &agrave; France 24, o&ugrave;, r&eacute;pondant &agrave; une question q&rsquo;un Camerounais de France lui a pos&eacute;e &agrave; travers Ulysse Gosset, journaliste fran&ccedil;ais, qui l&rsquo;interviewait, et qui portait sur le point de savoir si l&rsquo;intention qu&rsquo;on lui pr&ecirc;te de vouloir modifier la constitution de 1996 dans la perspective de se porter candidat &agrave; l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle de 2011, &eacute;tait exacte ou non ? En r&eacute;ponse, le pr&eacute;sident Paul Biya, tout donnant &agrave; croire que l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle de 2011 &eacute;tait encore assez lointaine pour &ecirc;tre au centre de ses pr&eacute;occupations du moment, a cependant opt&eacute; de laisser le d&eacute;bat suivre son cours sur la question afin que le peuple, le moment venu, puisse choisir, en toute connaissance de cause, &ldquo; lui-m&ecirc;me ce qui est bon pour lui &rdquo;.<\/p>\n<p>Cette r&eacute;ponse ambigu&euml; du pr&eacute;sident Paul Biya, comme il fallait s&rsquo;y attendre, a donn&eacute; cours &agrave; un intense d&eacute;bat entre partisans et non partisans de la r&eacute;vision de la constitution de 1996.<\/p>\n<p>Mais, les uns et les autres, ont une seule question au centre de leur pr&eacute;occupation, &agrave; savoir : pour les uns, permettre au pr&eacute;sident Biya de se pr&eacute;senter &agrave; vie &agrave; la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique et pour les autres, le voir partir afin de permettre &agrave; quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre de tenter aussi son exp&eacute;rience. L&rsquo;on peut donc regretter que soit escamot&eacute; le d&eacute;bat de fond c&rsquo;est comme si la campagne &eacute;lectorale pour 2011 &eacute;tait d&eacute;j&agrave; lanc&eacute;e, bien que le pr&eacute;sident Biya ait pris soin d&rsquo;inviter, en m&ecirc;me temps, les Camerounais &agrave; s&rsquo;atteler &agrave; des t&acirc;ches plus urgentes.<\/p>\n<p>Pourtant, pour tout observateur objectif des institutions camerounaises, qui se soucie un tant soit peu du devenir historique du &ldquo;Renouveau&rdquo;, la constitution de 1996 portait en elle-m&ecirc;me les germes, sinon de sa refonte, du moins de son toilettage.<\/p>\n<p>De ce point de vue, l&rsquo;on sait que c&rsquo;est dans un contexte d&rsquo;affrontement entre le pr&eacute;sident Paul Biya et l&rsquo;opposition que la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996 avait &eacute;t&eacute; op&eacute;r&eacute;e. Il s&rsquo;&eacute;tait donc agi pour celui-l&agrave; de se forger un instrument juridique pour la conservation du pouvoir que les autres voulaient lui arracher.<\/p>\n<p>Pour tout dire, cette r&eacute;vision &eacute;tait faite dans l&rsquo;optique du professeur Joseph Owona qui soutient que : &ldquo; L&rsquo;ad&eacute;quation entre le droit et les faits, les institutions et les circonstances, constitue une garantie de stabilit&eacute; des soci&eacute;t&eacute; &eacute;tatiques. Le cr&eacute;ateur des normes juridiques se doit d&rsquo;adapter &agrave; tout moment droit et circonstances de fa&ccedil;on qu&rsquo;&agrave; un &eacute;tat de fait d&eacute;termin&eacute; corresponde une l&eacute;galit&eacute; d&eacute;termin&eacute;e : l&eacute;galit&eacute; ordinaire pour les situations normales, l&eacute;galit&eacute; d&eacute;rogatoire du droit commun pour les situations exceptionnelles et anormales. Chaque collectivit&eacute; nationale adopte ses propres solutions et int&egrave;gre dans l&rsquo;ordre juridique de l&rsquo;Etat cette l&eacute;galit&eacute; d&eacute;rogatoire du droit commun, ce droit des circonstances exceptionnelles.&rdquo;<\/p>\n<p>A vrai dire, la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996 s&rsquo;&eacute;tait op&eacute;r&eacute;e en pleine crise politique n&eacute;e &agrave; partir du 26 mai 1990 &agrave; Bamenda lors du lancement du Sdf de Fru Ndi dans le sang. Ainsi, on a parl&eacute; des ann&eacute;es de braise pour caract&eacute;riser cette &eacute;poque de notre histoire politique. Il en r&eacute;sulte que la constitution de 1996 participe de ce que le professeur Joseph Owona appelle &ldquo; l&eacute;galit&eacute; d&eacute;rogatoire du droit commun&rdquo; qui tendait &agrave; r&eacute;gir une situation exceptionnelle, anormale, &agrave; savoir, la crise du pouvoir. Or, l&rsquo;on sait qu&rsquo;une Constitution est faite non pas seulement pour r&eacute;soudre les probl&egrave;mes sp&eacute;cifiques du moment, mais, plut&ocirc;t, pour poser des principes tels que l&rsquo;impossibilit&eacute; du despotisme, la s&eacute;paration des Pouvoirs, la distinction du pouvoir constituant et des pouvoirs constitu&eacute;s etc. Pour tout dire, une constitution est faite pour perdurer, pour survire a ses auteurs, longtemps apr&egrave;s leur mort, afin de les rendre immortels. Ainsi, on ne peut pas parler de la constitution am&eacute;ricaine qui date de plus de deux si&egrave;cles, sans penser &agrave; Thomas Jefferson, ou des