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Bras de fer : Tsimi Evouna convoite toujours la villa de Titus Edzoa

L’ancien ministre sera au tribunal ce mercredi pour défendre son immeuble.

La villa de Titus Edzoa au quartier Bastos à Yaoundé continue d’attiser la convoitise de la Communauté urbaine de Yaoundé, 15 mois après une première tentative qui avait mal tourné. Le 23 janvier 2008, le ministère chargé des Finances avait en effet procédé à la vente aux enchères de "l’immeuble objet du titre foncier n°7890 du département du Mfoundi" appartenant en toute propriété à l’ancien secrétaire général de la présidence de la République. Cet immeuble fut acquis par la Ville de Yaoundé au prix de 200 millions Fcfa au cours d’une audience publique du Tribunal de grande instance du Mfoundi. Il faisait l’objet d’une saisie immobilière dans le cadre du recouvrement forcé engagé contre Titus Edzoa. De fait, en plus de leur châtiment à 15 ans de prison ferme pour tentative de détournement des deniers publics, décidé le 27 avril 1999, la Cour d’appel du Centre avait condamné Titus Edzoa et Michel Thierry Atangana à verser solidairement 350 millions de Fcfa à l’Etat du Cameroun au titre des dommages et intérêts.

Au lendemain de cette acquisition qui avait vu la Communauté urbaine de Yaoundé faire une meilleure offre que deux autres enchérisseurs, le délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna allait se rendre compte que l’immeuble acheté n’était pas celui qu’il convoitait. Alors qu’il avait déjà procédé à la mutation, au nom de la Communauté urbaine, du titre foncier (n°7890) et à toutes les formalités administratives nécessaires à la prise en possession de son bien, il découvrait que l’immeuble objet dudit titre foncier mis en vente était un terrain presque nu, encadré par une clôture, qui jouxtait le bel édifice appartenant aussi à l’ancien ministre. Ce jour-là, le 27 août 2008, près d’une cinquantaine de déménageurs accompagnés de policiers dépêchés par M. Tsimi Evouna pour déloger le locataire des Edzoa allait se heurter à l’avocat de ces derniers. C’est cet homme de droit qui démontra au chef de l’équipe des agents de la Ville que la belle villa correspondait plutôt à l’immeuble objet d’un autre titre foncier (n°16691).

Curiosités
Déçu par cette découverte, mais déterminé à prendre possession de la jolie demeure, le délégué du gouvernement décidait de repartir devant la justice. Par l’entremise de son avocat, Me Atangana-Ayissi, il a saisi, le 12 février 2009, le président du Tribunal de grande instance du Mfoundi d’une "requête en rectification partielle du jugement" du 23 janvier 2008 par lequel la Ville prend possession de l’immeuble objet du titre foncier n°7890.
La manœuvre est très simple : elle vise à amener la justice à substituer, dans la décision de justice en cause, le numéro du titre foncier afin d’y apposer le n°16691 qui correspond à la villa. L’argument brandi pour cela par l’avocat porte sur les photos contenues dans le procès-verbal de l’expertise qui a précédé la vente, à l’exclusion des autres détails. Cette procédure judiciaire, qui est enrôlée pour le mercredi, 22 avril 2009 à 8h, a été précédée par une "expertise cadastrale" effectuée en octobre et décembre 2008, laquelle atteste que les deux immeubles appartiennent à Titus Edzoa.

Mais la requête de Me Atangana-Ayissi, dont Mutations s’est procuré une copie, est parsemée de certaines curiosités. D’abord, alors que la vente de l’immeuble a été effectuée de force par le ministère des Finances, la Communauté urbaine se tient aux côtés de cette dernière pour désigner Titus Edzoa comme leur adversaire dans la procédure. Me Atangana-Ayissi se présente d’ailleurs à la fois comme l’avocat de l’Etat, le vendeur, et celui de la Communauté urbaine, l’acquéreur. Ensuite, concernant le prix de l’achat de l’immeuble par la Communauté urbaine, il est tantôt de 250 millions de Fcfa, tantôt de 230 millions, au lieu des 200 millions comme il apparaît autant dans la grosse du jugement signée Mme Noah Ebella Marie, la présidente du tribunal à l’époque, que dans le procès-verbal de la vente dressé par l’huissier de justice. Une fluctuation qui concerne aussi la mise à prix de l’immeuble : 230 millions Fcfa, pour l’avocat, qui correspond bien au montant retenu par l’expert judiciaire commis pour l’évaluation de l’immeuble, contre les 150 millions, plancher sur lequel avaient en réalité démarré les enchères. Au début de l’affaire, ce sont déjà des approximations similaires qui ont fait le lit des tourments actuels de M. Tsimi Evouna.

