Après deux tentatives au cinéma, elle s’est remise à la réalisation du journal.
Justin Blaise Akono –

Yolande Ekoumou Samba. Un nom de femme que les Camerounais découvre derrière la réalisation des deux feuilletons diffusés sur la chaîne de télévision nationale, la Cameroon radio television (Crtv) : "le Revenant" (58 épisodes) entre 2001 et 2002 et "Ntaphil" (52 épisodes) en 2005. Une femme de poigne ? Sur les plateaux de tournage, Yolande Ekoumou Samba n’élève pas la voix plus haut que les autres, alors qu’elle est la patronne du film. "Je ne sais pas ce que je fais de particulier pour gérer les hommes. Le respect de l’autre est très important. Cela crée une relation de confiance. Une relation affectueuse, puisque les comédiens et les autres personnes engagées dans le tournage m’appellent souvent maman", raconte la réalisatrice, qui se fait beaucoup remarquer parmi les autres à travers ses lunettes bien perchées au-dessus du nez et qui ne la quittent presque jamais.
Ce n’est pas pour autant que son équipe et elle, peuvent être à l’abri de certains risques du métier. Et c’est avec humour qu’elle peut se souvenir de cette anecdote lors d’un tournage de Ntaphil : "On a été menacés à la machette parce que le terrain était querellé". Yolande Ekoumou Samba est aussi connue comme réalisatrice à travers son long métrage "L’héritage". Une fiction qu’elle produit deux fois, pour le compte de sa structure privée Alternative. "C’est par l’Héritage que j’ai commencé le cinéma en 1999. Je remastérise l’Héritage en ajoutant, pour la deuxième version, Tiga, en langue Beti qui veut dire la même chose en 2007", explique-t-elle. Mais, depuis "Ntaphil", Yolande Ekoumou Samba n’a plus réalisé de film. Elle se contente de réaliser le journal télévisé, les spectacles de théâtre ou les magazines.
Réduite au silence comme le prétendent certains? "Ne pas pouvoir faire ce que je veux à un moment ? C’est courant, pour des raisons financières ou familiales. Mais, ne pas pouvoir exprimer ce que je ressens, je n’ai pas de blocage au niveau du traitement de sujets", plaide celle qui émarge au budget de la Crtv depuis 1995 et qui refuse de croire qu’avoir un revenu mensuel fait d’elle une réalisatrice mieux lotie que les autres. "Je bénéficie du crédit de la Crtv pour avoir de la visibilité", qu’elle ne peut capitaliser que dans l’espoir de conquérir la scène nationale. "Mon ambition est de faire des films vus au Cameroun. Il y a des réalisateurs très connus dans le monde, sauf chez eux au Cameroun. Pour conquérir Hollywood, il faut en être à la mesure", avance-t-elle, humblement.
Et pourtant, Yolande Ekoumou Samba a fait ses bancs. Après un Baccalauréat G2 en 1986, elle s’envole en France grâce à une bourse de l’Etat, pour des études d’audiovisuel. Un diplôme d’études supérieures spécialisées (Dess) en management de la communication audiovisuelle, spécialité fiction en 1991 puis des stages pendant trois ans, elle revient au Cameroun. Ses relations avec d’autres femmes réalisatrices restent conviviales, selon elle. Elle porte le même défaut que tous les réalisateurs camerounais. Ils embrassent tout : réalisation, scénario, production, etc. Quant aux relations avec ses collaborateurs lors des tournages, "Yolande est la seule réalisatrice qui sait dire la vérité. Elle est intègre", pense le décorateur Saint Père Abiassi qui dit avoir travaillé avec elle. Il ajoute que : " Elle écrit des choses sérieuses. Sa faiblesse qui peut s’avérer comme une qualité est le fait qu’elle ne fait pas des actions rapides. C’est à l’image de la culture africaine faite de lenteur innée. Bien qu’ayant vécu en France, elle n’a rien perdu de l’Afrique", témoigne le décorateur.