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Opération “ Epervier ” au Cameroun Les “ psy ” doivent entrer dans la danse

L’opération d’assainissement des pratiques de gestion de la fortune publique qui a cours au Cameroun sous le nom de code “ Epervier ” peut-elle, en étant confiée au seul corps judiciaire, véritablement produire les résultats attendus par le peuple, à savoir : mettre hors d’état de nuire tous les pilleurs de la république, récupérer l’argent et les biens volés, et décourager toute velléité de reproduire ces fléaux de corruption et de détournement ? Nous avons de bonnes raisons d’en douter.

Si l’opération “ Epervier ” consistait simplement à punir les détourneurs et les corrompus de la république, nous n’aurions pas de grosses craintes quant à la capacité de notre justice à atteindre cet objectif, pour peu qu’on laisse les coudées franches à ce corps. Quand on leur en donne les possibilités (morales, matérielles et financières), nos policiers savent mener et boucler des enquêtes, et nos magistrats savent prononcer les sanctions les plus lourdes à l’endroit des justiciables sans distinction de rang social ou de fonctions. Donc il suffit d’un réel courage politique (accepter l’indépendance de la Justice comme valeur républicaine) et législatif (consacrer la séparation nette des pouvoirs) dans notre pays pour que la justice mène avec succès le volet arrestations et punitions de l’opération “ Epervier ”.
Là où les choses commencent à se compliquer, c’est dans le volet restitution de la fortune publique par ceux qui l’ont pillée. Car des montages financiers tortueux et des législations financières internationales labyrinthiques permettent de dissimuler les fonds détournés dans des comptes intouchables à l’étranger. Ici, les choses ne dépendent plus uniquement de la volonté et de la dextérité de nos juges, et des exemples autour de nous montrent que c’est quasiment mission impossible que d’essayer de ramener l’argent public volé dans un pays. La seule issue susceptible d’être efficace serait donc de convaincre les pilleurs de l’argent du contribuable camerounais à ramener eux-mêmes ce qu’ils ont volé. Cela semble relever de l’utopie, surtout si on ne croit pas au repentir, à la capacité de l’être humain à s’amender, et à devenir un être social meilleur. Pourtant, l’esprit humain est un véritable laboratoire capable de produire le pire, mais aussi le meilleur, au gré de celui qui y fait les manipulations. Ainsi, certains “ hommes de Dieu ” parviennent à désintéresser leurs ouailles des biens matériels qu’ils possèdent, qu’ils remettent alors volontiers à leur “ église ”, et adoptent une nouvelle vie d’austérité.
Il est certain qu’en parlant au cœur et à la raison des êtres humains, on obtient des résultats insoupçonnés. A-t-on seulement essayé, depuis que les arrestations de “ baleines ” ont cours dans le pays, de parler à ces gens qui ont mal tourné ? Depuis le lancement de l’opération “ Epervier ”, des études ont-elles été menées pour comprendre les mécanismes qui se déroulent dans l’esprit d’une personne apparemment équilibrée, et qui subitement devient égocentrique au point de croire que le bien public lui appartient ? En clair, quelles sont les motivations réelles (mais cachées) qui conduisent des gens à priver leur propre pays de ressources pour son développement, dont ils profiteraient eux-mêmes ? L’expérience a montré qu’il est vain de penser combattre un phénomène dont on ne comprend ni les tenants, ni les aboutissants.

Des “ psy ” commis d’office
C’est donc le lieu de nous étonner que les “ psy ” camerounais soient restés si discrets depuis le début de la lutte anti-corruption dans le pays. Eux si prompts à monter au créneau en grand nombre pour expliquer les agissements de charmeurs de fous et autres revenants, toutes choses qui ne mettent pas vraiment le pays en danger. Les “ psy ” doivent intervenir pour nous expliquer si les camerounais ont en eux un gène qui les incite à l’enrichissement illicite. Ils doivent nous dire comment il se fait que des fils de pauvres qui devaient être sensibles aux problèmes de pauvreté, sont autant portés vers l’ostentation et œuvrent à l’accroissement de la fracture sociale. Il se peut que la peur de retomber dans les affres de la pauvreté qu’ils ont vécue dans leur enfance, les pousse à amasser le maximum d’argent, auquel cas nos “ psy ” devraient étudier la question du sentiment d’insécurité matérielle qui accompagne les camerounais dans leur quotidien.
En plus des avocats que leur fortune leur permet de se payer, l’Etat ne devrait-il pas commettre d’office des “ psy ” auprès des pilleurs du pays ? Des séances de psychanalyse et autre coaching peuvent contribuer à les retourner, et il n’est pas à exclure que certains ramènent volontairement ce qu’ils ont volé. En multipliant les “ séances ” avec ces individus, nos “ psy ” aboutiront peut-être à l’hypothèse selon laquelle ce ne sont que des grands malades qui s’ignorent. Franchement, qui, sauf un malade, pourrait détourner de l’argent destiné à la prise en charge de personnes vivant avec le Vih, ou des paludéens, alors même qu’il est médecin et a pour mission de combattre ces pandémies ? Des soins adaptés seraient donc prodigués, et on imagine tel détourneur de 50 milliards de Fcfa, ramener l’argent volé, et se voir infliger la corvée de suivre le chantier de construction d’un nouveau pont sur le Wouri avec une partie de cet argent (13 milliards Fcfa, disait-on). Il apprendra ainsi par la pratique, les délices de l’œuvre d’intérêt général.

