{"id":79,"date":"2006-07-18T19:29:25","date_gmt":"2006-07-18T17:29:25","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-07-18T19:29:25","modified_gmt":"2006-07-18T17:29:25","slug":"79","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/79\/","title":{"rendered":"Espace livres : Djiango fait manger du&#8230; mille aux policiers"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Un livre pour peindre les travers de la police au sein de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise.<br \/>\nSylvestre Mekem Douanla (Correspondance particuli\u00e8re) <br \/>\n &#8211; Les mange-mil, on le sait, sont des petits oiseaux multicolores qui se nourrissent &agrave; longueur de journ\u00e9e de grains de mil. Par extension, dans le contexte Africain, ce terme d\u00e9signe &agrave; juste titre, les policiers qui arnaquent perp\u00e9tuellement les automobilistes en g\u00e9n\u00e9ral et les taximen en particulier. D&#8217;embl\u00e9e, ce roman peupl\u00e9 de policiers (Les mange-mille) relate en vingt cinq chapitres, les aventures fulgurantes qui jalonnent la vie quotidienne de deux agents aux dents longues : Meyebeme Ignace Barnab\u00e9, alias M.I.B, (nom de code &quot; Classe &quot;) et Tchoutchouang Polycarpe surnomm\u00e9 Croque-monsieur, &agrave; cause de sa singuli&egrave;re dentition, (&quot;Ancien&quot; est son nom de code).<\/p>\n<p>Alors que le premier est svelte, noir comme jais, \u00e9l\u00e9gant, vaniteux, rus\u00e9, coureur de jupons et c\u00e9libataire endurci, le second poss&egrave;de un physique de catcheur. Il est quelque peu niais et assez maladroit avec la gent f\u00e9minine. Il est mari\u00e9 et p&egrave;re de trois enfants. &quot; Ancien &quot; et &quot; Classe &quot; sont un duo qui se compl&egrave;te parfaitement. Une sinc&egrave;re amiti\u00e9 lie les deux hommes depuis leur rencontre &agrave; l&rsquo;Ecole de police; leur culte effr\u00e9n\u00e9 pour &quot; la bonne bi&egrave;re fra&icirc;che &quot; a achev\u00e9 de sceller les liens de leur complicit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr&egrave;s sept ans dans les services de la police nationale, M.I.B et Croque-monsieur ont eu le temps de se rendre compte qu&rsquo;une fois sur le terrain, un policier &quot; ambitieux &quot; doit renoncer en partie aux enseignements de l&rsquo;Ecole pour se faire initier par des policiers exp\u00e9riment\u00e9s, aux strat\u00e9gies gr&acirc;ce auxquelles on devient un v\u00e9ritable &quot; mange-mille &quot;. Au terme de cette initiation aux arcanes de la police version tropicale, on sait comment d\u00e9lester les taximen de leurs esp&egrave;ces sonnantes et tr\u00e9buchantes, que leurs papiers soient complets ou non, qu&rsquo;ils soient en infraction ou non. Ainsi, comme dans la jungle la raison du plus fort est toujours la meilleure ; le plus fort \u00e9tant bien evidement , l&rsquo;agent v\u00e9reux et arm\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, c&rsquo;est de haute lutte que M.I.B et Croque-monsieur ont acquis leurs lettres de noblesse aupr&egrave;s de leur patron, le commissaire de &quot; petite taille &quot; (p.84) du neuvi&egrave;me arrondissement. Ils ont d&ucirc; surclasser leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, en lui rapportant davantage de bakchich. D\u00e9sormais et gr&acirc;ce &agrave; leur expertise de &quot; mange-mille &quot; patent\u00e9, le commissaire peut leur attribuer les secteurs cl\u00e9s de la ville de Ngoulemakong, en esp\u00e9rant que la moisson quotidienne sera proportionnelle &agrave; la densit\u00e9 de la circulation. <br \/>Avant les contr&ocirc;les de routine de &quot; l&rsquo;op\u00e9ration bazooka &quot; (p.114), le narrateur nous pr\u00e9sente le march\u00e9 de &quot; Ngoulemakong &quot; (p.5), o&ugrave; se d\u00e9roulent mille et une sc&egrave;nes de com\u00e9die orchestr\u00e9es par d&rsquo;ing\u00e9nieux commer&ccedil;ants Makonguais pour \u00e9couler leurs marchandises. L&rsquo;atmosph&egrave;re est &agrave; la d\u00e9tente, &agrave; la qu&ecirc;te permanente du profit et &agrave; la drague. Une cliente au pr\u00e9nom de Liliane, en fera d&rsquo;ailleurs les frais. Cette qui\u00e9tude va &ecirc;tre bris\u00e9e par un raid strat\u00e9gique de &quot; Classe &quot; et &quot; Ancien &quot;.