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Laurent Esso : Le grand muet fait parler la République

 

Le sphinx, réputé taciturne, est au centre du scandale d’Etat qui a conduit à la mort de Bibi Ngota.

Depuis une semaine, l’actualité au Cameroun se lit à travers le monde entier sous le prisme de la mort, dans sa cellule à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, de Germain Cyrille Ngota Ngota (Bibi Ngota). Malade, Bibi Ngota, incarcéré le 10 mars 2010 comme Robert A. Mintya Meka et Serge Sabouang, a été une première fois interpellé et torturé dans les locaux de la Direction générale à la recherche extérieure (Dgre), entre le 05 et le 10 février 2010, sur instruction du secrétaire général à la présidence de la République (Sgpr), Laurent Esso. Le Sgpr, dans un message porté au délégué générale à la Sûreté nationale (Dgsn), Emmanuel Edou, accusait les mis en cause d’imitation de signature.
Interpellés une seconde fois suite aux mêmes dénonciations de M. Esso, Bibi Ngota, Robert A. Mintya et Serge Sabouang seront placés en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé pour "faux, usage de faux et imitation de la signature de hauts responsables de la République". Une accusation battue en brèche par les locataires du quartier 9, (l’un des plus durs de Kondengui), eux qui s’estiment victimes depuis le début de l’acharnement du ministre d’Etat Laurent Esso. A l’inverse, celui-ci et son entourage, aidés par les services spéciaux, soutiennent que les mis en cause ont fabriqué un faux document et imité la signature du secrétaire général de la présidence de la République, pour le mettre en difficulté et tenter d’extorquer de l’argent aux autres personnalités citées dans la correspondance querellée.

Il y a quelques semaines, nous disions dans ces mêmes colonnes que quelque soit le bout par lequel l’on prend cette affaire, la moralité se résume à ceci qu’il ne fait pas bon d’avoir Laurent Esso comme adversaire. Germain Cyrille Ngota Ngota vient en effet de mourir de négligence, privé de soins appropriés, en prison! Personnage réputé, réservé, discret mais redoutable, cet homme d’appareil qu’on ne voit presque jamais et qui sourit à peine, a fini par faire oublier de par sa longévité à la haute administration, le métier de sa formation, de sa vie, et probablement, de ses amours. Celui qu’il a d’ailleurs exercé pendant une quinzaine d’années: La magistrature. Froid sur les bords comme en témoigne son attitude impassible affichée un soir de décembre 2006 alors que le motard ouvrant son passage de retour de l’édition du Ngondo de cette année là, venait de percuter la roue gauche d’une Mercedes Ml venant en face.

Seul le garde du corps du Sgpr était descendu à l’occasion du véhicule pour exercer des voies de faits sur le conducteur du camion dont il emporta d’ailleurs le dossier. Pendant ce temps, le ministre Esso, qui tenait assurément à être des festivités de la finale de la Coupe du Cameroun prévue cet après-midi là, resta assis à l’angle droit de sa Mercedes grise. Où il fut rejoint par son aide de camp, sans le moindre regard pour le gendarme projeté à une vingtaine de mètres et dont les deux jambes avaient été broyées dans l’accident. Pour certains de ses collaborateurs successifs, Laurent Esso fonctionne dans un mélange de nonchalance et d’efficacité. Jamais pressé dans la sanction des dossiers à lui soumis, il aurait coutume de dire que "les urgences, c’est à l’hôpital central".

Disgrâce
Qualifié d’honnête et sérieux par une partie de l’opinion, Laurent Esso fait partie du cercle restreint des hommes auxquels le président Paul Biya fait confiance. Depuis que ce dernier l’a retiré de la magistrature pour le nommer chancelier de l’université de Yaoundé, le très prudent Laurent Esso n’a pas véritablement connu de disgrâce. Et surtout pas lors de la formation du gouvernement du 08 décembre 2004 diffusé au 17h de Radio Cameroun où, son absence dans l’équipe gouvernementale, provoqua à Deïdo (Douala), son canton natal, des "pleurs de courte durée", vite réparés dans l’édition du journal de 20h de la Crtv radio au cours de laquelle il devint ministre des Relations extérieures.