Institutions de la V&egrave;me R&eacute;publique en France sans penser &agrave; Charles De Gaulle, en bien ou en mal. Pourquoi le Pr&eacute;sident Paul Biya ne peut-il pas s&rsquo;octroyer, lui aussi, dans les annales de l&rsquo;histoire politique de notre pays, un tel honneur et un tel privil&egrave;ge ? Pourtant, il y avait pens&eacute; &agrave; son av&egrave;nement &agrave; la magistrature supr&ecirc;me en 1982. Malheureusement, certaines circonstances qui le mena&ccedil;aient, non seulement dans sa dignit&eacute;, sa r&eacute;putation, ses plans &agrave; moyen et long terme, mais aussi dans sa vie m&ecirc;me, l&rsquo;avaient contraint &agrave; y renoncer d&rsquo;autant qu&rsquo;il &eacute;tait accul&eacute; dans un coin o&ugrave; il ne pouvait sortir que par le combat ou par la fuite. Or, aujourd&rsquo;hui, on peut pr&eacute;tendre et soutenir valablement qu&rsquo;il a les mains libres pour agir en inscrivant, en priorit&eacute;, la r&eacute;forme constitutionnelle dans le chapitre &ldquo; des grandes ambitions &rdquo;.<\/p>\n<p>Dans cette perspective et en me situant dans l&rsquo;optique du professeur Joseph Owona, je voudrais d&rsquo;abord passer en revue les ant&eacute;c&eacute;dents historiques de la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996, avant de donner ensuite, les raisons objectives et subjectives qui plaident en faveur d&rsquo;une r&eacute;forme constitutionnelle.<\/p>\n<p>Les ant&eacute;c&eacute;dents historiques de la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996.<br \/>L&rsquo;on sait que depuis son av&egrave;nement au pouvoir supr&ecirc;me le 06 novembre 1982, le pr&eacute;sident Paul Biya n&rsquo;a eu de cesse de se heurter &agrave; toutes sortes d&rsquo;obstacles que lui opposent ses adversaires politiques et qui suscitent en lui une &eacute;nergie agressive ou auto d&eacute;fensive qui l&rsquo;emp&ecirc;che de m&eacute;diter sur son programme politique avant de le mettre en branle.<\/p>\n<p>Or, la premi&egrave;re fl&egrave;che empoisonn&eacute;e d&eacute;coch&eacute;e contre lui &eacute;tait venue de l&agrave; o&ugrave; il ne pouvait pas soup&ccedil;onner le moins du monde. Ainsi, c&rsquo;est Ahmadou Ahidjo, son &rdquo;illustre pr&eacute;d&eacute;cesseur&rdquo;, comme il l&rsquo;appelait affectueusement, qui, au lendemain de la passation du Pouvoir, allait d&eacute;clencher un conflit, qui d&rsquo;abord latent allait &eacute;clater au grand jour en 1983 avec le proc&egrave;s de la conspiration. Qui l&rsquo;aurait pens&eacute; ? C&rsquo;est pourtant ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute;. Il faut avouer que la surprise &eacute;tait profonde, troublante, voire branlante pour Paul Biya. Compte tenu de la recommandation chaleureuse au peuple camerounais et &agrave; l&rsquo;opinion internationale que le Pr&eacute;sident Ahidjo avait faite dans les termes suivants : &rdquo;J&rsquo;invite tous les Camerounais et toutes les Camerounaises, &agrave; accorder sans r&eacute;serve leur confiance et &agrave; apporter leur concours &agrave; mon successeur constitutionnel M. Paul Biya. Il m&eacute;rite la confiance &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur et &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur&rdquo; <\/p>\n<p>Cependant, avec son av&egrave;nement &agrave; la pr&eacute;sidence de l&rsquo;Unc le 14 septembre 1983, celui-ci croyait avoir vaincu ce premier obstacle. Aussi, comme on le verra plus loin, il avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur la mise en marche de son programme de r&eacute;forme Institutionnelle. Mais, il s&rsquo;&eacute;tait av&eacute;r&eacute; que, pour ses adversaires, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un simple &lsquo;&rsquo;repli strat&eacute;gique&rdquo;, pour l&rsquo;endormir. En effet, sept mois plus tard, plus pr&eacute;cis&eacute;ment le 06 Avril 1984, &eacute;tait d&eacute;clench&eacute; le putsch manqu&eacute;. Il faut avouer que, bien que sorti vivant de ce putsch, et que les Institutions &eacute;taient sauv&eacute;es, mais &agrave; quel prix ? Le pr&eacute;sident Biya &eacute;tait psychologiquement encore plus<br \/>&eacute;branl&eacute;. Or, cette situation allait encore &ecirc;tre aggrav&eacute;e par la profonde crise &eacute;conomique qui, n&eacute;e en 1985, perdure jusqu&rsquo; aujourd&rsquo;hui. Plus grave encore, &agrave; partir de 1990 &eacute;tait n&eacute;e la crise politique &agrave; laquelle &eacute;tait venue se greffer la profonde crise sociale provoqu&eacute;e par la d&eacute;valuation du F Cfa de 50% de 1994 suivie de la baisse des salaires de 75% &agrave; la fonction publique.