<\/p>\n<p><strong>Rackets<\/strong><br \/>A leur arriv\u00e9e, les commer&ccedil;ants t&acirc;chent de se sauver avec leurs marchandises. Fort astucieux : &quot; Ils ont bien pr\u00e9par\u00e9 leur coup, ces deux-l&agrave;. Ils vont prendre les vendeurs en sandwich. &quot; (p.25). Appr\u00e9hend\u00e9s, &quot; la Bayem-sellam, Mamy Teu &quot; (p.21) et un vendeur anonyme de chaussettes, remettent &quot; sagement &quot; chacun cinq mille francs aux deux policiers. Ces derniers une fois leur butin en poche, vont, vers la mi-journ\u00e9e, se r\u00e9fugier directement &agrave; &quot; Virage-Bar &quot;, pour n&rsquo;en sortir qu&rsquo;ivre mort vers 22h30mn. Le lendemain matin, M.I.B et Croque-monsieur sont charg\u00e9s par leur patron d&rsquo;effectuer un contr&ocirc;le de routine non loin de &quot; Virage-Bar &quot;. M.I.B r\u00e9quisitionne un taxi, tout en expulsant d&rsquo;autorit\u00e9 du v\u00e9hicule un passager(M.Dikoum).<br \/>Le sifflet aux l&egrave;vres, le regard &agrave; l&rsquo;aff&ucirc;t, Croque-monsieur croit tenir entre ses serres un taximan pris en d\u00e9faut de surcharge, mais ce dernier lui \u00e9chappe de justesse et c&rsquo;est &quot; une P\u00e9p&egrave;s [merced&egrave;s] aux chromes \u00e9tincelants &quot; (p.121) qui s&rsquo;immobilise. Le d\u00e9put\u00e9 Norbert Bayig, h\u00e9riss\u00e9 et courrouc\u00e9, menace de d\u00e9shabiller l&rsquo;impertinent agent qui a os\u00e9 l&rsquo;interpeller. Cependant, il commet la maladresse de se hisser au dessus du &quot; Tr&egrave;s-Grand &quot; (p.125). D\u00e9sirant se repentir de ce crime, l&rsquo;honorable se r\u00e9concilie avec Croque-monsieur. Bien plus, &agrave; l&rsquo;issue d&rsquo;un rendez-vous, Norbert confie au policier la mission de retrouver l&rsquo;une de ces ma&icirc;tresses ayant disparu myst\u00e9rieusement depuis deux semaines.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de Liliane Mvila, \u00e9tudiante en facult\u00e9 de lettres. Deux enqu&ecirc;tes priv\u00e9es s&rsquo;imposent &agrave; la conscience d&rsquo; &quot; Ancien &quot;. Car tr&egrave;s t&ocirc;t le matin, son oncle l&rsquo;avait d\u00e9j&agrave; mand\u00e9 de mettre les menottes aux mains d&rsquo;un escroc qui lui avait vendu &agrave; trois millions de francs, une machine qui devait cracher cinq cent mille francs par jour. &quot; Ancien &quot; confie &agrave; &quot; Classe &quot; son malaise face &agrave; ces missions. Son coll&egrave;gue passe aux aveux : &quot; sept ans dans la police et nous n&rsquo;avons jamais men\u00e9 la moindre enqu&ecirc;te.<br \/>Si mes admirateurs du quartier apprennent cela, je suis fini. Je suis oblig\u00e9 de d\u00e9nicher des films que personne n&rsquo;a vu pour me donner des id\u00e9es pour les salades que je leur sers r\u00e9guli&egrave;rement. Ancien, toi et moi, ce que nous savons faire c&rsquo;est contr&ocirc;ler les papiers des taximen pour savoir s&rsquo;ils sont en r&egrave;gle. &quot; (p.94) Par cons\u00e9quent, la chasse &agrave; &quot; l&rsquo;homme [aux] poils dans les oreilles &quot; n&rsquo;aura pas lieux et toutes les pistes qu&rsquo;ils vont par le plus grand hasard explorer pour retrouver Liliane aboutiront &agrave; l&rsquo;impasse. <\/p>\n<p>M.I.B et Croque-monsieur abattent leur ultime carte au &quot; Club Dynamite &quot;. Sans succ&egrave;s. Ils n&rsquo;y trouvent pas Lili. Mais, ils reconnaissent leur imposteur et lui sautent au collet. Au moment de l&#8217;embarquer, coup de th\u00e9&acirc;tre, leur patron appara&icirc;t et identifie un ami fid&egrave;le : &quot; Vous croyez que les gens comme le baron se prom&egrave;nent dans les sous quartier pour escroquer les idiots. Rel&acirc;chez-le vite fait ! &quot; (p.254) Les deux policiers font mine de rebrousser chemin et tendent une embuscade au baron hors du Club Dynamite. Une fois &agrave; bord de sa Mercedes, ils sont victimes d&rsquo;une attaque &agrave; main arm\u00e9e. Un des bourreaux d\u00e9clare par bravoure que deux de leurs coll&egrave;gues leur ont fourni l&rsquo;arme.