Isidore Modjo, réalisateur du film “ Emaurodes ”
Ce sera certainement le film de la rentrée. Le 5 septembre prochain va sortir dans les quelques salles de cinéma que compte encore le Cameroun, le film “ Emaurodes ”. Réalisé par Isidore Modjo un artiste qu’on connaissait jusque la comme musicien et propriétaire du studio d’enregistrement audio visuel Karel, basé dans la banlieue de la capitale camerounaise. Ce passionné de culture qui rêve toujours d’aller plus loin dans toutes les formes des arts a bien voulu parler de son film avant l’avant première prévue au début du mois prochain au Cinéma théâtre Abbia, avant les étapes de Douala, Bafoussam et Garoua. –
“ Le cinéma camerounais doit exister ”
C’est qui exactement l’histoire de votre film que vous avez bien voulu appeler “ Emaurodes ” ?
Ce film est né d’un souci majeur, à savoir celui de faire vivre le cinéma camerounais. Il ne s’agit pas de le faire vivre pour la forme. Mais mettre à la disposition des cinéphiles camerounais une œuvre de qualité. Et je pense que le cinéma camerounais doit absolument exister. Il faut arrêter de subir et de consommer toujours ce qui vient ailleurs. Cela dit, je pense que le cinéma est le témoin d’une époque. Nous tous connaissons l’histoire du Far West américain par exemple grâce aux westerns et leur cinéma. Je me suis donc dit que la période que nous vivons maintenant doit avoir des traces. Le film traite du problème de la feymania qui a pignon sur rue chez nous et qui est une réalité implacable et dont beaucoup de Camerounais sont victimes. Ce film vient donc traiter de ce sujet relatif aux escrocs en col blanc qui existent au Cameroun pour que les gens comprennent ce que c’est, comment la feymania se déroule et pour éviter d’en être victimes.
Il s’agit là de votre premier long-métrage fiction. Comment s’est déroule le tournage ?
Etant donné que nous avons un studio de production audiovisuelle bien connu, avec un matériel technique et les infrastructures, les choses étaient un peu plus aisées. Maintenant cela ne veut pas dire que tout était facile pour faire un film. En tout cas sur le plan de la matière grise il y en a assez au Cameroun. Je suis habitué à tourner pour les entreprises. Sur le plan du casting, il n’y a pas eu de problème non plus. Nous avons choisi les comédiens et comédiennes qui correspondent aux profils que nous nous sommes donnés, à travers les différents personnages. Maintenant sur le plan du financement ce sont nos fonds propres. L’histoire qui est relatée dans le film, je l’ai personnellement vécue. Il n’avait donc pas de prix pour que je puisse le porter à l’écran. Nous avons fait un travail de professionnel, et je pense que dans la vie il faut toujours éviter de toujours avoir une attitude de mendicité. Cela veut dire qu’il faut montrer qu’on peut se produire. Et c’est après que les autres apports peuvent venir.
Mais tout de même, un film de qualité comme vous dites coûte cher.
Mais qu’est ce qui coûte cher dans un film ? A mon humble avis ce sont les cachets divers et la post-production. Je travaille sur ce film avec mon équipe depuis un an. Imaginez les coûts de location d’un studio, de montage professionnel pendant 6 mois. Ensuite il y a la communication, car il faut vendre le film. Je voudrais saluer ici l’apport de la télévision nationale qui est d’ailleurs partenaire de ce film. Etant donné que nous voulons continuer à produire de manière permanente, je voudrais dire ici à ceux qui ont de bons scénarios sur la vie de tous les jours des Camerounais de nous approcher. Notre objectif est de faire vivre le cinéma de société au Cameroun. Mais attention il faut se dire que c’est facile. Les gens doivent savoir que de la bonne histoire au scénario il y a tout un travail. Du bon scénario au découpage technique, il y a un autre boulot. Ceci jusqu’à la fin du film. Oui je suis d’accord qu’un bon film et de qualité coûte cher. En tout cas cela nous fait plaisir de pouvoir faire vivre le cinéma au-delà du coût.

