Album : Racines, flore et amour
C’est à la glorification de ces valeurs que nous interpelle Annie Flore Batchiellilys dans sa nouvelle galette. –
Le cinquième album d’Annie Flore Batchiellilys est une retrouvaille. Avec elle-même. Avec l’être. Et nous. "Le chant, c’est mon champ" porte les combats et rêves de l’artiste gabonaise depuis "Afrique mon toit" (1997), "Diboty" (2002), "Je t’invite" (2005), et "Broute bien" (2006). Elle réaffirme son envie et son devoir de chanter, puisque c’est dans ce champ où elle "sème la différence, mais aussi où il y’a ses racines qui chantent à l’être d’être lui". Annie Flore dans ce dernier opus, disponible depuis février 2009, a décidé de parler à l’Homme. Pas dans toutes ses dimensions, mais à celle où les émotions prennent vie. Pour soigner, caresser, susciter l’amour et inviter au partage, l’icône actuelle de la musique gabonaise, qui a célébré ses 42 ans au Cameroun lors de la cérémonie des Canal d’or du 10 avril 2009, a composé 15 chansons. Un univers authentique, où le respect de la nature et la diversité culturelle africaine sont de rigueur.
C’est "Le chant, c’est mon champ" ouvre le bal de cette symphonie à l’âme. Seuls ceux qui ont un rapport privilégié avec la forêt sont invités à faire ce périple avec arrêts aux bords de la rivière, au pied d’un arbre où les oiseaux ont construit leurs nids, le vent qui souffle et lève les feuilles sèches qui avec leurs craquellements écrivent les notes d’une musique exceptionnelle. Tsimbé, Pa va gha Ivumunu et Nangulé en sont les illustrations. Annie Flore Batchiellilys a capté tout cet univers, mais ne l’a pas seulement retranscrit. Elle a respecté ces créations de la nature, mais la valeur ajoutée ici est incontestablement son jeu de guitare et sa voix claire, empreinte généreuse qui se recrée chaque fois lorsqu’elle épouse une émotion.
Forte de ces deux atouts, elle s’élève par le pouvoir de la langue, le Punu d’abord puis, le français, l’anglais et enfin le lingala. Une ouverture pas seulement musicale, mais aussi humaine à travers le titre L’amour et la paix vont de paire. La fondatrice du festival Nuits atypiques de Mighoma, son village natal, a invité 17 artistes africains à chanter "pour que l’amour nous guide à faire perdre la face à la haine". Manu Dibango, Queen Etèmé, Claudy Siar, Monique Séka, Robert Brazza et d’autres ont apporté leur voix au projet.
"Le chant, c’est mon champ" se trouve au carrefour de plusieurs influences : soul, jazzie, blues et traditionnelles. Son acoustique est magnifique. Il défend aussi l’amour, comme dans Murime na murime, où elle raconte comment le cœur et le corps se sont aimés. C’est une alchimie entre les claquements des mains, sa guitare et sa voix nues. La place des enfants est importante dans la bataille d’Annie Flore Batchiellilys qui ne comprend pas dans Ma raison, pourquoi "les hommes veulent utiliser les enfants comme monnaie d’échange dans leur problèmes alors qu’ils sont notre espoir et avenir". Les cris qu’elle pousse dans Yitu donnent la chair de poule avant de faire glisser le mélomane sur une colline de trémolos sans fausse note. C’est un bonheur d’être dans ce champ d’Annie Flore Batchiellilys. Lorsqu’on arrive à l’Impalpable, dernier titre de ce Cinquième album qui porte la maturité des textes, des mélodies et de la maitrise de l’apport de chaque instrument d’Annie Flore, le voyage a déjà livré l’essentiel de ses émotions à l’âme. Pour y arriver, Annie Flore s’est entourée de son père spirituel Pierre Claver Akendengue, Papa Mackaya Majoss, son inséparable guitariste camerounais Adolphe Tiki, le batteur Dody et le saxophoniste Olivier Peilhon. "Le chant, c’est mon champ" est un album d’écoute pour tous ceux qui veulent se retrouver, s’élever en s’appuyant sur leurs racines. Mais aussi, simplement vivre en sachant qui on est, sans haïr l’autre.
Fiche technique
Album : Le chant, c’est mon champ
Auteur : Annie Flore Batchiéllilys
Nombre de titres : 15
Sortie : Février 2009
A écouter : Le chant, c’est mon champ, Tsimbé, Nangulé, La paix et l’amour vont de paire, Ce pont qui m’emmène vers toi, Yitu et L’impalpable.
Marion Obam