Empêcher le renouvellement
de l’espèce “ pilleurs ”
C’est dans le 3ème domaine d’efficacité de l’opération “ Epervier ” que la contribution des “ psy ” est urgente et indispensable : celui de la prévention, afin que ne prospèrent d’autres pilleurs dans la république. Car, à supposer que les prévaricateurs actuels soient considérés comme des cas désespérés et irrécupérables, le Cameroun ne doit pas laisser germer d’autres individus de ce type. Malheureusement la prévention est complètement ignorée, et les nouvelles générations qui entrent dans les cercles du pouvoir reproduisent les tares des anciennes. Les organismes de lutte contre la corruption qui pullulent dans notre pays, devraient pourtant mettre un point d’honneur à la prévention, au lieu de débiter des statistiques de répression sans effets (depuis qu’on montre des poumons noirs de cancer, les fumeurs n’ont pas disparu). Elles devraient par exemple réclamer aux ministres en charge de l’éducation de la jeunesse l’introduction dans les programmes de modules de “ reformatage moral ” des esprits dans notre pays.
Des “ psy ” seraient alors sollicités pour expliquer aux jeunes générations que seul compte le bien-être pour un individu. Et ce n’est pas la matière qui leur fera défaut pour démontrer par l’exemple que l’enrichissement n’est pas une garantie de bonheur. Les “ psy ” sauront trouver les bons mots pour convaincre les jeunes générations qu’on ne peut pas bâtir un îlot de prospérité dans un océan de misère, et qu’il est donc stupide d’appauvrir les populations en pensant pouvoir être plus heureux.
Oui, il est urgent que nos “ psy ” montent en première ligne, qu’ils envahissent les studios de télé et de radios, qu’ils inondent la presse écrite pour réapprendre aux camerounais le sens de l’honneur, et réveiller de nouveau en eux le sentiment de honte qu’ils ont perdu. Afin que nous n’assistions plus à ce piteux spectacle d’adultes qui se renient carrément (en chantant béatement les louanges de leur contemporain) pour quelque poste ou quelques millions de francs Cfa, sans se soucier du regard de leur progéniture. Et qu’on ne voit plus des compatriotes s’humilier à quémander “ un petit quelque chose ” avant de fournir le service pour lequel ils sont pourtant payés.

Où sont les “ psy ” ?
Les “ psy ” doivent faire entendre leur voix pour tuer en nous cette tendance à la facilité qui semble nous coller à la peau. Avec des mots et des exemples justes, ils sauront nous édifier sur l’évidence qu’il n’y a aucune gloire à tirer de la facilité. Ainsi, les parents cesseront de payer de fortes sommes d’argent aux secrétariats d’examens pour “ acheter ” des diplômes à leurs enfants. Les jeunes filles aussi arrêteront de lorgner vers ces hommes qui ont l’âge de leurs grands parents, et qui les couvrent de bijoux de luxe et de belles voitures acquis bien souvent avec de l’argent sale. C’est aussi cette recherche de la facilité qui pousse nos frères et sœurs vers les sectes qui leur promettent monts et merveilles, moyennant la pratique d’actes déviants et avilissants.
Mais où sont donc nos “ psy ”, au moment où notre société a besoin d’être psychanalysée ? Pourquoi ne se penchent-ils pas sur ce grand malade qu’est le Cameroun aujourd’hui ? Il faut dire que nombre d’entre eux opèrent dans la fonction publique, et en bons fonctionnaires, ils sont soucieux de préserver leur carrière. Et comme il est difficile de diagnostiquer le mal moral de la société camerounaise sans égratigner ceux qui gouvernent le pays, les “ psy ” se terrent, et préfèrent expliquer des films et documentaires sur la sorcellerie à la télé. Encore que beaucoup d’entre eux aiment bien ces sujets qui correspondent à des chapitres de leurs leçons d’université, qui leur donnent l’occasion de réciter leurs cours, avec force citations du Dieu des “ psy ” qui s’appelle Freud. N’a-t-on pas souvent vu un de ces “ psy ” officiant dans un hôpital public à Douala, méconnaître la sorcellerie et d’autres réalités culturelles de notre terroir, simplement parce que les grands penseurs occidentaux ont nié ces phénomènes ? C’est dire que les “ psy ” dont notre pays a besoin doivent adapter leur savoir à notre environnement, étudier véritablement les phénomènes qui se présentent, au lieu de n’être que des caisses de résonnance de leurs enseignants occidentaux dont le mépris pour nos cultures est connu.
L’opération “ Epervier ” est un vaste chantier au sein duquel les “ psy ” peuvent trouver du grain à moudre pour montrer qu’ils sont utiles dans le réarmement moral de notre société. Sauf à vouloir absolument donner raison au papa de “ Miché ” (pas celui auquel vous pensez compte tenu de l’actualité) du sketch de Kouokam Nar6 qui demandait à son fils qui lui avouait être en train de faire des études de psychologie : “ Miché, pissychologie c’est quoi ? Est-ce que ça donne l’argent ? ”. 

Par Charles MONGUE-MOUYEME chmongue@yahoo.fr

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Opération “ Epervier ” au Cameroun Les “ psy ” doivent entrer dans la danse

L’opération d’assainissement des pratiques de gestion de la fortune publique qui a cours au Cameroun sous le nom de code “ Epervier ” peut-elle, en étant confiée au seul corps judiciaire, véritablement produire les résultats attendus par le peuple, à savoir : mettre hors d’état de nuire tous les pilleurs de la république, récupérer l’argent et les biens volés, et décourager toute velléité de reproduire ces fléaux de corruption et de détournement ? Nous avons de bonnes raisons d’en douter.

