A Bamenda Le drapeau à deux étoiles a flotté
Malgré l’important déploiement des troupes dans la ville de Bamenda depuis le 30 septembre dernier, l’adhésion des populations au plan de commémoration de la journée du 1er octobre 1961 est venue enrichir le registre de succès du Cameroun Anglophone Movement. Reportage.
Tout commence la nuit du 30 septembre aux environs de 20 heures. De partout fusent des acclamations, des cris d’allégresse et surtout des slogans et chansons hostiles à l’Etat unitaire, aux présidents Ahidjo et Biya : “ Welcome to Southern Cameroons ”, “ Goodbye la République ”, “ Bamenda chop fire ! ”. Les forces du maintien de l’ordre pourtant présentes et bien nombreuses (à la faveur du renfort venu dit-on de Yaoundé) ont curieusement observé un calme inhabituel. Les populations, pour la plupart, sont restées chez elles commémorer l’événement. Le drapeau camerounais, sur lequel deux étoiles étaient inscrites sur la couleur verte, a été hissé à city chemist, Chana Street, Bayelle, Ntabessi, Mendankwe et Nkwen. Les réjouissances se sont poursuivies jusqu’au lendemain, le 1er octobre. Journée au cours de laquelle le secrétaire général du Cameroon Anglophone Movement (Cam) M. Albert Mukong a adressé un message aux populations à Ntabissié, un quartier de la capitale provinciale du Nord-Ouest. A cette occasion, il a remercié l’assistance de l’avoir toujours soutenu dans leur lutte commune malgré les arrestations et les interpellations. M. Mukong a également demandé aux populations de “ célébrer le grand événement ” de façon pacifique pour éviter les représailles. Il a également lu le message du chairman du Cam, ambassador Martin Epie prévu pour la circonstance.
Quelques points essentiels de ce discours ont retenu notre attention : “ L’Union fédérale entre le Southern Cameroon et la République du Cameroun le 1er octobre 1961, non seulement donnait naissance à la République fédérale du Cameroun, mais plaçait le Southern Cameroon en position d’indépendance dans une fédération de deux Etats autonomes. Deux étoiles symbolisaient l’égalité entre ces deux Etats… ” “ …Ce qu’on a appelé “ Révolution pacifique ” n’a été qu’un coup d’Etat ourdi par le président Ahmadou Ahidjo contre la constitution fédérale de 1961… “ La mise sur pied de la République Unie du Cameroun – un pays avec une étoile sur le drapeau (montrant que l’Etat autonome de Southern Cameroon n’était pas pris en compte), fut la première étape de la sécession de la République du Cameroun engagée par le président Ahidjo ”. Ainsi, à en croire le Cam, en 1984 le président Biya n’aurait fait que “ compléter la sécession de la République du Cameroun de la République fédérale du Cameroun ”, désignation qui prévalait au Cameroun oriental à l’indépendance.
Au crépuscule de ce 1er octobre 1993, l’observateur peut alors se rendre à l’évidence. Les populations de Bamenda viennent de relever un défi : commémorer une date historique en laissant les forces de l’ordre sur leur soif. Personne n’a brûlé les pneus, les rues étaient désertes, les boutiques fermées. Le cocktail aux gaz lacrymogène n’a pas eu lieu. C’est vraiment qu’on aura attendu la déclaration de la sécession : la prophétie des médias d’Etat se sera avérée n’être qu’un grotesque mensonge.
Par Gentry Cornelius et Valentin S. Zinga
Par Par Gentry Cornelius et V.S.Z Le Messager n°327 du 4 octobre 1993, P.4


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