Successivement secrétaire général adjoint de la présidence en 1988 et directeur du cabinet civil en 1989, il entre au gouvernement en 1996 par le ministère de la Justice. Il est par la suite tour à tour muté chef du département de la Santé publique, de la Défense et des Relations extérieures. En septembre 2007, il devient secrétaire général de la présidence. S’il sait se taire, l’on retient surtout de Laurent Esso qu’il a le sourire avare. Même si ses proches le disent chaleureux, enjoué et très détendu dans l’intimité. Il est présenté à ce propos tel un père de famille très attentionné et particulièrement proche de ses filles. Celui qu’on appelle également dans les couloirs du Palais de l’Unité "le bon serviteur", n’agit jamais sans l’aval du chef.

Né le 10 août 1942, ce lion de par son signe astrologique, est aussi présenté comme un faiseur de rois. Adulé par certains et craint par d’autres, il inspire méfiance à ses proches collaborateurs. On lui prête de nombreux combats de l’ombre. Avec certains de ses prédécesseurs au secrétariat général de la présidence de la République notamment. Sa rivalité avec l’actuel ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya est de ce point de vue connue. Eux qui viennent de se battre à distance sur les marchés de Douala à travers le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntoné Ntoné et le préfet du Wouri Okalia Bilaï.
On l’a également dit opposé à certaines interpellations dans le cadre de "l’opération épervier" où il s’est heurté aux principes du Vice-premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, principal pilote du dossier. Le jeu de chaises musicales effectué par Paul Biya en septembre 2007 entre Jean-Marie Atangana Mebara et Laurent Esso, aura également fini par établir le même type de rapports entre celui qui sera pris quelque temps après, dans les mailles de l’opération épervier et son successeur auprès du prince. On dirait un félin calculant sa proie.

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Laurent Esso : Le grand muet fait parler la République

 

Le sphinx, réputé taciturne, est au centre du scandale d’Etat qui a conduit à la mort de Bibi Ngota.

Depuis une semaine, l’actualité au Cameroun se lit à travers le monde entier sous le prisme de la mort, dans sa cellule à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, de Germain Cyrille Ngota Ngota (Bibi Ngota). Malade, Bibi Ngota, incarcéré le 10 mars 2010 comme Robert A. Mintya Meka et Serge Sabouang, a été une première fois interpellé et torturé dans les locaux de la Direction générale à la recherche extérieure (Dgre), entre le 05 et le 10 février 2010, sur instruction du secrétaire général à la présidence de la République (Sgpr), Laurent Esso. Le Sgpr, dans un message porté au délégué générale à la Sûreté nationale (Dgsn), Emmanuel Edou, accusait les mis en cause d’imitation de signature.
Interpellés une seconde fois suite aux mêmes dénonciations de M. Esso, Bibi Ngota, Robert A. Mintya et Serge Sabouang seront placés en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé pour "faux, usage de faux et imitation de la signature de hauts responsables de la République". Une accusation battue en brèche par les locataires du quartier 9, (l’un des plus durs de Kondengui), eux qui s’estiment victimes depuis le début de l’acharnement du ministre d’Etat Laurent Esso. A l’inverse, celui-ci et son entourage, aidés par les services spéciaux, soutiennent que les mis en cause ont fabriqué un faux document et imité la signature du secrétaire général de la présidence de la République, pour le mettre en difficulté et tenter d’extorquer de l’argent aux autres personnalités citées dans la correspondance querellée.

Il y a quelques semaines, nous disions dans ces mêmes colonnes que quelque soit le bout par lequel l’on prend cette affaire, la moralité se résume à ceci qu’il ne fait pas bon d’avoir Laurent Esso comme adversaire. Germain Cyrille Ngota Ngota vient en effet de mourir de négligence, privé de soins appropriés, en prison! Personnage réputé, réservé, discret mais redoutable, cet homme d’appareil qu’on ne voit presque jamais et qui sourit à peine, a fini par faire oublier de par sa longévité à la haute administration, le métier de sa formation, de sa vie, et probablement, de ses amours. Celui qu’il a d’ailleurs exercé pendant une quinzaine d’années: La magistrature. Froid sur les bords comme en témoigne son attitude impassible affichée un soir de décembre 2006 alors que le motard ouvrant son passage de retour de l’édition du Ngondo de cette année là, venait de percuter la roue gauche d’une Mercedes Ml venant en face.

