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Maîtrise nationale ? Vous rêvez !

C’est idiot, ou mauvaise langue de le dire, mais, pour que les Camerounais puissent aujourd’hui avoir la maîtrise nationale de leur économie, il faut que le pouvoir gouvernant du pays cesse d’être virtuel (quand on en a besoin), ou de servir simplement de mangeoire à une poignée d’apatrides anti-patriotes. C’est-à-dire des gens qui, s’étant emparé du pouvoir par la magie du décret, ou la corruption électorale, non seulement ne se sentent plus aucune obligation patriotique – ils sont citoyens du monde et agents de la mondialisation – mais, mettent un point d’honneur à détruire tous ceux et tout ce qui contribueraient à l’affirmation d’une “ nation camerounaise forte, unie et prospère ” comme on disait jadis.
Même au plus fort de la mondialisation de l’ultralibéralisme qui tend à dévorer les Etats, nous avons des exemples, ne serait-ce qu’européens, que le pouvoir compris comme un mandat de service public, sert à défendre d’abord, et parfois exclusivement, les intérêts des peuples qui les génèrent, ou le confèrent.
Pour rester à l’exemple français, on l’a vu avec Mitterrand (défenseur de “ l’exception française ”), avec Jacques Chirac, et mieux encore avec Sarkozy, que l’Etat et le pouvoir français sont, économiquement parlant, farouchement au service de la France et des Français. Le président français est tout aussi prêt à défendre bec et ongles l’Airbus contre Boeing, Air France contre la Panam, qu’à hisser le vin français au premier des vins du monde, ou à promouvoir l’union des pays méditerranéens, pour le prestige et la richesse de la France.
Que M. Biya n’ait énoncé quelque ambition de ce genre pour l’Afrique en 25 ans de pouvoir n’est pas forcément une preuve de médiocre imagination. Mais, que le Cameroun ait perdu autant d’acquis socioéconomiques nationaux, manqué autant d’occasions d’affirmer sa présence et ses ambitions continentales, voire ses prétentions mondiales, cela frise, au choix, le mépris ou le désintérêt de son pays, l’incompétence politique, ou une méprise déplorable sur la signification civique du pouvoir. Quelques universitaires de ce pays parlent, eux, d’un “ déficit de vision ”.

Pour qui roule le gouvernement ?
La question pourrait être celle-ci : pendant que le gouvernement français roule pour la France, y compris en terre camerounaise, pendant que le gouvernement des Etats-Unis défend les intérêts de l’Amérique dans le monde entier, y compris par la force souvent, etc., pour qui roule le gouvernement camerounais qui continue de s’accrocher aux basques du Fmi, malgré tout le mal que celui-ci a fait à ce pays ? Autrement dit, pourquoi le gouvernement camerounais ne peut-il pas dire et montrer à la communauté internationale, à ceux de nos partenaires qui nous couvent de leur paternalisme “ charitable ”, et aux héritiers des Négriers qui continuent de piller nos richesses, qu’il y a au Cameroun, des capacités endogènes suffisantes pour réaliser son potentiel de développement ? Mais surtout, pourquoi ce gouvernement n’use-t-il pas de son pouvoir régalien pour offrir à ces capacités endogènes les opportunités de se révéler ? Les conditions de la juste concurrence à égalité du savoir-faire par exemple.
Pourquoi l’existence du gouvernement camerounais, j’allais dire l’Etat camerounais, s’il existait toujours, n’est-elle perceptible que dans la répression des libertés citoyennes, comme si sa mission était d’attacher les bras du peuple camerounais dans le dos pour mieux l’exposer aux gifles des étrangers ?