Si l’opération “ Epervier ” consistait simplement à punir les détourneurs et les corrompus de la république, nous n’aurions pas de grosses craintes quant à la capacité de notre justice à atteindre cet objectif, pour peu qu’on laisse les coudées franches à ce corps. Quand on leur en donne les possibilités (morales, matérielles et financières), nos policiers savent mener et boucler des enquêtes, et nos magistrats savent prononcer les sanctions les plus lourdes à l’endroit des justiciables sans distinction de rang social ou de fonctions. Donc il suffit d’un réel courage politique (accepter l’indépendance de la Justice comme valeur républicaine) et législatif (consacrer la séparation nette des pouvoirs) dans notre pays pour que la justice mène avec succès le volet arrestations et punitions de l’opération “ Epervier ”.
Là où les choses commencent à se compliquer, c’est dans le volet restitution de la fortune publique par ceux qui l’ont pillée. Car des montages financiers tortueux et des législations financières internationales labyrinthiques permettent de dissimuler les fonds détournés dans des comptes intouchables à l’étranger. Ici, les choses ne dépendent plus uniquement de la volonté et de la dextérité de nos juges, et des exemples autour de nous montrent que c’est quasiment mission impossible que d’essayer de ramener l’argent public volé dans un pays. La seule issue susceptible d’être efficace serait donc de convaincre les pilleurs de l’argent du contribuable camerounais à ramener eux-mêmes ce qu’ils ont volé. Cela semble relever de l’utopie, surtout si on ne croit pas au repentir, à la capacité de l’être humain à s’amender, et à devenir un être social meilleur. Pourtant, l’esprit humain est un véritable laboratoire capable de produire le pire, mais aussi le meilleur, au gré de celui qui y fait les manipulations. Ainsi, certains “ hommes de Dieu ” parviennent à désintéresser leurs ouailles des biens matériels qu’ils possèdent, qu’ils remettent alors volontiers à leur “ église ”, et adoptent une nouvelle vie d’austérité.
Il est certain qu’en parlant au cœur et à la raison des êtres humains, on obtient des résultats insoupçonnés. A-t-on seulement essayé, depuis que les arrestations de “ baleines ” ont cours dans le pays, de parler à ces gens qui ont mal tourné ? Depuis le lancement de l’opération “ Epervier ”, des études ont-elles été menées pour comprendre les mécanismes qui se déroulent dans l’esprit d’une personne apparemment équilibrée, et qui subitement devient égocentrique au point de croire que le bien public lui appartient ? En clair, quelles sont les motivations réelles (mais cachées) qui conduisent des gens à priver leur propre pays de ressources pour son développement, dont ils profiteraient eux-mêmes ? L’expérience a montré qu’il est vain de penser combattre un phénomène dont on ne comprend ni les tenants, ni les aboutissants.

Des “ psy ” commis d’office
C’est donc le lieu de nous étonner que les “ psy ” camerounais soient restés si discrets depuis le début de la lutte anti-corruption dans le pays. Eux si prompts à monter au créneau en grand nombre pour expliquer les agissements de charmeurs de fous et autres revenants, toutes choses qui ne mettent pas vraiment le pays en danger. Les “ psy ” doivent intervenir pour nous expliquer si les camerounais ont en eux un gène qui les incite à l’enrichissement illicite. Ils doivent nous dire comment il se fait que des fils de pauvres qui devaient être sensibles aux problèmes de pauvreté, sont autant portés vers l’ostentation et œuvrent à l’accroissement de la fracture sociale. Il se peut que la peur de retomber dans les affres de la pauvreté qu’ils ont vécue dans leur enfance, les pousse à amasser le maximum d’argent, auquel cas nos “ psy ” devraient étudier la question du sentiment d’insécurité matérielle qui accompagne les camerounais dans leur quotidien.
En plus des avocats que leur fortune leur permet de se payer, l’Etat ne devrait-il pas commettre d’office des “ psy ” auprès des pilleurs du pays ? Des séances de psychanalyse et autre coaching peuvent contribuer à les retourner, et il n’est pas à exclure que certains ramènent volontairement ce qu’ils ont volé. En multipliant les “ séances ” avec ces individus, nos “ psy ” aboutiront peut-être à l’hypothèse selon laquelle ce ne sont que des grands malades qui s’ignorent. Franchement, qui, sauf un malade, pourrait détourner de l’argent destiné à la prise en charge de personnes vivant avec le Vih, ou des paludéens, alors même qu’il est médecin et a pour mission de combattre ces pandémies ? Des soins adaptés seraient donc prodigués, et on imagine tel détourneur de 50 milliards de Fcfa, ramener l’argent volé, et se voir infliger la corvée de suivre le chantier de construction d’un nouveau pont sur le Wouri avec une partie de cet argent (13 milliards Fcfa, disait-on). Il apprendra ainsi par la pratique, les délices de l’œuvre d’intérêt général.

Empêcher le renouvellement
de l’espèce “ pilleurs ”
C’est dans le 3ème domaine d’efficacité de l’opération “ Epervier ” que la contribution des “ psy ” est urgente et indispensable : celui de la prévention, afin que ne prospèrent d’autres pilleurs dans la république. Car, à supposer que les prévaricateurs actuels soient considérés comme des cas désespérés et irrécupérables, le Cameroun ne doit pas laisser germer d’autres individus de ce type. Malheureusement la prévention est complètement ignorée, et les nouvelles générations qui entrent dans les cercles du pouvoir reproduisent les tares des anciennes. Les organismes de lutte contre la corruption qui pullulent dans notre pays, devraient pourtant mettre un point d’honneur à la prévention, au lieu de débiter des statistiques de répression sans effets (depuis qu’on montre des poumons noirs de cancer, les fumeurs n’ont pas disparu). Elles devraient par exemple réclamer aux ministres en charge de l’éducation de la jeunesse l’introduction dans les programmes de modules de “ reformatage moral ” des esprits dans notre pays.
Des “ psy ” seraient alors sollicités pour expliquer aux jeunes générations que seul compte le bien-être pour un individu. Et ce n’est pas la matière qui leur fera défaut pour démontrer par l’exemple que l’enrichissement n’est pas une garantie de bonheur. Les “ psy ” sauront trouver les bons mots pour convaincre les jeunes générations qu’on ne peut pas bâtir un îlot de prospérité dans un océan de misère, et qu’il est donc stupide d’appauvrir les populations en pensant pouvoir être plus heureux.
Oui, il est urgent que nos “ psy ” montent en première ligne, qu’ils envahissent les studios de télé et de radios, qu’ils inondent la presse écrite pour réapprendre aux camerounais le sens de l’honneur, et réveiller de nouveau en eux le sentiment de honte qu’ils ont perdu. Afin que nous n’assistions plus à ce piteux spectacle d’adultes qui se renient carrément (en chantant béatement les louanges de leur contemporain) pour quelque poste ou quelques millions de francs Cfa, sans se soucier du regard de leur progéniture. Et qu’on ne voit plus des compatriotes s’humilier à quémander “ un petit quelque chose ” avant de fournir le service pour lequel ils sont pourtant payés.

