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Paul Biya :  » Biens mal acquis », élection 2011, lutte contre la corruption…

C’est un homme particulièrement affaibli qui devra faire face à la " fronde " des médias et de la diaspora camerounaise en France.

La visite officielle que le chef de l’Etat Paul Biya entame en France  n’aura sans doute pas la même connotation pour cet homme, pourtant habitué des salons de l’Elysée depuis son accession au pouvoir le 6 novembre 1982. Elle intervient au plus fort des manifestations de la dénonciation des "biens mal acquis" du chef de l’Etat camerounais en Français par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une affaire dont le chef de l’Etat se serait volontiers passée au moment où il a de plus en plus de mal à donner des gages de sa bonne foi dans la lutte contre la corruption engagée dans son pays.

Une affaire qui, si elle n’est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l’origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu’à l’ouverture d’une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu’au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L’affaire est rendue d’autant plus délicate pour le chef de l’Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l’une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d’un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".

La réflexion faite le 30 juin 2009 en fin de journée était suivie dans la soirée d’un réajustement gouvernemental marqué par le départ du Premier ministre Ephraïm Inoni, du patron de la Défense Rémy Zé Meka et d’autres personnes à l’instar de Pascal Anong Adibimé dont le tort aura sans doute été de vouloir faire le travail qui était le sien dans un environnement où la mode est à l’inertie maintes fois " dénoncée " par Paul Biya en personne, comme il l’a encore fait lors du conseil des ministres du 3 juillet dernier. Ce début de réponse à l’affaire des " biens mal acquis " n’ayant sans doute pas produit les effets escomptés que la demande de levée de l’immunité de certains députés allait être servie comme du " grain à moudre " à l’opinion en général et aux médias en particulier. Mais là aussi, les " stratèges " de Paul Biya feront choux blancs. Car ce seront des "dossiers vides" qu’ils serviront aux membres du bureau de l’Assemblée nationale réunis pour la circonstance le mardi 14 juillet dernier. L’un d’eux ne manquera d’ailleurs pas de dénoncer ce qui apparaît pour lui comme "un acharnement", dans un processus de lutte contre la corruption qui a de plus en plus du mal à prouver sa crédibilité, parce que pour la plupart des observateurs, et de l’opinion en général, elle s’apparente à un règlement de comptes politiques, dans la perspective de la présidentielle de 2011.

Face à Nicolas Sarkozy vendredi prochain dans l’un des salons de l’Elysée, les formules seront sans doute très diplomatiques. Mais le plus dur pour le numéro un camerounais sera incontestablement le traditionnel face à face avec les hommes de médias sur le perron du palais de l’Elysée après l’entretien avec le chef de l’Etat français. Rien de tel avec le filtrage des questions auquel l’on est habitué au palais de l’Unité de Yaoundé. L’on indique qu’ici, "les journalistes français l’attendent avec des questions aussi pointues que des sagaies ". Là, il devra communiquer. Lui-même et pas par personnes interposées. A moins pour lui de choisir de ne pas se prêter à l’exercice. Ce qui va une fois de plus conforter les uns et les autres sur le fait que le chef de l’Etat et les siens ont bien des choses à cacher…

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C’est un homme particulièrement affaibli qui devra faire face à la " fronde " des médias et de la diaspora camerounaise en France.

La visite officielle que le chef de l’Etat Paul Biya entame en France  n’aura sans doute pas la même connotation pour cet homme, pourtant habitué des salons de l’Elysée depuis son accession au pouvoir le 6 novembre 1982. Elle intervient au plus fort des manifestations de la dénonciation des "biens mal acquis" du chef de l’Etat camerounais en Français par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une affaire dont le chef de l’Etat se serait volontiers passée au moment où il a de plus en plus de mal à donner des gages de sa bonne foi dans la lutte contre la corruption engagée dans son pays.

Une affaire qui, si elle n’est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l’origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu’à l’ouverture d’une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu’au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L’affaire est rendue d’autant plus délicate pour le chef de l’Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l’une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d’un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".