<\/p>\n<p>Comme on peut le constater, il r&eacute;sulte de ces observations sommaires que c&rsquo;est dans un contexte de crise multiforme que la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996 avait &eacute;t&eacute; op&eacute;r&eacute;e pour juguler ces diverses crises. Il va donc falloir maintenant substituer, &agrave; l&rsquo;instar de Charles de Gaulles en 1958 en France, &agrave; cette &rdquo;l&eacute;galit&eacute; exceptionnelle d&eacute;rogatoire du droit commun,&rdquo; une &ldquo;l&eacute;galit&eacute; ordinaire &rdquo;, tendant &agrave; r&eacute;gir durablement et paisiblement notre pays tels que le percevaient et le souhaitaient les auteurs de notre Hymne National dans ces termes &ldquo; Que tous tes enfants du Nord au Sud, de l&rsquo;Est &agrave; l&rsquo;Ouest, soient tout amour. Te servir que ce soit leur seul but. Pour remplir leur devoir toujours. &rdquo; <br \/>J&rsquo;en arrive-l&agrave; &agrave; la r&eacute;forme constitutionnelle pour laquelle je plaide.<\/p>\n<p>Les raisons profondes d&rsquo;une r&eacute;forme constitutionnelle<br \/>Ces raisons sont, &agrave; la fois objectives et subjectives. De ce point de vue, en effet, nous savons qu&rsquo;une constitution est faite, objectivement, non pas pour r&eacute;soudre des probl&egrave;mes ponctuels d&rsquo;un moment, mais pour g&eacute;rer durablement et paisiblement les soci&eacute;t&eacute;s politiques ; elle est faite pour que chaque parti, droite ou gauche, y trouve son compte ; m&ecirc;me l&rsquo;extr&ecirc;me droite ou l&rsquo;extr&ecirc;me gauche aussi. Que chacun arrive au Pouvoir et gouverne sans avoir besoin de charcuter la loi fondamentale. C&rsquo;est ce qui se passe aux Usa depuis plus de deux si&egrave;cles, c&rsquo;est la m&ecirc;me chose en France depuis 1958. Pourtant, la gauche fran&ccedil;aise avait d&eacute;cri&eacute; les institutions mises en place par Charles De Gaulles. Or, Fran&ccedil;ois Mitterrand, l&rsquo;un des procureurs, alors charg&eacute; de dresser un r&eacute;quisitoire s&eacute;v&egrave;re contre ces institutions (voir coup d&rsquo;Etat permanent) non seulement avait r&eacute;ussi &agrave; se battre dans ce cadre pour la conqu&ecirc;te du pouvoir supr&ecirc;me, mais aussi, &agrave; r&eacute;gner pendant quatorze ans sur la base de ces Institutions sans anicroches d&rsquo;autant que celles-ci permettent m&ecirc;me la cohabitation entre deux partis antagonistes pour la gestion du pays. <\/p>\n<p>Or, dans notre contexte, il ne fait aucun doute que la constitution de 1996 ne pourra pas survivre &agrave; son g&eacute;niteur puisque m&ecirc;me de son vivant elle est d&eacute;j&agrave; attaqu&eacute;e, m&ecirc;me au sein de son parti.<\/p>\n<p>Pourtant, une constitution est faite pour &ecirc;tre v&eacute;n&eacute;r&eacute;e. Aussi, le Professeur Michel Troper peut-il soutenir, &agrave; juste titre, que : &rdquo;La constitution est obligatoire et reste obligatoire longtemps apr&egrave;s la mort des hommes qui l&rsquo;ont voulue. Mais ce n&rsquo;est pas &agrave; leur volont&eacute; qu&rsquo;on ob&eacute;it. La constitution s&rsquo;impose en raison de l&rsquo;autorit&eacute;, dont au del&agrave; des hommes qui l&rsquo;ont adopt&eacute;e, elle &eacute;mane vraiment, et aussi en raison de son contenu. L&rsquo;autorit&eacute; dont elle &eacute;mane vraiment, c&rsquo;est le titulaire de la souverainet&eacute;. Le constituant se bornait &agrave; l&rsquo;exercer, mais elle appartient par nature &agrave; un autre, la nation ou le peuple, dont le constituant exprime la volont&eacute;. <\/p>\n<p>Mais cette volont&eacute; exprim&eacute;e dans la constitution n&rsquo;est pas la volont&eacute; politique d&rsquo;un moment, sans quoi, rien ne justifierait qu&rsquo;elle s&rsquo;impose encore plusieurs si&egrave;cles apr&egrave;s. C&rsquo;est une volont&eacute; tendue vers une certaine fin. Elle vise a r&eacute;aliser une fin juste, juste par nature, la libert&eacute; politique, et s&rsquo;efforce d&rsquo;y parvenir par la structure du pouvoir, par des principes constitutifs, s&eacute;paration des pouvoirs ou gouvernement repr&eacute;sentatif, c&rsquo;est-&agrave;-dire, en fin de compte, par sa nature propre. La r&eacute;ponse du constitutionnalisme est donc simple &rdquo;la constitution s&rsquo;impose en raison de sa nature ; le fondement de son caract&egrave;re obligatoire, c&rsquo;est le droit naturel.&rdquo;<\/p>\n<p>Or, objectivement parlant, la constitution de 1996, nous l&rsquo;avons dit avait &eacute;t&eacute; faite pour r&eacute;soudre un probl&egrave;me du moment. Elle n&rsquo;&eacute;tait pas faite pour la dur&eacute;e d&rsquo;autant qu&rsquo;elle maintient en vigueur deux lois fondamentales. Elle porte donc en elle-m&ecirc;me les germes de sa destruction d&rsquo;autant qu&rsquo;elle ne se situe pas dans la perspective que voulait le pr&eacute;sident Biya lui-m&ecirc;me &agrave; son av&egrave;nement au pouvoir en 1982. Et j&rsquo;en arrive l&agrave; aux raisons subjectives qui plaident en faveur d&rsquo;une refonte de nos Institutions.