Peuvent-il nationaliser ?
Lors de la dernière session parlementaire, on a entendu un député qui fut pendant 21 ans Pca de Cimencam, accuser le gouvernement d’avoir bradé à Lafarge (Société française), cette entreprise qui a remplacé le monopole de l’Etat par un monopole privé, qui importe aujourd’hui un ciment fabriqué par son propre groupe dans un autre pays, et choisit localement ses distributeurs (bien qu’on soit en régime libéral), sans pour autant enrayer la pénurie. Adama Modi avait alors prévenu le gouvernement de ce qui arriverait, dit-il, sans être entendu. Lui, Camerounais qui était à la tête de la maison, voyait la menace sur les intérêts du Cameroun. Ses tuteurs du gouvernement qui sont de nationalité transitoire, ne voyaient que les grosses enveloppes qui caressaient leurs genoux sous la table, et dont le contenu leur permettraient de s’installer dans les pays de leur choix quand ils auront fini de ruiner le Cameroun.
Adama Modi exige aujourd’hui que le gouvernement nationalise la Cimencam. Et pendant qu’il le dit, il est censuré à la télévision pour que les Camerounais ne l’entendent pas dire la vérité. Cette exigence est d’autant plus fondée que l’entreprise n’aurait pas dû être privatisée, et que “ le service de qualité ” n’est pas aujourd’hui le résultat avéré. Ce retour en arrière, fût-il profitable, est malheureusement impossible pour deux raisons, entre autres. Le gouvernement camerounais s’avère incapable de désobéir au Fmi qui a mené cette désorganisation de l’économie camerounaise et qui y tient. Si vous en doutez, référez-vous aux journaux essentiels du Cameroun qui ont bénéficié chacun cette semaine d’une page de publicité célébrant les bonnes relations Fmi-Cameroun et leur prolongation jusqu’en 2008.
La deuxième raison de cette impossibilité, c’est que pour nationaliser, il faudrait, en plus de la valeur financière du jour de l’entreprise, rembourser aussi les milliards Cfa que les dirigeants de la Sni ont à l’époque encaissés sous la table … et qui avaient déjà empêché le Premier ministre Peter Mafany Mussonge de remettre l’opération en cause.
La nationalisation d’une entreprise comme Cimencam, la révision des concessions comme celles qui permettent au groupe Bolloré de contrôler tout le trafic maritime (marchandises, logistique terrestre, plates-formes portuaires) et ferroviaire du pays, ou même la simple application des lois sociales aux sociétés pétrolières, bananières ou forestières… suppose un courage politique que seul un gouvernement de patriotes intégrés peut avoir.
On sait ce qu’il en est du gouvernement actuel dont la plupart de membres sont officiellement suspectés d’indélicatesse avec la gestion du patrimoine national, sans que personne ne songe à démissionner. Et la maîtrise nationale de notre économie qui est l’impératif du moment s’en trouve handicapée par un préalable plus impératif encore : l’alternance du pouvoir sans laquelle on continuera de reculer à force de ne pas avancer. 

Par Jean Baptiste SIPA
Le 11-07-2008

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Maîtrise nationale ? Vous rêvez !

C’est idiot, ou mauvaise langue de le dire, mais, pour que les Camerounais puissent aujourd’hui avoir la maîtrise nationale de leur économie, il faut que le pouvoir gouvernant du pays cesse d’être virtuel (quand on en a besoin), ou de servir simplement de mangeoire à une poignée d’apatrides anti-patriotes. C’est-à-dire des gens qui, s’étant emparé du pouvoir par la magie du décret, ou la corruption électorale, non seulement ne se sentent plus aucune obligation patriotique – ils sont citoyens du monde et agents de la mondialisation – mais, mettent un point d’honneur à détruire tous ceux et tout ce qui contribueraient à l’affirmation d’une “ nation camerounaise forte, unie et prospère ” comme on disait jadis.
Même au plus fort de la mondialisation de l’ultralibéralisme qui tend à dévorer les Etats, nous avons des exemples, ne serait-ce qu’européens, que le pouvoir compris comme un mandat de service public, sert à défendre d’abord, et parfois exclusivement, les intérêts des peuples qui les génèrent, ou le confèrent.
Pour rester à l’exemple français, on l’a vu avec Mitterrand (défenseur de “ l’exception française ”), avec Jacques Chirac, et mieux encore avec Sarkozy, que l’Etat et le pouvoir français sont, économiquement parlant, farouchement au service de la France et des Français. Le président français est tout aussi prêt à défendre bec et ongles l’Airbus contre Boeing, Air France contre la Panam, qu’à hisser le vin français au premier des vins du monde, ou à promouvoir l’union des pays méditerranéens, pour le prestige et la richesse de la France.
Que M. Biya n’ait énoncé quelque ambition de ce genre pour l’Afrique en 25 ans de pouvoir n’est pas forcément une preuve de médiocre imagination. Mais, que le Cameroun ait perdu autant d’acquis socioéconomiques nationaux, manqué autant d’occasions d’affirmer sa présence et ses ambitions continentales, voire ses prétentions mondiales, cela frise, au choix, le mépris ou le désintérêt de son pays, l’incompétence politique, ou une méprise déplorable sur la signification civique du pouvoir. Quelques universitaires de ce pays parlent, eux, d’un “ déficit de vision ”.