Christophe Bobiokono

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La villa de Titus Edzoa au quartier Bastos à Yaoundé continue d’attiser la convoitise de la Communauté urbaine de Yaoundé, 15 mois après une première tentative qui avait mal tourné. Le 23 janvier 2008, le ministère chargé des Finances avait en effet procédé à la vente aux enchères de "l’immeuble objet du titre foncier n°7890 du département du Mfoundi" appartenant en toute propriété à l’ancien secrétaire général de la présidence de la République. Cet immeuble fut acquis par la Ville de Yaoundé au prix de 200 millions Fcfa au cours d’une audience publique du Tribunal de grande instance du Mfoundi. Il faisait l’objet d’une saisie immobilière dans le cadre du recouvrement forcé engagé contre Titus Edzoa. De fait, en plus de leur châtiment à 15 ans de prison ferme pour tentative de détournement des deniers publics, décidé le 27 avril 1999, la Cour d’appel du Centre avait condamné Titus Edzoa et Michel Thierry Atangana à verser solidairement 350 millions de Fcfa à l’Etat du Cameroun au titre des dommages et intérêts.

Au lendemain de cette acquisition qui avait vu la Communauté urbaine de Yaoundé faire une meilleure offre que deux autres enchérisseurs, le délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna allait se rendre compte que l’immeuble acheté n’était pas celui qu’il convoitait. Alors qu’il avait déjà procédé à la mutation, au nom de la Communauté urbaine, du titre foncier (n°7890) et à toutes les formalités administratives nécessaires à la prise en possession de son bien, il découvrait que l’immeuble objet dudit titre foncier mis en vente était un terrain presque nu, encadré par une clôture, qui jouxtait le bel édifice appartenant aussi à l’ancien ministre. Ce jour-là, le 27 août 2008, près d’une cinquantaine de déménageurs accompagnés de policiers dépêchés par M. Tsimi Evouna pour déloger le locataire des Edzoa allait se heurter à l’avocat de ces derniers. C’est cet homme de droit qui démontra au chef de l’équipe des agents de la Ville que la belle villa correspondait plutôt à l’immeuble objet d’un autre titre foncier (n°16691).

Curiosités
Déçu par cette découverte, mais déterminé à prendre possession de la jolie demeure, le délégué du gouvernement décidait de repartir devant la justice. Par l’entremise de son avocat, Me Atangana-Ayissi, il a saisi, le 12 février 2009, le président du Tribunal de grande instance du Mfoundi d’une "requête en rectification partielle du jugement" du 23 janvier 2008 par lequel la Ville prend possession de l’immeuble objet du titre foncier n°7890.
La manœuvre est très simple : elle vise à amener la justice à substituer, dans la décision de justice en cause, le numéro du titre foncier afin d’y apposer le n°16691 qui correspond à la villa. L’argument brandi pour cela par l’avocat porte sur les photos contenues dans le procès-verbal de l’expertise qui a précédé la vente, à l’exclusion des autres détails. Cette procédure judiciaire, qui est enrôlée pour le mercredi, 22 avril 2009 à 8h, a été précédée par une "expertise cadastrale" effectuée en octobre et décembre 2008, laquelle atteste que les deux immeubles appartiennent à Titus Edzoa.