<\/p>\n<p>De ce point de vue, en effet, dans son discours de cl&ocirc;ture du congr&egrave;s extraordinaire de l&rsquo;Unc du 14 septembre 1983, assise au cours desquelles il avait &eacute;t&eacute; &eacute;lu &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute; Pr&eacute;sident de cette formation politique. On peut lire &ldquo; &#8230; en un mot, c&rsquo;est en derni&egrave;re analyse, &agrave; un changement profond de la vie nationale que l&rsquo;histoire nous appelle depuis le 06 Novembre 1982, un changement &agrave; conduire r&eacute;solument et en &eacute;troite collaboration avec le peuple certes, mais aussi &agrave; conduire dans un esprit de responsabilit&eacute;, de r&eacute;alisme et de m&eacute;thode en vue de donner progressivement naissance &agrave; une d&eacute;mocratie plus authentique et &agrave; une soci&eacute;t&eacute; plus ouverte &rdquo;. Mais, comme nous l&rsquo;avons soulign&eacute; plus haut, le putsch manqu&eacute; du 06 avril 1984, suivi de la grave crise &eacute;conomique n&eacute;e en 1985 et qui perdure toujours, l&rsquo;a emp&ecirc;ch&eacute; de passer &agrave; l&rsquo;action. Mais malgr&eacute; cela, il n&rsquo;avait pas renonc&eacute; &agrave; cette ambition. C&rsquo;est ainsi que dans son essai politique &rdquo;Pour le lib&eacute;ralisme communautaire&rdquo; publi&eacute; en 1987, il invite tous les Camerounais &agrave; l&rsquo;aider &agrave; construire &rdquo;une soci&eacute;t&eacute; politique plus ouverte, plus tol&eacute;rante et plus d&eacute;mocratique&rdquo; une &lsquo;&rsquo;soci&eacute;t&eacute; au sein de laquelle la vie commune repose sur le d&eacute;bat permanent dans la libre confrontation d&rsquo;id&eacute;es&rdquo;. <\/p>\n<p>Mais, une fois de plus, au moment o&ugrave;, apr&egrave;s cet appel pr&eacute;monitoire, certaines forces exog&egrave;nes,notamment la d&eacute;composition du monde communiste, &agrave; partir de Moscou, citadelle du monisme politique d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;avaient import&eacute; les chefs d&rsquo;Etat africains, suivie du discours de mise en garde de Fran&ccedil;ois Mitterrand &agrave; la Baule, au moment o&ugrave; ces forces, dis-je, &eacute;taient n&eacute;es et, &eacute;tant de nature &agrave; le contraindre &agrave; passer de la d&eacute;claration d&rsquo;intention aux actes en op&eacute;rant une large ouverture d&eacute;mocratique dans notre pays, tout en restant ma&icirc;tre de jeu, le Pr&eacute;sident Biya avait h&eacute;sit&eacute;, encore traumatis&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait, par les diverses crises dont j&rsquo;ai parl&eacute; plus loin. D&egrave;s lors, il s&rsquo;&eacute;tait laiss&eacute;, consciemment ou inconsciemment, en tout cas par erreur politique qui avait consist&eacute; pour lui, &agrave; se laisser d&rsquo;une part, d&eacute;border par l&rsquo;aide conservatrice du Rdpc qui &eacute;tait visc&eacute;ralement contre le retour du pluralisme dans nos m&oelig;urs politiques, rampant ainsi &agrave; contre courant, et d&rsquo;autre part, devanc&eacute; par Ni John Fru Ndi qui, en lan&ccedil;ant dans le sang son parti, le Sdf, le 26 mai 1990 &agrave; Bamenda. Lui avait ravi la vedette en se posant dans l&rsquo;inconscient collectif des masses, sinon comme celui qui aurait apport&eacute; la d&eacute;mocratie au peuple camerounais, du moins comme celui qui aurait contraint Paul Biya &agrave; accepter le retour du pluralisme dans nos m&oelig;urs politiques.<\/p>\n<p>Mais, aujourd&rsquo;hui, tous ces obstacles, aussi bien endog&egrave;nes qu&rsquo;exog&egrave;nes, qui jonchaient sa route, ont &eacute;t&eacute; balay&eacute;s. De ce point de vue, en effet, l&rsquo;on peut pr&eacute;tendre et soutenir valablement qu&rsquo;&agrave; la suite de l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle au 11 octobre 2004, Paul Biya reste et demeure seul ma&icirc;tre de c&eacute;ans tant au sein du Rdpc o&ugrave; la lutte entre modernistes et conservateurs, loin de l&rsquo;&eacute;branler, l&rsquo;a plut&ocirc;t grandi en le confirmant comme seul ma&icirc;tre d&rsquo;autant qu&rsquo;il est le seul dont le mandat est encore valable; les autres responsables ne faisant qu&rsquo;exp&eacute;dier les affaires courantes, leurs mandats &eacute;tant finis depuis. Quant &agrave; l&rsquo;opposition, cette Tour de Babel &agrave; la camerounaise, elle a perdu la p&eacute;dale. Il lui faut assez de temps pour se reconstituer.<\/p>\n<p>Il en r&eacute;sulte que le pr&eacute;sident Biya est, non seulement, le &ldquo; personnage central &rdquo; de la vie politique camerounaise, mais il est lui seul &rdquo;l&rsquo;essentiel du pouvoir&rdquo;, Maintenant qu&rsquo;il a les mains libres, &agrave; lui d&rsquo;en profiter pour r&eacute;aliser le changement profond de la vie nationale auquel l&rsquo;histoire l&rsquo;appelle depuis le 06\/11\/82. il y va de son immortalit&eacute;, &agrave; la Jefferson ou &agrave; la Charles de Gaulle, j&rsquo;entends, dans les annales de l&rsquo;histoire politique de notre pays. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs, dans cette perspective qu&rsquo;on peut lire, dans son essai politique &rdquo;Pour le lib&eacute;ralisme communautaire&rdquo;, ce qui suit &rdquo;&#8230; En effet, toutes les sensibilit&eacute;s politiques sont sollicit&eacute;es pour affronter les r&eacute;alit&eacute;s du pays, r&eacute;alit&eacute;s dont la sp&eacute;cificit&eacute; recommande l&rsquo;esprit de nuance et l&rsquo;esprit de finesse-il s&rsquo;agit donc d&rsquo;&eacute;largir le cercle du d&eacute;bat id&eacute;ologique, sans dogmatisme livresque, ni id&eacute;alisme th&eacute;orique, mais plut&ocirc;t sur la base des r&eacute;alit&eacute;s nationales quotidiennement exp&eacute;riment&eacute;es&rdquo;. <\/p>\n<p>Aux constitutionnalistes, politologues, anthropologues et autres, et Dieu sait que notre pays en regorge, d&rsquo;animer le d&eacute;bat sur cette importante question ! Suivant quelles pistes ? Avant d&rsquo;essayer d&rsquo;en pr&eacute;ciser quelques-unes, je voudrais tout d&rsquo;abord relever pour souligner l&rsquo;une des dimensions qu&rsquo;on semble avoir toujours, sinon oubli&eacute;e, du moins n&eacute;glig&eacute;e, dans la r&eacute;daction de nos constitutions de (1961) (1972) et (1996), &agrave; savoir, l&rsquo;ambivalence de notre culture juridico-politique.<\/p>\n<p>L&rsquo;ambivalence de la culture juridico-politique du Cameroun<br \/>De ce point de vue, nous savons que depuis qu&rsquo;en 1916, &agrave; la suite de la d&eacute;faite allemande sur le champ camerounais, au cours de la 1&egrave;re Guerre mondiale (1914 &#8211; 1918), la France et l&rsquo;Angleterre s&rsquo;&eacute;taient partag&eacute;es entre elles, notre pays, alors Protectorat allemand, partage ent&eacute;rin&eacute; en 1919 par la Soci&eacute;t&eacute; des nations (Sdn), le peuple camerounais &eacute;tait d&eacute;sormais soumis &agrave; deux syst&egrave;mes de culture en g&eacute;n&eacute;ral et de culture Juridique plus particuli&egrave;rement. Ainsi, les Camerounais de la zone anglophone &eacute;taient soumis au syst&egrave;me de la &ldquo;Common law&rdquo; tandis que les camerounais de la zone francophone relevaient, quant &agrave; eux, du droit civil fran&ccedil;ais. Mais, c&rsquo;est surtout dans la th&eacute;orie et la pratique du gouvernement constitutionnel que l&rsquo;on observe nettement la diff&eacute;rence entre les deux cultures. <\/p>\n<p>Ainsi, Terence Marshall, dans th&eacute;orie et pratique du gouvernement constitutionnel a, fait observer que : &ldquo; sur les principes des droits de l&rsquo;homme, les Etats-Unis et la France sont tous deux class&eacute;s comme des d&eacute;mocraties constitutionnelles, multipartistes, ayant un syst&egrave;me de s&eacute;paration des pouvoirs et de gouvernement pr&eacute;sidentiel, soumis &agrave; une forme de contr&ocirc;le juridictionnel en vue de prot&eacute;ger la constitution et les droits. Toutefois, dans ces deux pays, les institutions se manifestent de mani&egrave;re profond&eacute;ment diff&eacute;rente. Aux Etats-Unis, d&egrave;s 1776, le f&eacute;d&eacute;ralisme, la &ldquo;Common law &rdquo;, l&rsquo;&eacute;conomie politique et le droit d&rsquo;&eacute;quit&eacute; faisaient partie int&eacute;grante de la strat&eacute;gie de &ldquo; poids et de contrepoids &rdquo; pour atteindre les buts constitutionnels de la s&eacute;paration des pouvoirs. En France, par contre, d&egrave;s le d&eacute;but de son histoire r&eacute;publicaine, cette strat&eacute;gie fut sciemment rejet&eacute;e. A la place d&rsquo;un syst&egrave;me de poids et de contrepoids, la s&eacute;paration des pouvoirs y a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue d&rsquo;une mani&egrave;re fonctionnelle, permettant ainsi &agrave; l&rsquo;article XVI de la d&eacute;claration fran&ccedil;aise des droits de l&rsquo;homme d&rsquo;&ecirc;tre en accord avec l&rsquo;article VI sur la volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale connue crit&egrave;re de l&eacute;gitimit&eacute;. Ainsi, peut-&ecirc;tre, les deux pays diff&egrave;rent non seulement au sujet des rapports entre l&rsquo;ex&eacute;cutif et le l&eacute;gislatif, mais &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la notion m&ecirc;me de la loi &rdquo; (Ed. de P Espace Europ&eacute;en, Paris 1992).<\/p>\n<p>De ce point de vue, en effet, l&rsquo;on sait que le constitutionnalisme angloxason participe de la doctrine jusnaturaliste qui &eacute;tait au centre des pr&eacute;occupations philosophiques et intellectuelles des p&egrave;res fondateurs des Etats-Unis, doctrine selon laquelle &rdquo;il existerait au-dessus du droit positif, qui rel&egrave;ve de la volont&eacute; humaine- un droit sup&eacute;rieur institu&eacute; par la providence ou inscrit dans la nature des choses&rdquo;. Or, il s&rsquo;av&egrave;re &agrave; l&rsquo;analyse que dans la pratique, les gouvernants am&eacute;ricains qui se sont succ&eacute;d&eacute;s &agrave; la t&ecirc;te de cette grande puissance depuis 1776, ne se sont jamais &eacute;cart&eacute;s notoirement des principes inscrits dans leur constitution alors r&eacute;dig&eacute;e sur la base de la &rdquo;D&eacute;claration d&rsquo;Ind&eacute;pendance&rdquo; qui est l&rsquo;une des sources de la D&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme. C&rsquo;est ainsi que depuis plus de deux cents ans, cette loi fondamentale n&rsquo;a pu faire l&rsquo;objet que de vingt six amendements qui signifient adaptation de cette charte &agrave; l&rsquo;&eacute;volution de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine et non modification.