Pour qui roule le gouvernement ?
La question pourrait être celle-ci : pendant que le gouvernement français roule pour la France, y compris en terre camerounaise, pendant que le gouvernement des Etats-Unis défend les intérêts de l’Amérique dans le monde entier, y compris par la force souvent, etc., pour qui roule le gouvernement camerounais qui continue de s’accrocher aux basques du Fmi, malgré tout le mal que celui-ci a fait à ce pays ? Autrement dit, pourquoi le gouvernement camerounais ne peut-il pas dire et montrer à la communauté internationale, à ceux de nos partenaires qui nous couvent de leur paternalisme “ charitable ”, et aux héritiers des Négriers qui continuent de piller nos richesses, qu’il y a au Cameroun, des capacités endogènes suffisantes pour réaliser son potentiel de développement ? Mais surtout, pourquoi ce gouvernement n’use-t-il pas de son pouvoir régalien pour offrir à ces capacités endogènes les opportunités de se révéler ? Les conditions de la juste concurrence à égalité du savoir-faire par exemple.
Pourquoi l’existence du gouvernement camerounais, j’allais dire l’Etat camerounais, s’il existait toujours, n’est-elle perceptible que dans la répression des libertés citoyennes, comme si sa mission était d’attacher les bras du peuple camerounais dans le dos pour mieux l’exposer aux gifles des étrangers ?

Peuvent-il nationaliser ?
Lors de la dernière session parlementaire, on a entendu un député qui fut pendant 21 ans Pca de Cimencam, accuser le gouvernement d’avoir bradé à Lafarge (Société française), cette entreprise qui a remplacé le monopole de l’Etat par un monopole privé, qui importe aujourd’hui un ciment fabriqué par son propre groupe dans un autre pays, et choisit localement ses distributeurs (bien qu’on soit en régime libéral), sans pour autant enrayer la pénurie. Adama Modi avait alors prévenu le gouvernement de ce qui arriverait, dit-il, sans être entendu. Lui, Camerounais qui était à la tête de la maison, voyait la menace sur les intérêts du Cameroun. Ses tuteurs du gouvernement qui sont de nationalité transitoire, ne voyaient que les grosses enveloppes qui caressaient leurs genoux sous la table, et dont le contenu leur permettraient de s’installer dans les pays de leur choix quand ils auront fini de ruiner le Cameroun.
Adama Modi exige aujourd’hui que le gouvernement nationalise la Cimencam. Et pendant qu’il le dit, il est censuré à la télévision pour que les Camerounais ne l’entendent pas dire la vérité. Cette exigence est d’autant plus fondée que l’entreprise n’aurait pas dû être privatisée, et que “ le service de qualité ” n’est pas aujourd’hui le résultat avéré. Ce retour en arrière, fût-il profitable, est malheureusement impossible pour deux raisons, entre autres. Le gouvernement camerounais s’avère incapable de désobéir au Fmi qui a mené cette désorganisation de l’économie camerounaise et qui y tient. Si vous en doutez, référez-vous aux journaux essentiels du Cameroun qui ont bénéficié chacun cette semaine d’une page de publicité célébrant les bonnes relations Fmi-Cameroun et leur prolongation jusqu’en 2008.
La deuxième raison de cette impossibilité, c’est que pour nationaliser, il faudrait, en plus de la valeur financière du jour de l’entreprise, rembourser aussi les milliards Cfa que les dirigeants de la Sni ont à l’époque encaissés sous la table … et qui avaient déjà empêché le Premier ministre Peter Mafany Mussonge de remettre l’opération en cause.
La nationalisation d’une entreprise comme Cimencam, la révision des concessions comme celles qui permettent au groupe Bolloré de contrôler tout le trafic maritime (marchandises, logistique terrestre, plates-formes portuaires) et ferroviaire du pays, ou même la simple application des lois sociales aux sociétés pétrolières, bananières ou forestières… suppose un courage politique que seul un gouvernement de patriotes intégrés peut avoir.
On sait ce qu’il en est du gouvernement actuel dont la plupart de membres sont officiellement suspectés d’indélicatesse avec la gestion du patrimoine national, sans que personne ne songe à démissionner. Et la maîtrise nationale de notre économie qui est l’impératif du moment s’en trouve handicapée par un préalable plus impératif encore : l’alternance du pouvoir sans laquelle on continuera de reculer à force de ne pas avancer. 