Mais la requête de Me Atangana-Ayissi, dont Mutations s’est procuré une copie, est parsemée de certaines curiosités. D’abord, alors que la vente de l’immeuble a été effectuée de force par le ministère des Finances, la Communauté urbaine se tient aux côtés de cette dernière pour désigner Titus Edzoa comme leur adversaire dans la procédure. Me Atangana-Ayissi se présente d’ailleurs à la fois comme l’avocat de l’Etat, le vendeur, et celui de la Communauté urbaine, l’acquéreur. Ensuite, concernant le prix de l’achat de l’immeuble par la Communauté urbaine, il est tantôt de 250 millions de Fcfa, tantôt de 230 millions, au lieu des 200 millions comme il apparaît autant dans la grosse du jugement signée Mme Noah Ebella Marie, la présidente du tribunal à l’époque, que dans le procès-verbal de la vente dressé par l’huissier de justice. Une fluctuation qui concerne aussi la mise à prix de l’immeuble : 230 millions Fcfa, pour l’avocat, qui correspond bien au montant retenu par l’expert judiciaire commis pour l’évaluation de l’immeuble, contre les 150 millions, plancher sur lequel avaient en réalité démarré les enchères. Au début de l’affaire, ce sont déjà des approximations similaires qui ont fait le lit des tourments actuels de M. Tsimi Evouna.

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Au lendemain de cette acquisition qui avait vu la Communauté urbaine de Yaoundé faire une meilleure offre que deux autres enchérisseurs, le délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna allait se rendre compte que l’immeuble acheté n’était pas celui qu’il convoitait. Alors qu’il avait déjà procédé à la mutation, au nom de la Communauté urbaine, du titre foncier (n°7890) et à toutes les formalités administratives nécessaires à la prise en possession de son bien, il découvrait que l’immeuble objet dudit titre foncier mis en vente était un terrain presque nu, encadré par une clôture, qui jouxtait le bel édifice appartenant aussi à l’ancien ministre. Ce jour-là, le 27 août 2008, près d’une cinquantaine de déménageurs accompagnés de policiers dépêchés par M. Tsimi Evouna pour déloger le locataire des Edzoa allait se heurter à l’avocat de ces derniers. C’est cet homme de droit qui démontra au chef de l’équipe des agents de la Ville que la belle villa correspondait plutôt à l’immeuble objet d’un autre titre foncier (n°16691).

Curiosités
Déçu par cette découverte, mais déterminé à prendre possession de la jolie demeure, le délégué du gouvernement décidait de repartir devant la justice. Par l’entremise de son avocat, Me Atangana-Ayissi, il a saisi, le 12 février 2009, le président du Tribunal de grande instance du Mfoundi d’une "requête en rectification partielle du jugement" du 23 janvier 2008 par lequel la Ville prend possession de l’immeuble objet du titre foncier n°7890.
La manœuvre est très simple : elle vise à amener la justice à substituer, dans la décision de justice en cause, le numéro du titre foncier afin d’y apposer le n°16691 qui correspond à la villa. L’argument brandi pour cela par l’avocat porte sur les photos contenues dans le procès-verbal de l’expertise qui a précédé la vente, à l’exclusion des autres détails. Cette procédure judiciaire, qui est enrôlée pour le mercredi, 22 avril 2009 à 8h, a été précédée par une "expertise cadastrale" effectuée en octobre et décembre 2008, laquelle atteste que les deux immeubles appartiennent à Titus Edzoa.

Mais la requête de Me Atangana-Ayissi, dont Mutations s’est procuré une copie, est parsemée de certaines curiosités. D’abord, alors que la vente de l’immeuble a été effectuée de force par le ministère des Finances, la Communauté urbaine se tient aux côtés de cette dernière pour désigner Titus Edzoa comme leur adversaire dans la procédure. Me Atangana-Ayissi se présente d’ailleurs à la fois comme l’avocat de l’Etat, le vendeur, et celui de la Communauté urbaine, l’acquéreur. Ensuite, concernant le prix de l’achat de l’immeuble par la Communauté urbaine, il est tantôt de 250 millions de Fcfa, tantôt de 230 millions, au lieu des 200 millions comme il apparaît autant dans la grosse du jugement signée Mme Noah Ebella Marie, la présidente du tribunal à l’époque, que dans le procès-verbal de la vente dressé par l’huissier de justice. Une fluctuation qui concerne aussi la mise à prix de l’immeuble : 230 millions Fcfa, pour l’avocat, qui correspond bien au montant retenu par l’expert judiciaire commis pour l’évaluation de l’immeuble, contre les 150 millions, plancher sur lequel avaient en réalité démarré les enchères. Au début de l’affaire, ce sont déjà des approximations similaires qui ont fait le lit des tourments actuels de M. Tsimi Evouna.