Seul le garde du corps du Sgpr était descendu à l’occasion du véhicule pour exercer des voies de faits sur le conducteur du camion dont il emporta d’ailleurs le dossier. Pendant ce temps, le ministre Esso, qui tenait assurément à être des festivités de la finale de la Coupe du Cameroun prévue cet après-midi là, resta assis à l’angle droit de sa Mercedes grise. Où il fut rejoint par son aide de camp, sans le moindre regard pour le gendarme projeté à une vingtaine de mètres et dont les deux jambes avaient été broyées dans l’accident. Pour certains de ses collaborateurs successifs, Laurent Esso fonctionne dans un mélange de nonchalance et d’efficacité. Jamais pressé dans la sanction des dossiers à lui soumis, il aurait coutume de dire que "les urgences, c’est à l’hôpital central".

Disgrâce
Qualifié d’honnête et sérieux par une partie de l’opinion, Laurent Esso fait partie du cercle restreint des hommes auxquels le président Paul Biya fait confiance. Depuis que ce dernier l’a retiré de la magistrature pour le nommer chancelier de l’université de Yaoundé, le très prudent Laurent Esso n’a pas véritablement connu de disgrâce. Et surtout pas lors de la formation du gouvernement du 08 décembre 2004 diffusé au 17h de Radio Cameroun où, son absence dans l’équipe gouvernementale, provoqua à Deïdo (Douala), son canton natal, des "pleurs de courte durée", vite réparés dans l’édition du journal de 20h de la Crtv radio au cours de laquelle il devint ministre des Relations extérieures.

Successivement secrétaire général adjoint de la présidence en 1988 et directeur du cabinet civil en 1989, il entre au gouvernement en 1996 par le ministère de la Justice. Il est par la suite tour à tour muté chef du département de la Santé publique, de la Défense et des Relations extérieures. En septembre 2007, il devient secrétaire général de la présidence. S’il sait se taire, l’on retient surtout de Laurent Esso qu’il a le sourire avare. Même si ses proches le disent chaleureux, enjoué et très détendu dans l’intimité. Il est présenté à ce propos tel un père de famille très attentionné et particulièrement proche de ses filles. Celui qu’on appelle également dans les couloirs du Palais de l’Unité "le bon serviteur", n’agit jamais sans l’aval du chef.

Né le 10 août 1942, ce lion de par son signe astrologique, est aussi présenté comme un faiseur de rois. Adulé par certains et craint par d’autres, il inspire méfiance à ses proches collaborateurs. On lui prête de nombreux combats de l’ombre. Avec certains de ses prédécesseurs au secrétariat général de la présidence de la République notamment. Sa rivalité avec l’actuel ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya est de ce point de vue connue. Eux qui viennent de se battre à distance sur les marchés de Douala à travers le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntoné Ntoné et le préfet du Wouri Okalia Bilaï.
On l’a également dit opposé à certaines interpellations dans le cadre de "l’opération épervier" où il s’est heurté aux principes du Vice-premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, principal pilote du dossier. Le jeu de chaises musicales effectué par Paul Biya en septembre 2007 entre Jean-Marie Atangana Mebara et Laurent Esso, aura également fini par établir le même type de rapports entre celui qui sera pris quelque temps après, dans les mailles de l’opération épervier et son successeur auprès du prince. On dirait un félin calculant sa proie.

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Le sphinx, réputé taciturne, est au centre du scandale d’Etat qui a conduit à la mort de Bibi Ngota.