Par Jean Baptiste SIPA
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C’est idiot, ou mauvaise langue de le dire, mais, pour que les Camerounais puissent aujourd’hui avoir la maîtrise nationale de leur économie, il faut que le pouvoir gouvernant du pays cesse d’être virtuel (quand on en a besoin), ou de servir simplement de mangeoire à une poignée d’apatrides anti-patriotes. C’est-à-dire des gens qui, s’étant emparé du pouvoir par la magie du décret, ou la corruption électorale, non seulement ne se sentent plus aucune obligation patriotique – ils sont citoyens du monde et agents de la mondialisation – mais, mettent un point d’honneur à détruire tous ceux et tout ce qui contribueraient à l’affirmation d’une “ nation camerounaise forte, unie et prospère ” comme on disait jadis.
Même au plus fort de la mondialisation de l’ultralibéralisme qui tend à dévorer les Etats, nous avons des exemples, ne serait-ce qu’européens, que le pouvoir compris comme un mandat de service public, sert à défendre d’abord, et parfois exclusivement, les intérêts des peuples qui les génèrent, ou le confèrent.
Pour rester à l’exemple français, on l’a vu avec Mitterrand (défenseur de “ l’exception française ”), avec Jacques Chirac, et mieux encore avec Sarkozy, que l’Etat et le pouvoir français sont, économiquement parlant, farouchement au service de la France et des Français. Le président français est tout aussi prêt à défendre bec et ongles l’Airbus contre Boeing, Air France contre la Panam, qu’à hisser le vin français au premier des vins du monde, ou à promouvoir l’union des pays méditerranéens, pour le prestige et la richesse de la France.
Que M. Biya n’ait énoncé quelque ambition de ce genre pour l’Afrique en 25 ans de pouvoir n’est pas forcément une preuve de médiocre imagination. Mais, que le Cameroun ait perdu autant d’acquis socioéconomiques nationaux, manqué autant d’occasions d’affirmer sa présence et ses ambitions continentales, voire ses prétentions mondiales, cela frise, au choix, le mépris ou le désintérêt de son pays, l’incompétence politique, ou une méprise déplorable sur la signification civique du pouvoir. Quelques universitaires de ce pays parlent, eux, d’un “ déficit de vision ”.

Pour qui roule le gouvernement ?
La question pourrait être celle-ci : pendant que le gouvernement français roule pour la France, y compris en terre camerounaise, pendant que le gouvernement des Etats-Unis défend les intérêts de l’Amérique dans le monde entier, y compris par la force souvent, etc., pour qui roule le gouvernement camerounais qui continue de s’accrocher aux basques du Fmi, malgré tout le mal que celui-ci a fait à ce pays ? Autrement dit, pourquoi le gouvernement camerounais ne peut-il pas dire et montrer à la communauté internationale, à ceux de nos partenaires qui nous couvent de leur paternalisme “ charitable ”, et aux héritiers des Négriers qui continuent de piller nos richesses, qu’il y a au Cameroun, des capacités endogènes suffisantes pour réaliser son potentiel de développement ? Mais surtout, pourquoi ce gouvernement n’use-t-il pas de son pouvoir régalien pour offrir à ces capacités endogènes les opportunités de se révéler ? Les conditions de la juste concurrence à égalité du savoir-faire par exemple.
Pourquoi l’existence du gouvernement camerounais, j’allais dire l’Etat camerounais, s’il existait toujours, n’est-elle perceptible que dans la répression des libertés citoyennes, comme si sa mission était d’attacher les bras du peuple camerounais dans le dos pour mieux l’exposer aux gifles des étrangers ?