La réflexion faite le 30 juin 2009 en fin de journée était suivie dans la soirée d’un réajustement gouvernemental marqué par le départ du Premier ministre Ephraïm Inoni, du patron de la Défense Rémy Zé Meka et d’autres personnes à l’instar de Pascal Anong Adibimé dont le tort aura sans doute été de vouloir faire le travail qui était le sien dans un environnement où la mode est à l’inertie maintes fois " dénoncée " par Paul Biya en personne, comme il l’a encore fait lors du conseil des ministres du 3 juillet dernier. Ce début de réponse à l’affaire des " biens mal acquis " n’ayant sans doute pas produit les effets escomptés que la demande de levée de l’immunité de certains députés allait être servie comme du " grain à moudre " à l’opinion en général et aux médias en particulier. Mais là aussi, les " stratèges " de Paul Biya feront choux blancs. Car ce seront des "dossiers vides" qu’ils serviront aux membres du bureau de l’Assemblée nationale réunis pour la circonstance le mardi 14 juillet dernier. L’un d’eux ne manquera d’ailleurs pas de dénoncer ce qui apparaît pour lui comme "un acharnement", dans un processus de lutte contre la corruption qui a de plus en plus du mal à prouver sa crédibilité, parce que pour la plupart des observateurs, et de l’opinion en général, elle s’apparente à un règlement de comptes politiques, dans la perspective de la présidentielle de 2011.

Face à Nicolas Sarkozy vendredi prochain dans l’un des salons de l’Elysée, les formules seront sans doute très diplomatiques. Mais le plus dur pour le numéro un camerounais sera incontestablement le traditionnel face à face avec les hommes de médias sur le perron du palais de l’Elysée après l’entretien avec le chef de l’Etat français. Rien de tel avec le filtrage des questions auquel l’on est habitué au palais de l’Unité de Yaoundé. L’on indique qu’ici, "les journalistes français l’attendent avec des questions aussi pointues que des sagaies ". Là, il devra communiquer. Lui-même et pas par personnes interposées. A moins pour lui de choisir de ne pas se prêter à l’exercice. Ce qui va une fois de plus conforter les uns et les autres sur le fait que le chef de l’Etat et les siens ont bien des choses à cacher…

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Une affaire qui, si elle n’est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l’origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu’à l’ouverture d’une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu’au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L’affaire est rendue d’autant plus délicate pour le chef de l’Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l’une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d’un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".

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Une affaire qui, si elle n’est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l’origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu’à l’ouverture d’une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu’au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L’affaire est rendue d’autant plus délicate pour le chef de l’Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l’une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d’un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".

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Face à Nicolas Sarkozy vendredi prochain dans l’un des salons de l’Elysée, les formules seront sans doute très diplomatiques. Mais le plus dur pour le numéro un camerounais sera incontestablement le traditionnel face à face avec les hommes de médias sur le perron du palais de l’Elysée après l’entretien avec le chef de l’Etat français. Rien de tel avec le filtrage des questions auquel l’on est habitué au palais de l’Unité de Yaoundé. L’on indique qu’ici, "les journalistes français l’attendent avec des questions aussi pointues que des sagaies ". Là, il devra communiquer. Lui-même et pas par personnes interposées. A moins pour lui de choisir de ne pas se prêter à l’exercice. Ce qui va une fois de plus conforter les uns et les autres sur le fait que le chef de l’Etat et les siens ont bien des choses à cacher…

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Le 13 septembre et le captage d’héritage

Près d’un mois après les manifestations marquant la célébration du cinquantenaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobe par le gouvernement français et ses suppôts locaux le 13 septembre 1958, un militant de l’Union des populations du Cameroun (Upc) dite des fidèles décrypte la symbolique de cette date. –

