Bernard Acho Muna : Le président de Elecam doit démissionner
Le président de l’Afp fait également le bilan de sa formation politique.
A quoi sert un conseil national dans une formation politique comme l’Afp ?
Les statuts de notre parti exigent que l’organe intermédiaire entre le bureau politique et le congrès qui siège une fois tous les quatre ans, qui est le Conseil national, doit se réunir une fois par an pour une évaluation de l’évolution du parti au cours de l’année écoulée et faire par la même occasion des projections sur l’année qui commence. Il faut surtout s’assurer que les actions que nous menons sont en conformité avec les textes de notre parti. Il s’agit d’une évaluation globale des activités de l’Afp : le rapport de gestion du bureau politique, l’approbation du bilan financier (les sommes reçues, leur provenance, les dépenses effectuées). Ce bilan financier est un document public qui sera d’ailleurs remis à la presse pour publication, dans un souci de transparence. Ce bilan est accompagné du rapport du commissaire aux comptes et celui du comptable. C’est ce qui a été fait au cours de la deuxième journée des travaux. Il s’agit d’un rapport très critique. Nous prônons la transparence et nous entendons l’appliquer d’abord chez nous.
Pourquoi le thème " comment établir la démocratie dans une société multi ethnique " ?
Nous sommes partis d’un constat simple. En Afrique aujourd’hui, la démocratie a du mal à prendre pied. Quand nous prenons les exemples du Kenya, le Zimbabwé, la Rca, la République démocratique du Congo… Cela veut-il dire que les Africains ne peuvent pas gérer un processus démocratique. Cette situation est la conséquence de l’imitation de ce qui a été fait chez les Européens et chez les Américains lors de l’élaboration de nos constitutions. Or nous sommes totalement différents de ces gens. Nous sommes dans des sociétés multi ethniques, multi tribales et établir les mêmes fondations de la démocratie que ce qui est fait ailleurs. Il faut donc se poser la question de savoir : est-ce que l’homme africain ne connaissait pas la démocratie ? Or l’histoire de nos civilisations indique que l’homme africain connaissait bien les libertés. Cela se faisait à travers leurs va-et-vient réguliers, leur liberté à se réunir. Connaissaient-ils la démocratie ? Je dis oui. Je prends pour exemple, en 1850 quand un Portugais arrive dans un royaume situé en Angola. La pratique dans ce royaume faisait que ce sont les notables qui désignaient le roi et ceux-ci étaient craints par lui. La pratique n’était pas différente chez les Ashanti au Ghana où le roi avait un critique. Ce n’était pas des sociétés parfaites, mais il y avait des traces de démocratie. Mais les colons à leur arrivée ont cru bon d’imposer des systèmes qui avaient court chez eux, mais qui ne sont pas toujours adaptés chez nous. Un système dans lequel le colonisé doit se soumettre au colonisateur. Rien de tout cela ne marche chez nous.
Quel bilan faites-vous du fonctionnement de l’Afp au cours de la dernière année ?
Nous pouvons faire un bilan à deux niveaux. D’abord en ce qui concerne la participation aux élections. Des gens ont essuyé de nous dissuader d’y aller en raison disaient-ils, de la jeunesse de notre parti. Nous estimions que nous avions un message à transmettre aux Camerounais. Nous l’avons fait. Nous avons le sentiment que ce message a été bien accueilli parce que nous sommes devenus officiellement le 5ème parti politique au Cameroun après avoir pris part aux élections dans 27 circonscriptions. Les gens ont dit " Vous n’avez pas gagné de sièges ". Mais ce n’est forcément pas en gagnant des sièges que l’on est forcément un grand parti ou que vous faites une bonne politique.
Votre conseil national se tient quelques jours après la mise en place des organes dirigeants de Elecam. Quelle lecture vous en faites ?
L’Afp se veut pragmatique sur la question de Elecam. Lors de la création de cet organe, puis prorogé sa mise en place, nous avons pris une position en août de l’année dernière. Nous disions que, compte tenu de ce que la loi n’était pas bonne, en droit il est peut être bon d’avoir les bons juges et les mauvaises lois. Nous attendions donc de voir les personnalités qui allaient être nommées à Elecam. Non seulement la loi est mauvaise, mais les juges aussi sont mauvais. Ce n’est pas leur intégrité que je remets en cause, mais leur capacité à être neutres et impartiaux. Vous ne pouvez pas avoir été militant d’une formation politique pendant 20 ans, avoir gravi les échelons jusqu’au bureau politique, et puis du jour au lendemain, devenir neutre. Ce n’est pas possible.
Le président nouvellement nommé de Elecam est au centre d’une affaire de fausse signature…
Ma première réaction est celle d’un juriste. J’attends de voir les résultats de l’enquête policière qui a été initiée. Mais moi à la place du président de Elecam, je démissionnerai. Parce qu’un doute est jeté sur ma personne et partant sur l’institution que je suis appelé à diriger. Certains estiment que cette histoire n’est pas vraie. D’autres soutiennent le contraire. Mais un voile plane déjà sur la personne du président de Elecam.
Propos recueillis par Jean Francis Belibi

