Anicet Ekané , l’éditorialiste invité* : Deux poids deux mesures
Depuis plusieurs semaines, à Yaoundé et à Douala, et bientôt à Bafoussam, les délégués du gouvernement auprès de ces communautés urbaines ont entrepris des casses sauvages et brutales. Ces « bras armés » du gouvernement font déguerpir, par la force, des Kamerunais qui se sont installés dans des terrains appartenant au domaine de l’Etat ou interdits à l’habitation; les étales des commerçants ambulants sur les artères de ces villes sont également détruites sans ménagement, ruinant souvent des années de labeur et d’investissement de ces pauvres Kamerunais et Kamerunaises.
La Police, la Gendarmerie et des équipes municipales zélées sont mises à contribution pour mettre hors d’état de nuire, les récalcitrants.
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Mais qui a donc crée cette situation illégale ?
Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut résolument lutter contre le désordre urbain. Mais en amont, le problème fondamental est de savoir, comment en est on arrivé la ? Qui est responsable, en dernière analyse, de tout ce désordre ?
– Nos villes ont été abandonnées à elles-mêmes. Aucun plan d’urbanisation n’a été effectivement accompagné le développement exponentiel des grandes métropoles Kamerunaises, lié à l’exode rural
– L’absence totale d’une politique de construction de logements sociaux a conduit les pauvres Kamerunais à s’installer, malgré eux, dans des zones insalubres ou interdites (par exemple aux abords des aéroports).
« Le riche, s’installe où il veut, le pauvre où il peut » tout le monde le sait. Cela fait plus de 20 ans que l’Etat n a pas construit de logements sociaux.
– Le chômage, la pauvreté et la misère ont boosté le secteur informel dans le commerce. La conséquence a été la multiplication anarchique des marchés aux abords des artères des villes et le long des voies d’accès à ces agglomérations, créant de véritables goulots d’étranglement.
Tout ce désordre s’est développé et installé au vu et au su de tout le monde ; l’Etat a laissé faire. Il a même encouragé ce phénomène d’une certaine manière.
En effet, le parti- Etat, le RDPC, a installé, sans désemparer, des comités de base, des sous- sections ; a organisé des meetings et des descentes des responsables de ce parti, dans les zones interdites ou situées dans le domaine de l’Etat.
Aujourd’hui, en détruisant sauvagement toutes ces réalisations, l’Etat pénalise ces pauvres citoyens. Or c’est lui, l’Etat, qui est doublement responsable ! Responsable du bien être des citoyens démunis, responsable également d’avoir laissé faire.
Bien plus, l’Etat ne propose aucune solution de recasement, ni des sites appropriés pour les marchands à la sauvette, qui payent portant des impôts.
Il se contente, à travers des personnages ubuesques comme TSIMI, d’exercer la violence de l’Etat sur de pauvres citoyens.
Mais une victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est momentanée surtout dans un contexte dynamique comme celui de la société Kamerunaise.
Ces casses sont, pensent les légalistes, couvertes par le sceau de la légalité. Mais pourquoi cette légalité est- elle à tête chercheuse ?
En effet, dans le même temps, des élites nanties, souvent responsables du RDPC, occupent, sans désemparer, en toute illégalité, des domaines de l’Etat.
C’est le cas depuis 13 ans dans le département du Wouri.
Le décret présidentiel N°96/ 230, et l’arrêté ministériel d’application N° 0378/ Y25/ MINUH/ 312 donnent pouvoir aux autorités administratives concernées de procéder à l’expulsion de ces délinquants, puisque toutes les réalisations concernées par les titres fonciers N° 3625/ W et 3724/W, sont reversées dans le patrimoine de l’Etat.
Ce qui est encore plus scandaleux, est le fait de toutes ces occupations illégales du patrimoine de l’Etat font suite à une grosse escroquerie foncière.