Nous ne ferons pas la fine bouche : la commémoration du cinquantenaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobe aura été grandiose. L’événement a été célébré dignement et même avec ferveur par de larges couches de la population camerounaise : des jeunes aux vieillards, des intellectuels de tous bords aux travailleurs manuels, des présumés héritiers aux descendants des adversaires politiques de toujours. Des manifestations publiques, des réunions et autres débats ont été organisés dans tout le pays et particulièrement à Douala, Yaoundé et Bafoussam. Une fois n’est pas coutume, les média français (presse écrite et radio) se sont fait un écho remarqué de la « guerre cachée » au cours de laquelle les troupes coloniales françaises tuèrent Um Nyobe.
Cet hommage quasi unanime et fort mérité au Mpodol n’a pas pu trouver faveur aux yeux des héritiers d’Aujoulat. La Crtv et Cameroon-Tribune pour ne pas parler des autorités gouvernementales elles-mêmes, ont tout simplement perdu la mémoire à l’occasion de cette commémoration. Point d’émission spéciale sur Crtv, pas même un petit billet de circonstance dans Cameroon-Tribune, pas de cérémonie officielle, ne serait-ce que sur la tombe de Um Nyobe à Eséka, organisée par le Sous-préfet local ! Il faut croire que le pouvoir néo-colonial a toujours mauvaise conscience à propos de la lutte pour l’indépendance de notre pays. Les fondateurs de ce régime qui avaient combattu même l’idée de l’indépendance, devaient paradoxalement en recueillir les fruits.
Parmi les manifestations organisées à l’occasion du cinquantenaire, mon attention a particulièrement été retenué par l’émission sur Equinoxe TV animée par Polycarpe Essomba dans la soirée du 13 Septembre 2008. En prélude au débat qui devait suivre, un documentaire – excellent de mon point de vue – intitulé « Cameroun : Autopsie d’une indépendance » a été diffusé. A lui tout seul, ce documentaire a résumé assez correctement le combat qu’ont mené Um Nyobe et ses compagnons jusqu’au sacrifice suprême. Il faut féliciter et remercier les deux jeunes françaises auteurs du documentaire. Ce petit film de 52mn mérite d’être diffusé par toutes les chaînes de télévisions du Cameroun. Il devrait également être montré par vidéo-TV dans les écoles primaires et secondaires. C’est un devoir de mémoire et de vérité.
Quel est donc l’héritage que Um Nyobe a légué au Cameroun et aux Camerounais ?
Nous allons arbitrairement subdiviser l’héritage du Mpodol en trois rubriques : la construction de la conscience nationale, la promotion de la démocratie et le don de soi pour l’intérêt général.
Il est indéniable que le Mpodol aura au cours de sa courte vie publique, largement contribué à développer la conscience nationale des Camerounais. Son grand mérite fut, avec son parti l’Upc, de systématiser la revendication nationale, à travers la réclamation de la réunification et de l’indépendance. L’indépendance n’étant pas seulement des attributs juridiques internationaux, mais surtout la capacité de décider par soi-même pour ses propres intérêts nationaux. Cette souveraineté inaliénable était pour Um, la condition indispensable à tout développement (élévation du standard de vie). Le 29 Septembre 1952 au 2e Congrès de l’Upc à Eséka, il déclarait déjà à propos de la Chine : « Aujourd’hui que la Chine est libérée de la domination étrangère, la Chine Nouvelle sera dans peu de temps, si elle ne l’est déjà pas, comptée parmi les nations les plus modernes du monde actuel ».
Malgré des divergences parfois fondamentales entre les uns et les autres, les Camerounais en général, font preuve d’une vraie conscience nationale à des degrés divers. A titre d’exemple, si M. Ahidjo n’avait pas pu se défaire de la tutelle de ses maîtres coloniaux, il a pu montrer à certaines occasions qu’il était capable de sursaut nationaliste. Pour illustration, on pourrait citer sa position à propos de l’Ocam et Air Afrique ou même au sujet du conflit du Biafra. Aujourd’hui encore de nombreux faits parfois anodins traduisent le nationalisme et le patriotisme des camerounais. Ces attitudes s’expliquent par cette conscience nationale forgée au cours de la lutte de libération que Um Nyobe et ses compagnons ont, les tout premiers, engagé au Sud du Sahara, contre la colonisation française.
Le nationalisme et le patriotisme de Um Nyobe continueront certainement à inspirer de nombreux camerounais désireux de faire du Cameroun une grande nation moderne dans une Afrique unie.
Le nationalisme de Um Nyobe, c’était aussi le souci de l’unité nationale. Ainsi, mettra-t-il la réunification de la patrie comme préalable à l’indépendance nationale. Les faits historiques lui ont donné raison. La réunification de 1961 n’a en rien réglé le problème de l’unité de notre pays, malgré le forcing de 1972.