Peuvent-il nationaliser ?
Lors de la dernière session parlementaire, on a entendu un député qui fut pendant 21 ans Pca de Cimencam, accuser le gouvernement d’avoir bradé à Lafarge (Société française), cette entreprise qui a remplacé le monopole de l’Etat par un monopole privé, qui importe aujourd’hui un ciment fabriqué par son propre groupe dans un autre pays, et choisit localement ses distributeurs (bien qu’on soit en régime libéral), sans pour autant enrayer la pénurie. Adama Modi avait alors prévenu le gouvernement de ce qui arriverait, dit-il, sans être entendu. Lui, Camerounais qui était à la tête de la maison, voyait la menace sur les intérêts du Cameroun. Ses tuteurs du gouvernement qui sont de nationalité transitoire, ne voyaient que les grosses enveloppes qui caressaient leurs genoux sous la table, et dont le contenu leur permettraient de s’installer dans les pays de leur choix quand ils auront fini de ruiner le Cameroun.
Adama Modi exige aujourd’hui que le gouvernement nationalise la Cimencam. Et pendant qu’il le dit, il est censuré à la télévision pour que les Camerounais ne l’entendent pas dire la vérité. Cette exigence est d’autant plus fondée que l’entreprise n’aurait pas dû être privatisée, et que “ le service de qualité ” n’est pas aujourd’hui le résultat avéré. Ce retour en arrière, fût-il profitable, est malheureusement impossible pour deux raisons, entre autres. Le gouvernement camerounais s’avère incapable de désobéir au Fmi qui a mené cette désorganisation de l’économie camerounaise et qui y tient. Si vous en doutez, référez-vous aux journaux essentiels du Cameroun qui ont bénéficié chacun cette semaine d’une page de publicité célébrant les bonnes relations Fmi-Cameroun et leur prolongation jusqu’en 2008.
La deuxième raison de cette impossibilité, c’est que pour nationaliser, il faudrait, en plus de la valeur financière du jour de l’entreprise, rembourser aussi les milliards Cfa que les dirigeants de la Sni ont à l’époque encaissés sous la table … et qui avaient déjà empêché le Premier ministre Peter Mafany Mussonge de remettre l’opération en cause.
La nationalisation d’une entreprise comme Cimencam, la révision des concessions comme celles qui permettent au groupe Bolloré de contrôler tout le trafic maritime (marchandises, logistique terrestre, plates-formes portuaires) et ferroviaire du pays, ou même la simple application des lois sociales aux sociétés pétrolières, bananières ou forestières… suppose un courage politique que seul un gouvernement de patriotes intégrés peut avoir.
On sait ce qu’il en est du gouvernement actuel dont la plupart de membres sont officiellement suspectés d’indélicatesse avec la gestion du patrimoine national, sans que personne ne songe à démissionner. Et la maîtrise nationale de notre économie qui est l’impératif du moment s’en trouve handicapée par un préalable plus impératif encore : l’alternance du pouvoir sans laquelle on continuera de reculer à force de ne pas avancer. 

Par Jean Baptiste SIPA
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Maîtrise nationale ? Vous rêvez !

C’est idiot, ou mauvaise langue de le dire, mais, pour que les Camerounais puissent aujourd’hui avoir la maîtrise nationale de leur économie, il faut que le pouvoir gouvernant du pays cesse d’être virtuel (quand on en a besoin), ou de servir simplement de mangeoire à une poignée d’apatrides anti-patriotes. C’est-à-dire des gens qui, s’étant emparé du pouvoir par la magie du décret, ou la corruption électorale, non seulement ne se sentent plus aucune obligation patriotique – ils sont citoyens du monde et agents de la mondialisation – mais, mettent un point d’honneur à détruire tous ceux et tout ce qui contribueraient à l’affirmation d’une “ nation camerounaise forte, unie et prospère ” comme on disait jadis.
Même au plus fort de la mondialisation de l’ultralibéralisme qui tend à dévorer les Etats, nous avons des exemples, ne serait-ce qu’européens, que le pouvoir compris comme un mandat de service public, sert à défendre d’abord, et parfois exclusivement, les intérêts des peuples qui les génèrent, ou le confèrent.
Pour rester à l’exemple français, on l’a vu avec Mitterrand (défenseur de “ l’exception française ”), avec Jacques Chirac, et mieux encore avec Sarkozy, que l’Etat et le pouvoir français sont, économiquement parlant, farouchement au service de la France et des Français. Le président français est tout aussi prêt à défendre bec et ongles l’Airbus contre Boeing, Air France contre la Panam, qu’à hisser le vin français au premier des vins du monde, ou à promouvoir l’union des pays méditerranéens, pour le prestige et la richesse de la France.
Que M. Biya n’ait énoncé quelque ambition de ce genre pour l’Afrique en 25 ans de pouvoir n’est pas forcément une preuve de médiocre imagination. Mais, que le Cameroun ait perdu autant d’acquis socioéconomiques nationaux, manqué autant d’occasions d’affirmer sa présence et ses ambitions continentales, voire ses prétentions mondiales, cela frise, au choix, le mépris ou le désintérêt de son pays, l’incompétence politique, ou une méprise déplorable sur la signification civique du pouvoir. Quelques universitaires de ce pays parlent, eux, d’un “ déficit de vision ”.