En 1994, le ministre de l’urbanisme, actuel ministre chargé de mission à la présidence de la République , a cédé, de gré à gré à un vil prix, à tous ces délinquants fonciers, responsables du RDPC, hauts fonctionnaires, ministres de la République , hommes d’affaire, des terrains de l’Etat.
Tenez, à titre d’exemple : Mustapha a cédé, au nom de l’Etat, à Emmanuel EDOU, Ministre Délégué au Ministère de l’Administration Territoriale ;un terrain de 815m2, situé en plein centre administratif, au prix RIDICULE de 2 450 000 FCFA, soit 3 000 FCFA le m2 (Titre Foncier N°23713/W/1995). Vous imaginez aisément qu’en dehors de cette transaction officielle, une autre transaction officieuse a eu lieu.
A Douala et à Yaoundé, l’on a pu recensé une centaine de cas similaires. Des listes exhaustives existent.
Ce sont donc ces ventes – braderies – escroqueries que le décret du chef de l’Etat a annulées.
Rien ne justifie que ces délinquants en vol continuent de narguer le chef de l’Etat.
Cela fait 13 ans que ça dure.
Tout récemment, des citoyens regroupés au sein d’une association « Société Civile Camerounaise » ont décidé de se saisir de ces délinquants à col blanc en vue de leur présentation devant les autorités compétentes (police, gendarmerie), pour les empêcher de continuer à violer la loi,en leur interdisant l’accès aux locaux situés dans les sites visés par le décret présidentiel N°96/ 230.
Ces citoyens s’appuient sur la loi, notamment l’article 103 et l’alinéa 3 de l’article 30 du nouveau code de procédure pénal,qui permet « à tout particulier,en cas de crime et délit flagrant,de procéder à l’arrestation de son auteur ».
Inutile de préciser ici qu’une telle action doit être soutenue par tous ceux qui pensent que la loi doit être la même pour tous. Je suis de cette catégorie de citoyens.
Or, ces honnêtes citoyens se sont trouvés face à des dizaines de gendarmes armés.
Tiens donc !les forces de l’ordre prennent la défense et la protection des délinquants ? L’argutie invoquée par ces gendarmes requis par les autorités administratives, était qu’ils sont là pour empêcher les débordements. Mais lorsque TSIMI va casser, il y a également des risques d’émeutes. Mais il se fait aider par les forces de l’ordre. Et celles-ci devraient donc être du coté des citoyens déguerpisseurs.
Heureusement, ces citoyens déguerpisseurs vont revenir à la charge, plus nombreux, plus déterminés.
Malheureusement, comme « la loi est comme une toile d’araignée les grosses mouches passent à travers les petites y restent », (Jean Jacques ROUSSEAU), ils comptent sur la détermination du chef de l’Etat à faire appliquer ses décrets. On est encore loin, très loin de l’Etat de droit au Kamerun.
La loi, dans le Kamerun du renouveau, est encore régie par le principe de: «deux poids, deux mesures », selon que vous soyez riches ou pauvres.
La responsabilité de la société civile et de tous les Kamerunais épris de justice est donc grande. Tout dépend de nous pour que ces injustices scandaleuses ne donnent lieu à des mouvements de révolte générale.
Président du Manidem


Le murmure était dans l’air depuis le passage au Cameroun en juillet dernier, de Paul Hanrahan, président du groupe Aes. Nos confrères de Jeune Afrique l’ont confirmée dans leur édition parue hier, lundi 1er septembre 2008. Dans les prochains jours, M. Jean-David Bilé Masuke ne sera plus Directeur général d’Aes-Sonel. Au terme de six années d’un travail globalement satisfaisant malgré un contexte assez difficile, il sera remplacé par l’Américain Brian Rich, ancien directeur du Contrôle financier à Aes-Sonel. Ce changement devrait être entériné le 19 septembre prochain, date à laquelle le groupe Aes Corporation prévoit de tenir un conseil d’administration à Paris (France).