Le nationalisme de Um Nyobe fut également le refus catégorique du tribalisme. Sa stratégie de politique générale fondée sur l’union de toutes les populations du Cameroun est la preuve même de son combat contre le tribalisme. A l’époque où les partis politiques étaient déjà identifiés à une région, voire à un village, l’Upc de Um Nyobe montrait un visage résolument pluriethnique contrairement à ce qu’on veut nous faire croire aujourd’hui. L’Upc n’a jamais été le parti des seuls Bassa. Le Mpodol se retrouvait très souvent le seul Bassa parmi les principaux dirigeants de l’Upc. Il ne pouvait en être autrement s’agissant d’un authentique démocrate.
En effet, l’action politique de Ruben Um Nyobe aura été marquée par une véritable promotion de la démocratie, non seulement pour le pays, mais surtout à l’intérieur même de son mouvement. Aussi, s’est-il toujours démarqué du pouvoir personnel et du culte de la personnalité. Il ne trouvait absolument pas humiliant à apparaître comme le n°4 de la Direction de l’Upc en sa qualité de secrétaire général, alors que pour tout le monde, il était sans conteste le leader du parti. Sans chercher par des manœuvres de procédures à avoir raison à tout prix, il acceptait d’être mis en minorité sur des questions vitales comme ce fut le cas au comité directeur de Kumba en Novembre 1956, dont il mettra en œuvres les décisions par discipline. Même s’il ne renonçait pas à faire triompher à terme son point de vue qu’il savait juste.
Le souci de démocratie amènera Um Nyobe à parier sur la jeunesse. En 1952, lui-même n’était pas si vieux (39 ans). Ses principaux collaborateurs étaient encore plus jeunes : Moumie (27 ans) Oouandie et Kingue (28 ans). Cette jeunesse aura été le fer de lance du combat pour l’indépendance et la démocratie au Cameroun.
Le dernier aspect de l’héritage que nous avons retenu de Um Nyobe est l’importance du don de soi pour l’intérêt général. Le Mpodol a volontairement accepté de mourir au lieu de trahir, comme Rudolf Douala Manga Bell l’avait fait avant lui. Son exemple a été suivi par ses successeurs à la tête de l’Upc avec la même abnégation. Il n’y a pas plus grand sacrifice pour une cause que le don de sa vie. Um Nyobe aurait pu faire comme Houphouët Boigny dont il fut l’alter ego au sein du Rassemblement démocratique africain (Rda). Après qu’il ait sacrifié une brillante carrière administrative, Um Nyobe refuse de céder à la corruption. Il dit non au « repli stratégique », une véritable trahison que Mitterrand propose aux dirigeants africains en 1950, en échange des prébendes avant les indépendances potiches. S’il avait accepté de trahir son peuple, Um aurait été couvert de tous les honneurs du pouvoir, mais il aurait aussi perdu cet honneur et ce respect dont il fait l’objet aujourd’hui.
C’est parce que Um a refusé d’être corrompu que Messmer décide de l’éliminer de sang froid comme il l’affirme lui-même dans le documentaire signalé plus haut. Et après cet aveu, il existe encore des compatriotes pour soutenir que l’assassinat de Um Nyobe n’est pas imputable à la France… Quoi qu’il en soit, l’essentiel demeure l’héritage que Mpodol a laissé. Un héritage qui appartient à tous les Camerounais, à tous les Africains, voire à toute l’humanité.
Au cours de l’émission sur Equinoxe TV évoqué plus haut, un des intervenants au débat est revenu à plusieurs reprises sur ce qu’il a appelé le « captage d’héritage » par des héritiers « putatifs » . L’allusion était à peine voilée sur les multiples chapelles qui se disputent l’Upc. Une Upc qui ne représenterait plus rien d’après cet intervenant… C’est pourquoi soutient-il les héritiers putatifs et même illégitimes de l’Upc ne sauraient à eux tout seuls s’approprier l’héritage de Um Nyobe.
Si, comme je le pense sincèrement, l’héritage du Mpodol appartient à tous les Camerounais, il faut reconnaître que l’histoire de Um se confond à celle de l’Upc. Personne ne peut nier que sa légende est intimement liée à l’Upc. De ce point de vue, les Upécistes ont légitimement droit à une certaine primauté sur les autres héritiers présumés. Ne serait-ce que parce qu’ils contribuent à des titres divers à la perpétuation du nom de Um Nyobe que certains ont cherché vainement à faire disparaître de l’histoire du Cameroun.
S’agissant du « captage d’héritage », l’Upc et les Upécistes n’en ont certainement pas l’exclusivité. Les héritiers d’Aujoulat ont souvent donné le spectacle de la division : Mbida-Ahidjo en 1958 et Ahidjo-Biya en 1983-1984 pour ne citer que ces deux épisodes. Evidement, on dira que l’essentiel, c’est-à-dire le pouvoir, a toujours été sauf après ces luttes fratricides. Il ne pouvait en être autrement lorsque le maître étranger est toujours là pour sauvegarder les intérêts du système. Il me semble donc de mauvais goût de railler le « captage d’héritage » par les Upécistes ; il aurait été plus élégant pour un rejeton d’Aujoulat et Messmer de s’en tenir au consensus général sur la stature nationale et internationale de Um Nyobe, s’il s’agissait de rendre hommage au Mpodol.