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Au lendemain de cette acquisition qui avait vu la Communauté urbaine de Yaoundé faire une meilleure offre que deux autres enchérisseurs, le délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna allait se rendre compte que l’immeuble acheté n’était pas celui qu’il convoitait. Alors qu’il avait déjà procédé à la mutation, au nom de la Communauté urbaine, du titre foncier (n°7890) et à toutes les formalités administratives nécessaires à la prise en possession de son bien, il découvrait que l’immeuble objet dudit titre foncier mis en vente était un terrain presque nu, encadré par une clôture, qui jouxtait le bel édifice appartenant aussi à l’ancien ministre. Ce jour-là, le 27 août 2008, près d’une cinquantaine de déménageurs accompagnés de policiers dépêchés par M. Tsimi Evouna pour déloger le locataire des Edzoa allait se heurter à l’avocat de ces derniers. C’est cet homme de droit qui démontra au chef de l’équipe des agents de la Ville que la belle villa correspondait plutôt à l’immeuble objet d’un autre titre foncier (n°16691).

Curiosités
Déçu par cette découverte, mais déterminé à prendre possession de la jolie demeure, le délégué du gouvernement décidait de repartir devant la justice. Par l’entremise de son avocat, Me Atangana-Ayissi, il a saisi, le 12 février 2009, le président du Tribunal de grande instance du Mfoundi d’une "requête en rectification partielle du jugement" du 23 janvier 2008 par lequel la Ville prend possession de l’immeuble objet du titre foncier n°7890.
La manœuvre est très simple : elle vise à amener la justice à substituer, dans la décision de justice en cause, le numéro du titre foncier afin d’y apposer le n°16691 qui correspond à la villa. L’argument brandi pour cela par l’avocat porte sur les photos contenues dans le procès-verbal de l’expertise qui a précédé la vente, à l’exclusion des autres détails. Cette procédure judiciaire, qui est enrôlée pour le mercredi, 22 avril 2009 à 8h, a été précédée par une "expertise cadastrale" effectuée en octobre et décembre 2008, laquelle atteste que les deux immeubles appartiennent à Titus Edzoa.

Mais la requête de Me Atangana-Ayissi, dont Mutations s’est procuré une copie, est parsemée de certaines curiosités. D’abord, alors que la vente de l’immeuble a été effectuée de force par le ministère des Finances, la Communauté urbaine se tient aux côtés de cette dernière pour désigner Titus Edzoa comme leur adversaire dans la procédure. Me Atangana-Ayissi se présente d’ailleurs à la fois comme l’avocat de l’Etat, le vendeur, et celui de la Communauté urbaine, l’acquéreur. Ensuite, concernant le prix de l’achat de l’immeuble par la Communauté urbaine, il est tantôt de 250 millions de Fcfa, tantôt de 230 millions, au lieu des 200 millions comme il apparaît autant dans la grosse du jugement signée Mme Noah Ebella Marie, la présidente du tribunal à l’époque, que dans le procès-verbal de la vente dressé par l’huissier de justice. Une fluctuation qui concerne aussi la mise à prix de l’immeuble : 230 millions Fcfa, pour l’avocat, qui correspond bien au montant retenu par l’expert judiciaire commis pour l’évaluation de l’immeuble, contre les 150 millions, plancher sur lequel avaient en réalité démarré les enchères. Au début de l’affaire, ce sont déjà des approximations similaires qui ont fait le lit des tourments actuels de M. Tsimi Evouna.

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Rémy Medou Mvomo, Afrika ba’a*, 3ème et 4ème Technique : Mon beau village…

Le roman sort de l’opposition radicale ville/village pour inscrire les deux modalités en enfilade dans un itinéraire ou l’un et l’autre se suivent, s’interpellent, et se complètent pour construire l’idéal d’homme de demain, nourri des sources rurales et urbaines, des forces de la tradition et de la modernité, de la localité autant que de la globalité.
Par Augustin Charles Mbia** –