Où sont les “ psy ” ?
Les “ psy ” doivent faire entendre leur voix pour tuer en nous cette tendance à la facilité qui semble nous coller à la peau. Avec des mots et des exemples justes, ils sauront nous édifier sur l’évidence qu’il n’y a aucune gloire à tirer de la facilité. Ainsi, les parents cesseront de payer de fortes sommes d’argent aux secrétariats d’examens pour “ acheter ” des diplômes à leurs enfants. Les jeunes filles aussi arrêteront de lorgner vers ces hommes qui ont l’âge de leurs grands parents, et qui les couvrent de bijoux de luxe et de belles voitures acquis bien souvent avec de l’argent sale. C’est aussi cette recherche de la facilité qui pousse nos frères et sœurs vers les sectes qui leur promettent monts et merveilles, moyennant la pratique d’actes déviants et avilissants.
Mais où sont donc nos “ psy ”, au moment où notre société a besoin d’être psychanalysée ? Pourquoi ne se penchent-ils pas sur ce grand malade qu’est le Cameroun aujourd’hui ? Il faut dire que nombre d’entre eux opèrent dans la fonction publique, et en bons fonctionnaires, ils sont soucieux de préserver leur carrière. Et comme il est difficile de diagnostiquer le mal moral de la société camerounaise sans égratigner ceux qui gouvernent le pays, les “ psy ” se terrent, et préfèrent expliquer des films et documentaires sur la sorcellerie à la télé. Encore que beaucoup d’entre eux aiment bien ces sujets qui correspondent à des chapitres de leurs leçons d’université, qui leur donnent l’occasion de réciter leurs cours, avec force citations du Dieu des “ psy ” qui s’appelle Freud. N’a-t-on pas souvent vu un de ces “ psy ” officiant dans un hôpital public à Douala, méconnaître la sorcellerie et d’autres réalités culturelles de notre terroir, simplement parce que les grands penseurs occidentaux ont nié ces phénomènes ? C’est dire que les “ psy ” dont notre pays a besoin doivent adapter leur savoir à notre environnement, étudier véritablement les phénomènes qui se présentent, au lieu de n’être que des caisses de résonnance de leurs enseignants occidentaux dont le mépris pour nos cultures est connu.
L’opération “ Epervier ” est un vaste chantier au sein duquel les “ psy ” peuvent trouver du grain à moudre pour montrer qu’ils sont utiles dans le réarmement moral de notre société. Sauf à vouloir absolument donner raison au papa de “ Miché ” (pas celui auquel vous pensez compte tenu de l’actualité) du sketch de Kouokam Nar6 qui demandait à son fils qui lui avouait être en train de faire des études de psychologie : “ Miché, pissychologie c’est quoi ? Est-ce que ça donne l’argent ? ”. 

Par Charles MONGUE-MOUYEME chmongue@yahoo.fr

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Opération “ Epervier ” au Cameroun Les “ psy ” doivent entrer dans la danse

L’opération d’assainissement des pratiques de gestion de la fortune publique qui a cours au Cameroun sous le nom de code “ Epervier ” peut-elle, en étant confiée au seul corps judiciaire, véritablement produire les résultats attendus par le peuple, à savoir : mettre hors d’état de nuire tous les pilleurs de la république, récupérer l’argent et les biens volés, et décourager toute velléité de reproduire ces fléaux de corruption et de détournement ? Nous avons de bonnes raisons d’en douter.

Si l’opération “ Epervier ” consistait simplement à punir les détourneurs et les corrompus de la république, nous n’aurions pas de grosses craintes quant à la capacité de notre justice à atteindre cet objectif, pour peu qu’on laisse les coudées franches à ce corps. Quand on leur en donne les possibilités (morales, matérielles et financières), nos policiers savent mener et boucler des enquêtes, et nos magistrats savent prononcer les sanctions les plus lourdes à l’endroit des justiciables sans distinction de rang social ou de fonctions. Donc il suffit d’un réel courage politique (accepter l’indépendance de la Justice comme valeur républicaine) et législatif (consacrer la séparation nette des pouvoirs) dans notre pays pour que la justice mène avec succès le volet arrestations et punitions de l’opération “ Epervier ”.
Là où les choses commencent à se compliquer, c’est dans le volet restitution de la fortune publique par ceux qui l’ont pillée. Car des montages financiers tortueux et des législations financières internationales labyrinthiques permettent de dissimuler les fonds détournés dans des comptes intouchables à l’étranger. Ici, les choses ne dépendent plus uniquement de la volonté et de la dextérité de nos juges, et des exemples autour de nous montrent que c’est quasiment mission impossible que d’essayer de ramener l’argent public volé dans un pays. La seule issue susceptible d’être efficace serait donc de convaincre les pilleurs de l’argent du contribuable camerounais à ramener eux-mêmes ce qu’ils ont volé. Cela semble relever de l’utopie, surtout si on ne croit pas au repentir, à la capacité de l’être humain à s’amender, et à devenir un être social meilleur. Pourtant, l’esprit humain est un véritable laboratoire capable de produire le pire, mais aussi le meilleur, au gré de celui qui y fait les manipulations. Ainsi, certains “ hommes de Dieu ” parviennent à désintéresser leurs ouailles des biens matériels qu’ils possèdent, qu’ils remettent alors volontiers à leur “ église ”, et adoptent une nouvelle vie d’austérité.
Il est certain qu’en parlant au cœur et à la raison des êtres humains, on obtient des résultats insoupçonnés. A-t-on seulement essayé, depuis que les arrestations de “ baleines ” ont cours dans le pays, de parler à ces gens qui ont mal tourné ? Depuis le lancement de l’opération “ Epervier ”, des études ont-elles été menées pour comprendre les mécanismes qui se déroulent dans l’esprit d’une personne apparemment équilibrée, et qui subitement devient égocentrique au point de croire que le bien public lui appartient ? En clair, quelles sont les motivations réelles (mais cachées) qui conduisent des gens à priver leur propre pays de ressources pour son développement, dont ils profiteraient eux-mêmes ? L’expérience a montré qu’il est vain de penser combattre un phénomène dont on ne comprend ni les tenants, ni les aboutissants.

