Ambiance d’affrontement à l’hémicycle
Assemblée nationale
Le président de l’Assemblée nationale (Pan) tente vainement de cacher ce qui était devenu un secret de polichinelle…
L’ordre du jour énoncé par Cavaye Yéguié Djibril vendredi 04 avril 2008 à l’Assemblée nationale à Yaoundé n’a pas été respecté. Alors qu’il était prévu exclusivement des questions orales aux membres du gouvernement, un député du Sdf interrompt le président de l’Assemblée nationale (Pan). Motif : il s’insurge parce que Jean Michel Nintcheu, député Sdf, a été interpellé et menotté par la police à Douala. Le passeport du parlementaire lui a aussi été retiré par les éléments de la police. Ce député exprime son indignation parce que ces faits n’ont jamais été évoqués à l’Assemblée nationale. Réplique du Pan : “ De pareilles interventions doivent être signalées au président de l’Assemblée nationale. Je suis en contact avec le président de votre groupe [parlementaire, Ndlr]. Nous savons ce qui s’est passé ”. Le Pan évoque des échanges qu’il aurait eus avec le président du groupe parlementaire Sdf, Banadzen. “ Ne rejetez pas le tort sur moi. Vous m’avez promis une correspondance. Je vous attends depuis deux semaines. Monsieur Mbah Ndam est introuvable depuis deux semaines ”, se défend le Pan.
Mbah Ndam monte au pupitre en brandissant une motion d’ordre. “ C’est quoi une motion d’ordre ? ”, interroge le Pan. Réponse de Mbah Ndam, vice-président de l’Assemblée : “ Article 42 du règlement. Monsieur le président, je ne me lève pas pour rien ”. Mbah Ndam affirme qu’il n’y aura pas des questions des parlementaires au gouvernement. Parce que l’ordre du jour énoncé n’a pas mentionné l’introduction du projet de loi portant modification de la Constitution. Il brandit une chemise cartonnée jaune indiquant qu’elle contient une copie de ce texte. “ M. Mbah Ndam, on n’a pas encore déposé ce projet de loi ! ” crie Cavaye Yéguié pour contredire son vice-président.
Malgré les multiples interpellations du Pan à son égard Mbah Ndam ne libère pas le pupitre ; il est d’ailleurs rejoint par tous ses collègues du parti. Cavaye Yéguié introduit malgré tout Marie Rose Nguini Effa pour qu’elle vienne poser ses questions. Les députés Sdf monopolisent le pupitre, et partant, le micro. Nguini Effa se lève ; elle ne sait où aller. “ Madame allez vous asseoir si vous vous respectez ”, lui suggère un député du Sdf. Nguini Effa est invitée à aller poser sa question au micro du Pan. Celui détenu par les députés du Sdf est coupé. Ils tapent sur la table pour exiger le rétablissement du son. “ Nous allons parler simultanément ”, menace un parlementaire du Sdf.
Déficit de sensibilité
D’une voix presque inaudible, Nguini Effa déroule ses questions ; Ce d’autant que les députés du Sdf parlent à tue-tête comme dans une assemblée païenne. Cavaye Yéguié reste muet. Samson Ename Ename, le secrétaire général de la Chambre, assis à côté du Pan, se plonge de temps en temps dans ses “ bords ”. Certains députés Rdpc quittent la salle. Les membres du gouvernement présents à l’hémicycle assistent, impuissants, au spectacle.
Le Pan introduit Patricia Tomaino Ndam Njoya, député de l’Udc, en rappelant à Mbah Ndam que l’ordre du jour se règle à la conférence des présidents. “ Çà se règle ici ”, rétorque Mbah Ndam. Lorsqu’elle prend la parole, Tomaino s’indigne de l’attitude de ses collègues parlementaires qui affichent un déficit de sensibilité. Pour elle, il est inconcevable que cette plénière se tienne sans que les députés n’observent une minute de silence en mémoire du député Rdpc du Djerem Abdoul Kadri Bello, décédé jeudi dernier. “ Nous avons perdu un collègue ! Je demande une minute de silence ! Çà pouvait être vous, çà pouvait être moi. Est-ce que nous pouvons observer une minute de silence ? ”, crie-t-elle. Cette attitude lui attire les foudres de certains députés Rdpc qui lui rappellent que ce ne sont pas ses prérogatives, puisqu’elle n’est pas Pan. Cavaye Yéguié lui fait le même rappel. Un parlementaire enfonce le clou : “ La Loi fondamentale ne dit rien sur la vie des députés encore moins sur leur mort ”.
Après ce piteux spectacle, le Pan annonce que l’ordre du jour est épuisé. Avant de lever la séance, Cavaye affirme que le projet de loi portant modification de la constitution de 1996 a été déposé à l’Assemblée nationale. Pourtant quelques minutes avant, il avait affirmé le contraire. Dans quel intérêt le Pan voulait-il cacher un secret de polichinelle ?
Par Christian LANG