Pour qui roule le gouvernement ?
La question pourrait être celle-ci : pendant que le gouvernement français roule pour la France, y compris en terre camerounaise, pendant que le gouvernement des Etats-Unis défend les intérêts de l’Amérique dans le monde entier, y compris par la force souvent, etc., pour qui roule le gouvernement camerounais qui continue de s’accrocher aux basques du Fmi, malgré tout le mal que celui-ci a fait à ce pays ? Autrement dit, pourquoi le gouvernement camerounais ne peut-il pas dire et montrer à la communauté internationale, à ceux de nos partenaires qui nous couvent de leur paternalisme “ charitable ”, et aux héritiers des Négriers qui continuent de piller nos richesses, qu’il y a au Cameroun, des capacités endogènes suffisantes pour réaliser son potentiel de développement ? Mais surtout, pourquoi ce gouvernement n’use-t-il pas de son pouvoir régalien pour offrir à ces capacités endogènes les opportunités de se révéler ? Les conditions de la juste concurrence à égalité du savoir-faire par exemple.
Pourquoi l’existence du gouvernement camerounais, j’allais dire l’Etat camerounais, s’il existait toujours, n’est-elle perceptible que dans la répression des libertés citoyennes, comme si sa mission était d’attacher les bras du peuple camerounais dans le dos pour mieux l’exposer aux gifles des étrangers ?

Peuvent-il nationaliser ?
Lors de la dernière session parlementaire, on a entendu un député qui fut pendant 21 ans Pca de Cimencam, accuser le gouvernement d’avoir bradé à Lafarge (Société française), cette entreprise qui a remplacé le monopole de l’Etat par un monopole privé, qui importe aujourd’hui un ciment fabriqué par son propre groupe dans un autre pays, et choisit localement ses distributeurs (bien qu’on soit en régime libéral), sans pour autant enrayer la pénurie. Adama Modi avait alors prévenu le gouvernement de ce qui arriverait, dit-il, sans être entendu. Lui, Camerounais qui était à la tête de la maison, voyait la menace sur les intérêts du Cameroun. Ses tuteurs du gouvernement qui sont de nationalité transitoire, ne voyaient que les grosses enveloppes qui caressaient leurs genoux sous la table, et dont le contenu leur permettraient de s’installer dans les pays de leur choix quand ils auront fini de ruiner le Cameroun.
Adama Modi exige aujourd’hui que le gouvernement nationalise la Cimencam. Et pendant qu’il le dit, il est censuré à la télévision pour que les Camerounais ne l’entendent pas dire la vérité. Cette exigence est d’autant plus fondée que l’entreprise n’aurait pas dû être privatisée, et que “ le service de qualité ” n’est pas aujourd’hui le résultat avéré. Ce retour en arrière, fût-il profitable, est malheureusement impossible pour deux raisons, entre autres. Le gouvernement camerounais s’avère incapable de désobéir au Fmi qui a mené cette désorganisation de l’économie camerounaise et qui y tient. Si vous en doutez, référez-vous aux journaux essentiels du Cameroun qui ont bénéficié chacun cette semaine d’une page de publicité célébrant les bonnes relations Fmi-Cameroun et leur prolongation jusqu’en 2008.
La deuxième raison de cette impossibilité, c’est que pour nationaliser, il faudrait, en plus de la valeur financière du jour de l’entreprise, rembourser aussi les milliards Cfa que les dirigeants de la Sni ont à l’époque encaissés sous la table … et qui avaient déjà empêché le Premier ministre Peter Mafany Mussonge de remettre l’opération en cause.
La nationalisation d’une entreprise comme Cimencam, la révision des concessions comme celles qui permettent au groupe Bolloré de contrôler tout le trafic maritime (marchandises, logistique terrestre, plates-formes portuaires) et ferroviaire du pays, ou même la simple application des lois sociales aux sociétés pétrolières, bananières ou forestières… suppose un courage politique que seul un gouvernement de patriotes intégrés peut avoir.
On sait ce qu’il en est du gouvernement actuel dont la plupart de membres sont officiellement suspectés d’indélicatesse avec la gestion du patrimoine national, sans que personne ne songe à démissionner. Et la maîtrise nationale de notre économie qui est l’impératif du moment s’en trouve handicapée par un préalable plus impératif encore : l’alternance du pouvoir sans laquelle on continuera de reculer à force de ne pas avancer. 

