{"id":885,"date":"2007-12-25T22:57:49","date_gmt":"2007-12-25T21:57:49","guid":{"rendered":""},"modified":"2007-12-25T22:57:49","modified_gmt":"2007-12-25T20:57:49","slug":"885","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/camerfeeling.fr.fo\/fr\/885\/","title":{"rendered":"Le pianiste de jazz Oscar Peterson est mort"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p>Le pianiste est mort le 23 d\u00e9cembre, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 82 ans. II cumulait des vertus rares. Oscar Emmanuel Peterson compte, avec le pianiste Paul Bley, Montr\u00e9alais plus jeune de sept ans, parmi les plus grands musiciens de jazz d&rsquo;origine canadienne. &#8211; <\/p>\n<p>Comme le rock compte parmi ses plus c&eacute;l&egrave;bres h&eacute;ros Neil Young, n&eacute; &agrave; Toronto. C&rsquo;est &agrave; son domicile de Mississauga, banlieue de Toronto, qu&rsquo;Oscar Peterson est mort, dimanche 23 d&eacute;cembre, des suites de complications r&eacute;nales, &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 82 ans. Lui, Oscar Peterson, pianiste, compositeur, chanteur et organiste, son nom ne le dit pas, Africain-Canadien. De toute fa&ccedil;on, le Canada n&rsquo;est pas une terre de jazz, question de langue, de religion et de climat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, miracle des th&eacute;ories incertaines, Oscar Peterson atteint en jazz une virtuosit&eacute; que le jazz, malgr&eacute; les id&eacute;es re&ccedil;ues, ne cherche pas forc&eacute;ment &agrave; atteindre (voir Paul et Carla Bley). De ce point de vue, il descend en ligne directe d&rsquo;Art Tatum (1909-1956), que l&rsquo;immense Horowitz, pianiste classique, n&rsquo;aurait jamais manqu&eacute; pour un empire, lors de ses passages &agrave; New York. Dans les clubs de New York. Dans les clubs de jazz de New York, oui, Vladimir Horowitz, essayons d&rsquo;entendre cela. Bref, bien au-del&agrave; des premiers cercles, Oscar Peterson a toujours &eacute;t&eacute; aim&eacute;, suivi, ravi par un tr&egrave;s large public. Double peine.<\/p>\n<p>Peterson, personnalit&eacute; d&eacute;licieuse, classique, moderne, classe, aimable, musicien type pour le Jazz at the Philharmonic (JATP), cette r&eacute;union de stars du jazz invent&eacute;e en 1944 par l&rsquo;organistaeur de concerts et producteur Norman Granz, ou, bien plus tard, pour le festival Jazz in Marciac (Gers), Peterson est suspect. De Marciac, il aime la convivialit&eacute;, l&rsquo;accueil et la gastronomie : au piano de l&rsquo;H&ocirc;tel de France d&rsquo;Auch, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, r&eacute;gnait Andr&eacute; Daguin, &ccedil;a facilite la musique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" data-expand=\"600\" class=\"lazyload\" height=\"239\" alt=\"\" width=\"190\" align=\"left\" src=\"data:image\/svg+xml;charset=utf-8,%3Csvg xmlns%3D'http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg' viewBox%3D'0 0 190 239'%2F%3E\" data-src=\"\/bibliotheque\/Image\/oscar_peterson.3jpg.jpg\" \/>Petit d&eacute;tail : &agrave; la fin des ann&eacute;es 1960, Pierre Baudry (1948-2005), philosophe, r&eacute;dacteur aux<em> Cahiers du cin&eacute;ma<\/em>, cin&eacute;aste et bient&ocirc;t animateur des Ateliers Varan, ami, pouvait s&rsquo;&eacute;tonner &ndash; vive pol&eacute;mique &ndash; qu&rsquo;on p&ucirc;t aimer ensemble le saxophoniste et violoniste Ornette Coleman (free jazz), Paul Bley (avant-garde insituable) et Oscar Peterson. Quelle &eacute;poque ! Juste pour signaler que la musique afro-am&eacute;ricaine et ses affluents sont un lieu de pens&eacute;e, de joie et de perturbation que condense singuli&egrave;rement la figure d&rsquo;Oscar Peterson. En ce sens, il manque d&eacute;j&agrave;. Il manque d&rsquo;ailleurs depuis un petit moment, car un accident cardio-vasculaire en 1993 l&rsquo;avait laiss&eacute; diminu&eacute; sans l&#8217;emp&ecirc;cher de jouer (d&rsquo;une main) pour autant. C&rsquo;&eacute;tait &agrave; New York, comme le rappelle l&rsquo;AFP pr&eacute;cisant que Peterson avait termin&eacute; le concert, mais avait d&ucirc; annuler une tourn&eacute;e pr&eacute;vue en Europe. Deux ann&eacute;es d&rsquo;inactivit&eacute;, et peu &agrave; peu, le retour &agrave; la sc&egrave;ne, toutes les sc&egrave;nes du monde, la main gauche un peu affaiblie.