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Interpellés une seconde fois suite aux mêmes dénonciations de M. Esso, Bibi Ngota, Robert A. Mintya et Serge Sabouang seront placés en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé pour "faux, usage de faux et imitation de la signature de hauts responsables de la République". Une accusation battue en brèche par les locataires du quartier 9, (l’un des plus durs de Kondengui), eux qui s’estiment victimes depuis le début de l’acharnement du ministre d’Etat Laurent Esso. A l’inverse, celui-ci et son entourage, aidés par les services spéciaux, soutiennent que les mis en cause ont fabriqué un faux document et imité la signature du secrétaire général de la présidence de la République, pour le mettre en difficulté et tenter d’extorquer de l’argent aux autres personnalités citées dans la correspondance querellée.

Il y a quelques semaines, nous disions dans ces mêmes colonnes que quelque soit le bout par lequel l’on prend cette affaire, la moralité se résume à ceci qu’il ne fait pas bon d’avoir Laurent Esso comme adversaire. Germain Cyrille Ngota Ngota vient en effet de mourir de négligence, privé de soins appropriés, en prison! Personnage réputé, réservé, discret mais redoutable, cet homme d’appareil qu’on ne voit presque jamais et qui sourit à peine, a fini par faire oublier de par sa longévité à la haute administration, le métier de sa formation, de sa vie, et probablement, de ses amours. Celui qu’il a d’ailleurs exercé pendant une quinzaine d’années: La magistrature. Froid sur les bords comme en témoigne son attitude impassible affichée un soir de décembre 2006 alors que le motard ouvrant son passage de retour de l’édition du Ngondo de cette année là, venait de percuter la roue gauche d’une Mercedes Ml venant en face.

Seul le garde du corps du Sgpr était descendu à l’occasion du véhicule pour exercer des voies de faits sur le conducteur du camion dont il emporta d’ailleurs le dossier. Pendant ce temps, le ministre Esso, qui tenait assurément à être des festivités de la finale de la Coupe du Cameroun prévue cet après-midi là, resta assis à l’angle droit de sa Mercedes grise. Où il fut rejoint par son aide de camp, sans le moindre regard pour le gendarme projeté à une vingtaine de mètres et dont les deux jambes avaient été broyées dans l’accident. Pour certains de ses collaborateurs successifs, Laurent Esso fonctionne dans un mélange de nonchalance et d’efficacité. Jamais pressé dans la sanction des dossiers à lui soumis, il aurait coutume de dire que "les urgences, c’est à l’hôpital central".

Disgrâce
Qualifié d’honnête et sérieux par une partie de l’opinion, Laurent Esso fait partie du cercle restreint des hommes auxquels le président Paul Biya fait confiance. Depuis que ce dernier l’a retiré de la magistrature pour le nommer chancelier de l’université de Yaoundé, le très prudent Laurent Esso n’a pas véritablement connu de disgrâce. Et surtout pas lors de la formation du gouvernement du 08 décembre 2004 diffusé au 17h de Radio Cameroun où, son absence dans l’équipe gouvernementale, provoqua à Deïdo (Douala), son canton natal, des "pleurs de courte durée", vite réparés dans l’édition du journal de 20h de la Crtv radio au cours de laquelle il devint ministre des Relations extérieures.

Successivement secrétaire général adjoint de la présidence en 1988 et directeur du cabinet civil en 1989, il entre au gouvernement en 1996 par le ministère de la Justice. Il est par la suite tour à tour muté chef du département de la Santé publique, de la Défense et des Relations extérieures. En septembre 2007, il devient secrétaire général de la présidence. S’il sait se taire, l’on retient surtout de Laurent Esso qu’il a le sourire avare. Même si ses proches le disent chaleureux, enjoué et très détendu dans l’intimité. Il est présenté à ce propos tel un père de famille très attentionné et particulièrement proche de ses filles. Celui qu’on appelle également dans les couloirs du Palais de l’Unité "le bon serviteur", n’agit jamais sans l’aval du chef.