La commémoration du 13 Septembre 1958, a donné l’occasion de « théoriser» sur les divisions de l’Upc. Un article d’une ex-Upéciste paru dans la Nouvelle-expression du 10 septembre 2008 a également retenu mon attention. Cet article affirme de façon péremptoire que « l’impossibilité de l’unité est consubstantielle au mode de formation même de l’Upc ». Pour ceux qui n’auraient pas compris, l’impossibilité de l’unité est congénitale à l’Upc. Je crois que la « belle formule » ne saurait remplacer les faits. Il ne suffit pas d’aligner des phrases parfois sans aucun lien logique apparent, pour faire une démonstration qui se veut scientifique. C’est, en tout cas, l’impression que la lecture de cet article m’a laissé. L’auteur estime par ailleurs que ce serait « le refus de se positionner idéologiquement » à sa naissance qui aurait « ouvert toutes les voies de (la) fragilisation » de l’Upc.
La division consubstantielle ou congénitale de l’Upc signifie qu’à sa naissance, ce mouvement était tout simplement condamné à mourir de ses divisions. En conséquence, rien ne servirait à essayer de rafistoler les morceaux : « fractions, factions et dissidences – qui témoignent depuis sa création la difficulté du mouvement nationaliste à se doter d’un parti fort et cohérent » (Sic). Il semble donc clair pour l’auteur de l’article que c’est faute d’avoir pu se transformer de mouvement en parti marxiste –léniniste qui serait la cause principale des problèmes de l’Upc. Um Nyobe n’avait donc rien compris de ce point de vue, lui qui définissait l’Upc comme un mouvement nationaliste révolutionnaire qui n’est ni communiste ni anti-communiste. Mais, le nationalisme révolutionnaire n’est pas une idéologie comme le marxisme-léninisme « ferment de nombreux mouvements dans le monde » ; quels sont ces mouvements marxistes-léninistes en Afrique par exemple ?
Tout en ayant des rapports privilégiés avec les partis communistes, ni l’Anc d’Afrique du Sud, ni le Mpla d’Angola, ni le Fnl d’Algérie, ni le Frelimo du Mozambique n’ont adopté officiellement le marxisme-léninisme comme idéologie. Tous ces mouvements sont demeurés jusqu’à leur victoire sur le colonialisme, des mouvements de libération nationale sur la base du nationalisme révolutionnaire. Le seul parti marxiste léniniste officiellement déclaré en Afrique a été le Parti communiste soudanais qui fut écrasé avant de disparaître. L’analyse de l’ex-upéciste au sujet des choix idéologiques de l’Upc ne me semble pas honnête. Elle est bien placée pour savoir que le choix de 1982 du « groupe alors dirigé par Massaga » aura plutôt contribué à cristalliser les divisions de l’Upc; s’il suffisait simplement d’affirmer d’être marxiste-léniniste pour réaliser l’unité de l’Upc, cette unité serait faite depuis 1982 ! Par ailleurs, dire que le Mpodol est mort, il n’y a « ni dauphin putatif ni héritier présumé » suggère que Moumie lui-même ne fut qu’un successeur contesté (par qui ?) et que son assassinat et la répression féroce qui va chercher à laminer l’Upc, relèvent de la « thèse séduisante » du complot.
Enfin, il est peut-être important de préciser que si les divisions ne sauraient être considérées comme congénitales, leur existence au sein des organisations politiques notamment, est quasi normale. A moins de chercher à fabriquer des organisations monolithiques de type staliniens ou fascistes. Car les mouvements qui intègrent tant soit peu un fonctionnement démocratique interne, ne peuvent éviter à un moment ou à un autre la lutte des tendances, fractions et factions. L’actualité de l’Anc en Afrique du Sud n’est-elle pas édifiante ?
Le cinquantenaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobe aura été l’occasion pour les uns et les autres de sonder l’héritage de ce grand combattant de la liberté, tout en réhabilitant sa mémoire, notamment aux yeux d’une jeunesse sevrée de la vraie histoire de notre pays. Il est normal que les appréciations sur l’action politique du Mpodol soient diverses. Il nous reste à espérer que les colloques annoncés pour ce cinquantenaire en 2009 iront plus loin encore pour faire connaître la figure emblématique de Um Nyobe et son action qui aura permis dans une large mesure au Cameroun de recouvrer son indépendance.

Douala le 1er octobre 2008

 

Par Par Dr Makek Maurice

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