<\/p>\n<p>Par contre, la pratique fran&ccedil;aise du constitutionalisme participe, quant &agrave; elle, du positivisme juridique qui au contraire, consid&egrave;re, dans sa version la plus tranch&eacute;e, que le droit nature! n&rsquo;existerait m&ecirc;me pas, encore moins, un droit qui lui serait sup&eacute;rieur. Pour les positivistes, en effet, l&rsquo;on ne doit prendre uniquement en consid&eacute;ration que ce qui est empiriquement constatable et observable, c&rsquo;est-&agrave;-dire le droit positif. Pour eux, si le droit positif est obligatoire, c&rsquo;est seulement en raison de ses caract&egrave;res propres, notamment de sa proc&eacute;dure d&rsquo;&eacute;laboration, et non pas en conformit&eacute; de son contenu &agrave; un quelconque droit sup&eacute;rieur. Pour tout dire, il s&rsquo;av&egrave;re que dans la doctrine politique fran&ccedil;aise, l&rsquo;on est pr&eacute;occup&eacute; beaucoup plus par la l&eacute;gitimit&eacute; du pouvoir bas&eacute;e sur la th&eacute;orie de la souverainet&eacute; nationale qui est largement absente dans la doctrine am&eacute;ricaine fond&eacute;e, quant &agrave; elle, sur la th&eacute;orie de &rdquo;poids et contre-poids&rdquo; si ch&egrave;re &agrave; Montesquieu. <\/p>\n<p>Au b&eacute;n&eacute;fice de ces observations, je pr&eacute;tends et soutiens objectivement, que pour &eacute;laborer des institutions fiables et durables devant r&eacute;gir notre pays, il faudrait absolument faire la synth&egrave;se de ces deux syst&egrave;mes, sans par ailleurs oublier le syst&egrave;me traditionnel. Or le pr&eacute;sident Paul Biya est de cet avis lorsqu&rsquo;il fait appel, comme nous l&rsquo;avons soulign&eacute; ci-dessus &agrave; toutes les sensibilit&eacute;s politiques pour l&rsquo;accomplissement d&rsquo;une telle t&acirc;che. <\/p>\n<p>C&rsquo;est dans cette perspective que je m&rsquo;en vais faire ci-dessous quelques suggestions pour cette r&eacute;forme qui s&rsquo;impose pour la gloire et la prosp&eacute;rit&eacute; du peuple camerounais et en souvenir du r&egrave;gne du Renouveau. <\/p>\n<p>Quelques pistes sugg&eacute;r&eacute;es pour la r&eacute;forme<br \/>Je voudrais, une fois de plus, m&rsquo;inspirer de Terence Marshall qui elle-m&ecirc;me, s&rsquo;inspirant des id&eacute;es des auteurs de la constitution am&eacute;ricaine, fait observer que : &ldquo;Puisque les ambitions et les int&eacute;r&ecirc;ts affectent toujours les d&eacute;bats politiques, l&rsquo;autorit&eacute; publique doit &ecirc;tre divis&eacute;e de mani&egrave;re &agrave; pr&eacute;server au milieu des passions en concurrence, la possibilit&eacute; qu&rsquo;un esprit plus noble, plus raisonnable, puisse exercer son influence. Or, une simple s&eacute;paration fonctionnelle des pouvoirs n&rsquo;emp&ecirc;chera pas une majorit&eacute; organis&eacute;e autour d&rsquo;un projet injuste ou d&eacute;raisonnable, de s&rsquo;emparer &agrave; la fois du pouvoir l&eacute;gislatif et du pouvoir ex&eacute;cutif. Pour pr&eacute;venir une telle &eacute;ventualit&eacute;, les constituants am&eacute;ricains avaient s&eacute;par&eacute; les pouvoirs publics de telle fa&ccedil;on que la majorit&eacute; pr&eacute;sidentielle fut toujours diff&eacute;rente de celle de la majorit&eacute; l&eacute;gislative. Outre le bicam&eacute;ralisme, les dur&eacute;es diff&eacute;rentes des mandats, de m&ecirc;me que les &eacute;lections &eacute;chelonn&eacute;es, sont des exemples de cette strat&eacute;gie visant &agrave; prot&eacute;ger les droits dans un r&eacute;gime populaire. Plus importante encore est, dans cette strat&eacute;gie, la tentative pour att&eacute;nuer la force des passions politiques par la multiplication des int&eacute;r&ecirc;ts auxquels elles s&rsquo;attachent&rdquo;. Au regard de ces observations de Terence Marshall, l&rsquo;on remarque que nos Institutions souffrent de certains maux que les constituants am&eacute;ricains avaient &eacute;limin&eacute;s pour le bon fonctionnement de leurs Institutions. Je n&rsquo;en retiendrais qu&rsquo;un seul pour illustrer mon point de vue. Il s&rsquo;agit, vous vous en douterez peut-&ecirc;tre, de la simple s&eacute;paration fonctionnelle des pouvoirs l&eacute;gislatif, ex&eacute;cutif et judiciaire, qui ne peut pas emp&ecirc;cher &agrave; une majorit&eacute; organis&eacute;e autour d&rsquo;un projet injuste ou d&eacute;raisonnable, de s&rsquo;emparer, &agrave; la fois de tous les trois pouvoirs. Or, c&rsquo;est ce qui semble se passer dans notre pays depuis toujours, m&ecirc;me &agrave; l&rsquo;&egrave;re du pluralisme politique.