Des “ psy ” commis d’office
C’est donc le lieu de nous étonner que les “ psy ” camerounais soient restés si discrets depuis le début de la lutte anti-corruption dans le pays. Eux si prompts à monter au créneau en grand nombre pour expliquer les agissements de charmeurs de fous et autres revenants, toutes choses qui ne mettent pas vraiment le pays en danger. Les “ psy ” doivent intervenir pour nous expliquer si les camerounais ont en eux un gène qui les incite à l’enrichissement illicite. Ils doivent nous dire comment il se fait que des fils de pauvres qui devaient être sensibles aux problèmes de pauvreté, sont autant portés vers l’ostentation et œuvrent à l’accroissement de la fracture sociale. Il se peut que la peur de retomber dans les affres de la pauvreté qu’ils ont vécue dans leur enfance, les pousse à amasser le maximum d’argent, auquel cas nos “ psy ” devraient étudier la question du sentiment d’insécurité matérielle qui accompagne les camerounais dans leur quotidien.
En plus des avocats que leur fortune leur permet de se payer, l’Etat ne devrait-il pas commettre d’office des “ psy ” auprès des pilleurs du pays ? Des séances de psychanalyse et autre coaching peuvent contribuer à les retourner, et il n’est pas à exclure que certains ramènent volontairement ce qu’ils ont volé. En multipliant les “ séances ” avec ces individus, nos “ psy ” aboutiront peut-être à l’hypothèse selon laquelle ce ne sont que des grands malades qui s’ignorent. Franchement, qui, sauf un malade, pourrait détourner de l’argent destiné à la prise en charge de personnes vivant avec le Vih, ou des paludéens, alors même qu’il est médecin et a pour mission de combattre ces pandémies ? Des soins adaptés seraient donc prodigués, et on imagine tel détourneur de 50 milliards de Fcfa, ramener l’argent volé, et se voir infliger la corvée de suivre le chantier de construction d’un nouveau pont sur le Wouri avec une partie de cet argent (13 milliards Fcfa, disait-on). Il apprendra ainsi par la pratique, les délices de l’œuvre d’intérêt général.

Empêcher le renouvellement
de l’espèce “ pilleurs ”
C’est dans le 3ème domaine d’efficacité de l’opération “ Epervier ” que la contribution des “ psy ” est urgente et indispensable : celui de la prévention, afin que ne prospèrent d’autres pilleurs dans la république. Car, à supposer que les prévaricateurs actuels soient considérés comme des cas désespérés et irrécupérables, le Cameroun ne doit pas laisser germer d’autres individus de ce type. Malheureusement la prévention est complètement ignorée, et les nouvelles générations qui entrent dans les cercles du pouvoir reproduisent les tares des anciennes. Les organismes de lutte contre la corruption qui pullulent dans notre pays, devraient pourtant mettre un point d’honneur à la prévention, au lieu de débiter des statistiques de répression sans effets (depuis qu’on montre des poumons noirs de cancer, les fumeurs n’ont pas disparu). Elles devraient par exemple réclamer aux ministres en charge de l’éducation de la jeunesse l’introduction dans les programmes de modules de “ reformatage moral ” des esprits dans notre pays.
Des “ psy ” seraient alors sollicités pour expliquer aux jeunes générations que seul compte le bien-être pour un individu. Et ce n’est pas la matière qui leur fera défaut pour démontrer par l’exemple que l’enrichissement n’est pas une garantie de bonheur. Les “ psy ” sauront trouver les bons mots pour convaincre les jeunes générations qu’on ne peut pas bâtir un îlot de prospérité dans un océan de misère, et qu’il est donc stupide d’appauvrir les populations en pensant pouvoir être plus heureux.
Oui, il est urgent que nos “ psy ” montent en première ligne, qu’ils envahissent les studios de télé et de radios, qu’ils inondent la presse écrite pour réapprendre aux camerounais le sens de l’honneur, et réveiller de nouveau en eux le sentiment de honte qu’ils ont perdu. Afin que nous n’assistions plus à ce piteux spectacle d’adultes qui se renient carrément (en chantant béatement les louanges de leur contemporain) pour quelque poste ou quelques millions de francs Cfa, sans se soucier du regard de leur progéniture. Et qu’on ne voit plus des compatriotes s’humilier à quémander “ un petit quelque chose ” avant de fournir le service pour lequel ils sont pourtant payés.

Où sont les “ psy ” ?
Les “ psy ” doivent faire entendre leur voix pour tuer en nous cette tendance à la facilité qui semble nous coller à la peau. Avec des mots et des exemples justes, ils sauront nous édifier sur l’évidence qu’il n’y a aucune gloire à tirer de la facilité. Ainsi, les parents cesseront de payer de fortes sommes d’argent aux secrétariats d’examens pour “ acheter ” des diplômes à leurs enfants. Les jeunes filles aussi arrêteront de lorgner vers ces hommes qui ont l’âge de leurs grands parents, et qui les couvrent de bijoux de luxe et de belles voitures acquis bien souvent avec de l’argent sale. C’est aussi cette recherche de la facilité qui pousse nos frères et sœurs vers les sectes qui leur promettent monts et merveilles, moyennant la pratique d’actes déviants et avilissants.
Mais où sont donc nos “ psy ”, au moment où notre société a besoin d’être psychanalysée ? Pourquoi ne se penchent-ils pas sur ce grand malade qu’est le Cameroun aujourd’hui ? Il faut dire que nombre d’entre eux opèrent dans la fonction publique, et en bons fonctionnaires, ils sont soucieux de préserver leur carrière. Et comme il est difficile de diagnostiquer le mal moral de la société camerounaise sans égratigner ceux qui gouvernent le pays, les “ psy ” se terrent, et préfèrent expliquer des films et documentaires sur la sorcellerie à la télé. Encore que beaucoup d’entre eux aiment bien ces sujets qui correspondent à des chapitres de leurs leçons d’université, qui leur donnent l’occasion de réciter leurs cours, avec force citations du Dieu des “ psy ” qui s’appelle Freud. N’a-t-on pas souvent vu un de ces “ psy ” officiant dans un hôpital public à Douala, méconnaître la sorcellerie et d’autres réalités culturelles de notre terroir, simplement parce que les grands penseurs occidentaux ont nié ces phénomènes ? C’est dire que les “ psy ” dont notre pays a besoin doivent adapter leur savoir à notre environnement, étudier véritablement les phénomènes qui se présentent, au lieu de n’être que des caisses de résonnance de leurs enseignants occidentaux dont le mépris pour nos cultures est connu.
L’opération “ Epervier ” est un vaste chantier au sein duquel les “ psy ” peuvent trouver du grain à moudre pour montrer qu’ils sont utiles dans le réarmement moral de notre société. Sauf à vouloir absolument donner raison au papa de “ Miché ” (pas celui auquel vous pensez compte tenu de l’actualité) du sketch de Kouokam Nar6 qui demandait à son fils qui lui avouait être en train de faire des études de psychologie : “ Miché, pissychologie c’est quoi ? Est-ce que ça donne l’argent ? ”. 