De manière simplement schématique, il est envisageable de revisiter Afrika ba’a de Rémy Medou Mvomo sur deux axes perpendiculaires, l’un structural, et l’autre idéologique. D’un point de vue linéaire, le roman se lit sous le registre des récits initiatiques. Kambara, jeune péquenot en mal d’épanouissement, part pour la ville. A la suite de tentatives diverses de s’insérer dans le milieu urbain et au moment même où on peut penser qu’il y parvient, Kambara décide de revenir vers son village où il s’implante et entreprend une réinsertion réussie.
Il y a dans ce cheminement la part de quête, sur fond d’efforts et de sacrifice qui caractérise le récit initiatique. On y voit aussi la part de l’épreuve, de la découverte, de la réalisation de soi dont sont pavées les histoires de formation de la personnalité humaine.
Il convient de noter pour la souligner la place exceptionnelle que prend le site urbain dans l’histoire du jeune Kambara. Au regard de l’itinéraire classique du jeune africain dans la littérature dominante, la ville constitue, au plan géographique, la destination finale, le point culminant vers lequel tendent toutes les destinées, et au plan symbolique, pour les ruraux de tout âge, l’objet de valeur vers lequel tendent toutes les quêtes, qu’elles soient spirituelles ou matérielles. Dans la perspective de Rémy Medou Mvomo, la ville, sans être négativement retournée – puisque le héros y parvient tout de même à l’objet de sa quête – se positionne comme le lieu et le corps de l’épreuve qualifiante d’où se projette l’auteur pour partir vers le lieu de son triomphe, son village.

Le récit s’inscrit dès lors dans un itinéraire cyclique qui en constitue l’autre spécificité. Le caractère circulaire ainsi donné à l’itinéraire ne voudrait pour autant pas signifier la stagnation, le retour à la case départ, l’enfermement vers la mort. Il y a, en même temps que la circularité du parcours, un sentiment d’évolution, de progression tant du récit que du héros qui joint à la rotondité, aspire le héros et le récit vers le haut pour les installer en apesanteur dans le rôle de modèle social qu’est finalement amené à assumer, un peu malgré lui, Kambara dans sa communauté. Le thème de la circularité rejoint alors ici celui de la complétude, de la plénitude qui lui est associé dans la plupart des cosmogonies en Afrique, mais également dans d’autres civilisations plus ou moins anciennes.

D’un point de vue idéologique, la lecture de Afrika ba’a de Rémy Medou Mvomo pose à nouveau, comme l’ont fait tant d’auteurs avant lui, face à face, la ville et le village, la modernité et la tradition. En première intention, on célèbrera alors le triomphe de la ville sur le village. La ville est détrônée de sa position omnipotente dans l’imaginaire africain, ou elle représente non seulement le pole économique de référence, mais aussi le lieu de célébration de la culture moderne occidentale vers laquelle tendent les sociétés et les communautés africaines. Le village se révèle être le lieu de l’accomplissement, de la réalisation des projets et de l’assouvissement des rêves. En seconde intention l’on notera la tentative de l’auteur de sortir de l’opposition radicale ville/village pour inscrire les deux modalités en enfilade dans un itinéraire ou l’un et l’autre se suivent, s’interpellent, et se complètent finalement pour construire peut-être en Kambara l’idéal d’homme de demain, nourri des sources rurales et urbaines, des forces de la tradition et de la modernité, de la localité autant que de la globalité.

Dans une troisième dimension, esthétique celle-là, Afrika ba’a de Rémy Medou Mvomo est donc en ultime ressort une fresque parfois emportée, parfois crue, toujours saisissante de l’environnement africain, une série saccadée de tranches de vies, et une galerie de tableaux de ces paysages caractéristique de cette Afrique des villages aujourd’hui menacée parce qu’à rebours des préoccupations économiques d’exploitation des ressources naturelles, et culturelles d’installation de la modernité dans ses dimensions parfois anti écologiques. Loin de célébrer le site rural comme lieu idéalisé, aseptisé, sacralisé, Afrika ba’a de Rémy Medou Mvomo peint un monde contrasté, fait de tout et aussi proche que possible de la vraie vie : la violence conjugale perpétrée par un époux délirant sur une épouse résignée à la mort, côte à côte avec la fière solidité du vieil Ekoto, exemplaire de vertu autant que d’hygiène dans sa vie physique.

*Yaoundé, Editions CLE, 2007 (réédition)
** ESSTIC, U.Y.II

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