La police agresse un taximan
Abus de pouvoir
Le chauffeur du taxi immatriculé CE 287 AN, portière 3566, gardera longtemps en mémoire la bastonnade qu’il a reçue des policiers. Ces derniers, éléments du 14ème arrondissement de la ville de Yaoundé à Ekounou, s’en sont pris à un taximan à Ekounou au lieu-dit Nkoayos, dimanche 11 mai autour de 22 heures. Ils ont en effet donné des coups de poings et de rangers parce que le taximan aurait tenu des propos malveillants à l’encontre d’un officier à la tête de la patrouille. Une voie de contournement lui aurait été indiquée face à une autre voiture en panne et qui obstruait le passage. Le taximan en détention aurait alors lancé : « Que faites-vous en route ? » sur un ton irrévérencieux. Une offense que les hommes en tenue n’auraient pas approuvée. Le « contrevenant » a été par conséquent sorti de sa voiture, menotté et conduit « à la base pour être entendu», ainsi que l’avisait un élément de la patrouille.
Sur le lieu de la scène, un attroupement s’est formé autour d’un homme au crâne rasé assis à même le sol, menottes aux poings et mains jointes, tenant sa carte nationale d’identité. Devant lui, un officier de police s’adressant à lui dans un ton menaçant : « Tu m’engueules ? Tu m’engueules ? », répète-t-il au captif. « Tu es qui ? », rajoute un autre en accompagnant ses propos de coups de pieds et de poings. « Appelle alors Oyono que tu disais là [sic]. Appelle ton ministre ! D’ailleurs, c’est nous qui les entendons », ajoute un troisième, furieux et dans le regret d’appartenir à un corps pour lequel on n’a aujourd’hui que mépris : « Vraiment si je naissais encore, je ne ferais pas le concours de la police. Lorsqu’on est policier aujourd’hui, c’est n’importe qui se permet de dire n’importe quoi… ». Il passe sans transition du français au bulu. S’adressant au taximan, un badaud conseille: « Mon frère, quand tu vois un homme en tenue, il ne faut pas t’amuser. Même si c’est un sans galon. L’homme en tenue veut le respect ».
Et à sa suite, un autre policier renchérit : « Mon ami, sache que la police d’aujourd’hui n’est plus comme celle d’avant. On a rajeuni la police. Là où tu me vois, je compte d’abord sur moi-même avant de penser à mon derrière. On est prêt à tout. Quand je travaille, je n’ai peur de rien ». Son camarade acquiesce : « Je n’ai peur de rien. Je ne crains personne. Je ne crains que Dieu. Tu peux me faire quoi ? », finit-il, l’antenne de son téléphone tendue vers le taximan encore assis par terre.
Un nommé Essomba, taximan lui aussi s’étant retrouvé sur les lieux, supplie un policier en bulu de cesser de donner des coups. Essomba prend place au volant du taxi et démarre en dépit de l’ordre du chauffeur titulaire de garer sa voiture. La voiture tourne et revient quelques instants après stationner de l’autre côté de la rue. Un policier donne l’ordre au captif de traverser la route pour monter à bord. Il prend place sur le banc arrière du véhicule flanqué de deux policiers. Un troisième se met à côté du chauffeur. Le taxi se dirige vers le commissariat situé à environ cinq cents mètres de là. Voyant le véhicule s’en aller, la foule, impuissante devant l’agression policière sur le taximan, crie de douleur. « Et on nous chante tous les jours que le Cameroun est un pays des Droits de l’Homme et des Libertés… Pauvre pays », entend-on.
Par Célestin OBAMA (Stagiaire)