Par Charles MONGUE-MOUYEME chmongue@yahoo.fr

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Opération “ Epervier ” au Cameroun Les “ psy ” doivent entrer dans la danse

L’opération d’assainissement des pratiques de gestion de la fortune publique qui a cours au Cameroun sous le nom de code “ Epervier ” peut-elle, en étant confiée au seul corps judiciaire, véritablement produire les résultats attendus par le peuple, à savoir : mettre hors d’état de nuire tous les pilleurs de la république, récupérer l’argent et les biens volés, et décourager toute velléité de reproduire ces fléaux de corruption et de détournement ? Nous avons de bonnes raisons d’en douter.

Si l’opération “ Epervier ” consistait simplement à punir les détourneurs et les corrompus de la république, nous n’aurions pas de grosses craintes quant à la capacité de notre justice à atteindre cet objectif, pour peu qu’on laisse les coudées franches à ce corps. Quand on leur en donne les possibilités (morales, matérielles et financières), nos policiers savent mener et boucler des enquêtes, et nos magistrats savent prononcer les sanctions les plus lourdes à l’endroit des justiciables sans distinction de rang social ou de fonctions. Donc il suffit d’un réel courage politique (accepter l’indépendance de la Justice comme valeur républicaine) et législatif (consacrer la séparation nette des pouvoirs) dans notre pays pour que la justice mène avec succès le volet arrestations et punitions de l’opération “ Epervier ”.
Là où les choses commencent à se compliquer, c’est dans le volet restitution de la fortune publique par ceux qui l’ont pillée. Car des montages financiers tortueux et des législations financières internationales labyrinthiques permettent de dissimuler les fonds détournés dans des comptes intouchables à l’étranger. Ici, les choses ne dépendent plus uniquement de la volonté et de la dextérité de nos juges, et des exemples autour de nous montrent que c’est quasiment mission impossible que d’essayer de ramener l’argent public volé dans un pays. La seule issue susceptible d’être efficace serait donc de convaincre les pilleurs de l’argent du contribuable camerounais à ramener eux-mêmes ce qu’ils ont volé. Cela semble relever de l’utopie, surtout si on ne croit pas au repentir, à la capacité de l’être humain à s’amender, et à devenir un être social meilleur. Pourtant, l’esprit humain est un véritable laboratoire capable de produire le pire, mais aussi le meilleur, au gré de celui qui y fait les manipulations. Ainsi, certains “ hommes de Dieu ” parviennent à désintéresser leurs ouailles des biens matériels qu’ils possèdent, qu’ils remettent alors volontiers à leur “ église ”, et adoptent une nouvelle vie d’austérité.
Il est certain qu’en parlant au cœur et à la raison des êtres humains, on obtient des résultats insoupçonnés. A-t-on seulement essayé, depuis que les arrestations de “ baleines ” ont cours dans le pays, de parler à ces gens qui ont mal tourné ? Depuis le lancement de l’opération “ Epervier ”, des études ont-elles été menées pour comprendre les mécanismes qui se déroulent dans l’esprit d’une personne apparemment équilibrée, et qui subitement devient égocentrique au point de croire que le bien public lui appartient ? En clair, quelles sont les motivations réelles (mais cachées) qui conduisent des gens à priver leur propre pays de ressources pour son développement, dont ils profiteraient eux-mêmes ? L’expérience a montré qu’il est vain de penser combattre un phénomène dont on ne comprend ni les tenants, ni les aboutissants.

Des “ psy ” commis d’office
C’est donc le lieu de nous étonner que les “ psy ” camerounais soient restés si discrets depuis le début de la lutte anti-corruption dans le pays. Eux si prompts à monter au créneau en grand nombre pour expliquer les agissements de charmeurs de fous et autres revenants, toutes choses qui ne mettent pas vraiment le pays en danger. Les “ psy ” doivent intervenir pour nous expliquer si les camerounais ont en eux un gène qui les incite à l’enrichissement illicite. Ils doivent nous dire comment il se fait que des fils de pauvres qui devaient être sensibles aux problèmes de pauvreté, sont autant portés vers l’ostentation et œuvrent à l’accroissement de la fracture sociale. Il se peut que la peur de retomber dans les affres de la pauvreté qu’ils ont vécue dans leur enfance, les pousse à amasser le maximum d’argent, auquel cas nos “ psy ” devraient étudier la question du sentiment d’insécurité matérielle qui accompagne les camerounais dans leur quotidien.
En plus des avocats que leur fortune leur permet de se payer, l’Etat ne devrait-il pas commettre d’office des “ psy ” auprès des pilleurs du pays ? Des séances de psychanalyse et autre coaching peuvent contribuer à les retourner, et il n’est pas à exclure que certains ramènent volontairement ce qu’ils ont volé. En multipliant les “ séances ” avec ces individus, nos “ psy ” aboutiront peut-être à l’hypothèse selon laquelle ce ne sont que des grands malades qui s’ignorent. Franchement, qui, sauf un malade, pourrait détourner de l’argent destiné à la prise en charge de personnes vivant avec le Vih, ou des paludéens, alors même qu’il est médecin et a pour mission de combattre ces pandémies ? Des soins adaptés seraient donc prodigués, et on imagine tel détourneur de 50 milliards de Fcfa, ramener l’argent volé, et se voir infliger la corvée de suivre le chantier de construction d’un nouveau pont sur le Wouri avec une partie de cet argent (13 milliards Fcfa, disait-on). Il apprendra ainsi par la pratique, les délices de l’œuvre d’intérêt général.