<\/p>\n<p>De ce point de vue, en effet, il est indiscutable qu&rsquo;aussi bien sous l&rsquo;ancien r&eacute;gime, o&ugrave; r&eacute;gnait un &eacute;tat d&rsquo;exception et de r&eacute;pression permanent, que sous le Renouveau, les lois qui nous r&eacute;gissent ont &eacute;t&eacute; toujours d&rsquo;origine gouvernementale en ce qu&rsquo;elles proc&egrave;dent toutes soit des ordonnances, soit des projets de loi. Or, dans un cas comme dans l&rsquo;autre, la discipline du parti est telle que ces projets gouvernementaux ne donnent lieu &agrave; aucun d&eacute;bat, sinon de pure forme, car l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale et le Gouvernement &eacute;manent tous deux du parti. Or, c&rsquo;est ce dernier, du moins sous l&rsquo;ancien r&eacute;gime, qui pense pour eux. C&rsquo;est ainsi que feu Ahidjo disait : &ldquo;&#8230; En mati&egrave;re d&rsquo;&eacute;lection, ce que l&rsquo;&eacute;lection doit choisir, c&rsquo;est une direction. Cette direction lui est donn&eacute;e par le parti. Le peuple fait confiance au parti qui lui d&eacute;signe son candidat qui, lui, n&rsquo;aura pas &agrave; se forger personnellement une client&egrave;le, mais aura m&eacute;rit&eacute; du parti par sa capacit&eacute; &agrave; encadrer politiquement nos populations, &agrave; transmettre fid&egrave;lement les principes d&rsquo;action du parti et du gouvernement&#8230; l&rsquo;&eacute;lu sera ainsi un repr&eacute;sentant du parti&#8230; Il faut faire comprendre aux candidats qu&rsquo;ils ne vont pas &ecirc;tre &eacute;lus en raison de leur popularit&eacute; ; de leurs comp&eacute;tences dans tel ou tel domaine ou en raison de leur degr&eacute; d&rsquo;instruction. Ils seront &eacute;lus uniquement en raison de leur fid&eacute;lit&eacute; au parti, c&rsquo;est-&agrave;-dire, au r&eacute;gime, de leur capacit&eacute; &agrave; &ecirc;tre des pions efficaces et loyaux sur l&rsquo;&eacute;chiquier du parti &rdquo;.<\/p>\n<p>Comme on peut le constater, sous feu Ahidjo, le l&eacute;gislatif et le gouvernement &eacute;tait enti&egrave;rement, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre, assujettis au parti, donc &agrave; lui-m&ecirc;me. Il y avait une totale confusion des pouvoirs puisque m&ecirc;me le judiciaire n&rsquo;y &eacute;chappait pas. C&rsquo;est pourquoi, il avait souvent recours aux ordonnances. C&rsquo;est donc &agrave; juste titre, qu&rsquo;un observateur a parl&eacute; de la &ldquo;d&eacute;possession toujours plus pouss&eacute;e de la souverainet&eacute; populaire, au profit d&rsquo;une oligarchie &rdquo;. Toujours est-il que Ahmadou Ahidjo avait fini lui-m&ecirc;me par tomber sous le coup de cette l&eacute;gislation d&rsquo;exception.<\/p>\n<p>Et sous le Renouveau, comment les choses se passent-elles ? Certes, les ordonnances de r&eacute;pression ont &eacute;t&eacute; abrog&eacute;es ; le chef de l&rsquo;ex&eacute;cutif a de moins en moins recours aux ordonnances. Mais, il demeure que l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale s&rsquo;affirme de plus en plus comme une chambre d&rsquo;enregistrement et pour cause. De ce point de vue, en effet, nos &ldquo; honorables &rdquo;, aussi bien du bloc au pouvoir que de l&rsquo;opposition, ne sont toujours pas &eacute;lus en raison de leur &ldquo; popularit&eacute;, de leur comp&eacute;tence dans tel ou tel domaine, ou en raison de leur degr&eacute; d&rsquo;instruction &rdquo;, mais en raison de leur fid&eacute;lit&eacute; au parti, mais beaucoup plus de la corruption. D&egrave;s lors, comment voulez-vous que les gens qui ont une culture villageoise, paysanne, paroissiale, qui ne savent m&ecirc;me pas ce que c&rsquo;est qu&rsquo;une loi, une ordonnance, un d&eacute;cret ou un arr&ecirc;t&eacute;, puissent discuter un projet de loi &eacute;labor&eacute; par des gens qui ont pass&eacute; des ann&eacute;es sous les bancs pour se former pour cela ? C&rsquo;est d&rsquo;autant vrai que feu Fran&ccedil;ois Mitterrand disait : &ldquo; L&agrave; o&ugrave; on exigeait, il y a cinquante ans, le certificat d&rsquo;&eacute;tudes, il y a trente ans, le baccalaur&eacute;at, il y a vingt ans, la licence, le d&eacute;veloppement de la science et des techniques oblige la soci&eacute;t&eacute; dirigeante, pour le d&eacute;veloppement de son propre syst&egrave;me, &agrave; &eacute;lever le niveau du savoir &rdquo;.<\/p>\n<p>A cette tare dont souffre le l&eacute;gislatif camerounais depuis toujours, est venue se greffer une autre qui l&rsquo;aggrave. Il s&rsquo;agit du ph&eacute;nom&egrave;ne de la &ldquo;feymania&rdquo;. En effet, depuis quelques ann&eacute;es, lorsque les feymens, qui infestent la soci&eacute;t&eacute; camerounaise, ont su qu&rsquo;une fois devenu d&eacute;put&eacute;, on &eacute;tait couvert par l&rsquo;immunit&eacute; parlementaire qui vous met &agrave; l&rsquo;abri de tout ennui judiciaire, ils ne m&eacute;nagent aucun effort, ni aucun moyen pour s&rsquo;octroyer cet honneur et ce privil&egrave;ge. Aussi, notre Assembl&eacute;e nationale est-elle devenue, peut-&ecirc;tre, sans le savoir, un refuge pour des prisonniers en sursis. Et, comme si cela ne suffisait pas, apr&egrave;s l&rsquo;immunit&eacute; parlementaire, il leur faut aussi une immunit&eacute; diplomatique. Ainsi, l&rsquo;on a appris, derni&egrave;rement, &agrave; travers les Journaux, qu&rsquo;ils &eacute;taient en guerre contre le ministre des Relations ext&eacute;rieures parce qu&rsquo;il avait voulu mettre de l&rsquo;ordre dans l&rsquo;attribution des Passeports diplomatiques dans le strict respect de la loi que eux-m&ecirc;mes ont vot&eacute;e.