Blaise Nomo Zanga : Les acteurs camerounais ont honte de leurs langues
A travers sa dernière fiction, « Mon Ayon » tourné en langue « Beti », le réalisateur revient sur le contexte du tournage.
Propos recueillis par Dorine Ekwè – Il y a une semaine, vous avez présenté votre dernier film, "Mon Ayon", qu’est-ce qui vous a inspiré ce scénario ?
La traduction française de mon film "Mon Ayon", est "l’enfant du terroir". Je suis parti de ce que, dans mon village qui se trouve au Sud du Cameroun, il y a ce que l’on appelle des secrets de famille. Des histoires dans le genre, "celui que tel présente comme son fils ne l’est pas". Généralement, on se rend compte de ce fait lorsque, dès la naissance, l’enfant refuse de prendre le lait maternel. C’est en fait cette histoire qui est contée dans le film. L’ironie est que, le vrai père voulait à tous prix savoir qui lui a fait un bébé dans le dos. Finalement, les anciens du village lui ont répliqué en lui disant que lui non plus, ne savait pas qui était son vrai père.
Finalement, dans ce film, on se rend compte que vous ne faites pas de reproches à la femme adultérine…
Disons que le but de cette fiction de 45 minutes n’est pas de décrier les problèmes d’infidélités. Je pars juste de cette histoire pour poser un autre problème : celui de la place de l’enfant dans nos sociétés. Généralement, l’enfant, dans nos villages, n’appartenait pas qu’à un homme ou à une femme. Il appartenait à toute la communauté. C’est d’ailleurs ce qui se passe encore actuellement car, on identifie toujours les enfants par rapport à leurs origines, à leur village. L’enfant vient d’abord de quelque part, d’une communauté, avant d’être celui de quelqu’un. Cette problématique est posée d’entrée de jeu avec le titre "L’enfant du terroir".
Entre ce film et le dernier, " les seigneurs de la forêt ", onze ans ont passé, qu’est-ce qui justifie ce long silence ?
A l’époque, nous n’avions pas la chance d’avoir des caméras numériques par conséquent, tourner un film revenait assez cher et, vu que je n’avais pas toujours des financements pour sortir ces films, j’étais contraint de jouer les seconds rôles aux côtés des personnages comme Dikonguè Pipa avec lequel j’ai beaucoup travaillé. A l’époque, nous faisions des documentaires pour le ministère de la Culture et de l’Information que nous ne signions même pas. Avec l’avènement du numérique qui coûte moins cher et l’apport du ministère de la Culture depuis quelques années, on peut prétendre à faire des choses.
En regardant votre casting, on se retrouve face aux problèmes qu’ont tous les films camerounais. Ce sont les comédiens viennent s’essayer sur les plateaux de cinéma…
C’est vrai que le reproche nous est souvent fait mais on ne peut vraiment rien car, il n’y a pas d’acteurs de cinéma typique ici. Blanche Bilongo qui joue le premier rôle de même que les autres sont tous des comédiens. A ce moment, le réalisateur doit faire très attention et être un peu plus exigeant. Pendant le tournage, ça peut poser des problèmes parce que l’homme de théâtre a,par exemple,toujours un geste de trop. Et étant des professionnels à leur niveau, ils ont souvent du mal à accepter les critiques qui leur sont faites. Mais justement, le réalisateur et le metteur en scène sont là pour ça. L’avantage est que dès le départ, nous savons à quoi nous en tenir et nous nous préparons en conséquence.
Vous innovez en sortant un film entièrement tourné en langues "Beti" et sous-titré en français. Qu’est-ce qui justifie ce choix ?
Dès le départ, j’ai pensé que les réalisateurs d’Afrique de l’Ouest tournent des films en langues nationales et nous ne l’avons jamais vraiment fait. Pour moi, c’était quelque chose à essayer d’autant que, ces films d’Afrique de l’Ouest, sous-titrés, sont présentés sur des chaînes comme Tv5. Ensuite, j’ai pensé que, le film devant être tourné très loin dans un village du Sud où très peu de personnes parlent français. Pour qu’ils s’intègrent, comme figurants, il fallait les mettre à l’aise et c’est pour cela que j’ai fait ce choix de faire parler le Ntumu, le fang et l’Eton principalement dans ce film. Gabon guinée équatoriale, Cameroun, film destiné pour la télévision, même coutume.
Cela était-il facile de faire jouer les acteurs en ces langues là?
Dès le départ, ils n’étaient pas partants et ça m’a surpris. J’ai eu comme l’impression que ces derniers avaient honte de parler leurs langues face à la camera. Finalement, ils se sont laissés aller et nous avons pu continuer sereinement.
Ne pensez-vous pas que ce soit un handicap pour le film quand il faut en même temps suivre la scène et lire le texte, pas toujours court, qui défile en bas de l’écran ?
Non, je ne pense pas. J’ai fait l’effort de faire une traduction très courte pour permettre au spectateur qui regarde le film de ne pas avoir à lire de longues phrases. Le seul problème est que vous ne pouvez pas avoir les comédiens que vous voulez dans ce genre de films, car ils sont limités par la langue.
Mutations


Après une enfance entre le Cameroun et la France qu’elle rejoindra pour ses études, Coco Mbassi aujourd’hui se crée une voie du côté de la Grande-Bretagne; pays qu’elle définit comme étant le lieu du salut où seul le talent est la représentation des humains et non les considérations raciales et autres.