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Martin Ambara : «Le théâtre sollicite plusieurs sens »

Martin Ambara, metteur en scène de « L’épique des héroïques ».

Propos recueillis par Alain TCHAKOUNTE –

D’où vous est venue l’idée de créer la pièce « L’épique des Héroïques » ?

L’idée m’est venue d’une ambition personnelle. J’avais envie de me confronter à la plus grande épopée du monde, le Mahabarata, une épopée indienne, en tant que homme de théâtre et metteur en scène. On les appelle les textes fondateurs, sur lesquels les écrivains se sont accrochés pour faire de la littérature, des romans, de la poésie, etc. Mais après, un événement est survenu, à savoir l’envahissement de l’Irak, et il y a eu un discours tenu par un chef d’Etat, qui disait que c’était la lutte entre les ténèbres et la lumière. Cette espèce de dualité m’a marqué. Cela m’a poussé à réinterroger tous les mythes, à savoir le Mvet Ekang, la mythologie grecque. Et je me suis rendu compte que dans tous ces mythes, il y a la dualité homme-femme, jour-nuit, un-deux, dieu-démon, qui se traduit dans la langue fang Beti « Ekang ekok », les immortels et les mortels. M’en rendant compte, j’ai décidé de faire une convergence de toutes les trois histoires et épopées. Parce que le monde d’aujourd’hui est globalisé, c’est pour cela qu’il fallait reprendre les récits fondateurs, que j’ai croisés. Et ce croisement a donné « L’épique des héroïques ».

Cette pièce est assez vivante, avec beaucoup de chansons et de danse. Pourquoi cette option scénographique?

On dit souvent que mes pièces sont très cérébrales, qu’elles donnent trop à réfléchir et interpellent l’intellect. Je dis régulièrement que le théâtre n’est pas d’abord une absorption théâtrale. Je fais exprès d’écrire très dur. Parce qu’il y a une faculté affective. Le théâtre appelle à plusieurs sens, à l’émoi, à des choses qui font que, si on ne se fie qu’à son intelligence, on rate le côté sensuel de la chose. La musique c’est pour réveiller l’émotion. Tant pis si quelqu’un n’a pas compris quelque chose, mais toutes les musiques participent à donner la couleur d’une émotion. Quand c’est triste, on joue quelque chose de triste. Ça varie sur scène. On voyage dans ce domaine pour avoir un spectacle total. C’est la problématique de l’art en Afrique.

Qu’est-ce qui a changé depuis la dernière représentation de cette pièce l’année dernière ?

Aux premières représentations, j’ai eu des retours. Des gens de théâtre m’ont fait des remarques. On a fait des spectacles à Paris, etc., où on a eu des retours. La dernière fois, on était dans quelque chose d’assez martial. Je me suis rendu compte qu’il fallait assouplir, et qu’il y avait des choses à revoir, pour qu’on puisse mieux digérer le spectacle qui est assez long. Parce que vous savez, le Mahabarata est la plus longue épopée du monde, le Mvet Ekang a une foultitude de vers, et toute la mythologie grecque est vaste.

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