Né le 10 août 1942, ce lion de par son signe astrologique, est aussi présenté comme un faiseur de rois. Adulé par certains et craint par d’autres, il inspire méfiance à ses proches collaborateurs. On lui prête de nombreux combats de l’ombre. Avec certains de ses prédécesseurs au secrétariat général de la présidence de la République notamment. Sa rivalité avec l’actuel ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya est de ce point de vue connue. Eux qui viennent de se battre à distance sur les marchés de Douala à travers le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntoné Ntoné et le préfet du Wouri Okalia Bilaï.
On l’a également dit opposé à certaines interpellations dans le cadre de "l’opération épervier" où il s’est heurté aux principes du Vice-premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, principal pilote du dossier. Le jeu de chaises musicales effectué par Paul Biya en septembre 2007 entre Jean-Marie Atangana Mebara et Laurent Esso, aura également fini par établir le même type de rapports entre celui qui sera pris quelque temps après, dans les mailles de l’opération épervier et son successeur auprès du prince. On dirait un félin calculant sa proie.

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Le sphinx, réputé taciturne, est au centre du scandale d’Etat qui a conduit à la mort de Bibi Ngota.

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Interpellés une seconde fois suite aux mêmes dénonciations de M. Esso, Bibi Ngota, Robert A. Mintya et Serge Sabouang seront placés en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé pour "faux, usage de faux et imitation de la signature de hauts responsables de la République". Une accusation battue en brèche par les locataires du quartier 9, (l’un des plus durs de Kondengui), eux qui s’estiment victimes depuis le début de l’acharnement du ministre d’Etat Laurent Esso. A l’inverse, celui-ci et son entourage, aidés par les services spéciaux, soutiennent que les mis en cause ont fabriqué un faux document et imité la signature du secrétaire général de la présidence de la République, pour le mettre en difficulté et tenter d’extorquer de l’argent aux autres personnalités citées dans la correspondance querellée.

Il y a quelques semaines, nous disions dans ces mêmes colonnes que quelque soit le bout par lequel l’on prend cette affaire, la moralité se résume à ceci qu’il ne fait pas bon d’avoir Laurent Esso comme adversaire. Germain Cyrille Ngota Ngota vient en effet de mourir de négligence, privé de soins appropriés, en prison! Personnage réputé, réservé, discret mais redoutable, cet homme d’appareil qu’on ne voit presque jamais et qui sourit à peine, a fini par faire oublier de par sa longévité à la haute administration, le métier de sa formation, de sa vie, et probablement, de ses amours. Celui qu’il a d’ailleurs exercé pendant une quinzaine d’années: La magistrature. Froid sur les bords comme en témoigne son attitude impassible affichée un soir de décembre 2006 alors que le motard ouvrant son passage de retour de l’édition du Ngondo de cette année là, venait de percuter la roue gauche d’une Mercedes Ml venant en face.

Seul le garde du corps du Sgpr était descendu à l’occasion du véhicule pour exercer des voies de faits sur le conducteur du camion dont il emporta d’ailleurs le dossier. Pendant ce temps, le ministre Esso, qui tenait assurément à être des festivités de la finale de la Coupe du Cameroun prévue cet après-midi là, resta assis à l’angle droit de sa Mercedes grise. Où il fut rejoint par son aide de camp, sans le moindre regard pour le gendarme projeté à une vingtaine de mètres et dont les deux jambes avaient été broyées dans l’accident. Pour certains de ses collaborateurs successifs, Laurent Esso fonctionne dans un mélange de nonchalance et d’efficacité. Jamais pressé dans la sanction des dossiers à lui soumis, il aurait coutume de dire que "les urgences, c’est à l’hôpital central".

Disgrâce
Qualifié d’honnête et sérieux par une partie de l’opinion, Laurent Esso fait partie du cercle restreint des hommes auxquels le président Paul Biya fait confiance. Depuis que ce dernier l’a retiré de la magistrature pour le nommer chancelier de l’université de Yaoundé, le très prudent Laurent Esso n’a pas véritablement connu de disgrâce. Et surtout pas lors de la formation du gouvernement du 08 décembre 2004 diffusé au 17h de Radio Cameroun où, son absence dans l’équipe gouvernementale, provoqua à Deïdo (Douala), son canton natal, des "pleurs de courte durée", vite réparés dans l’édition du journal de 20h de la Crtv radio au cours de laquelle il devint ministre des Relations extérieures.