Empêcher le renouvellement
de l’espèce “ pilleurs ”
C’est dans le 3ème domaine d’efficacité de l’opération “ Epervier ” que la contribution des “ psy ” est urgente et indispensable : celui de la prévention, afin que ne prospèrent d’autres pilleurs dans la république. Car, à supposer que les prévaricateurs actuels soient considérés comme des cas désespérés et irrécupérables, le Cameroun ne doit pas laisser germer d’autres individus de ce type. Malheureusement la prévention est complètement ignorée, et les nouvelles générations qui entrent dans les cercles du pouvoir reproduisent les tares des anciennes. Les organismes de lutte contre la corruption qui pullulent dans notre pays, devraient pourtant mettre un point d’honneur à la prévention, au lieu de débiter des statistiques de répression sans effets (depuis qu’on montre des poumons noirs de cancer, les fumeurs n’ont pas disparu). Elles devraient par exemple réclamer aux ministres en charge de l’éducation de la jeunesse l’introduction dans les programmes de modules de “ reformatage moral ” des esprits dans notre pays.
Des “ psy ” seraient alors sollicités pour expliquer aux jeunes générations que seul compte le bien-être pour un individu. Et ce n’est pas la matière qui leur fera défaut pour démontrer par l’exemple que l’enrichissement n’est pas une garantie de bonheur. Les “ psy ” sauront trouver les bons mots pour convaincre les jeunes générations qu’on ne peut pas bâtir un îlot de prospérité dans un océan de misère, et qu’il est donc stupide d’appauvrir les populations en pensant pouvoir être plus heureux.
Oui, il est urgent que nos “ psy ” montent en première ligne, qu’ils envahissent les studios de télé et de radios, qu’ils inondent la presse écrite pour réapprendre aux camerounais le sens de l’honneur, et réveiller de nouveau en eux le sentiment de honte qu’ils ont perdu. Afin que nous n’assistions plus à ce piteux spectacle d’adultes qui se renient carrément (en chantant béatement les louanges de leur contemporain) pour quelque poste ou quelques millions de francs Cfa, sans se soucier du regard de leur progéniture. Et qu’on ne voit plus des compatriotes s’humilier à quémander “ un petit quelque chose ” avant de fournir le service pour lequel ils sont pourtant payés.

Où sont les “ psy ” ?
Les “ psy ” doivent faire entendre leur voix pour tuer en nous cette tendance à la facilité qui semble nous coller à la peau. Avec des mots et des exemples justes, ils sauront nous édifier sur l’évidence qu’il n’y a aucune gloire à tirer de la facilité. Ainsi, les parents cesseront de payer de fortes sommes d’argent aux secrétariats d’examens pour “ acheter ” des diplômes à leurs enfants. Les jeunes filles aussi arrêteront de lorgner vers ces hommes qui ont l’âge de leurs grands parents, et qui les couvrent de bijoux de luxe et de belles voitures acquis bien souvent avec de l’argent sale. C’est aussi cette recherche de la facilité qui pousse nos frères et sœurs vers les sectes qui leur promettent monts et merveilles, moyennant la pratique d’actes déviants et avilissants.
Mais où sont donc nos “ psy ”, au moment où notre société a besoin d’être psychanalysée ? Pourquoi ne se penchent-ils pas sur ce grand malade qu’est le Cameroun aujourd’hui ? Il faut dire que nombre d’entre eux opèrent dans la fonction publique, et en bons fonctionnaires, ils sont soucieux de préserver leur carrière. Et comme il est difficile de diagnostiquer le mal moral de la société camerounaise sans égratigner ceux qui gouvernent le pays, les “ psy ” se terrent, et préfèrent expliquer des films et documentaires sur la sorcellerie à la télé. Encore que beaucoup d’entre eux aiment bien ces sujets qui correspondent à des chapitres de leurs leçons d’université, qui leur donnent l’occasion de réciter leurs cours, avec force citations du Dieu des “ psy ” qui s’appelle Freud. N’a-t-on pas souvent vu un de ces “ psy ” officiant dans un hôpital public à Douala, méconnaître la sorcellerie et d’autres réalités culturelles de notre terroir, simplement parce que les grands penseurs occidentaux ont nié ces phénomènes ? C’est dire que les “ psy ” dont notre pays a besoin doivent adapter leur savoir à notre environnement, étudier véritablement les phénomènes qui se présentent, au lieu de n’être que des caisses de résonnance de leurs enseignants occidentaux dont le mépris pour nos cultures est connu.
L’opération “ Epervier ” est un vaste chantier au sein duquel les “ psy ” peuvent trouver du grain à moudre pour montrer qu’ils sont utiles dans le réarmement moral de notre société. Sauf à vouloir absolument donner raison au papa de “ Miché ” (pas celui auquel vous pensez compte tenu de l’actualité) du sketch de Kouokam Nar6 qui demandait à son fils qui lui avouait être en train de faire des études de psychologie : “ Miché, pissychologie c’est quoi ? Est-ce que ça donne l’argent ? ”. 

Par Charles MONGUE-MOUYEME chmongue@yahoo.fr

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Espace Livres : Au-delà d’une caisse… un corps social

L’Afrique et le défi de l’extension de la sécurité sociale : l’ouvrage de 212 pages – que l’auteur appelle modestement  » document  » (p. 139) – n’est pas un Traité de Sécurité sociale.
Par Charly Gabriel Mbock* –




Loin des postures d’amphithéâtre, et dès sa dédicace, Louis Paul Motaze y exprime un souci de partage né de " l’éthique de solidarité " dont ses parents l’auront nourri sur le principe " qu’il n’est de bonheur que partagé ". Les grandes injustices suscitant de grands questionnements dans certains grands cœurs, il n’est pas indifférent que dans son engagement pour la justice comme dans sa révolte contre l’Absurde, Albert Camus ait reconnu " qu’il y a une certaine honte à être heureux tout seul ".
Dès son titre, l’auteur se veut conquérant : sortir des limites domestiques pour investir de nouveaux espaces de sécurité : l’extension de la sécurité sociale n’est donc pas un simple pari mais un défi. Car si dans un pari l’on peut s’en remettre au hasard et s’abandonner, un défi exige que l’on se donne. Et qu’on se donne d’abord les moyens de sa réussite.
Le lecteur relève, non sans frisson, qu’à 82,3% "la quasi-totalité de la population camerounaise et des pans entiers de catégories socioprofessionnelles se trouvent (…) légalement exclus de la protection sociale et par ce biais du travail décent " (p.25). Dans un rendu de lecture aisée, l’auteur nous présente des questions sensibles avec simplicité, exprimant moins de révolte contre une aussi grave exclusion sociale que de détermination à limiter ce préjudice.

