Maroua : Météo morose après le Fenac 2008
Les infrastructures construites pour cet événement ont été pillées et abandonnées dans la nature. –
Après le faste et la solennité qui ont enveloppé la 7ème édition du Festival national des arts et de la culture (Fenac) 2008 dans la ville de Maroua, c’est un décor désolant qui accueille le visiteur du stade municipal Lamido Yaya Daïrou. Outre les œuvres des peintres qui surplombent la façade principale, tout ou presque dans l’enceinte de cette structure majeure de la capitale de l’Extrême-Nord ne rappelle point l’événement d’il y a quelques mois. Sauf peut-être ces amas de pierre et les cases en obus des Musgums qui sont restés de l’imposant village architectural qui avait pris corps pour dérouler l’important patrimoine culturel du Cameroun.
Des mottes de pierres engluées dans la terre rappellent ici et là les cases kotokos aux rayures sur les murs, les résidences bamilékés, des peuples des Monts Mandara… Dans cet environnement, aucune paille n’est visible, les planches et autres morceaux de bois qui ont servi à la construction des cases ont aussi disparu. Les responsables du stade municipal confient qu’"après le Fenac 2008, le village architectural a été victime des actes de vandalisme de la part des populations. Parce que comme vous pouvez le constater, le Stade ne dispose pas de gardien." Ils indiquent par ailleurs des pans du stade qui se dégradent progressivement et qui facilitent aux vandales l’entrée et la sortie du domaine.
Sur l’absence de dispositions prises par le ministère de la Culture (Mincult) pour assurer la pérennité des investissements, Oumarou Mana Madi, délégué régional de la Culture pour l’Extrême-Nord explique que "ce n’est pas le Ministère de la culture qui gère le stade. Nous avions cru que ce village serait une vitrine dans la ville et donc participerait à embellir notre environnement. Hélas des vandales sans scrupule sont passés par là pour avoir une planche, une feuille de paille. Une structure de gestion aurait peut-être permis de parer à ce problème qui nous désole tous."
Une désolation d’autant plus grande que le monument d’Ibba Sangué érigé par le Mincult est sous la menace d’une obstruction quant à son champ de visibilité. Un particulier titulaire d’un titre foncier érige en ce moment une maison d’habitation à près de six mètres du monument, avec curieusement l’aval de la municipalité censée intégrer ce patrimoine dans son portefeuille. Même si le délégué régional confesse que "le terrain appartenait à un particulier au moment de sa mise à notre disposition. Le monument est une propriété de la ville et on sait qui gère la ville. C’est vrai que les travaux ne sont pas encore achevés parce qu’il était prévu des grilles, des marches et des poses de marbres."
Triste fin
Des travaux qui visiblement ne commenceront pas de si tôt. Un peu comme ceux de la Maison de la culture que la ministre Ama Tutu Muna annonçait pour l’année 2009. En compulsant le budget d’investissement de la région pour le compte de cette année budgétaire, aucune ligne budgétaire n’a été consacrée à ce pool qui devrait comprendre selon les plans qui avaient été présenté, la maison de la culture de Maroua, un village culturel et les locaux de la délégation régionale de la Culture de l’Extrême-Nord. Ce complexe qui comprendra des salles polyvalentes et des vitrines d’expositions devrait s’étaler sur près de 12 ha. Seulement, le Mincult n’a reçu que 8533 m2 du lotissement fait sur le domaine privé de l’Etat jusqu’ici. L’inauguration faite tambour battant sur le site n’a donc été que fumisterie, la parcelle préalablement présentée étant destinée à quatre ministères que sont le Minresi, le Minjeun, le Minville et le Mincult.
Sur la question, Oumarou Mana Madi se veut rassurant. "Madame le ministre a intégré dans le budget 2009 des crédits d’investissement pour la sécurisation du site qui doit abriter la maison de la culture. Quinze millions ont ainsi été accordés à l’Extrême-Nord pour ce faire et l’avis d’appel d’offres est en cours. Comme il s’agit d’un programme qui concerne quatre régions, elles devront avoir l’année prochaine (donc en 2010) selon le vœu de Madame le ministre, leur Maison de la culture." Un vœu qui attend d’être matérialisé, mais que les prémices ne permettent pas encore d’entrevoir une embellie évidente pour le secteur de la culture.
Surtout que le matériel récupéré des nombreux stands et autres activités liées au Fenac 2008 ont alimenté les conversations. Les nombreuses planches entreposées au lendemain du Fenac dans l’enceinte de la communauté urbaine de Maroua (Cum) ont été "reformées" par les soins des services des domaines. Alors même qu’au cours de sa conférence de presse pendant le Fenac, Ama Tutu Muna avait annoncé la demande ardente de la Cum et de la Commune de Maroua 1er pour la fabrication des tables bancs. Le souci du gouverneur Ahmadou Tidjani formulé dans ce sens n’a pas été pris en compte. Pour ce qui est des matelas, 300 ont été vendus aux particuliers pendant que 200 ont été mis à la disposition de la délégation des Domaines pour l’organisation des évènements dans la ville. Une triste fin en somme pour un évènement qu’on disait ancrée dans la durée pour ces populations qui ont su apporter la chaleur nécessaire aux artistes qui s’étaient mobilisés pour célébrer la culture Camerounaise. On ne devrait donc plus se douter de ce qu’à l’avenir des structures pérennes soient mises en place pour assurer la promotion de la culture après des manifestations de l’envergure du Fenac.
Dieudonné Gaïbaï