<\/p>\n<p>De formation classique &ndash; le piano, tr&egrave;s t&ocirc;t, mais aussi l&rsquo;orgue et le clavecin &ndash;, Oscar Peterson se signale dans un tournoi amateur en 1939. Sa carri&egrave;re internationale d&eacute;marre avec Norman Granz, aussi grand entrepreneur de spectacles que militant pour les droits civiques et l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des races. En 1951, Peterson forme avec Ray Brown (contrebassiste mort en 2002, fondateur du be-bop) et Herb Ellis, un trio dont le guitariste remplace Barney Kessel (1923-2004). Le batteur Ed Thipgen se m&ecirc;le de l&rsquo;affaire en 1959, puis Sam Jones (contrebasse; mort en 1981), son beau visage grave et ses gestes d&rsquo;hirondelle. Oscar Peterson, succ&egrave;s public ou pas, traque comme un malade la perfection. La perfection irrite. Mais on s&rsquo;incline. Allez faire avec.<\/p>\n<p>Le rock d&eacute;boule, le rhytm&rsquo;n blues d&eacute;ferle, le free chamboule, lui, imposant, surcharge pond&eacute;rale au sourire si doux, sourire impavide, c&rsquo;est comme s&rsquo;il gardait la maison. Elvis Presley, James Brown, Marvin Gaye, Barry White, Ornette Coleman et John Coltrane, Miles Davis et les autres, ne disons rien de Led Zeppelin et autres Zappa, il les voit d&eacute;filer : eh bien, il continue sans complexe de jouer ce qu&rsquo;il sait le mieux faire, &agrave; la perfection.<\/p>\n<p>Huit Grammy Awards A partir des ann&eacute;es 1970, il se cantonne au duo, au trio, pourquoi? Peut-&ecirc;tre parce qu&rsquo;ils sont rares &agrave; le suivre dans cette id&eacute;e : Niels-Henning Orsted Pedersen (NHOP), le contrebassite danois dont la disparition laisse inconsolable (1946-2006), le guitariste Joe Pass, sans compter les rencontres in&eacute;dites : qui n&rsquo;a pas vu, en 1975, Oscar Peterson &agrave; Montreux avec deux bassistes, l&rsquo;un, tellurique et joyeux (Ray Brown, Noir am&eacute;ricain de Pittsburgh) et l&rsquo;autre, volubile et anxieux de Copenhague (NHOP), n&rsquo;a pas v&eacute;cu. Cela dit, comme on ne saurait reprocher &agrave; personne d&rsquo;&ecirc;tre absent ou de n&rsquo;&ecirc;tre pas n&eacute;, les enregistrements existent, et de ce point de vue, Monsieur Peterson aura bien m&eacute;rit&eacute; de la grande Am&eacute;rique, du jazz, et de l&rsquo;industrie du disque. Il aura ainsi re&ccedil;u huit Grammy Awards durant sa carri&egrave;re et bien d&rsquo;autres prix&#8230;<\/p>\n<p>Comment dire? On a l&rsquo;impression d&rsquo;avoir fait le tour du bonhomme : or, qui meurt ce soir? Qui, apr&egrave;s avoir enregistr&eacute; avec Charlie Parker, Lester Young, Billie Holiday, Count Basie, Benny Carter, Lionel Hampton, Dizzy Gillespie, Stan Getz, Eddie Louis, Ella Fitzgerald, Coleman Hawkins, St&eacute;phane Grappelli, Sarah Vaughan&hellip; Qui a os&eacute; ne pas enregistrer avec lui, Monsieur Peterson? Qui ne l&rsquo;aurait pas pu. Vaste et douloureuse question.<\/p>\n<p>Ce style de Tatum m&acirc;tin&eacute; de Nat King Cole, ce style aux subtilit&eacute;s harmoniques dignes de Bill Evans &ndash; qui dira r&eacute;guli&egrave;rement toute son admiration pour Peterson &ndash;, et pourtant ce style qui s&rsquo;offre l&agrave;, simple, ouvert, abondant, sans r&eacute;serve, suscitant r&eacute;serves et fines bouches chez les puritains et les m&eacute;chants, ce style se r&eacute;sumerait d&rsquo;un titre, une composition pour le cin&eacute;ma, <em>The Silent Partner <\/em>(1979). Le partenaire discret, pas invisible, mais loyal. So long, Mr Peterson.<\/p>\n<div class=\"lien\">\n<div class=\"desc\"><strong>Francis Marmande et Sylvain Siclier<\/strong><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pianiste est mort le 23 d\u00e9cembre, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 82 ans. II cumulait des vertus rares. 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