Mais s’il positive, il n’en exprime pas moins sa volonté de rupture : il faut sortir des " régimes classiques verticaux " qui s’avèrent " assez mal adaptés " aux nouveaux impératifs sociaux. Par " une déconnexion ", on peut " extirper ces catégories socioprofessionnelles " (p.33) dont chacun déplore la " clochardisation ". En somme, il s’agit d’" améliorer les conditions de vie même des populations actuellement couvertes " par deux valeurs ajoutées : l’attractivité du nouveau système social et un embryon d’assurance maladie (p.34). S’inspirant de son expérience internationale, l’auteur invoque les résolutions du BIT, notamment l’Agenda du Travail Décent, pour convaincre de " l’impérieuse nécessité " (p.33) d’" un saut qualitatif vers une extension de la protection sociale aux couches de la population active jusqu’ici exclues de son champ de couverture " (p.39).
L’ouvrage ne se limite pas à une commode expression d’un rêve : il élabore et propose la méthodologie qui peut conduire à sa matérialisation, secteur par secteur, catégorie par catégorie. Les professionnels y trouveront du grain à moudre, à prendre et sans doute à jeter, l’auteur n’ayant exprimé aucune prétention à l’exhaustivité. Bien au contraire. Conscient de "l’instabilité notoire de la population des assujettis ", informé des insuffisances statistiques du monde professionnel et des recensements démographiques, Louis Paul Motaze accorde beaucoup de crédit aux " solutions concertées " (p.39), tributaires d’une veille scientifique permanente. D’où la place qu’il accorde aux " Etudes ". Il reconnaît à l’Etat le pouvoir " de commander les études de faisabilité" (p.26) ; et quand il lui arrive d’évoquer " une simulation des études actuarielles ", il n’en parle que comme " prélude à une étude plus exhaustive qui reste à réaliser et à peaufiner dans ses moindres détails lorsque toutes les statistiques et les paramètres alimentant les modèles seront disponibles " (p.87).

Ce souci de méthode révèle que l’auteur ne se satisfait pas d’énoncer : il s’astreint à distinguer le souhaitable et le possible, et s’impose d’approcher le faisable. Il en revient avec une proposition modélisante qui, en même temps qu’elle exclut l’exclusion sociale : dénonce la dispersion des structures ; prône plutôt leur regroupement ; réduit les coûts de gestion ; allège et simplifie les procédures ; garantit la fluidité fonctionnelle des acteurs du système ; s’associe le système judiciaire; harmonise la gestion des régimes de base des pensions.
Nous aurions là un précieux mécanisme pour la gestion sociale d’une population trop longtemps sevrée de bien-être. L’auteur s’en doute : " étendre la sécurité sociale aux couches de populations non couvertes c’est s’attaquer à l’exclusion et lutter contre la pauvreté ; c’est également étendre le filet de solidarité à une échelle nationale et renforcer l’appartenance à une collectivité de vie qui privilégie l’équité et l’égalité de traitement" (p.39). M. Juan Somavia, Directeur Général de BIT et préfacier de l’ouvrage ne s’y est donc pas trompé : " la démarche innovante de [Louis Paul Motaze] est révélatrice du caractère multidisciplinaire d’une question aux conséquences politiques majeures " (p.14)

Innovante, cette démarche l’est aussi en ce que l’auteur franchit les palissades de la routine pour explorer de nouveaux espaces de vie. Prudent, il rompt sans rien fracasser, puisqu’il s’agit d’une extension graduelle. Mais avec une telle proposition, les populations passeraient allègrement de la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée) à ce que nous voudrions nommer la VSA (Valeur de Vie Sociale Ajoutée). La première a toujours su étouffer le social ; la seconde en revanche lui fournirait enfin un peu d’oxygène. " L’allocation de scolarité " (p.107) serait là pour persuader les parents les moins réceptifs.
En somme, bien plus qu’un simple projet, Louis Paul Motaze déroule une vision : "L’objectif recherché est de mettre à la disposition des pouvoirs publics un instrument de développement social performant et susceptible de consolider la sécurité sociale comme un levier essentiel de la lutte contre la pauvreté au Cameroun et de l’instauration du bien-être et de la prospérité des populations camerounaises " (p.143) Et nous voici au cœur du Développement social, problématique internationale dont l’Unesco a fait le centre de MOST (Management Of Social Transformations) son programme des Sciences sociales.

La charge émotionnelle, de générosité et de gratitude, qui semble avoir inspiré l’ouvrage a fait craindre que sous prétexte de solidarité sociale, l’auteur n’inflige au lecteur des épanchements narcissiques sur son bilan réputé élogieux à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale. Nous l’attendions à ce tournant de l’autosatisfaction. Vaine attente : le voilà déjà ailleurs, occupé à scruter de nouveaux horizons pour les travailleurs camerounais, par delà les secteurs économiques, les catégories sociales et professionnelles.
" Le monde à venir nous offre d’immenses possibilités et nous met face à de formidables défis " écrivait Alan Greenspan dans Le Temps des turbulences, (2007), au moment de quitter la Réserve Fédérale des Etats-Unis. Louis Paul Motaze s’éloigne de la Caisse sans véritablement quitter les Assurés dont il voudrait voir étendre l’éventail. Au regard de nos immenses potentialités, le formidable défi qu’il nous assigne en ces temps de turbulences est de transformer la Caisse sociale en un Corps social, où chaque membre compte.
Face à un défi de cette qualité, le plus frustrant n’est pas d’échouer, mais de n’avoir même pas tenté. Car " ce qui permet le triomphe du mal, c’est l’inertie des hommes de bien. La plus grave des erreurs c’est de ne rien faire sous prétexte qu’on ne peut faire que peu ". (cf. Etié Minem, 2006).

*Consultant
Comité scientifique
MOST-UNESCO

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