Successivement secrétaire général adjoint de la présidence en 1988 et directeur du cabinet civil en 1989, il entre au gouvernement en 1996 par le ministère de la Justice. Il est par la suite tour à tour muté chef du département de la Santé publique, de la Défense et des Relations extérieures. En septembre 2007, il devient secrétaire général de la présidence. S’il sait se taire, l’on retient surtout de Laurent Esso qu’il a le sourire avare. Même si ses proches le disent chaleureux, enjoué et très détendu dans l’intimité. Il est présenté à ce propos tel un père de famille très attentionné et particulièrement proche de ses filles. Celui qu’on appelle également dans les couloirs du Palais de l’Unité "le bon serviteur", n’agit jamais sans l’aval du chef.

Né le 10 août 1942, ce lion de par son signe astrologique, est aussi présenté comme un faiseur de rois. Adulé par certains et craint par d’autres, il inspire méfiance à ses proches collaborateurs. On lui prête de nombreux combats de l’ombre. Avec certains de ses prédécesseurs au secrétariat général de la présidence de la République notamment. Sa rivalité avec l’actuel ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya est de ce point de vue connue. Eux qui viennent de se battre à distance sur les marchés de Douala à travers le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntoné Ntoné et le préfet du Wouri Okalia Bilaï.
On l’a également dit opposé à certaines interpellations dans le cadre de "l’opération épervier" où il s’est heurté aux principes du Vice-premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, principal pilote du dossier. Le jeu de chaises musicales effectué par Paul Biya en septembre 2007 entre Jean-Marie Atangana Mebara et Laurent Esso, aura également fini par établir le même type de rapports entre celui qui sera pris quelque temps après, dans les mailles de l’opération épervier et son successeur auprès du prince. On dirait un félin calculant sa proie.

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France : Une sans-papiers aurait été dénoncée par des employés municipaux

Les associations de défense des sans-papiers s’inquiètent d’une nouvelle étape franchie dans la lutte contre l’immigration clandestine. – Une femme en situation irrégulière aurait été dénoncée par les services de la mairie du 5e arrondissement de Paris, où elle a inscrit son fils à l’école, en juillet dernier. Le document du commissariat, mis en ligne lundi 27 octobre par Réseau éducation sans frontières (RESF), mentionne le motif de sa convocation : "suite à l’inscription de votre enfant à l’école et votre situation alors irrégulière en France".

Bertrand Delanoë rappelle que "l’inscription des enfants n’est pas subordonnée à la régularité de la situation des parents et que les données recueillies auprès de ces derniers ne doivent en aucun cas comporter de mention relative à la régularité du séjour qui ne rentre pas dans la procédure d’inscription à l’école". Le maire de Paris ajoute qu’"une enquête administrative sera diligentée afin d’établir précisément les responsabilités de chacun dans la conduite de ce dossier."

Ce genre de pratique n’est pas exceptionnelle assure Brigitte Wieser, porte-parole de RESF interrogée par Libération, qui rappelle que "des dénonciations de ce genre sont assez fréquentes dans les villes de province… On a déjà vu par exemple des sans-papiers arrêtés à leur sortie de l’hôpital !" Pour le collectif RESF, il est évident qu’elle a été dénoncée à la mairie. Lors de l’inscription de son fils, l’employé lui avait demandé si elle avait un titre de séjour. RESF annonce qu’il l’accompagnera, jeudi 30 octobre, au commissariat.

Joint par L’Humanité, le maire du 5e arrondissement, Jean Tibéri, affirme ne pas vouloir "blâmer une fonctionnaire qui ne fait qu’appliquer l’article 40 de la loi du 3 décembre 1985". Celui-ci fait obligation aux fonctionnaires de porter à la connaissance du procureur tout ce qui peut être considéré comme un délit. "Ensuite, au procureur d’apprécier", ajoute Jean Tibéri.

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