<\/p>\n<p><strong>Police fantoche<\/strong><br \/>D&egrave;s lors, la situation peut ainsi se r\u00e9sumer : &quot; Un amant \u00e9conduit veut qu&rsquo;il retrouve sa dulcin\u00e9e, un oncle veut qu&rsquo;on mette la main sur son escroc et son argent vol\u00e9 et voil&agrave; en prime, le commissaire veut qu&rsquo;ils d\u00e9mant&egrave;lent un r\u00e9seau de policiers corrompus (vraiment corrompus, pas sympathiquement corrompus comme le sont M.I.B et Croque-monsieur) et leur gang. &quot;(p.284). M.I.B et Croque-monsieur recoupent tant bien que mal les indices glan\u00e9s sur le vif, d\u00e9masquent leurs coll&egrave;gues Garga, Matip et capturent sans coup f\u00e9rir les membres du gang (Demi-gros et ses compagnons). Le flair de &quot; Classe &quot; et &quot; Ancien &quot; dans le d\u00e9nouement de cette affaire enflamme le c&oelig;ur de leur patron : &quot; Mes chers Tchatchouang et Meyebeme, apr&egrave;s vos deux succ&egrave;s de la journ\u00e9e, une promotion s&rsquo;impose (&hellip;) Et brigadiers vous serez ! &quot;(p.304.305).<\/p>\n<p>Quoique devenu millionnaire, gr&acirc;ce &agrave; la r\u00e9cup\u00e9ration de l&rsquo;argent de l&rsquo;oncle, l&rsquo;incorrigible &quot;Ancien &quot; d\u00e9pouillera les automobilistes de la somme de vingt trois mille francs au cours de leur premi&egrave;re patrouille &agrave; &quot; l&rsquo;avenue du vin-Mets &quot;(p.334) lors de &quot; l&rsquo;op\u00e9ration insomnie &quot;(p.332). Le dernier v\u00e9hicule interpell\u00e9, vers cinq heures du matin, livrent aux deux brigadiers sur un plateau d&rsquo;argent Junior et Liliane Mvila. <br \/>Inform\u00e9, l&rsquo;honorable ne d\u00e9col&egrave;re pas : &quot; Frappez-le, je vous dis, je ne veux pas qu&rsquo;un de ces enfants se paie ma t&ecirc;te. Vous lui mettez une bonne correction et je viendrai finir le boulot. &Ccedil;a lui apprendra &agrave; d\u00e9tourner les jeunes filles. &quot; (p.334) En effet, Liliane avait rompu avec le p&egrave;re pour se lier au fils. Elle se cachait dans les studios de ce dernier. A l&rsquo;arriv\u00e9e du d\u00e9put\u00e9, &quot; Ancien &quot; et &quot; Classe &quot; se sont d\u00e9lect\u00e9s de son embarras ; tout en attendant leurs frais de mission. Nos deux anti-h\u00e9ros pour conclure le roman reprendront en c&oelig;ur : &quot; Un seul mot : continuons ! &quot;(p.339)<\/p>\n<p>Quelques coquilles \u00e9maillent ce texte, par exemple aux pages 75 et 108 &quot; croque &#8211; monsieur en sait quelque chose et voit &agrave; se d\u00e9p&ecirc;cher &quot;, &quot; Qui aime bien, charrie bien &quot;. Au demeurant, ce roman &agrave; la trame polici&egrave;re fort peu classique, \u00e9crit dans un style r\u00e9aliste avec certain humour, d\u00e9nonce les travers sociopolitiques et les grotesques paradoxes des soci\u00e9t\u00e9s africaines postcoloniales en pleine putr\u00e9faction. L&rsquo;\u00e9thique et ses corollaires y sont bafou\u00e9s par ceux-l&agrave; m&ecirc;me qui sont cens\u00e9s les incarner. Une police fantoche ne remplissant pas ses fonctions r\u00e9galiennes y ran&ccedil;onne &agrave; tours de bras le pauvre peuple, tout en prot\u00e9geant les fey-men. En outre, les drames des &quot; Makonguais &quot; ne sont-ils pas ceux des camerounais, tant il est vrai que l&rsquo;intrigue de ce roman se d\u00e9roule sur : &quot; le triangle national &quot; (p.5)? Martin Django, l&rsquo;auteur de ce livre, est un ancien \u00e9l&egrave;ve du coll&egrave;ge Vogt, qui d\u00e9termine un doctorat de physique en Irlande. Les mange &#8211; mille est son premier roman. <\/p>\n<table cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" width=\"425\" border=\"0\"><\/table>\n<p>Source : <a href=\"http:\/\/www.quotidienmutation.net\/\" target=\"_blank\">http:\/\/www.quotidienmutation.net<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre pour peindre les travers de la police au sein de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Sylvestre Mekem Douanla (Correspondance particuli\u00e8re) &#8211; Les mange-mil, on le sait, sont des petits oiseaux multicolores qui se nourrissent &agrave; longueur de journ\u00e9e de grains de mil. 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