<\/p>\n<p>Face &agrave; cette insatiabilit&eacute; de nos &ldquo; honorables &rdquo; et compte tenu du fait que, d&rsquo;une part, il est constant que le gros du travail parlementaire, &agrave; savoir &eacute;laborer les lois, est fait dans les administrations extraparlementaires par les fonctionnaires dont les salaires, depuis 1994, ont subi une baisse drastique de 75%, et que, d&rsquo;autre part, nos &ldquo; honorables &rdquo;, bien que ne &ldquo; travaillant &rdquo; que trois mois par an, &eacute;margent chaque mois, au budget de l&rsquo;Etat- d&rsquo;&eacute;normes sommes d&rsquo;argent au titre de salaire, auxquelles viennent s&rsquo;ajouter d&rsquo;autres avantages tels des fonds pour des petits projets, non toujours r&eacute;alis&eacute;s, la pension de retraite au bout de trois mandats successifs, nous disions que face &agrave; cet enrichissement sans cause, n&rsquo;est-il pas opportun de sugg&eacute;rer, &agrave; la suite de Ren&eacute; Dumont, il y a plus de quarante ans, que l&rsquo;on verse &agrave; nos &ldquo; honorables &rdquo; des indemnit&eacute;s de session, m&ecirc;me tr&egrave;s substantielles, et non de salaire ? On pourrait m&ecirc;me passer par le R&eacute;f&eacute;rendum, s&rsquo;il le faut. <\/p>\n<p>Les fonds ainsi r&eacute;cup&eacute;r&eacute;s devront &ecirc;tre affect&eacute;s aux institutions universitaires en vue de la formation ad&eacute;quate de la jeunesse &rdquo;fer de lance&rdquo; de la Nation et de recherche pour notre d&eacute;veloppement durable.<\/p>\n<p>Par ailleurs, si on ne peut pas op&eacute;rer une s&eacute;paration des pouvoirs &agrave; l&rsquo;am&eacute;ricaine, l&rsquo;on pourra, tout au moins, am&eacute;nager les Institutions de telle sorte que, face au pouvoir majoritaire qui r&eacute;unit la puissance de gouverner et la puissance de l&eacute;gif&eacute;rer, il y ait un pouvoir d&rsquo;opposition qui lui fait effectivement contrepoids. Dans ce cas, ce pouvoir d&rsquo;opposition devra automatiquement jouir du droit de saisine du Conseil constitutionnel qui, selon le professeur Louis Favoreu : &ldquo; Contribue &agrave; la pacification de la vie politique en donnant la certitude &agrave; l&rsquo;opposition qu&rsquo;elle a le moyen de faire respecter par la majorit&eacute; les limites constitutionnelles ; assure la r&eacute;gulation et l&rsquo;authentification des changements et des alternances politiques en &eacute;vitant un trop fort &ldquo; retour de balancier &rdquo;susceptible de rompre l&rsquo;&eacute;quilibre constitutionnel et en canalisant le flot des r&eacute;formes de la nouvelle majorit&eacute; &rdquo;.<\/p>\n<p>Parlant du pouvoir d&rsquo;opposition, le professeur Maurice Duverger &eacute;crit : &ldquo; En face d&rsquo;un pouvoir majoritaire qui r&eacute;unit la puissance de gouverner et la puissance de l&eacute;gif&eacute;rer, dans la main, l&rsquo;existence des contre-poids est plus indispensable que jamais. Les uns sont exclusivement dans les mains de l&rsquo;opposition parlementaire. Les autres forment des organes plus ou moins ind&eacute;pendants et neutres, dont elle use pour borner l&rsquo;action de la majorit&eacute;, mais dont celle-ci peut &eacute;galement se servir &rdquo;. Telle est la nouvelle s&eacute;paration des pouvoirs qui structure le pluralisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il reste illusoire si la minorit&eacute; n&rsquo;a pas les moyens de critiquer les autorit&eacute;s &eacute;tablies et les contenir afin d&rsquo;emp&ecirc;cher quelle puisse abuser.<\/p>\n<p>Par Dr. Kengne Pokam Emmanuel*<br \/>* Magistrat<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La constitution de 1996 portait en elle-m&ecirc;me les germes de sa r&eacute;forme En 2003, c&rsquo;est-&agrave;-dire, alors que la r&eacute;vision constitutionnelle de 1996 n&rsquo;avait que sept ans, et que les nouvelles dispositions constitutionnelles pr&eacute;vues par cette charte n&rsquo;&eacute;taient m&ecirc;me pas encore toutes mises en &oelig;uvre, (elles ne le sont toujours pas toutes jusqu&rsquo;ici), l&rsquo;id&eacute;e de retoucher [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"adace-sponsor":[],"class_list":["post-7672","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"acf":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7672","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7672"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7672\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7672"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7672"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7672"},{"taxonomy":"adace-sponsor","embeddable":true,"href":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/adace-sponsor?post=7672"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}